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ndahfranc
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Tribune de l'écrivain débutant : réflexions critiques sur la société, la culture, le livre et la vie
Catégorie :
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Date de création :
15.11.2007
Dernière mise à jour :
07.05.2008
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ETRE ECRIVAIN AUJOURD’HUI EN CÔTE D’IVOIRE

Posté le 15.11.2007 par ndahfranc
Etre écrivain aujourd’hui en Côte d’Ivoire, voilà un débat que je voudrais voir engagé par les intellectuels de tous bords. D’abord parce que ce terme est souvent mal utilisé dans les médias nationaux et ensuite parce que la course au titre d’écrivain est un véritable mal qui est en train de tuer cette noble profession.

De la définition du mot écrivain
Dans la littérature française, la codification de la notion d’écrivain et d’auteur a évolué tout au long de l’histoire littéraire et culturelle du peuple français. Les intellectuels se sont affrontés dans des débats parfois houleux sur le sens et la valeur des termes littérature, auteur et écrivain. La diversité des approches a certes nourri le débat et enrichi l’histoire de la littérature dans son ensemble, mais c’est surtout le consensus minimum qui s’est dégagé qui en consacre l’intérêt.
Au début du XVIIe siècle, Auteur était le terme générique pour désigner tous ceux qui écrivent, mais bien plus, on l’associe à la qualité d’originalité, et constitue une qualification possible de l’écrivain. Mais cette conception va s’inverser au cours du siècle. Désormais, est considéré comme écrivain, un auteur qui produit des ouvrages à visée esthétique, c’est-à-dire qui joint à la création l’art de la forme. Cette vision va s’affirmer tout au long du siècle et sera couronnée par l’exigence de la publication par l’imprimé. Être auteur, a fortiori écrivain, suppose des lecteurs, seuls véritables destinataires des œuvres de l’esprit. Ne pourra être distingué comme écrivain que celui qui aura pris le risque de s’exposer au jugement public, de mettre son nom en jeu sur le marché littéraire. L’attribution du nom d’écrivain représente donc une distinction, une valeur.
La fonction sociale de l’Ecrivain sera elle aussi débattue et affirmée comme une exigence. Etre Ecrivain revient à former l’esprit et le goût par des lectures de qualité. Et la rémunération est légitime si la fonction est bien tenue. Ainsi, au XVIIIe siècle, l’écrivain, suivant un terme nouveau et désormais noble, accède en tout cas au premier rang de dignité parmi les hommes de lettres. Toute chose qui accroîtra la condition matérielle et légale des auteurs, leur donnera une aisance et une honorabilité accrues et leur ouvrira l’accès à la société mondaine.
Comme on peut le voir, le sacre de l’écrivain et l’autonomie de la littérature au début du XIXe siècle furent bien le terme d’un mouvement de longue durée.

Commentaires
Ce bref historique que j’ai voulu faire n’est qu’un prétexte pour mettre sur la table un certain nombre de préoccupations.
Et la première qui me vient justement à l’esprit est celle de savoir si les canons esthétiques patiemment construits par les intellectuels français tout au long de leur histoire littéraire sont un prêt-à-porter que nous pourrions utiliser sans aucun risque. Sur la question, je voudrais donner mon point de vue. La charge socioculturelle que renferment les notions d’écrivain et de littérature répond à un projet de société affirmé et constamment renouvelé par les « grands esprits » qui président aux destinées de la nation. A ce titre, aucune société ne ressemblant à aucune autre, une transposition de ces valeurs ne saurait se faire sans risques. L’un des plus grands problèmes de la littérature ivoirienne, c’est qu’elle manque de points d’encrage et de repères. Elle navigue à vue. Nos chercheurs sont comme habités par le fétichisme du secret, pour utiliser un terme à la mode ces jours-ci. Leurs travaux sont inconnus du grand public à cause du manque de structures adéquates pour leur vulgarisation. Les critiques littéraires, véritables gardiens du temple, sont aussi incultes qu’aphones. Les rares qui tirent leur épingle du jeu n’ont pas droit à la parole ou finissent par se prostituer avec les hommes politiques si ce n’est avec les grandes maisons d’éditions dont le seul intérêt est commercial. La littérature ivoirienne manque d’identité propre parce que les grandes tribunes qui devraient permettre aux intellectuels de tous bords d’en repérer et consacrer les traits n’existent pas ou fonctionnent mal. L’Association des Ecrivains de Côte d’Ivoire n’existe que de nom. Le ministère de la culture n’a aucune politique culturelle cohérente et ne vit que par la musique et les concours de beauté. Ce n’est pas que je veuille jeter la pierre à ces entités culturelles qui semblent tirer leur épingle du jeu de la concurrence, mais je veux juste relever que les pouvoirs publics gagneraient à équilibrer l’attention qu’ils portent aux industries culturelles. Car, en faisant la promotion tous azimuts de certaines valeurs culturelles au détriment d’autres, on consacre ainsi leur prééminence. Il n’est donc pas surprenant aujourd’hui de voir les jeunes courir vers ces industries culturelles plutôt que vers celles qui ont une incidence plus positive sur leur formation intellectuelle et spirituelle. Mon ami Koffi disait la semaine passée que les africains ne lisent pas, eh bien, voici une des raisons qui justifient cet état de fait.
La deuxième préoccupation que je voudrais partager avec vous, c’est l’exploitation abusive et malveillante du titre d’écrivain. Aujourd’hui, nous assistons avec impuissance à la naissance d’une race d’écrivains et d’auteurs aux desseins pas toujours conformes aux exigences de la profession. L’écriture est devenue une arme politique et néocoloniale au service d’une minorité qui manipule ainsi la conscience du peuple. Des livres sont mis sur le marché qui font l’apologie de la haine et de la violence. Le culte de la personnalité et la quête du pouvoir d’état sont la seule idéologie qui sous-tend ces productions. Et le pire, c’est que les maisons d’édition qui ne sont que des entreprises commerciales, mettent leur savoir-faire au service de ces pseudo écrivains. Leurs œuvres sont « dédicacées » dans les plus grands palaces avec des invités triés sur le volet. Des émissions télévisées sont enregistrées avec les plus « grands » journalistes… Pendant ce temps, les manuscrits des « vrais » écrivains pourrissent dans les tiroirs des maisons d’édition au motif qu’il n’y a pas d’argent pour les éditer. Quels types d’ivoiriens veut-on voir naître avec des œuvres aussi partisanes que racistes ? Ce que je veux dire, si on ne peut dénier à aucune personne le droit d’être écrivain, qu’on n’empêche pas non plus ceux qui ont du talent de s’exprimer, par quelque moyen que ce soit. Sinon, dans quelques années, le risque est grand de retrouver la littérature ivoirienne dans une situation des plus catastrophiques.
L’écrivain, le vrai, est aujourd’hui livré à lui-même. On n’a pas suffisamment conscience du rôle d’éclaireur et d’artiste qui est le sien. L’écrivain se situe en dehors des classes et des partis. Belle âme, il refuse la corruption et œuvre pour le triomphe spirituel de la société. A l’image du sage-vieillard de la société africaine, il a pour mission de rêver la société selon les valeurs les plus pures. Il est donc temps que les uns et les autres lui accordent la place qui est la sienne ainsi que le respect qu’il mérite. Car, sa déchéance entraînera inéluctablement celle de la société.

N’DAH François d’Assise Konan
Professeur de Lettres Modernes et écrivain.

LE LANGAGE DES ANGES

Posté le 15.11.2007 par ndahfranc
En insistant toujours sur le fait que dans la quête spirituelle, toute défaite est une victoire, je veux seulement insister sur le rôle ô combien essentiel de l’expérience dans la marche vers la Lumière. La vie étant une expérience communautaire, nous devons être capables d’apporter aux autres notre expérience et nous enrichir en même temps de la leur. Mais, que peut-on apporter à la communauté quand on est vide ?
La formation spirituelle est composée à 99% d’échecs. Si nous sommes capables de supporter la douleur d’un échec c’est que nous sommes aussi dignes de jouir des joies d’une victoire.
Dans l’échec, il y a d’abord et avant tout le mérite d’avoir entrepris, d’avoir semé. Et seul l’homme courageux est capable de semer des rêves et de les arroser ensuite de ses espoirs, de ses prières, faisant ainsi preuve de patience et de foi. La foi est le socle sur lequel on bâtit. Quand vient enfin le moment de la récolte, c’est la fierté d’avoir accompli un voyage jusqu’à son terme qui doit d’abord nous animer.
Mais sachez que sur le plan spirituel, celui qui échoue de bonne foi engrange plus de fruits que celui qui aura réussi à la première tentative. Car le succès flatte l’ego tandis que l’échec nous apprend à supporter la douleur et de chercher à la vaincre. L’échec nous oblige à nous remettre en cause et à explorer d’autres voies, à expérimenter d’autres émotions ; en un mot, à nous enrichir davantage, à nous fortifier. Ainsi, sommes-nous capables d’apprécier à sa juste valeur une victoire, qu’elle soit la nôtre ou celle d’autrui. Un homme qui a déjà échoué entretient l’espoir d’un succès futur. Mais celui qui n’a jamais échoué n’est pas sûr de se remettre d’un éventuel échec qu’il n’envisage même pas, rempli d’orgueil qu’il est.
C’est dans l’échec qu’on apprend à corriger ses erreurs. Quand vous n’avez jamais pris un chemin, vous ne pouvez savoir où il conduit. Mais sachez aussi que le même chemin ne conduit pas forcément à la même destination. Essayez et vous verrez. Empruntez le même chemin plusieurs fois et chaque fois vous serez surpris de voir des choses que vous n’avez pas vues jusque là, de croiser des personnes différentes qui vous parleront de choses différentes selon le motif de votre voyage. Vous ne rencontrerez pas les mêmes personnes selon que vous voyagez pour vous évader, pour fuir les difficultés de la vie ou pour aller à la quête de vous-même. Tous ceux que nous rencontrons sur notre chemin sont des anges. Ils nous parlent, mais nous ne comprenons pas toujours leur langage. Voilà pourquoi nous nous perdons très souvent. Apprenons le langage des anges et nous comprendrons mieux la vie. Chaque fois que nous échouons, c’est que nous n’avons pas su écouter le langage des anges. Ils nous montrent le bon chemin et nous empruntons ceux qui nous conduisent vers notre perte. La quête spirituelle, c’est l’apprentissage du langage des anges. C’est un langage familier qui se trouve dans la vie et la sagesse de la nature. Or la nature, c’est la voix de Dieu.
La quête de la vérité spirituelle est un combat de longue haleine où chaque défaite est une victoire. C’est un combat qui n’est certes pas linéaire mais il a l’avantage d’avoir un début et une fin.
Quand on a compris la valeur de l’excellence dans son acception la plus noble, quand on ne fait plus de l’argent le but principal de son existence, quand la quête de Dieu devient une vocation, quand la prière apparaît comme le recours ultime, quand la vie ne se présente plus comme une tragédie de mauvais goût et quand enfin on fait du langage des anges notre seul boussole, alors et seulement alors, peut commencer le véritable combat qui donne un sens à notre vie.

N’DAH François d’Assise Konan,
Professeur de Lettres Modernes et écrivain.
E-mail : ndahfranc@yahoo.fr

L'ARGENT FAIT-IL LE BONHEUR ?

Posté le 15.11.2007 par ndahfranc
Cette question est vieille comme le monde et pose le problème que l’homme a à trouver un contenu acceptable au mot bonheur. Car, pour savoir si l’argent fait vraiment le bonheur, il faut savoir ce que recouvre réellement ce mot.
Ah, le bonheur ! C’est un mot aussi flou qu’insaisissable. Selon le Grand dictionnaire HACHETTE, le bonheur est un état de bien-être, de félicité. C’est tout ce qui rend heureux. A travers cette définition, une remarque s’impose : le mot bonheur est une réalité qui s’appréhende de façon individuelle, personnelle. C’est un état de conscience. Car, ce qui peut faire mon bonheur peut ne pas forcément faire le bonheur d’autrui. Qu’est-ce qui peut donc créer ou entraîner le bonheur ?
La vie est basée sur des facteurs simples dont la réalisation et la satisfaction conditionnent notre statut d’homme. Ces facteurs sont de trois ordres : le logis, la nourriture et l’habillement.
Le logis : il est important en ce sens que c’est le noyau de la vie sociale. C’est là que nous gardons tout ce qui nous est cher : notre femme, nos enfants, notre famille, nos biens, notre âme… C’est de là que sont prises toutes nos décisions et résolutions, c’est l’endroit où nous rentrons en contact avec nous-même, avec notre être intérieur avant d’aller à la rencontre des autres. C’est notre intimité, le lieu où nous construisons notre individualité pour assumer notre destin. On dit souvent que la nuit porte conseil, mais que serait ce moment du jour si l’on n’a pas de logis, c’est-à-dire un endroit où entrer en contact avec soi-même et les entités lumineuses censées nous venir en aide, nous inspirer ? Le logis prend alors une importance capitale et son acquisition devient dès lors une question de survie.
La nourriture : ce serait une lapalissade que de dire que l’homme ne peut vivre sans nourriture. En effet, la constitution de l’homme lui impose deux types de nourritures, celui du corps physique et celui de l’âme ou de l’esprit. Autant le corps physique a besoin de boisson, de pain pour croître et se maintenir en bonne santé, autant l’esprit a besoin aussi de nourriture spirituelle basée sur la connaissance et la quête du divin pour se développer. « L’homme ne vivra pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de l’Eternel » disent les Saintes Ecritures. Dans l’un comme dans l’autre cas, cette nourriture doit être équilibrée afin que le développement se fasse de manière harmonieuse, en dehors de toute maladie. C’est pourquoi l’on dit souvent que la nourriture, c’est la santé, les deux phénomènes étant intimement liés.
L’habillement : c’est la face visible de notre être intérieur, c’est la façon dont nous voulons que les autres nous voient. C’est le symbole de notre rang social, de notre place dans la société. L’habillement, c’est l’acceptation tacite de notre individualité en vue de la réalisation de la collectivité. L’habit ne fait certes pas le moine, mais on reconnaît le moine à son habillement. Tous ceux qui veulent paraître par l’habillement sont des hypocrites ; ils se trompent eux-mêmes et trompent aussi les autres.
Cela dit, où est la place de l’argent dans la condition humaine telle que présentée ? En d’autres termes, l’homme a-t-il vraiment besoin d’argent pour avoir un logis, se nourrir et se vêtir ?
La réponse à cette question ne souffre d’aucune ambiguïté, c’est oui. Car, comment acquérir une maison décente, prendre un repas équilibré et porter des vêtements adaptés à sa condition sans le moindre sou ? Cela est impossible et le contraire défierait le bon sens. Mais, comment acquérir cet argent nécessaire à la réalisation de notre statut d’homme ?
« Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front », telle est la sentence que Dieu a prononcée après que l’homme lui eut désobéi dans le Jardin d’Eden. Une analyse minutieuse de cette parole laisse apparaître le commentaire suivant :
Dans un premier temps, elle nous indique ce que l’homme doit faire et dans un second temps comment il doit le faire. Tout un programme.

Que doit faire l’homme pour satisfaire à ses besoins ?
Depuis l’origine des temps, l’homme a fait du travail la source de son épanouissement. Grâce à son intelligence et à certains facteurs sociaux, il opte pour une profession qui lui permettra d’assurer ses besoins minimums tels que nous les avons énumérés plus haut. Mais ici encore, se pose la question des aptitudes de l’homme. Pourquoi les aptitudes naturelles, les dons ne sont-ils pas distribués de façon équitable par Dieu ?
Poser la question de cette façon reviendrait à condamner ipso facto le Créateur dont l’équité et la justice sont pourtant reconnues par tous. Qu’est-ce qui pourrait donc justifier cette apparente injustice ? Deux facteurs peuvent alors être évoqués : le libre arbitre de l’homme et son karma.
Le libre arbitre, c’est cette faculté que Dieu a donnée à l’homme de se déterminer librement. Il peut donc préférer une profession à une autre même si celle-ci présente moins d’avantages matériels que d’autres. Comprenez donc que ce n’est pas Dieu qui choisit pour nous mais bien nous-mêmes.
Quand Dieu a créé les hommes et les a envoyés en mission sur la terre, il n’a rien choisi pour eux ; ils ont opéré leurs choix en toute liberté. Le but de l’opération étant d’acquérir des vertus, des valeurs, pour que, transformés par elles, ils puissent être des co-gestionnaires avisés de l’héritage de Dieu. Dieu ne peut tout de même pas mettre dans des bras incompétents un héritage d’aussi grande valeur ! La règle, c’est que l’homme, en choisissant consciemment des conditions limitées sur terre, espère acquérir plus rapidement les vertus qui lui permettront d’évoluer rapidement. Mais une fois qu’il est confronté aux dures réalités de l’existence, il oublie que c’est lui-même qui a opéré ces choix et s’en prend à Dieu et aux autres humains. Or, la réalité voudrait qu’il s’en prenne à lui-même. Encore que cela n’a aucun sens qu’il se plaigne. Il doit au contraire redoubler d’ardeur pour arriver au but qu’il s’est lui-même librement fixé.
Le drame, il faut le reconnaître, c’est que l’homme oublie facilement le motif de sa présence sur terre. Il prend des engagements, opère des choix, mais quand il arrive sur le terrain et s’aperçoit des énormes richesses que Dieu a mises à sa disposition pour lui permettre de réussir sa mission, il en perd la tête. Il prend les moyens pour le but, la finalité. Au lieu d’acquérir des vertus, c’est plutôt la course aux richesses matérielles qui mobilise toute son énergie. Il tente par tous les moyens de changer de condition sociale. Or cela est impossible. Une fois qu’on est sur terre en vertu des conditions que nous avons nous-mêmes choisies, on est obligé d’assumer nos choix. Tout ce que nous faisons pour tenter d’échapper à notre destin n’est que pure gymnastique. Certains, pour échapper au leur, se donnent même la mort sans savoir que cela ne les empêchera pas de tenir leurs engagements vis-à-vis de Dieu. Tous nos engagements sont retranscrits dans le grand livre de la Vie. Quiconque veut s’en libérer doit les tenir jusqu’au dernier. C’est la seule façon pour l’homme d’évoluer. Qu’advient-il donc quand l’homme rompt unilatéralement le contrat par le suicide ou arrive à la fin de sa vie terrestre sans avoir pu tenir tous ses engagements ?
La question de la réincarnation trouve ici tout son sens. En effet, si l’homme, pour une raison ou une autre, n’arrive pas à tenir ses engagements avant le terme qui lui est imparti, il est obligé de revenir sur terre pour le faire et cela, après avoir fait le point avec lui-même sur un autre plan de la création. Là, des esprits évolués lui montrent les erreurs qu’il a commises pendant cette vie-là, les progrès qu’il a faits, mais aussi et surtout, les causes de ses échecs. Il lui faudra donc assumer ces nouvelles donnes : ses gains et ses passifs. C’est ici que prend son véritable sens cette parole du Christ : « En vérité, je vous le dis, tout ce que l’homme sème, il le récoltera aussi. » C’est la loi de la semence. Si pendant votre séjour sur terre, vous avez semé de bonnes ou de mauvaises actions, il en est tenu compte dans votre incarnation suivante. Et c’est l’ensemble de tout cela qui va déterminer les conditions de votre nouvelle naissance. Au vu de tous ces critères-là, l’homme choisira en toute connaissance de cause un continent, un pays, une famille, des amis, une profession, etc. qui répondent le mieux à sa nouvelle situation. Pour en revenir à la profession, l’homme doit savoir qu’il s’agit ni plus ni moins que d’un moyen pour atteindre ses objectifs spirituels et non pour amasser des richesses matérielles qui ne lui seront d’ailleurs d’aucune utilité sur les autres plans auxquels il aura accès quand sa mission sur terre sera terminée.
A présent, voyons comment l’homme doit utiliser le travail au profit de sa mission.
Si donc le travail ne doit pas nous permettre d’amasser inutilement des biens matériels, à quoi donc doit-il servir ?
Ce à quoi l’homme doit s’atteler chaque fois qu’il est sur terre, c’est de préparer son avenir. Préparer l’avenir ne signifie pas comme le croient certains, mettre de l’argent à la banque, prendre une assurance-vie ni même s’acheter des maisons pour ses enfants ou ses petits-enfants. Non, construire l’avenir est bien plus noble que cela. En effet, l’avenir, le véritable avenir, ce sont les prochaines incarnations, et il faut les préparer par la pratique des qualités et des vertus. C’est vrai, il est important de se mettre à l’abri des besoins primaires, mais tout le reste dont il n’a pas vraiment besoin, pourquoi l’homme perd-il tout son temps et son énergie à courir après ? La vie est si courte ! Combien d’années aura-t-il pour profiter de tous ces biens ? L’homme doit comprendre que si à sa mort, il ne peut partir avec les biens qu’il a amassés tout au long de son séjour sur terre, c’est qu’il a gaspillé son temps et son énergie à réaliser des choses inutiles, futiles, vaines.
Même si l’homme possède toutes les richesses de la terre et qu’il ne sait pas à quoi cela doit lui servir, il devient malheureux, sans aucun repère parce qu’il réduit le travail à son expression la plus abjecte. Tant qu’il n’en aura pas tiré la substance la plus noble, celle qui donne de la valeur à l’œuvre humaine, il se sentira pauvre, vide, inquiet, insatisfait. Car, ce n’est pas la quantité de matière qui le comblera, mais l’utilisation qu’il en fait pour acquérir et conquérir les nobles valeurs indispensables à son évolution. Ce que je veux dire, c’est que par eux-mêmes, le travail et les biens matériels n’ont aucun véritable intérêt s’ils ne permettent pas à l’homme d’en retirer la substance qui alimente et enrichit l’esprit. On peut donc être riche, posséder tous les biens matériels possibles et ne pas connaître le bonheur.
Quand le Christ dit qu’il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu, il veut seulement attirer notre attention sur le fait que les richesses matérielles peuvent constituer un frein à notre évolution spirituelle, seul motif de notre présence sur terre.
Regardez vous-même en face cette réalité et vous comprendrez : pourquoi chaque fois que vous obtenez un bien matériel longtemps désiré, vous en désirez automatiquement un autre ? Est-ce à dire que le vrai bonheur est inaccessible ? Ou alors, on cherche le bonheur là où il n’est pas, ceci expliquerait certainement cela.
Le vrai bonheur ne serait-il pas d’être en harmonie avec soi-même, avec les autres et avec Dieu ? Méditez cette pensée du Dr Pierre Vachet.
Je terminerai cette réflexion par des propos de Omraam Mikhaël Aïvanov extraits de son œuvre Vous êtes des dieux : « Alors, allez-y, gagnez de l’argent, des connaissances, tout ce que vous voulez, mais tâchez de consacrer aussi un certain temps pour obtenir la quintessence. Parce qu’en admettant même que vous possédiez le monde entier, si vous n’avez pas cette quintessence, vous direz : « Mais qu’est-ce que je peux faire de tout ça ? Je me sens écrasé, désorienté, dans le vide. » Oui, n’oubliez jamais que quelles que soient les situations où vous vous trouvez, cette quintessence qui donne un sens à la vie ne s’obtient que par un travail de la pensée. Il vous est arrivé un malheur, vous avez subi une grande perte et vous êtes désespéré… Eh bien, sachez qu’il vous reste toujours la pensée : vous la concentrez, vous la dirigez vers le monde divin pour entrer en communication avec les entités supérieures et vous sentez peu à peu que de ce malheur, de cette perte, par une sorte de processus alchimique émerge une lueur, une force, une paix. C’est cela, véritablement, extraire la quintessence qui donne un sens à votre vie. »

LA LEGENDE DU COQ SACRE

Posté le 15.11.2007 par ndahfranc
La légende du coq sacré est un récit paru en 2004 dans la collection Jeune Lecteur des Editions NEI. Ce texte est donc principalement destiné aux plus jeunes. Mais cela ne peut et ne doit aucunement justifier le silence des adultes, bien au contraire car, une œuvre littéraire offre plusieurs niveaux de lecture en fonction de l’état de conscience des lecteurs. Il y a toujours une idéologie qui sous-tend une œuvre et c’est au lecteur de la dégager en fonction de son niveau de culture. La littérature de jeunesse n’est pas seulement une littérature pour les plus jeunes. Dans le cas de La légende du coq sacré, il y a bien une double cible : d’abord les adolescents mais aussi les adultes.
L’adolescent s’intéressera à l’histoire au premier degré alors que l’adulte fera plus attention au symbolisme de l’œuvre. C’est justement de symbolisme que je veux vous parler.
Dans l’œuvre, il est question du peuple des Ebènes. Quel rapport avec le peuple ivoirien ? Le texte nous dit que la prospérité du village était en partie due au chant magique du coq sacré qui aiguisait l’inspiration de chaque membre du corps social. Il était le garant de l’harmonie sociale et de la prospérité collective. Ce coq ne pourrait-il pas symboliser la paix dont les ivoiriens ont fait leur seconde religion des années durant ?
Ce coq sacré disparaît une nuit et plonge la population dans la consternation. Il en va de même pour la Côte d’Ivoire qui a perdu sa paix cette terrible nuit du 18 septembre 2002.
Les raisons de la disparition du coq sont ainsi révélées au peuple des Ebènes par Assièhoussou : « Ce malheur est une punition des dieux que nous avons offensés par nos comportements indécents. Ils nous reprochent de fouler au pied ce qui, jadis, a permis à notre peuple d’être heureux : l’amour du prochain, la solidarité, l’humilité, le respect des anciens et des préceptes de notre tradition. Nous sommes devenus égoïstes, ingrats, irrespectueux, jaloux les uns des autres, envieux et parfois même amoureux de la femme d’autrui. On n’a plus de compassion pour l’orphelin et on marginalise la veuve. On se moque des handicapés comme s’ils avaient choisi d’être comme ils sont. Chef, les ancêtres disent qu’ils ont beau essayer d’attirer notre attention sur nos déviations perverses, nous sommes restés de glace. Notre cœur s’est endurci de jour en jour. Ils ont donc décidé, malgré eux-mêmes, de nous abandonner à notre sort… » p10.
Au-delà des raisons politiciennes et artificielles avancées ici et là pour justifier la crise ivoirienne, il me semble que celles données par Assièhoussou cadrent bien avec notre réalité sociale. Les ivoiriens sont devenus cupides, immoraux, guidés par la quête du pouvoir et la satisfaction des besoins de leur nature inférieure.
Quelle est la réaction du peuple des Ebènes à la suite de la disparition du coq sacré ? Une expédition militaire est organisée avec les plus vaillants guerriers. Mais les résultats sont catastrophiques. La majorité des guerriers périssent. Un d’entre eux réussit tout de même après un combat titanesque contre le grand génie Azamlan Kankan, à ramener le coq au village. Mais celui-ci est dans un état piteux et ne peut plus chanter. Or, c’est de son chant que le peuple a besoin et non de sa chair. A l’image de la Côte d’Ivoire, la solution militaire, malgré les énormes dépenses et pertes occasionnées, n’a rien donné, sinon une situation de ni paix ni guerre qui a fait plus de victimes que la guerre elle-même. La leçon, c’est qu’une paix par les armes est une paix factice sous laquelle couvent encore les causes de la guerre.
Le peuple des Ebènes, abasourdi par la tournure tragique des évènements, s’interroge sur son sort. Voici la réponse qu’Assièhoussou, le prêtre, balbutie quand le roi lui donne la parole : « Il faut attendre… Abokan. » p24. Cette réponse sème le désarroi au sein de la population car, que peut bien un gamin là où les plus grands chasseurs ont échoué ? Terrible question. Mais en fait, qui est Abokan et que symbolise-t-il ? Le texte nous présente ainsi ce personnage : « Abokan était ce jeune garçon né il y avait dix-huit ans. Sa mère était morte en couches et on l’avait accusé d’en être responsable. Depuis lors, il fut recueilli par Moya, une octogénaire qui rejoignit le repos des ancêtres six ans plus tard. Et Abokan n’eut pour unique compagnon qu’une vieille chienne malade. […] Quand la vieille chienne mourut, Abokan éleva en son honneur un tombeau digne d’un humain. Après quoi, il s’enferma dans sa case et pleura pendant sept jours et sept nuits. Quand il en ressortit le huitième jour, il portait en bandoulière un petit sac en cuir noir qu’il ne quitta plus jamais. Et c’est avec ce seul sac qu’il était parti à la rencontre du redoutable Azamlan Kankan. » Ici, il semble que les valeurs qu’il faut privilégier dans de telles occasions sont loin d’être la force mais plutôt des valeurs spirituelles construites patiemment au cours des années et parfois dans la douleur. Il nous faut revenir à notre nature d’enfant pour y puiser les énergies non encore corrompues. Chaque fois qu’on a privilégié ces valeurs dans la crise ivoirienne, il y a eu des progrès. La quête de la paix fait donc appel à ce que l’homme a de plus pur en lui. Voyons comment Abokan utilise ces valeurs sur le terrain. Azamlan Kankan était agonisant quand Abokan lui porta secours. Ce dernier, pour le récompenser, lui proposa le pouvoir et l’argent. Ecoutons la réponse du jeune homme : « Je te remercie pour toutes ces propositions mirobolantes. J’avoue que, en tant qu’homme, le pouvoir et l’argent m’intéressent. Mais à quoi peuvent-ils bien me servir quand tout mon peuple est en train de mourir et que je me sens incapable de lui venir en aide ? Crois-tu que je puisse être heureux quand le pouvoir et l’argent que tu me promets ne peuvent sortir mon peuple de cette léthargie dans laquelle il est aujourd’hui plongé ? Non, Azamlan Kankan, je préfère plutôt que tu me donnes la sagesse et la patience nécessaire pour comprendre mon peuple afin de le ramener sur le droit chemin. Si tu exauces ces vœux, tu auras rendu service à toute l’humanité. » pp35-36. Au contraire du jeune Abokan, que constatons-nous aujourd’hui ? La survie de la nation en péril importe peu pour la majorité d’entre nous. On met en avant nos intérêts égoïstes. La cupidité et la corruption sont érigées au rang de valeurs. La vie des citoyens est prise en otage par des corporations qui font planer sur elle une véritable épée de Damoclès. Les nouveaux riches qui ont fait fortune grâce à la crise veulent voir cette dernière perdurer. Les médiocres sont aujourd’hui les hommes du pouvoir et savent que la fin de la crise sonnera la fin de leur pouvoir. Alors, ils se gonflent tant qu’ils peuvent et font le maximum de bruits possibles pour se donner l’illusion d’être les plus forts. Revenir aux valeurs morales et spirituelles, donner sa véritable place au travail et au mérite, être patriote sans aucun calcul égoïste, telle est la véritable signification du discours de notre jeune héros.
Pendant qu’Abokan se démène comme un beau diable pour ramener la paix, l’anarchie gagne un peu plus de terrain chaque jour au sein de la population. « Les hommes avaient perdu toute notion du temps et passaient le plus clair de leurs journées dans les cabarets d’où ils revenaient ivres plutôt que d’aller au champ. Quant aux femmes, elles n’avaient plus jamais le temps de s’occuper des tâches ménagères, préoccupées qu’elles étaient à entretenir des scènes inutiles de jalousie. Cette situation regrettable poussa certains hommes à battre leurs femmes ou à les répudier tout simplement. Le roi, impuissant, s’était retiré dans son palais parce que son autorité était bafouée. Même les esclaves de la Cour refusaient de lui obéir. La tradition était constamment foulée au pied et les fétiches livrés à eux-mêmes, sans aucune adoration. On ne savait plus qui était qui, ni qui faisait quoi dans le village. Le désordre le plus grand régnait. » p28. Analysons nos comportements respectifs à la lumière de cette description et nous comprendrons la part de responsabilité qui est la nôtre dans cette crise. Toute déviation morale de notre part, aussi petite soit-elle, contribue à approfondir et élargir davantage le chaos.
Un dernier symbole sur lequel je voudrais m’attarder, c’est le chant du nouveau coq sacré. Sans vous omettre le plaisir de la lecture en vous révélant les conditions de sa naissance, je voudrais attirer votre attention sur le contenu du nouveau message dont il est porteur. Il invite chaque habitant à observer les lois morales régissant la vie communautaire. Mais pourquoi le nouveau coq change-t-il de message ? Un proverbe bien de chez nous dit : « un serpent qui ne change pas de peau meurt ». Il est donc important que les ivoiriens, à l’instar du peuple des Ebènes, acceptent de se dépouiller du passé, aussi glorieux fût-il, pour regarder l’avenir avec des ambitions renouvelées. Un peuple qui refuse de mourir, ne peut prétendre aux joies de la renaissance. Comme le disait si bien un ami mien, « il y a des gens qui veulent aller au paradis sans mourir ».
Je voudrais terminer cette petite causerie sur ces propos de notre jeune héros : « Ce coq que voici est la propriété de tout le village des Ebènes. Il est le gardien de la moralité et des valeurs sociales. Chaque jour, il donnera un œuf et ce, jusqu’à ce que chaque famille en possède un. Une fois les œufs éclos, des coqs chanteurs comme celui-ci verront le jour. Ils seront la propriété de chaque famille sur laquelle ils veilleront. Mais prenez garde ! La famille qui n’observera pas les nouveaux préceptes de moralité verra son coq enlevé par l’aigle royal et les siens. Et la pauvreté et la misère s’abattront alors sur elle. A bon entendeur, salut ! »
C’est un message aussi clair que de l’eau de roche. La crise va finir, c’est une certitude. Et il nous faudra absolument changer de comportement. Tout doit revenir à l’endroit. La morale devra reconquérir ses droits. Tous ceux qui se poseront en obstacles seront écrasés par la roue du Destin. Que nous soyons politiciens, hommes de Dieu ou simples citoyens, nous devrons nécessairement opérer notre mue, porter de nouveaux habits, ceux qui ont été lavés dans le sang de nos martyrs et non ceux tachés du sang de nos crimes abominables.
Voici quelques symboles forts que j’ai voulu porter à la connaissance des lecteurs adultes mais aussi des plus jeunes. Quoique omis chaque fois que l’on cite les œuvres qui traitent de la crise ivoirienne, je voudrais inviter tout un chacun à lire cette œuvre de cinquante-cinq pages à la lumière de ces nouvelles pistes. Bien d’autres symboles y existent qu’ils découvriront ; j’ai juste voulu leur indiquer la voie à suivre.
Très bonne lecture et à la prochaine.

N’DAH François d’Assise Konan,
Professeurs de Lettres Modernes et écrivain,
Auteur de La légende du coq sacré, NEI, 2004.

DROIT DE REPONSE

Posté le 15.11.2007 par ndahfranc
Mon très cher ami Koffi, c’est avec un réel intérêt que j’ai lu l’article intitulé « Ils ont l’opportunité de lire mais ils refusent de le faire » paru dans le Courrier du lundi 20 mai 2007.
Quoique ne comprenant pas le fondement de ta démarche en nous proposant un tel ramassis de thèses racistes dignes de l’époque nazie, je voudrais me faire violence comme je l’ai fait en lisant l’article en question, en proposant quelques pistes de réflexion consécutives à ce papier.
Premièrement, si c’est une réflexion sur la lecture que tu as voulu initier, ce texte n’en offre aucunement l’opportunité. En effet, tout au long de cet article, nulle part, il n’est fait mention d’une quelconque enquête établissant formellement que le sous-développement africain serait causé par une absence de lecture. Pire, l’auteur du texte ne consacre à peine qu’une dizaine de lignes au thème de la lecture. Tout le reste n’est qu’injures gratuites, racisme et xénophobie. C’est à croire que notre auteur lecteur n’a lu que des œuvres ou des livres faisant l’apologie de ces notions qui sont à la base de toutes les grandes catastrophes que l’humanité ait jamais connues. Si c’est à cela que doit nous conduire la lecture, autant s’en abstenir, le monde ne s’en porterait que mieux.
Deuxièmement, le débat sur la problématique de la lecture au niveau des africains est parfois très mal posé par les intellectuels que nous sommes. Dans ce texte que tu nous proposes, cela est d’autant plus vrai que l’on confond lecture et éducation, lecture et sciences, lecture et économie, lecture et vision du monde… Tant que l’intellectuel africain n’aura pas une idée claire de la charge que recouvre cette notion, nous continuerons d’assister à la publication de tels articles qui choquent le bon sens.
Enfin troisièmement, ce texte m’offre l’opportunité d’affirmer que de telles élucubrations ne sont en réalité que la peur de la renaissance africaine. Tous ceux qui tiennent de tels propos savent que toute entité vivante suit un cheminement immuable depuis la nuit des temps. Elle naît, grandit et meurt. La civilisation occidentale a atteint son apogée et amorce maintenant son déclin. Toutes les tentatives d’embrigadement de l’Afrique dans le seul but de conserver cette aura sont vaines. Les afro pessimistes doivent relire l’histoire spirituelle du monde. Sans le feu, aucune alchimie n’est possible. La conscience de la nation naît dans l’esprit de l’homme à la suite de grandes douleurs. L’Europe a connu ses guerres et elle est devenue grande. L’Afrique est en train de connaître les siennes et elle deviendra bientôt grande malgré les complots répétés des européens. Les Lois cosmiques sont immuables et aucune volonté humaine ne saurait les contrarier. Tout intellectuel devrait le comprendre et se mettre résolument au travail pour ne pas être en marge de l’histoire. Mais que chacun sache que la norme européenne du bonheur n’est qu’une illusion qui ne saurait s’appliquer à l’Afrique. Nous avons donc le devoir de construire nos propres valeurs en fonction de notre propre vision du monde.
A présent, parlons un peu de la lecture puisque c’est cette notion qui a sous-tendu d’après toi la publication de cet article.
Je pense personnellement qu’au lieu de rabâcher à longueur de journée que les africains ne lisent pas, les intellectuels africains de tous bords, devraient plutôt se mettre ensemble pour rechercher les causes de cet état de fait et proposer des solutions pour y remédier. La lecture doit être un besoin naturel pour chacun et non présentée comme un fantasme de pseudo intellectuels. Une série de questions me vient justement à l’esprit : si les africains ne lisent pas, n’est-ce pas parce qu’on leur propose des choses qui sont étrangères à leurs cultures d’origine ? Si les africains ne lisent pas, n’est-ce pas parce qu’ils n’en ont pas la capacité ? Si les africains ne lisent pas, n’est-ce pas parce que cette réalité n’est pas encore encrée dans nos valeurs culturelles ? Si les africains ne lisent pas, n’est-ce pas parce qu’ils ont d’autres problèmes plus urgents à régler ? On pourrait multiplier ces questions à l’infini.
La lecture doit être une culture. Pour cela, elle doit rentrer dans le cadre global d’une politique culturelle qui intègre tous les acteurs de cette filière. Si chacun joue correctement le rôle qui est le sien, vous verrez que bientôt il ne s’en trouvera personne pour ressasser cette litanie pessimiste.
J’espère que nous nous retrouverons bientôt dans le cadre d’une action d’envergure pour jeter les bases d’une réflexion constructive pour l’enracinement de la culture de la lecture dans la conscience de tous les africains.

N’DAH François d’Assise Konan
Professeur de Lettres Modernes et écrivain.
Cel. 05 59 42 81
E-mail : ndahfranc@yahoo.fr
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LE PROCES DE L'EXCELLENCE

Posté le 15.11.2007 par ndahfranc
L’excellence est considérée aujourd’hui comme le but ultime vers lequel tout le monde devrait tendre. Aucun secteur d’activité n’est épargné. Le monde est devenu aujourd’hui une course impitoyable à l’excellence et chacun y va avec ses moyens.
Depuis ma naissance en effet, la société m’a fait croire que je devrais être le meilleur en toute chose, en toute circonstance. A l’école, on célèbre le premier de la classe comme un dieu et on voue aux gémonies le dernier. On l’humilie, le fouette dans son orgueil pour l’amener à se réveiller et à tout faire pour tendre lui aussi vers la première place. C’est la culture de l’excellence, dit-on. Loin de moi l’idée de vouloir dénigrer tous ceux qui font de l’excellence leur cheval de bataille. Mais ce qui me gêne dans cette aventure noble à priori, ce sont les antivaleurs qu’elle pourrait faire naître en l’homme. En effet, en mettant l’excellence sur un tel piédestal, on pousse parfois l’homme au-delà de ses capacités obligé qu’il est de cultiver le courage, la patience, l’abnégation et d’autres valeurs encore plus difficiles à acquérir pour arriver à ses fins. Noble ambition en soi. Mais, qu’advient-il quand tous les sacrifices consentis ne sont pas à la hauteur des attentes ? Que fera un élève, un fonctionnaire, ou tout autre personne dont les capacités physiques ou intellectuelles ne lui permettent pas d’être dans le peloton de tête ? Deux situations peuvent alors se présenter.
Dans le premier cas, l’individu qui a échoué après avoir tout donné de lui-même, devient un révolté, un aigri. Il cherche les causes de son échec hors de lui-même. Si ce n’est pas la société, c’est donc le système que cette dernière a mis en place. « Si ce n’est toi, c’est donc ton frère » dit la fable. Et je ne vous dis alors pas quel danger peut constituer une telle personne pour la société qu’elle accuse légitimement d’avoir programmé son échec. C’est dans ce lot qu’on trouve les extrémistes de toutes sortes, prêts à sacrifier leur vie pour des causes qu’ils ont mal comprises ou qu’ils ne comprennent pas du tout. D’ailleurs, peu importe qu’ils les comprennent ou non, le résultat demeure le même. La révolte et l’aigreur entraînent la haine, la cruauté et la méchanceté. Vous voulez des mercenaires ou des rebelles (le terme est à la mode) ? Où les trouvez sinon dans le lot de ceux qui croient avoir échoué à cause de la société. Leur vie ne vaut rien d’après eux mais ils veulent faire le plus de mal possible à la société avant de la perdre. C’est leur façon à eux de se venger de leur bourreau.
Dans le second cas, on prend des voies détournées pour arriver à ses fins. La tricherie, le droit de cuissage, les pots de vin et j’en passe, deviennent la voie royale pour se distinguer et bénéficier des honneurs tant espérés. La fin ne justifie-t-elle pas les moyens ? Cette catégorie de personnes « excellentes » est plus dangereuse que la première car elle provoque la frustration chez ceux qui estiment avoir été dépouillés de leurs places et des honneurs y afférant. Cela commence par tuer en eux le goût de l’effort et de la persévérance. Quand ils arrivent à se faire une place dans la société, ils font juste le minimum, laissant se désagréger au fond d’eux l’énergie qu’ils y ont accumulée. Que d’intelligences se perdent ainsi parce qu’on a voulu à tout prix célébrer de façon maladroite l’excellence !
Quant aux « excellents » qui sont parvenus par les voies détournées que j’ai citées plus haut, ce sont de véritables gangrènes pour le système. Suffisants parce que incompétents, ils sont à la base de tous les scandales aussi bien administratifs que financiers. Grèves du personnel sous leur responsabilité, détournements de deniers publics, népotisme et autre corruption sont de leur fait. La société paie ainsi pour sa naïveté, son manque de vigilance. Est-ce une telle société que nous voulons construire ? Si oui, alors ne nous plaignons plus du banditisme galopant, de la prostitution institutionnalisée, des fraudes fiscales, des diplômes dévalorisés, des médecins incompétents et de la démocratie assassinée. Ce sont les conséquences de nos choix, en toute liberté. Si par contre ce n’est pas ce que nous voulons pour notre société, remettons en cause nos choix sur la culture de l’excellence, donnons-lui un nouveau contenu à même de créer un nouveau type de citoyen.
Le drame du système scolaire ivoirien, c’est qu’il est en panne de stratégies, ayant trop longtemps traîné aux pieds les boulets du colonialisme. Espérons que nos dirigeants comprendront l’urgence à innover et à proposer des schémas qui soient adaptés à nos valeurs culturelles et à notre vision profonde du monde. En attendant, au lieu de récompenser l’excellence, il faut plutôt promouvoir les valeurs qui la fondent. L’excellence ne doit pas se traduire seulement comme un résultat final, mais la somme d’un certain nombre de valeurs sociales et humaines ayant contribué au résultat. Car, vous conviendrez avec moi qu’un élève qui a obtenu de bons résultats à force de travail, de courage, d’abnégation et de discipline n’a pas la même valeur d’excellence qu’un surdoué qui passe son temps à jouer au ballon. Ici, ce qui est important, c’est moins le résultat que les valeurs qui ont contribué à son obtention. Ces valeurs, pour être un héritage social et culturel, doivent être connues et célébrées.
Pour mieux me faire comprendre, je prendrai l’exemple d’un sportif qui veut devenir champion dans sa discipline. En plus des aptitudes innées qu’il a, il a besoin de développer des valeurs aussi bien individuelles que sociales.
En ce qui concerne les valeurs individuelles, elles auront pour nom : le travail, la persévérance, la patience, le courage, la détermination, l’ambition, l’organisation, etc., toutes valeurs qui mettent en évidence la volonté de réussir et d’être le meilleur. C’est donc un long processus, qui a ses hauts et ses bas, ses joies et ses peines. Quand les joies arrivent, il faut les savourer, mais avec mesure, humilité, sans fanfaronnade, dans le respect d’autrui. Car, quand le pire arrivera et qu’autrui aura été le meilleur, c’est lui qui te remontera le moral, qui te dira ce qu’il faut faire pour corriger tes erreurs. Dès lors où des valeurs impliquent autrui, on parle de valeurs sociales. En plus donc des valeurs individuelles, tout champion, s’il veut aller loin et monter dans l’estime de ceux qui l’admirent, doit cultiver des valeurs sociales grâce auxquelles chaque membre de la société se reconnaîtra en lui.
En célébrant donc l’excellence, il faut éviter de faire croire à l’individu que c’est lui qu’on célèbre mais plutôt les valeurs qu’il incarne et que ces valeurs n’ont ni race, ni ethnie, ni religion, ni classe sociale, ni nationalité, mais qu’elles symbolisent notre appartenance à un même idéal social.
En définitive, si on veut décerner des prix d’excellence, il faut d’une part que cela prenne en compte tous les domaines de la vie sociale, mais en plus, il faut au préalable déterminer et cela en fonction de notre vision du monde, les valeurs individuelles et sociales qu’on veut magnifier. Pour cela, une haute autorité de l’excellence pourrait être créée au sein du Conseil Economique et Social et qui aurait pour tâche à des périodes bien précises, de désigner les meilleurs parmi nous. La Grande chancellerie pourrait alors les distinguer avec tous les honneurs dus à leurs rangs.
N’DAH François d’Assise Konan
Professeur de Lettres Modernes et écrivain.
E-mail : ndahfranc@yahoo.fr
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MISSION ACCOMPLIE

Posté le 15.11.2007 par ndahfranc
Comme vous avez pu le constater, le thème principal autour duquel a été bâtie cette œuvre, c’est l’amour. A priori, on pourrait dire : « rien de nouveau à l’ouest ! »
Mais rassurez-vous, une œuvre ne vaut que par la façon dont un thème est abordé et traité. Ici, j’ai voulu poser la problématique de l’amour dans ses manifestations quotidiennes les plus banales. Une série de questions m’a alors traversé l’esprit :
- Le véritable amour peut-il prendre racine dans la trahison ?
- Là où le véritable amour s’enracine, la haine peut-elle subsister ?
- Dans toute quête amoureuse, la fin justifie-t-elle les moyens ?
- La valeur de l’amour ne s’appréhende-t-elle que dans la grandeur du sacrifice ?
- La haine est-elle le contraire de l’amour ou en est-elle une manifestation ?
Autant de questions qui viennent un jour ou l’autre troubler la quiétude de tout un chacun.
L’amour est un sentiment bien difficile à cerner. Mais je pense qu’il puise sa noblesse dans sa simplicité et sa pureté. Vouloir enfermer l’amour dans un moule prédéfini, c’est le tuer, pire, c’est l’ériger au stade de la passion. Or, la passion est un sentiment excessif et tout ce qui est excessif crée nécessairement des ravages et conduit parfois au crime. La nouvelle « Folie ou amour » pose justement le problème de l’amour en terme d’excès. La question est de savoir si au nom de l’amour, l’on a le droit de brader sa vie. Tuer ou se tuer au nom de l’amour est-il une preuve d’amour ? L’amour doit-il échapper à la raison ?
L’amour doit être un simple abandon de soi à l’autre et non un accaparement de l’autre ou un sacrifice à l’autre. Vouloir s’accaparer l’autre, c’est en faire une propriété privée. Or, le pire ennemi de l’amour, c’est l’immobilisme. L’amour se renouvelle dans le changement, se construit parfois et très souvent dans la douleur d’une trahison.
L’amour que l’on éprouve pour un homme ou une femme doit alors être la somme raisonnable de toutes nos passions maîtrisées, le résultat d’un long apprentissage de la vie. Rester attaché à la douleur d’une trahison, d’un échec, c’est refuser d’aimer, c’est même refuser de vivre. Tous ceux qui s’attachent à un amour perdu finissent toujours dans la dépression. A force de pleurer sur leur sort, ils ne voient pas l’amour renouvelé qui brille dans les yeux de leurs nouveaux partenaires. Et celui-ci finit par s’éteindre.
La réaction du narrateur-personnage dans la nouvelle « Constance ou la complainte du trahi » en est la terrible illustration. Et ce ne sont pas les emphases poétiques utilisées dans cette nouvelle qui trahiront la triste réalité. Dans ses rares moments de lucidité, le personnage reconnaît les erreurs qu’il a commises mais refuse de les assumer. Il ne vit que dans le passé, un monde devenu illusoire. Au contraire de ce personnage, celui de la nouvelle « Le retour de l’amant », fait preuve de maturité. Il a su transformer la douleur de la trahison et de la séparation en une nouvelle espérance. Il a su se transcender pour construire une nouvelle vie. C’est dans les échecs qu’on construit le bonheur de demain. Savoir raisonnablement enterrer le passé, telle est la clé du bonheur, au risque de finir comme Blandine, le personnage de la nouvelle, « Mon bourreau bien-aimé ». Blandine est victime de son passé. Retenez-le bien, ce n’est pas le viol dont elle a été victime qui est la cause de son malheur mais bien le refus d’enterrer le passé. Le capital sympathie que le lecteur éprouvait pour elle au début du texte se dissout petit à petit dans ses hésitations. La haine a-t-elle droit de cité quand l’amour a éclos dans toute sa splendeur ? Que non ! Vouloir entretenir la haine alors que l’amour est le plus fort conduit à des drames et c’est ce qui est arrivé à Blandine. Déchirée entre des sentiments aussi contradictoires ne pouvait que la conduire au suicide, à la mort.


La nouvelle « La dette » pose quant à elle un problème de société qui gagne de plus en plus la jeunesse à savoir la débauche. Le sexe est désacralisé, banalisé, je dirais même animalisé et cela dans l’indifférence la plus totale des parents et des pouvoirs publics. A tous les coins de rue, marchands et acheteurs de sexes se livrent au commerce le plus honteux qui puisse exister. L’argent et le plaisir sont érigés au rang de valeurs alors que la morale est refoulée aux calendes grecques. Mais que de risques l’on encourt quand on vit de façon aussi dangereuse ! La mère du personnage principal dans la nouvelle « La dette », l’apprend malheureusement à ses dépens. Pour se sortir de cette mauvaise passe, elle sacrifie l’amitié sur l’autel de la trahison. Elle se construit alors un univers artificiel où le mensonge règne en maître. Mais c’est méconnaître le jugement de l’invisible. Tout ce qui était caché finit par être révélé et sa vie bascule dans une série de drames aussi douloureux qu’inimaginables. Comprenez seulement qu’on ne peut impunément souiller la création. Tôt ou tard, on récolte les conséquences de ses actes surtout quand on a vécu dans la débauche la plus totale. Cette nouvelle est donc un appel à tous ces jeunes gens et jeunes filles qui s’adonnent à ce genre de pratiques.
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