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ndahfranc
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Tribune de l'écrivain débutant : réflexions critiques sur la société, la culture, le livre et la vie
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15.11.2007
Dernière mise à jour :
07.05.2008
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JUSQU'AU BOUT DE L'ENFER

Posté le 07.05.2008 par ndahfranc
Je viens de publier chez Edilivre-Editions, en France, un roman d’aventure intitulé : Jusqu’au bout de l’enfer. Cette œuvre agréable à lire met en scène un personnage étrange, Bla-Yassoua, la Femme-Homme. Ce personnage, homme les jours impairs et femme les jours pairs, est confronté à un terrible dilemme : il doit abandonner définitivement une de ses apparences au profit de l’autre. Mais la guerre des sexes n’a pas vraiment lieu. Son périple autour du monde et dans l’univers lui révèle bien des secrets qui lui permettront de comprendre le vrai sens de la Création. Une œuvre à lire absolument tant le message qu’elle véhicule est poignant.

Extrait :
Le dilemme de Bla-Yassoua était des plus inextricables ! Devait-il épouser un homme ou au contraire une femme ? La loi du village était stricte qui interdisait tout mariage polyandre ou polygame. Or, il aurait été plus facile pour lui de se marier à un homme et une femme à la fois. Mais voyez-vous, la loi c’est la loi et nul n’a le droit, quel que soit son état, de se mettre au-dessus d’elle. Il lui fallait donc faire un choix et au plus tôt.
Il se retira dans l’intimité de sa chambre afin d’interroger dans la plus grande quiétude l’intimité de son être intérieur. Mais le combat que se livrèrent sa nature féminine et sa nature masculine était impitoyable. Un combat farouche qui dura huit jours sans que ni l’une ni l’autre ne pût prendre le dessus. En fin de compte, il décida de prendre conseil auprès de ses géniteurs. Il alla d’abord rencontrer son père qui l’attendait justement pour aborder le sujet.
– Bonjour mon père, lui lança-t-il avant de prendre place en face de lui.
– Bonjour mon fils, lui répondit son père, car c’était un jour impair et donc c’était son apparence masculine qui avait droit de cité.
Il coula sur lui un regard paternel et compatissant mais lui sourit au bout d’un moment pour lui montrer qu’il était de coeur avec lui.
– Père, commença Bla-Yassoua après s’être raclé la gorge, signe de son embarras, j’ai du mal à choisir le sexe qui devra déterminer le reste de mon existence. Que me conseilles-tu ?
Son père, qui avait déjà longuement médité sur la question, ne passa pas par quatre chemins pour lui faire partager sa vision des choses.
– Mon cher enfant, c’est une décision importante que tu es amené à prendre aujourd’hui. Il te sera difficile, voire impossible de revenir sur tes pas. Voilà pourquoi je souhaite que tu le fasses en toute lucidité et connaissance de cause…
– Je suppose que tu me conseilles de choisir le sexe masculin ?
– Je ne te cacherai pas que c’est bien cela ma préférence. A ta place, j’opterai pour le sexe masculin. Car avec lui, tu auras d’énormes avantages. D’abord, sache que depuis l’origine des temps, Anangaman a fait de l’homme le chef de la famille. En conséquence de cela, sa femme lui doit respect et obéissance. Ensuite, la femme a été créée pour servir l’homme, le rendre heureux et assurer la pérennité de sa famille. C’est donc elle qui porte la grossesse et éduque les enfants. Tu n’imagines pas combien pénibles sont ces tâches qui requièrent patience, courage, disponibilité et amour…
Après cet entretien, Bla-Yassoua se retira de nouveau dans sa chambre pour digérer tous ces conseils que venaient de lui donner son père. Mais, comme le dit un proverbe africain, on ne fait pas de sacrifice avec une seule moitié de cola. C’est pourquoi il décida de recueillir l’avis de sa mère le jour suivant où son apparence féminine avait éclos dans toute la splendeur de son charme.
– Mère, lui dit-elle dès qu’elle se fut assise en face d’elle, je viens solliciter ton aide afin que la décision finale que je vais prendre le soit en toute connaissance de cause.
– Ma fille, j’attendais impatiemment cet entretien car, en tant que mère, il est de mon devoir de te donner certaines informations capitales et qui j’en suis sûre t’aideront à prendre la bonne décision… Ah ! ma chère enfant, quel bonheur d’être femme !
– Ah bon !
– Oui ma fille, quel immense bonheur que d’être femme ! Les gens qui ne comprennent pas toujours la mission qu’Anangaman nous a confiée se plaignent à longueur de journée. Mais ce qu’ils oublient, c’est que sans nous, l’homme n’est rien ; il est aussi vulnérable qu’un poussin loin de sa mère. L’homme ne comprend pas toujours le sens de la force physique qu’Anangaman lui a donnée : c’est juste pour subvenir aux besoins alimentaires et matériels de sa femme et de ses enfants. Toute autre utilisation est contraire au dessein d’Anangaman. A la femme, l’Esprit Supérieur a donné la force spirituelle, plus forte que la force physique. Contrairement à la force physique qui est action, la force spirituelle est réflexion. Ces deux forces ne sont pas incompatibles, antinomiques, bien au contraire, elles sont complémentaires. L’une ne saurait exister sans l’autre. C’est pourquoi un homme qui n’est pas marié n’en est pas un ; c’est un handicapé spirituel… Anangaman n’a pas établi une relation de domination entre les deux forces. Quand un homme veut poser un acte, il a besoin de la caution spirituelle de sa femme sinon il court inéluctablement à l’échec. C’est la femme qui le conseille et fait appel aux anges de la lumière pour la réussite du projet en question. L’homme est incapable de rentrer en contact avec les anges de la lumière. Il est obligé d’avoir un intermédiaire. Or, la femme, de par sa sensibilité de femme, entre directement en contact avec eux. Une famille ne prospère que lorsque la femme est consciente de sa mission de femme. Y a-t-il plus
noble mission que celle-là ? L’homme croit qu’il est le chef de la famille parce qu’il aime les honneurs, mais en réalité, le vrai chef de famille c’est bien la femme. Ma fille, ne laisse pas la proie pour l’ombre…
– Merci mère, pour tous ces conseils. Je vais à présent me retirer dans ma chambre afin de les digérer.
– J’ai confiance en ton bon sens. Va et prends la bonne décision.
Sur ce, elle se leva et prit congé de sa mère.
Ainsi donc, chacun des parents vanta-t-il le sexe qui était le sien. Ils furent tous les deux si convaincants qu’au sortir de ces deux entretiens, Bla-Yassoua ne put toujours pas se décider. L’expérience familiale non plus ne lui fut d’aucun apport tellement son père et sa mère vivaient en parfaite harmonie, chacun jouant son rôle avec fierté et bonheur. Il en était d’ailleurs ainsi dans tout le village.
– Il doit bien y avoir une partie plus noble et beaucoup plus intéressante que l’autre, ne cessait de se murmurer Bla-Yassoua à longueur de journée dans l’intimité de sa chambre.
Un jour pourtant, au sortir d’une autre nuit sans sommeil, il trouva enfin la solution à son problème. Il décida d’aller à la conquête du monde pour se rendre compte par lui-même laquelle des deux parties présentait le plus d’intérêts et d’avantages. Il informa ses parents de cette importante décision. Ceux-ci n’y virent aucun inconvénient et lui donnèrent d’ailleurs leurs bénédictions.

Jusqu'au bout de l'enfer, Edilivre, mai 2008

CESAIRE OU LA MORT D'UN IMMORTEL

Posté le 19.04.2008 par ndahfranc
J’ai entendu dire que Césaire est mort il y a à peine deux jours !
J’ai entendu des cris de pleurs provenant du monde entier : de sa Martinique natale, de son Afrique qu’il portait dans son sein comme un trésor, de cette jeunesse qui s’est longtemps abreuvée à la source de son intarissable savoir…
Mais pourquoi donc pleurez-vous un immortel ?
Pourquoi tant de pleurs pour un homme qui a vaincu la mort ?
Non, séchez vos larmes, le poète n’est pas mort !
Non, domptez vos peines, le dramaturge est bien vivant !
Oui, pleurez de joie car Césaire est bien vivant !
Vivant dans la conscience de l’Afrique dont il était l’un des guerriers les plus vaillants !
Vivant dans l’espoir de cette jeunesse dont il demeure le phare le plus puissant !
Vivant dans ces vers révoltés qui ont crié la rage de l’insoumis !
Vivant dans chacune de nos larmes quand nous rêvons l’Afrique !
Cette Afrique meurtrie, héritage convoité par tant de vautours !
Rapaces insatiables survolant nos têtes affamées…
Non, le temps des pleurs est révolu !
On ne pleure jamais un guerrier tombé au champ d’honneur, on enjambe sa dépouille pour continuer son combat, ragaillardi par son sourire étincelant sur son visage mort !
Non, Césaire n’est pas mort !
Comme Senghor, Lumumba, N’krumah…, héros vivants d’une Afrique mal-aimée.

QUAND ZADI ZAOUROU RACONTE CESAIRE

Posté le 18.04.2008 par ndahfranc
Dans cette interview accordée à Frat-Mat, le Professeur Zadi Zaourou rend hommage à Césaire.

Professeur, vous êtes un grand amoureux –excusez le choix de cet adjectif- d’Aimé Césaire. Hier, il s’en est allé. Vous êtes évidemment triste…

Ca va de soi, d’autant plus que tout en sachant que la mort nous attend au carrefour de la vie, on se berce toujours d’illusions. Les gens qu’on aime et auxquels on tient, on les croit immortels. C’est avec beaucoup de tristesse que j’avais appris que sa santé s’était dégradée. J’avais souvent de ses nouvelles par des compatriotes et des amis de France. Mais on croit toujours que cela n’arrivera pas. C’est une nouvelle triste.


Vous avez croisé l’homme. Quelles émotions vous ont-elles habité la première fois?

Je l’ai croisé au moins quatre fois. Deux fois à Paris et deux fois en Martinique. La première fois, c’était en 1970. Et je lui avais exprimé mon désir de le rencontrer. Il n’a pas hésité à donner une suite à ma demande. Il m’a reçu dans un café situé non loin de "Présence Africaine". Je l’avais abordé hardiment pas loin de la Maison des étudiants ivoiriens à Paris. Je lui ai parlé de la Négritude. J’avais encore l’attitude de l’élève. Je venais de finir ma maîtrise sur Le cahier d’un retour au pays natal et il y avait des choses que je voulais comprendre. C’est donc de manière un peu scolaire que je l’avais abordé. Deux ans plus tard, quand je suis allé en France, en voyage d’études, il m’a reçu à l’Assemblée nationale. J’étais avec trois de mes étudiants. Nous avons ce jour-là, discuté de sujets plus poussés. Je lui ai demandé les raisons pour lesquelles il n’a jamais voulu que la Martinique soit indépendante - ce que beaucoup d’Antillais lui reprochent -. Il m’a répondu qu’il ne pouvait pas, par simple ambition personnelle, laisser la Martinique devenir une République indépendante qui aurait été étranglée à peine née, parce qu’elle n’a aucune ressource, qu’elle a une surface insignifiante, une population numériquement insignifiante, dont la plupart des jeunes se rendent en métropole pour trouver du travail. Il ne voyait pas comment une République martiniquaise indépendante pouvait être viable. Et qu’il avait pensé pendant longtemps que les Antilles auraient pu fonder une fédération. Mais il m’a dit: «Vous savez, les contradictions qu’il y a entre les Antillais sont bien plus féroces que celles qui opposent les pays africains». Connaissant ce que sont les contradictions africaines, j’ai compris.

Mais ce qui m’a touché, c’est quand il m’a dit: «Je ne pouvais pas, par ambition personnelle…». C’est vrai qu’à cette époque, la Martinique aurait pris son indépendance, il n’y avait personne d’autre que Césaire pour être Président de cette République. Et je dis qu’il est sincère quand il dit qu’il ne pouvait pas sacrifier son pays par ambition personnelle.


En 1972, vous découvrez réellement, au contact de cet homme, toute la grandeur qu’il porte…

Oui, ça m’avait vraiment impressionné. Et cela m’a d’ailleurs fait penser à notre Président Houphouet-Boigny, parce qu’on s’est beaucoup interrogé sur les raisons pour lesquelles il n’avait jamais voulu de la fédération. Nous savons qu’il avait neuf chances sur dix d’être le Président de cette fédération s’il avait voulu qu’elle soit. Il a dit non. Il a préféré la balkanisation et contrôlé ce bout de terre qu’est la Côte d’Ivoire au lieu d’une fédération comme l’ex-AOF. Il avait certainement une conviction selon laquelle plus de maîtrise sur un pays comme la Côte d’Ivoire aurait donné l’exemple d’un développement capitaliste plutôt qu’une AOF qu’il aurait certainement mal maîtrisé, du fait de grands gabarits comme les Sékou Touré, Léopold Sédar Senghor qui n’étaient pas des hommes à manipuler.


Professeur, comment faites-vous pour passer si aisément de Césaire à Houphouet-Boigny?

Très bonne question : il est bien évident que ma liaison n’est pas idéologique. Il y a un univers qui les sépare. Césaire est un ancien communiste…


Houphouet-Boigny aussi…

On sait que le Vieux a flirté un peu, de 46 à 50, avec le Communisme, mais il est fondamentalement anti-communiste. Il l’a prouvé. Césaire est un homme de culture. Je ne dis pas qu’Houphouet n’est pas un homme de culture, mais il s’en méfiait énormément, il la trouvait trop subversive. On peut multiplier les oppositions. J’ai demandé à Césaire – parce que j’avais l’intention de l’inviter, c’était la dernière fois que je l’avais rencontré au tout début de 1999 – pourquoi il n’est jamais venu en Côte d’Ivoire. Il m’a dit: «vous savez, je ne veux pas embarrasser le père Houphouet».

Je fais le lien entre les deux hommes parce que pour moi, autant Houphouet fait partie des grands de l’après deuxième guerre mondiale, autant Césaire fait partie de ces grands-là. Même si c’est sur un terrain autre que la politique. Comment chacune de ces hautes personnalités a vécu ses convictions? Comment les a-t-elles mises en pratique? Comment a-t-elle su gérer ses échecs? Comment ne pas se laisser déborder par ses victoires? Quand on interroge ces deux personnages, qui ont des positions complètement opposées, on se rend bien compte que ce sont des gens de conviction, des gens qui ont une vision d’eux.


Qu’est-ce qui vous a séduit chez Césaire?

D’abord, je suis poète. Et vous avez que les poètes sont des gens qui n’ont pas une grande modestie. Ils sont considérés comme des gens venant d’une planète à part. C’est pour cela que certains philosophes méprisent les poètes qu’ils regardent comme des gens égarés qui découvrent des lumières là où il n’y a que des ténèbres. C’est une vieille bataille qu’on connaît. Nous gérons ce mépris-là. Mais ce qui est certain, c’est qu’un poète sait toujours se mirer dans un autre poète, et son cœur sait toujours vibrer au contact d’un cœur de poète.

Quand on rencontre Césaire – tous ceux qui l’ont rencontré le disent -, on a l’impression qu’on le quitte tout illuminé. Chaque parole de ce Monsieur est une parole d’édification. Et ce n’est même pas qu’il raisonne en philosophe, mais il n’y a pas une seule seconde où il cesse d’être poète. Or, la poésie est avant tout un art de séduction. Il te parle de l’Afrique qu’il porte en lui et qu’il a célébrée dans Le Cahier d’un retour au pays natal: «cette Afrique gigantesquement chénillante, où la mort fauche…». En deux ou trois images, il a bouleversé ton coeur face au drame qui parle pour ton continent, le continent auquel tu appartiens. Il te parle du Congo «à force de regarder le Congo, je suis devenu un Congo bruissant de caïmans». Cet homme-là, si ce n’est pas Dieu de maîtrise de la parole, qu’est-ce qu’il est alors? Et puis alors quelle simplicité! Quelle simplicité! C’est la chose la plus effarante chez lui. La première fois où je l’ai abordé, il allait à l’épicerie. Je cours vers lui pour lui parler, il m’a donné le rendez-vous que je lui avais demandé tout de suite. Il était d’une simplicité extraordinaire. Senghor aussi était comme ça. Il y a ce côté qui est très séduisant. Et puis, Césaire est très cultivé. Les gens qui ne le connaissent pas pensent qu’il prend des mots dans le dictionnaire pour complexifier son langage. C’est une insulte. L’œuvre qu’il laisse le rend tellement respectable. J’ai lu tout Césaire. J’ai tout lu de lui. Césaire laisse une œuvre immense. Pas au nombre des volumes. Mais par la haute qualité de cette œuvre. Voilà les raisons pour lesquelles Césaire m’a fasciné personnellement.

Interview réalisée par Agnès Kraidy

LE LIVRE EST MORT, VIVE LE LIVRE !

Posté le 18.04.2008 par ndahfranc
Le livre est mort, vive le livre !
La chronique de Frédéric Beigbeder

par Frédéric Beigbeder
Lire, avril 2008

Au Salon du livre on ne parlait que de lui: l'e-book, ou livre électronique. Cela fait des années que ce truc traîne, mais les prototypes n'étaient pas au point, Erik Orsenna militait à fond à l'époque, ça faisait un peu ricaner les méchantes langues, la cyber-lecture ne faisait peur à personne. Or voici que le moment est venu. Ça y est: les gens vont comprendre que cette invention va tout changer. Ce qui est arrivé au disque va arriver au livre: les librairies vont fermer les unes après les autres, le support papier sera réservé à quelques collectionneurs fétichistes, les enfants ne liront plus que sur des écrans. Vous haussez les épaules, incrédule? Si on vous avait dit, il y a dix ans, que plus personne n'achèterait de CD en 2008, vous ne l'auriez pas cru. Pourtant, c'est arrivé. La même chose va arriver au livre: je parie qu'en 2018 le livre sera mort. C'est horrible? Oui. J'aime les bibliothèques, j'aime fureter dans leurs étagères, saisir un livre, l'ouvrir en son milieu, le parcourir au hasard, le humer, revenir au début, comparer, en prendre un autre, m'asseoir dans un fauteuil, déclamer un paragraphe, le souligner, le relire en silence... Tout vrai lecteur est avant tout un maniaque du papier. La fin du livre imprimé coïncidera peut-être avec la destruction de l'humanité. Gutenberg se retournera dans sa tombe, Hitler aura gagné: l'autodafé sera global.

La première réaction, instinctive, est bien sûr la révolte, le désespoir, la colère. Pourtant si l'on poursuit la comparaison avec la musique, force est d'admettre que la «dématérialisation» a plutôt été un progrès. Mon i-Pod m'a fait redécouvrir des milliers de morceaux que j'avais oubliés au fin fond de mes placards. Je télécharge sans sortir de chez moi des chansons rares, des morceaux cultes, des concerts mythiques. Je pars en voyage avec toute ma discothèque dans ma poche. Est-ce VRAIMENT moins bien qu'avant? Si le livre numérique est l'équivalent du MP3, il va totalement révolutionner nos comportements de lecteur. Nous allons avoir accès plus rapidement à toute l'Histoire de la Littérature. Nous allons dépoussiérer les classiques, tomber par hasard sur un vieux roman négligé, zapper entre Proust et Tolstoï en un lien hypertexte. Nous allons surtout avoir l'équivalent d'une armoire de livres dans notre veste. Nos enfants n'auront plus mal au dos en allant à l'école, comme l'a souligné un très bon article de Stephen Carrière dans le «Libé des écrivains». Les passionnés de lecture ne se trimbaleront plus des valises de deux tonnes au moment des départs en vacances. J'ai encore du mal à imaginer quel sera le fonctionnement de cette néo-lecture: certains «readers» se feuillettent, d'autres font défiler les pages comme sur un écran d'ordinateur. Une chose est sûre: déjà avec Google sur mon portable, j'ai parfois pris du plaisir à tomber en pleine rue sur un poème de jeunesse de Rimbaud ou à retrouver l'auteur d'une citation en trois secondes (alors qu'en cherchant dans ma bibliothèque j'aurais mis une semaine!). J'aimerais pouvoir jurer ici que lire sur un écran me dégoûte mais je mentirais. Ce n'est qu'une habitude à prendre, avec ses avantages (plus besoin de corner les pages) et ses inconvénients (c'était bien de corner les pages).

Comme Sartre, j'ai grandi au milieu des livres de mes parents et grands-parents. Dans Les mots, il raconte comment son amour des livres est né dans la bibliothèque de son grand-père: «Je n'ai jamais gratté la terre ni quêté des nids, je n'ai pas herborisé ni lancé des pierres aux oiseaux. Mais les livres ont été mes oiseaux et mes nids, mes bêtes domestiques, mon étable et ma campagne; la bibliothèque, c'était le monde pris dans un miroir; elle en avait l'épaisseur infinie, la variété, l'imprévisibilité.» Mais parlait-il de l'objet livre, ou de son contenu? Le progrès va peut-être détruire le livre (ou le réserver à une élite); mais le progrès ne détruira pas la lecture, ni l'écriture, ni la littérature. Au contraire il va peut-être nous amener à lire (et écrire) autrement. Et quand, un jour prochain, je serai allongé sur la plage avec l'intégralité de La comédie humaine de Balzac sur ma serviette de bain, c'est bizarre... Honnêtement je n'arrive encore pas à décider si ce sera le sommet du ridicule, ou un luxe extraordinaire, ou la fin du monde.

SUR LES TRACES DE L'AMOUR

Posté le 06.04.2008 par ndahfranc
Je vous avais annoncé la parution très prochaine d’un roman de littérature sentimentale chez Edilivre-Editions et intitulé Sur les traces de l'amour. Eh bien, c’est chose faite depuis le 31 mars 2008. C’est une œuvre palpitante que vous prendrez beaucoup de plaisir à lire, j’en suis convaincu. En attendant, je vous en offre un extrait pour aiguiser votre appétit. Bonne lecture.

Extrait :
Ce matin-là, Roxane s’était réveillée, les images de sa soirée encore plein la tête. Il émanait de toute sa personne une espèce de langueur printanière. Elle avait encore rêvé à cet homme dont lui avait parlé le poète.
Quand elle tira les voiles qui couvraient les fenêtres vitrées, elle découvrit devant ses yeux à peine réveillés, un spectacle magnifique.
La mer s’étendait à perte de vue. Les mouettes tournoyaient au-dessus de la surface mouvante de l’océan. Des couples de touristes épars se dirigeaient ici et là, la bonne humeur à fleur de peau. Au loin, à l’horizon, à cet endroit-là même où la mer semble s’accoupler avec le ciel, l’astre d’or commençait à envelopper la nature impatiente de ses rayons tièdes et dorés…
Après un bain tonique, elle porta un bikini jaune citron qui lui allait merveilleusement bien.
Au-dessus, elle enfila une robe volante en toile rose, assez transparente pour laisser admirer sa forme harmonieuse. Au vent, cela lui donnait une allure de fée. Elle laissa ses longs cheveux flotter dans son dos comme une crinière de lion…
Quand elle pénétra dans le restaurant, elle adressa un sourire poli aux clients qui levèrent leurs yeux sur elle avant d’aller s’installer.
On lui servit aussitôt un café chaud bien parfumé avec des croissants. Après y avoir goûté, elle reconnut l’arôme du bon café de Côte d’Ivoire, le meilleur du monde.
Dans les yeux des hommes qui l’observaient à la dérobée, elle sentait le désir, la convoitise et l’envie. Ils rêvaient tous de la posséder, de l’étreindre…
Après avoir terminé son petit déjeuner, elle se précipita dehors pour profiter des bienfaits des rayons naissants du soleil ainsi que de la brise maritime.
Le temps était doux, le vent apprivoisé et la mer très calme. Dans le ciel bleu, le carnaval des oiseaux de mer était impressionnant. Certains voltigeaient par simple plaisir, tandis que d’autres, au prix d’acrobaties spectaculaires, couraient après leur pitance quotidienne. Mais toujours est-il que leurs mouvements donnaient une atmosphère de gaieté à la nature.
Roxane enleva ses chaussures et commença sa promenade solitaire sur la plage. La brise matinale berçait son visage et souffletait sa robe de toile rose.
Elle se sentait vivre. La nature fredonnait une musique langoureuse à ses oreilles. Elle avait l’impression d’entendre ses slows préférés interprétés par des musiciens invisibles dotés de dons surnaturels.
Elle marchait tout au bord de l’eau. Parfois, ses pieds se laissaient immerger par les derniers soubresauts des vagues mourantes.
Elle s’aventura bien loin. C’est alors qu’elle aperçut un rocher qui surplombait la mer. Un artiste peintre y avait installé son atelier. Donnant dos au public qui s’était amassé derrière lui pour admirer son talent, celui-ci avait l’impression d’attendre une dernière inspiration providentielle pour terminer son oeuvre.
Quand Roxane porta son regard émerveillé sur la toile, elle eut tout de suite des frissons. C’était bien son image que le peintre avait reproduite sur sa toile. Elle portait la même robe de toile rose. Il lui manquait seulement les traits du visage.
Le coeur de Roxane se mit à battre nerveusement. Elle sentait tout proche l’homme qui prenait plaisir à la troubler de la sorte.
Soudain, le peintre se retourna comme s’il eut deviné sa présence et porta sur elle un regard admiratif et soulagé. Puis, il descendit tout doucement de son piédestal et s’avança vers elle, devant le public subjugué.
– Bonjour, princesse, je vous attendais.
Le même scénario que la veille. Elle lui posa les mêmes questions et il y répondit par les mêmes réponses confuses.
Roxane crut qu’elle devenait folle. Aussitôt, elle se mit à courir. Elle voulait s’éloigner le plus possible, fuir cet homme. Mais le pouvait-elle ? Il était partout dans sa tête, dans son regard, dans ses envies, dans ses rêves…

LES CICATRICES DE LA VIE

Posté le 27.03.2008 par ndahfranc
Les cicatrices de la vie sont nos plus grands trophées. Quand tout va mal et que le découragement tente de s’emparer de notre âme, il nous suffit de les regarder pour revisiter nos victoires passées. Car toute victoire laisse nécessairement des cicatrices. Pour qu’on se souvienne toujours des qualités qui nous ont permis de vaincre. Le pèlerin ne continue sa marche que lorsqu’il a vaincu un obstacle intérieur. Fuir devant l’obstacle ne fait que retarder notre marche vers la lumière. Car seules nos victoires font de nous des conquérants. Les lauriers de la victoire ne fleurissent que dans les larmes de la défaite.

Le pèlerin ne s’attarde jamais sur ses victoires ; il peut se les remémorer pour se donner du courage quand la force semble l’abandonner.
Le bonheur est-il dans l’absence d’épreuves ou dans la victoire sur les épreuves ? Le pèlerin est toujours en quête d’épreuves sinon sa vie ne sera qu’un océan de tristesse.
A quoi vous sert-il d’avoir une épée si vous ne devez ou ne savez pas vous en servir ? Une épée qui ne sert pas est attaquée par la rouille. C’est en maniant quotidiennement l’épée qu’on en fait une arme. Il en va de même pour le courage, la persévérance ou la perspicacité. Ce sont des armes redoutables pourvu qu’on s’en serve chaque jour de notre vie. Mais l’arme la plus redoutable que nous ayons jamais eue, c’est l’amour. Quel que soit le danger, il nous fait toujours triompher. Apprenons donc à cultiver l’amour.

LA SAISON DES AMOURS PERDUES

Posté le 19.03.2008 par ndahfranc
Tel est le titre du recueil de nouvelles que je viens de publier en France, chez Edilivre – Editions APARIS. C’est la première d’une série de cinq œuvres qui paraîtront dans les prochains mois. C’est donc une immense joie qui m’anime au moment où vient au monde ce nouveau bébé, si loin de la terre natale. Un bébé que j’ai longtemps porté dans mon ventre et qui porte en lui l’espoir de toute une vie.
Ah, l’espoir ! Que serions-nous sans cette ambition légitime qui nous fait toujours courir au devant du bonheur, du succès, de la notoriété ? Ici, le chemin qui conduit à la gloire est si étroit, si fourbe, si avare. On a beau courir, il ne fait que s’allonger indéfiniment, vous narguant de ses diaboliques caprices. Qui pourra alors nous reprocher de partir ailleurs ? Ailleurs est inévitable quand ici se transforme en vampire impitoyable. Nul n’est prophète en son pays, dit l’adage. Les grandes vérités sont éternelles.
C’est vrai, passée la joie de la naissance, apparaissent les appréhensions et les doutes. Ce bébé, aussi vigoureux soit-il, peut-il s’épanouir dans un univers aussi étranger ? A-t-il les moyens de s’affirmer afin que ses cadets profitent de son aura ? Ces questions, quoique légitimes, ne doivent pas altérer notre foi. Quand le pèlerin arrive à un carrefour, il fait une halte pour profiter des vibrations positives des anges qui y séjournent. Mais quand il a choisi par quel bout du chemin il doit continuer sa route, il n’a plus le droit de regarder derrière sinon les bénédictions qu’il a engrangées en ces lieux se transformeront en malédictions.
La saison des amours perdues est né et n’attend que votre soutien pour s’épanouir. Ne le lui refusez pas.
François d'Assise N'dah

Extrait :

Sylvie se leva et alla de nouveau éteindre la lumière. Et l’obscurité revint, à sa grande satisfaction.
Je me tus un moment et essayai de deviner dans le noir les contours de son charme.
– Qu’y a-t-il ? me demanda-t-elle.
– Tu es très belle, dis-je. Encore plus belle dans l’obscurité.
– Est-ce que tu sens les battements de mon coeur ?
– Oui, je sens le bruit lointain d’un tam-tam parleur. J’entends le dyong dyong frénétique du balafon. Et la voix suave de l’harmonica qui commente les reliefs gracieux de ton corps. Oui, je sens ton coeur battre comme un galop majestueux. Sens-tu le mien ?
– Oui, le tien bat beaucoup trop fort, beaucoup trop vite. Il a peur que je ne sois qu’un rêve, une illusion ; la femme d’une nuit irréelle…
J’étais si surpris qu’elle devine tous les mouvements de mon coeur. Cependant elle poursuivit :
– Si tu veux que ce moment ne finisse jamais, hâte-toi de transmettre ta part d’amour comme si tu étais en retard sur la vie et sur ton destin mais en avance sur la mort. Car si tu veux mourir sans regrets, il faut vivre dans la passion de l’amour. Hors de l’amour, tout n’est que bassesse, désespoir, agonie soumise, fin grossière.
– Oui, dis-je, j’ai souvent eu la sensation que je ne connaîtrai l’amour qu’une seule nuit. Et j’ai l’impression aujourd’hui d’être en train de dessiner ce rêve, de construire ce mystère, d’inventer cette énigme. Mais, j’ai toujours eu le sentiment que tu serais comme je te découvre aujourd’hui : une femme dans le noir ; une femme invisible ; une femme ouragan ; une femme océan. Un océan sur lequel je navigue avec mes illusions en bandoulière, naufragé d’une quête au parfum d’encens. Un monde de senteurs colorées où la réalité échappe au destin. Etrange destin ! J’avais peur de vivre ma vie sans toi. J’avais également peur de mourir ma mort sans toi. Mais aujourd’hui, vivre et mourir, pour moi c’est exactement la même chose. Parce que la vie c’est toi et la mort, c’est aussi toi.
Dans l’obscurité de la nuit, je sentais pourtant le regard de Sylvie me dévorer de désirs. Elle brûlait sous la flamme immortelle de la passion. Et dans un élan subit de lucidité, elle murmura à mon oreille :
– Veux-tu me dire un dernier poème ?
– Oui, ma sirène.
Si j’avais le talent de Victor Hugo
Y trouverais-je pour toi de jolis mots
Les délices du verbe hélas ! me sont manquant.
Vois toutefois comme le silence de mon regard est éloquent.
Idylle si secrètement entretenue à travers la prose
Elle s’écrira désormais en vers sur les pétales d’une rose.

Pour toute réponse, elle se leva et esquissa des pas de danse au son d’une musique inaudible. Elle ressemblait à un ange du paradis. Ses pas étaient si légers que je ne pouvais les entendre. Puis, tout doucement, elle vint vers moi.
– Viens, me murmura-t-elle gaiement à l’oreille. Viens me faire l’amour.
Je ne me fis pas prier. Il y avait des siècles, des années lumières que j’attendais ce moment, cette heure, cette minute, cette seconde où mon corps accomplirait le fabuleux voyage du septième ciel.
Je portai Sylvie dans mes bras, comme dans un sarcophage de nymphes. Mes gestes étaient approximatifs, éphémères, provisoires.
Je savais que c’était le moment d’être heureux et de ne plus jamais me morfondre comme un enfant gâté. Que c’était le moment des fantasmes et des jeux interdits. Rouge était mon désir, parfumée était ma passion, invisible était mon amour.
J’avais envie d’aller très loin avec elle. Plus loin que le soleil, plus loin que l’Enfer, plus loin que le Paradis, au-delà de mon rêve.
Dans le grand lit grandeur océan, je la jetai. Et l’eau fit des vagues énormes. Nous nous serrâmes alors l’un contre l’autre car une grosse baleine avait surgi des profondeurs des eaux. De sa gueule ouverte, elle nous emporta dans les méandres d’un monde mystérieux.
Nous avons alors noué nos jambes, nos bras, nos cheveux, nos langues, nos sexes, nos cœurs, pour devenir l’homme des origines, l’homme qui était Dieu, cet être hermaphrodite comme à l’origine des temps où le temps était encore Dieu.
Fondus dans un idéal de passion, nous criâmes avec toute la foi de notre être ressourcé, une myriade de mots d’amour dans la nuit mystérieuse du ventre de la baleine…
Ah ! quelle nuit magique ! Ce laps de temps me permit de construire un morceau de mon destin, sur un fil de vie usé par le cancer de l’incertitude…

Extrait de la nouvelle Femme d’une nuit.

QUESTIONS COURANTES : DIRE BIEN

Posté le 17.03.2008 par ndahfranc
Accentuation des majuscules

[…]Quant à l’utilisation des accents sur les majuscules, il est malheureusement manifeste que l’usage est flottant. On observe dans les textes manuscrits une tendance certaine à l’omission des accents. Il en va de même dans les textes dactylographiés, en raison notamment des possibilités limitées qu’offrent les machines traditionnelles. En typographie, enfin, certains suppriment tous les accents sur les capitales sous prétexte de modernisme, en fait pour réduire les frais de composition.
Il convient cependant d’observer qu’en français, l’accent a pleine valeur orthographique. Son absence ralentit la lecture, fait hésiter sur la prononciation, et peut même induire en erreur.
On veille donc, en bonne typographie, à utiliser systématiquement les capitales accentuées, y compris la préposition À, comme le font bien sûr tous les dictionnaires, à commencer par le Dictionnaire de l’Académie française, ou les grammaires, comme le Bon usage de Grevisse, mais aussi l’Imprimerie nationale, la Bibliothèque de la Pléiade, etc. Quant aux textes manuscrits ou dactylographiés, il est évident que leurs auteurs, dans un souci de clarté et de correction, auraient tout intérêt à suivre également cette règle, en tirant éventuellement parti des ressources nouvelles que peuvent offrir les traitements de texte modernes.
Il en va de même pour le tréma et la cédille.

À l’attention de, à l’intention de

La formule par laquelle, dans le langage de l’administration, on indique le destinataire d’une lettre, d’une communication, d’un envoi, est à l’attention de, pour marquer que l’on attire l’attention du destinataire, que l’on soumet cette lettre, etc. à son attention.
La locution à l’intention de (quelqu’un) signifie « pour lui, dans le dessein que cela lui soit agréable, profitable, bénéfique » : Il a acheté ce livre à leur intention, pour le leur offrir. On compose un poème à l’intention d’un ami. On fait dire une messe à l’intention d’un défunt.

Amour, délice et orgue

Amour, délice et orgue peuvent être masculins au singulier et féminins au pluriel.
Amour (au sens de « sentiment passionné ; passion charnelle ») est souvent féminin au pluriel. Cependant, on rencontre, soit dans un usage populaire qui se reflète dans divers textes (chansons...), soit dans une langue littéraire assez recherchée, amour au féminin singulier (« L’amour, la vraie, la grande... » chez Anouilh ; « la grande amour » chez Queneau ; « cette amour curieuse » chez Valéry ; Une amour violente, enregistré par l’Académie), tandis que le masculin pluriel appartient à tous les niveaux de langue. En dehors de ces sens, amour est presque toujours masculin, au singulier comme au pluriel ; il l’est toujours quand il désigne des représentations du dieu Amour.

Délice est généralement masculin au singulier et féminin au pluriel. Cependant, après des expressions comme un de, un des, le plus grand des, etc., suivies du complément délices au pluriel, le masculin est conservé : un de ses plus suaves délices...

Orgue, masculin au singulier, est généralement féminin au pluriel quand il désigne de façon emphatique un seul instrument (les grandes orgues de cette cathédrale), mais reste au masculin quand il s’agit d’un vrai pluriel (les orgues anciens de cette région).

An deux mil ou an deux mille ?

L’Académie n’admet (et ne privilégie) la variante mil de mille, dans les dates, que lorsque le numéral au singulier est suivi d’un ou plusieurs autres nombres.
Selon cette règle, on devrait écrire l’an mille, mais la graphie l’an mil est assez fréquente. Elle peut se justifier par l’étymologie : pour un seul millier, le latin employait mille, d’où est issue en ancien français la forme mil ; pour plusieurs milliers, le latin utilisait milia, d’où vient notre mille, autrefois prononcé comme dans famille. En outre, dès les débuts de notre langue, les deux formes mil et mille ont été employées concurremment, au singulier comme au pluriel. La règle actuelle, fixée par Oudin, est donc arbitraire. Mais elle s’est imposée au XVIIIe siècle.
En résumé, nous conseillons d’écrire non seulement l’an deux mille, mais aussi l’an deux mille dix, etc.

Au jour d’aujourd’hui

Au jour d’aujourd’hui, particulièrement redondant puisque aujourd’hui comporte déjà deux fois l’idée du « jour où nous sommes » (c’est le sens de hui, qui vient du latin hodie), se trouve parfois dans la langue littéraire, chez de fort bons auteurs, et très bien employée, lorsqu’il y a volonté d’insistance, pour bien marquer soit une étroite limite temporelle, soit une immédiate actualité. Ainsi chez Maurice Genevoix : « Une riche plaine bien de chez nous, aussi belle qu’au jour d’aujourd’hui ». On l’emploie souvent avec une nuance de plaisanterie. L’essentiel est de n’en pas abuser, mais en elle-même, cette tournure n’est pas incorrecte.

Au temps pour moi

Il est impossible de savoir précisément quand et comment est apparue l’expression familière au temps pour moi, issue du langage militaire, où au temps ! se dit pour commander la reprise d’un mouvement depuis le début (au temps pour les crosses, etc.). De ce sens de C’est à reprendre, on a pu glisser à l’emploi figuré. On dit Au temps pour moi pour admettre son erreur — et concéder que l’on va reprendre ou reconsidérer les choses depuis leur début.
L’origine de cette expression n’étant plus comprise, la graphie Autant pour moi est courante aujourd’hui, mais rien ne la justifie.

Cédérom

L’Académie française adopte « cédérom » (Communiqué du 31 mai 1996).
M. Maurice Druon, Secrétaire perpétuel de l’Académie française, communique :
L’Académie française constate que le sigle américain CD-ROM s’est installé dans l’usage de manière définitive pour désigner un objet d’emploi de plus en plus courant. Mais ce sigle, devenu terme en soi, comme Radar ou Laser, est jusqu’à présent transcrit d’une façon qui heurte notre graphie. L’Académie a donc décidé de le franciser en l’alignant sur la prononciation, et d’en admettre l’entrée au Dictionnaire sous la forme et avec la définition suivantes :
CÉDÉROM n. m. (le m final se fait entendre) adapté du sigle américain CD-ROM, Compact disc read only memory. Disque optique de grande capacité dont la mémoire non altérable est programmée exclusivement pour la conservation, la lecture et la consultation des informations ou données (textes, images, sons) qui y sont enregistrées. Ex. Cette œuvre a été mise sur cédérom.

Cent, vingt

De façon générale, on met le trait d’union entre les numéraux inférieurs à cent (et non coordonnés par et) : vingt-quatre mais vingt et un. Vingt (et cent) prennent le s quand, multipliés, ils terminent le numéral cardinal. On écrit donc : Nous étions quatre-vingts chasseurs. Quatre-vingt-trois. Quatre-vingt-seize. Cent vingt. Cinq cents. Cinq cent quatre-vingts.
Le Conseil supérieur de la langue française a proposé en 1990 de mettre le trait d’union entre tous les numéraux, mais cet usage ne semble pas se répandre.
Vingt et cent employés comme numéraux ordinaux pour vingtième et centième restent invariables : Page quatre-vingt. Les années quatre-vingt.

Ce qui reste ou ce qu’il reste ?

Avec les verbes susceptibles d’être construits soit personnellement, soit impersonnellement, on utilise ce qui ou ce qu’il : qui est le sujet du verbe construit personnellement, qu’il apparaît dans la tournure impersonnelle. La nuance entre les deux possibilités est parfois indiscernable. Ainsi : ce qui restait d’élèves… (Pagnol) ; ce qui lui reste de sainteté (Maurois) ; ce qu’il lui restait à faire (R. Rolland) ; ce qu’il vous reste à découvrir (Duhamel).
On peut donc écrire aussi bien : nous verrons ce qui se passera ou ce qu’il se passera.

Ci-annexé, ci-inclus, ci-joint

1. L’accord se fait normalement :
a) lorsque ces locutions adjectives, avec la fonction d’épithète, suivent immédiatement le nom auquel elles se rapportent : La lettre ci-annexée. La note ci-incluse apporte les précisions nécessaires. Veuillez remplir la déclaration ci-jointe. Ne communiquez à personne les pièces ci-jointes.
b) lorsqu’elles sont attributs du sujet : Votre lettre est ci-jointe.
2. Inversement, elles demeurent invariables lorsqu’elles ont une valeur nettement adverbiale (elles sont alors traitées sur le modèle des locutions adverbiales ci-après ou ci-contre), ce qui est le cas notamment lorsqu’elles sont placées :
a) en tête d’une phrase sans verbe, devant un groupe nominal (avec ou sans déterminant) : Ci-annexé la copie des pièces demandées. Ci-inclus les photocopies du document. Ci-joint l’expédition du jugement. Ci-joint les deux quittances exigées. Ou encore : Ci-joint copie du rapport. On écrira cependant : Ci-incluses, ces pièces vous sont communiquées pour information (tour rare, il est vrai), la locution étant ici en apposition.
b) à l’intérieur d’une phrase, avec un nom sans déterminant (qu’elles précèdent ordinairement) : Je vous adresse ci-inclus quittance de votre versement. Vous trouverez ci-joint copie du contrat. La circulaire dont vous trouverez copie ci-inclus.
3. Dans les autres cas, lorsque ces locutions sont employées, dans le corps de la phrase, avec un substantif accompagné d’un déterminant, l’usage n’est pas fixé. Selon qu’on leur accorde une valeur adjective ou adverbiale — sans qu’il soit jamais possible de trancher—, on fait ou non l’accord. La huitième édition de l’Académie (1935) ne manquait pas de rendre compte d’une telle latitude : vous trouverez ci-incluse la copie que vous m’avez demandée (article CI). Vous trouverez ci-inclus une lettre de votre père (article INCLUS). On écrira donc : Je vous fais parvenir ci-joint, ou ci-joints plusieurs exemplaires de mon mémoire. Il en va de même lorsque CI-ANNEXÉ, CI-INCLUS ou CI-JOINT peuvent être considérés comme l’attribut d’un pronom antéposé : Retournez-moi les formulaires que vous trouverez ci-joints. La lettre que vous trouverez ci-incluse. Mais l’invariabilité —Retournez-moi les formulaires que vous trouverez ci-joint. La lettre que vous trouverez ci-inclus — apparaissant aussi pleinement justifiée, aucune des deux graphies ne saurait être tenue pour fautive.
L’incertitude observée dans l’usage, qui ne doit rien, on le voit, à l’hésitation ou à l’arbitraire, peut cependant être levée en fonction de connotations diverses tenant au contexte, ou parfois même à la recherche de tel ou tel effet stylistique. Si Bernanos écrit à l’un de ses correspondants : « Vous trouverez ci-joint les pages dactylographiées de mon roman », Hugo préfère : « Je vous envoie ci-incluses des paroles prononcées ici par moi au moment de la proscription ». on se plaît à relever chez Musset (Nouvelles, « Margot », I) l’exemple suivant : « Je prends la liberté de vous envoyer ci-jointes des rillettes ».

Service du Dictionnaire de l’Académie française.

A MON AMI TAH SAINT-CLAIR

Posté le 15.03.2008 par ndahfranc
Je voudrais te remercier pour l'intérêt que tu portes à la politique de ton pays et merci de me faire partager quelques-unes de tes réflexions. Tu sais, moi, je ne suis pas très politique comme tu as pu le constater sur mon blog, mais je voudrais réagir en tant qu'observateur sur quelques éléments de ton intervention. Tu sais, ce que je constate et pardonne-moi d'être aussi franc avec toi, c'est qu'apparemment, tu fais partie de cette classe d'ivoiriens qui ne regardent pas la situation en Côte d'Ivoire avec les mêmes loupes que moi. Oui, certains ivoiriens croient qu'on sort d'une crise qui a désorganisé tout l'appareil institutionnel et social comme si on sortait d'un dîner-gala. Ils sont tellement pressés qu'ils oublient que les efforts à faire sont des efforts certes individuels mais aussi et surtout collectifs. Dis-moi, Saint-Clair, quelle est ta part d'efforts quotidiens pour aider ton pays à sortir de la crise? Tu parles d'ivoiriens qui s'appauvrissent davantage mais tu oublies de parler de ceux qui s'enrichissent à cause de la guerre et qui n'ont pas intérêt à ce que la crise finisse. Tu oublies de dire aussi que grâce aux efforts et au courage politique de Laurent Gbagbo et surtout de Soro (il est le seul à avoir assumé la rebellion alors que nous connaissons tous quelques-unes des ramifications de la coalition qui a attaqué la Côte d'Ivoire), le pays n'a pas sombré dans le chaos. Oui, ayons le courage et l'honnêteté de rendre à Casar ce qui est à César. Le problème de la Côte d'Ivoire d'aujourd'hui, est plus un problème moral que politique. On aime critiqué les autres alors que nous-mêmes sommes abonnés aux systèmes de corruptions les plus abjects. Les profs parlent alors qu'ils ne dispensent pas convenablement les cours pour lesquels ils sont payés. Les médecins également. Je ne parle même pas des corps habillés qui nous prennent quotidiennement en otage. Oui, Saint-Clair, ce n'est pas de la démagogie, on a fait des pas de géants vers la pacification du pays. Et ceux qui veulent voir le voient. Malheureusement, une certaine catégorie de personnes s'attend à des actions spectaculaires. Pour ceux-là, je suis d'accord pour dire que rien a été fait. Mais moi, je sens les progrès au quotidien. Ne fais pas comme ceux qui bloquent consciemment le processus de normalisation et qui vont crier sur tous les toits qu'on n'avance pas. Regarde seulement autour de toi et tu verras que ceux-là ont tort. Bon, je crois que je vais m'arrêter là car il y a tellement de choses à dire. Moi, je suis un intellectuel, pas un politicien. Apprenons à faire des critiques objectives qui fassent avancer la société. Regarde un peu ce que la télé nous sert à longueur de journée, regarde les valeurs qu'elle promeut et tu comprendras que le mal de la Côte d'Ivoire n'est pas politique mais bien moral. Le jour où chaque ivoirien comprendra le sens des mots nation, pays, biens publics, patriote, efforts et j'en passe, ce jour-là seulement, on pourra dire qu'on a avancé. Merci de me pardonner si tu as le sentiment que j'ai été un peu dur. Mon intention était juste de faire quelques observations. Bien le bonsoir chez toi.

MES POEMES (PAGE 6)

Posté le 06.03.2008 par ndahfranc
A MA MERE

Dans la douceur d’une nuit étoilée,
Tu m’as conçu
Avec amour.

Au rythme fluide des jours et des saisons
Tu as forgé mes pas
Tu as ouvert mes yeux sur les couleurs arc-en-ciel de la vie
Tu as inculqué à mon âme
Comme une fleur qu’on arrose avec passion
Les vertus cardinales de la vie.

Ta mission accomplie, tu m’as libéré Comme un oiseau migrateur
Affublé de mes puériles angoisses
Mais armé de la sagaie de la foi que
Tu m’as offerte.

Dans mon petit cerf-volant bleu,
J’ai entrepris le mythique voyage de la vie
A la quête de moi-même.

A mon fils,

Merci trésor pour cette belle chanson.
Mais sache que les armes dont tu disposes ne te seront d’aucune utilité si tu ne t’en sers pas !
Dans le combat, il n’y a que deux issues : la victoire ou la défaite. Mais il n’y a qu’une seule issue pour celui qui ne combat pas : la défaite.
Et ce genre de défaites sont les pires car elles ne sont porteuses d’aucune espérance. A contrario, la défaite dans le combat forge la personnalité et est gage de succès futur. C’est pourquoi tu dois faire du combat ta devise personnelle. Mais un combat loyal, sans aucune arme prohibée. N’utilise ni la ruse ni la mauvaise foi comme stratégie de combat.
L’adversaire contre lequel tu devras te battre, c’est toi-même. On a tôt fait de penser que nos adversaires ce sont les autres. Ne commets jamais plus cette erreur ! Ton adversaire le plus redoutable, c’est toi-même. C’est donc contre toi-même que tu dois engager le combat.
Tu dois lutter jour après jour contre tes propres démons intérieurs, tes propres angoisses, tes propres faiblesses. Tu chuteras par moments car les obstacles sont nombreux. Mais ne reste pas couché après la chute ; appelle au secours si possible et relève-toi pour continuer le combat. Ce n’est que de cette façon que tu connaîtras les lauriers de la gloire !
Merci mon fils.
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