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slt j ss hind une femme marocaine j 20ans bon l'age pr moi k des chiffres ds la vie et l'amour na ps un certai...
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merci pour ces conseils .moi je suis passionné par l'écriture rien ne m'effrai seulement j'eprouve deja des di...
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il n'y a que les africains un peu bêtes pour raisonner comme ce fiavi.je suis désolée si on a l'impression que...
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c'est un mauvais texte ...
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vraiment c'est un texte géniale pour la prière...
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votre analyse est pertinente,cepen dant il ne faut pas oublier qu'une oeuvre de veronique tadjo est au program...
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sincere felicitation pour ce roman qui nous montre que mem les handicapé sontdes etre normal qui merite eux au...
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félicitation pour cette histoire...
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Date de création : 15.11.2007
Dernière mise à jour : 30.10.2009
151 articles


BRAVO ! ISABELLE BONI-CLAVERIE

Publié le 03/01/2008 à 12:00 par ndahfranc
« L’homme halète. Toujours plus fort. Un souffle rauque et puissant. Il la tient par les cheveux pendant qu’il poursuit ses va-et-vient. Toujours plus vite. Elle a mal, elle serre les dents. Elle a peur et elle ferme les yeux. Ne pas voir la chambre sordide, les colonies entières de cafards. Ignorer son visage. Il ne doit être qu’une ombre dans la nuit.
L’homme n’en a pas encore fini. Il lui remonte les cuisses, les écarte en croix. Il tente de s’enfoncer plus profond en elle. Son rythme s’accélère, ses gémissements aussi. La tension de son sexe s’apaise. Enfin il retombe sur elle. L’odeur douceâtre du sperme se mêle à celle plus aigre de la transpiration.
L’homme se lève lourdement. Il remonte son pantalon de toile grise, boucle sa ceinture, enfile ses chaussures, allume une cigarette, lui plaque un billet sur les seins. La porte claque.
La fille n’a pas ouvert les yeux. A travers ses paupières closes, les larmes se fraient un passage. Elle pleure sur sa virginité perdue, sur ses espoirs souillés… »

LA GRANDE DEVOREUSE, Isabelle Boni-Claverie, NEI, 1999.

Ce sont là les premières lignes du premier roman d’Isabelle Boni-Claverie. C’est une œuvre que j’ai dans ma bibliothèque depuis des années mais que je n’ai lue que le premier janvier dernier. Mais quel régal ! Amis écrivains débutants, si vous n’avez pas encore cette œuvre dans votre bibliothèque, courez vite vous en procurer car l’essentiel de l’expérience que j’essaie de partager avec vous depuis quelques temps s’y retrouve. Ah, je me demande si je trouverais les mots justes pour vous faire apprécier le talent de cette bonne dame ! Car, du talent, elle en a à revendre.
Quand un écrivain lit une œuvre, il ne la lit pas comme le ferait un profane. Il suit le même cheminement que l’artiste qui a créé cette œuvre.
Les émotions qui étaient miennes ce jour de l’an ont purifié mon âme. J’ai fait l’expérience de la tristesse, pas de celles qui vous affaissent de leur fardeau mais de celles qui aiguisent votre sensibilité au contact de la douleur. J’ai fait l’expérience du rire, ami circonstanciel qui vous rappelle chaque fois qu’il en a l’opportunité, qu’il faut savoir rire de la vie, ce piège à ciel ouvert. J’ai fait l’expérience de l’amour, étincelle de pureté et de vie qui nous conduit inéluctablement à la mort. J’ai fait l’expérience du rêve, boussole affolée de nos vies éphémères. J’ai fait l’expérience de la mort, détritus puant d’où germent les roses de la vie… Le tout couronné par cette auréole de passion qui sommeille au fond de chacun et qui fait de nous des héros ou des z’héros.
Suivez la vie, vos rêves en bandoulière, et elle vous fuira. Fuyez la vie, vos espoirs perdus, et elle vous suivra. C’est le sort que la vie réserve à chacun d’entre nous. Et c’est aussi celui de ce couple singulier, Sax-Amoin, que Isabelle Boni-Claverie campe avec dextérité. Leur itinéraire n’est pourtant qu’un prétexte pour peindre la vie avec des mots qui acquièrent un sens plus profond sous la plume de l’auteur. En d’autres temps, on aurait dit qu’elle fait de la poésie. La laideur sous la plume d’un artiste devient beauté. Une fresque à plusieurs tiroirs où les histoires se chevauchent sans jamais se confondre. Ce n’est rien de moins que de l’art. Des personnages en apparence antipathiques mais qui finissent par vous séduire par la noblesse de leur idéaux mais aussi et surtout par la profondeur de leur âme.
« L’écriture âpre, intense, d’Isabelle Boni-Claverie nous transporte du réalisme le plus cru à des moments de grâce poétique, de l’érotisme au drame, du suspens à l’émotion. Un récit puissant qui porte la révolte et les espoirs de toute une génération. »
A lire absolument !

LE MAGNIFIQUE DESTIN D'ABEL

Publié le 03/01/2008 à 12:00 par ndahfranc
...Un jour, le jeune Abel décida d’avoir un entretien avec son père au sujet de leur vie solitaire au fond de cette lointaine jungle qu'ils habitaient depuis toujours. Car, depuis sa rencontre insolite avec la route, bien de convictions s'étaient effondrées en lui. A sa question, son père lui donna la réponse suivante:
- Mon fils, tiens-le pour vérité d’évangile, les hommes sont tous devenus des monstres. Hypocrites, matérialistes et intolérants, ils sont devenus les bourreaux de leur propre espèce. Aussi cruels que barbares, ils ont sacrifié l’avenir de la société au profit de leurs intérêts égoïstes. Guerres par-ci, génocides par-là, voilà le sort qu’ils réservent aux plus faibles d’entre eux. C’est pour échapper à leurs folies destructrices que je me suis retiré de la civilisation pour vivre à l’état de nature.
- Mais mon père, n’aurait-il pas été plus sage de rester à l’intérieur de cette société pour essayer de la changer ?
- Ça se voit vraiment que tu ne connais pas ces créatures diaboliques. Rien que pour de l’argent, ils sont prêts à vendre leur âme au diable. Aujourd’hui, à cause de leur avidité, le monde court à sa disparition. Ils ont créé, dans une gigantesque succession de batailles avec tout ce que cela comporte comme bouleversements sociaux avec leur lot de sacrifices et de victimes de tous ordres, de nouvelles données économiques et de nouveaux pôles d’influence, rien que pour conquérir ou conserver le pouvoir…
Son père marqua soudain un arrêt comme s’il se fut souvenu tout à coup d’une chose d’une extrême importance.
- Qu’y a-t-il, père ? lui demanda Abel pour l’encourager à parler.
- Promets-moi, mon fils, quand ton heure sera arrivée, de travailler à pacifier l’humanité.
Abel aquiesça sans aucune conviction.
Après cette discussion, il était désormais conforté dans sa conviction que son géniteur, au nom d’une sacro-sainte liberté avait compromis son bonheur, toute chose qu’il avait à présent besoin de reconquérir. Et sa mère se présentait justement comme un élément essentiel de cette quête vitale.
Aussi, ses relations avec cette dernière s’adaptèrent-elles à la situation du moment. Il est vrai qu’il ne lui avait encore fait aucune avance, mais elle devait savoir qu’il la désirait. Car ses attitudes trahissaient parfois ses émotions. En outre, il lui était arrivé de la surprendre en train de confier son inquiétude à son père.
Un jour pourtant, profitant de l’absence momentanée de ce dernier, il décida de passer à l’action. Sa mère était à la cuisine quand il l’y rejoignit pour satisfaire son légitime dessein. A sa vue, elle fit un brusque mouvement arrière, les yeux traversés par une folle angoisse. Sans attendre, il se jeta sur elle tel un fauve et l’envoya à la renverse. Puis, en un tour de main, il la déshabilla. Il bavait d’un désir prononcé. Alors qu’il était sur le point de satisfaire sa libido, une masse s’abattit sur sa tête si bien qu’il sombra aussitôt dans un néant vagissant…
Quand il reprit connaissance avec la réalité, des heures s’étaient écoulées. Il s’élevait dans sa tête comme un bourdonnement intempestif et cynique. Les idées se déplaçaient dans sa tête, troubles et confuses. Puis, petit à petit, comme un sous-marin, il émergea enfin de cette mer de souvenirs, triste et inquiet.
Progressivement, sa conscience s’éclaircit et le mit en face de sa situation. Des mains affectueuses compatissaient à sa douleur en massant son front endolori.
Tout doucement, il ouvrit les yeux. Et comme un rêve, il aperçut sa mère assise à son chevet. Elle portait un masque de tristesse. Cependant, elle lui sourit tendrement sans qu’il en sût la raison et cela lui parut très étrange.
Il essaya de lui parler, certainement pour lui présenter des excuses, mais elle lui mit l’index sur les lèvres pour l’en empêcher.
- Tu es encore faible, murmura-t-elle d’une voix affectueuse pour se justifier. Rendors-toi…
Sans se faire prier plus longtemps, il ferma les yeux et essaya de faire le vide dans sa tête. La minute d’après, sa mère prit congé de lui.
Abel ne mit pas longtemps à se rétablir, mais sa conscience avait pris un coup. Il n’avait plus de repères et sa vie lui apparaissait de plus en plus comme un échec. Dans ce gouffre immense où il s’enfonçait chaque jour un peu plus, un constat amer s’imposait à lui : son père était un obstacle à son épanouissement. Aussi se forma-t-il en lui un dessein criminel dont le contrôle lui échappait totalement.
La dernière fois qu’il se trouva face à ce dernier, il eut une idée claire du degré de haine qui le rongeait. Une haine à fleur de peau. Elle était sur son visage, dans son regard, dans ses actes et ses gestes…
Dès lors, il comprit que son père était un adversaire de taille, un redoutable rival qu’il devait vaincre à tout prix pour s’affirmer.
Son père également le considérait comme tel. Son secret étant découvert, il était perpétuellement sur ses gardes.
Abel, qui ne tenait pas à se laisser surprendre, épiait son ennemi, attendant patiemment l’occasion propice pour lui porter le coup de grâce et savourer ainsi une victoire méritée qui lui permettrait d’être enfin le seul maître à bord. Il n’y a jamais deux capitaines dans un bateau.
L’atmosphère était donc tendue dans la petite maison familiale, car un criminel en puissance y était en liberté. Un fauve aux instincts diaboliques épiait, observait, calculait, toute vigilance éveillée. C’était la loi du « quitte ou double ». Aucune erreur n’était permise. Tout faux pas risquait d’être fatal, aussi bien pour l’un que pour l’autre.
Et puis un jour, tout bascula. Abel avait porté le coup fatal avec une précision d’orfèvre et une puissance herculéenne. Sa victime avait alors basculé dans le néant avant de se briser en menus morceaux comme une statuette d’argile. Son sang coula jusqu’à ses pieds pour les laver. Il était à présent le seul maître à bord et sa toute puissance s’étendait au-dessus du corps inerte et sans vie de son père.

Après son éclatante victoire, il emménagea dans la chambre de son défunt père dont il entreprit de répéter chaque nuit les gestes.
- Mère, excuse-moi si j’ai tué papa ; cela était écrit dans la loi de notre destin commun. Il a terminé sa mission alors que la mienne ne fait que commencer. Comment puis-je vivre sous le même toit que mon rival ?
- Rival ? Tu as vraiment perdu la tête, mon fils ! Cet homme était ton père et tu l’as tué pour une raison aussi farfelue ?
- Mère, tu ne peux comprendre le sens de tout ce qui arrive. J’ai tué papa parce qu’il était un obstacle à mon épanouissement. Il ne voulait pas accepter de te partager ; que pouvais-je faire d’autre sinon l’éliminer ?
- Mais, je suis ta mère, Abel !
- Non, plus maintenant, femme. Désormais, tu es ma femme et moi, ton mari, lâcha-t-il, d’un air cynique.
Aussitôt, sa mère éclata en sanglots, le suppliant de renoncer à cette entreprise incestueuse.
- Tes larmes n’y changeront rien, femme. Que puis-je contre le destin alors que je suis né pour accomplir ma mission à moi ? C’est père lui-même qui l’a dit. Alors, pourquoi t’opposes-tu à la volonté du Ciel ? Tout est écrit dans les sons. Le passé, le présent et le futur de l’homme. Un homme qui ne sait pas entendre ne peut écouter les conseils que la vie nous prodigue à chaque instant. Seul celui qui écoute le bruit du présent, peut prendre la décision juste. Et moi, j’entends la voix du destin qui m’appelle. Comporte-toi en partenaire plutôt qu’en adversaire, au risque d’en perdre la vie toi aussi.
Plus qu’un conseil, la mère prit les propos de son fils comme une menace. C’est pourquoi, elle accepta malgré elle, de jouer le nouveau rôle qui était le sien.
Dorénavant, elle était l’animatrice des nuits de son mari de fils. Elle satisfaisait ses fantasmes les plus obscurs. Elle l’emportait dans les soubresauts les plus délabrés de l’amour incestueux comme autrefois dans les rêves de ce dernier. N’était-ce pas cela vivre, pour lui ? N’était-ce pas cela s’accomplir ?

Au début, malgré son acceptation tacite, sa mère tenta à plusieurs reprises de s’enfuir. Mais toutes ces fois, elle fut rattrapée puis traînée à la maison sans ménagement.
- La prochaine fois que tu essaieras de t’enfuir, c’est morte que je te ramènerai, l’avait-il menacée après sa dernière tentative.
Elle finit donc par s’assagir et à se comporter en femme soumise. Etait-ce de la résignation ou avait-elle fini par aimer son fils comme son mari ?
Abel redoubla d’ardeur au travail pour mériter son amour et sa confiance. Et le
« bonheur » s’installa dans leur maison.
Mais voilà qu’un jour, la fatalité entreprit une nouvelle fois de jouer sa partition dans ce mélodrame à suspense.
En effet, alors qu’Abel s’était rendu à la plantation comme à l’accoutumée, sa femme abandonna le domicile conjugal et disparut dans la nature. Cette fois, elle avait tellement bien préparé son escapade qu’il lui fut impossible de la retrouver malgré tous ses efforts.
Il fut alors envahi par un sentiment de peur panique. La peur d’avoir à vivre seul, sans aucun soutien ni repère. La peur de voir se fondre dans la nuit comme un voleur, l’image de la femme aimée. La peur de voir ricocher sur ses tympans exténués, l’écho de sa propre voix. La peur d’avoir à dormir seul dans cette chambre où l’image de la femme aimée errait comme une âme damnée. Comment imaginer la vie sans elle ?
Le tourbillon de trouble qui l’emporta était violent et son désespoir s’étalait comme un désert de sable brûlant. Le vent, complice de cette évasion sifflait à son oreille une mièvre et hypocrite chanson qui bourdonna dans sa tête comme une sentence. Incapable de supporter le poids de ce terrible ressentiment, il s’effondra au milieu de la cour et éclata en sanglots.
Cette nuit-là, le pauvre Abel eut un sommeil des plus troublés. La peur de la solitude se transforma en cauchemars épouvantables si bien qu’au réveil, il avait une mine triste et défaite. Qu’allait-il devenir, seul au milieu de cette jungle ?
Pour trouver un indice quant à la destination de sa femme, il décida de fouiller dans ses affaires. Cette entreprise se trouva fort bénéfique dans la mesure où il y découvrit une feuille sur laquelle elle avait dessiné une route. Quand il l’eut parcourue, une décharge électrique traversa son cœur. L’image de la grand-route lui apparut alors dans tout son mystère.
Sa femme lui demandait de prendre la grand-route s’il tenait à la retrouver. Aller à la rencontre des hommes que son père avait fuis, telle était l’épreuve à laquelle elle le soumettait. Rien qu’à y penser, il en avait la chair de poule.
Ces hommes si méchants. Ces hommes sans patience. Ces hommes sans cœurs, friands de plaisirs souillés.
Ces hommes-hyènes. Ces hommes-hiboux. Ces hommes qui ne sont pas des hommes. Ces hommes qui ne sont ni hommes ni animaux. Ces hommes qui, à force de manger des animaux sont devenus eux-mêmes des animaux : des panthères, des hyènes, des hiboux, des chauves-souris, des loups qui se dévorent entre eux, pour le plaisir de la force, pour le plaisir du pouvoir. Saurait-il résister à tant de sadisme et de cruauté ? Il lui fallait pourtant partir. C’était une nécessité vitale.
Dans la vie de tout homme, il arrive des moments où partir s’impose comme la seule et unique alternative, le but final sans lequel la vie devient une terrible désillusion. L’adage ne dit-il pas que les gens arrivent toujours à l’heure exacte là où ils sont attendus ?

Pendant une semaine, Abel prépara son voyage. Il mit de l’ordre dans la maison en donnant une place précise à chaque objet en fonction de sa valeur sentimentale.
La dernière nuit qu’il passa dans la maison fut peuplée de cauchemars. Au cours d’un de ces rêves, il avait rencontré sa femme. Elle cherchait à se dissimuler dans la pénombre. Il l’interpella et se mit à lui parler à voix basse :
- Il y a longtemps que tu es partie, femme. Pourquoi as-tu fui comme un voleur en pleine nuit ? Pourquoi ne me reviens-tu pas ? Je souffre terriblement de ton absence. Tu es partie en me laissant juste une ombre diffuse et insaisissable. Mon sommeil est devenu si lourd et si entrecoupé de cauchemars qu’il me détruit chaque jour davantage. Tu es partie avec une partie de ma vie. Tu as confisqué mon âme et détruit tous mes rêves. Reviens-moi, je t’en supplie. Rends-moi mon âme et ma dignité d’homme. Pourquoi fuis-tu le bonheur et l’amour que je t’ai si généreusement offerts ? Pourquoi vas-tu à la mort alors que je t’offre la vie ?
Au lieu de lui répondre, elle se contenta juste d’un sourire énigmatique. Puis, de sa main de velours, elle lui fit signe de la suivre. Il s’exécuta sans se faire prier. Mais au fur et à mesure qu’il avançait, elle reculait. Puis tout à coup, il vit un aigle royal sortir du néant, et de ses griffes puissantes, l’enlever. Il courut de toutes ses forces pour essayer de la délivrer, mais il était trop tard. L’aigle avait déjà pris son envol et petit à petit, disparut dans le lointain.

Le jour n’était pas encore totalement levé quand Abel se réveilla. Il scella son âne, prit quelques provisions et partit en direction de la grand-route, à la rencontre de son destin.
Il ne se retourna même pas pour regarder une dernière fois le logis natal. A quoi bon ? L’avenir était ailleurs, quelque part là-bas derrière les buissons de l’incertitude…

Y A-T-IL UN MOMENT PROPICE POUR ECRIRE ?

Publié le 01/01/2008 à 12:00 par ndahfranc
Y A-T-IL UN MOMENT PROPICE POUR ECRIRE ?

Voici une question que les écrivains débutants aiment poser à leurs devanciers. Souvent, en la posant, ils s’appuient sur le fait que, l’écriture étant une profession secondaire, celui qui la pratique le fait au détriment de sa vraie profession ; ce qui le soumet certainement à d’énormes contraintes temporelles. Mais pour moi, la question ne se pose pas en ces termes étant donné que lorsque l’on pratique plusieurs activités, la moindre des choses, c’est de savoir s’organiser. Je souhaiterais donc que la question soit plutôt formulée de la façon suivante : y a-t-il un moment, une période, qui soit plus propice à la création littéraire ?
L’activité d’écriture est d’abord et avant tout une activité technique qui nécessite un travail préliminaire de repérage et de conception. C’est ce que j’ai appelé dans l’un des « cahiers de l’écrivain débutant », la conception du projet d’écriture. Cette activité qui est purement technique comme je l’ai souligné, peut se faire à n’importe quel moment et durer en fonction de l’emploi du temps de l’écrivain et de la complexité du scénario. Mais une fois cela fait, commence véritablement le « calvaire » de l’écrivain. J’utilise à dessein le terme « calvaire » parce que c’est un moment exceptionnel où l’écrivain se coupera du reste du monde pour créer son monde à lui. Un monde où il vivra le destin de chaque personnage sans toutefois oublier d’être lui-même. Des sentiments aussi contradictoires les uns que les autres se bousculeront dans son cœur. Des émotions aussi diverses que variées l’étreindront. Il passera de l’amour à la haine, de l’innocence à la culpabilité, de l’état d’homme à celui de femme, de la vie à la mort. Il doit savoir écouter le cœur du peuple, décrypter les sanglots de l’amant trahi ou de l’orphelin abandonné. Il doit être capable de faire fonctionner tous ses sens y compris surtout ceux qui n’existent pas ou plutôt ne sont pas développés chez le commun des mortels. C’est là justement qu’intervient la question de l’opportunité du moment de l’écriture. La description d’un lieu, réel ou imaginaire, fait appel à l’imagination et au souvenir. Il n’en est pas de même des sentiments ni des émotions. On ne peut imaginer un sentiment encore moins une émotion ; il faut les vivre, les éprouver. Si vous êtes un auteur de sexe masculin, comment pourriez-vous imaginer la douleur d’une mère qui vient de perdre son fils unique ? Comment, tout modeste citoyen que vous êtes, pourriez-vous imaginer la tristesse d’un dictateur qui vient de perdre son trône à la suite d’un coup d’Etat ? Vous comprenez pourquoi des auteurs peuvent mettre des années pour écrire une seule œuvre. Tant qu’ils n’ont pas su se mettre sur le même diapason que le sentiment ou l’émotion en question, ils seront incapables de les retranscrire. Là est le véritable enjeu de l’écriture. La plupart des écrivains, laissent des trous dans le texte dans l’espoir de les remplir par la suite. Ils peuvent attendre longtemps, jusqu’à ce qu’un jour, au hasard d’une situation, ils découvrent la vérité. Souvent, c’est pendant les moments de grande solitude, de tristesse et de désespoir, que la lumière apparaît. Ils n’ont pas besoin de forcer, les mots semblent s’écrire d’eux-mêmes et le style est d’une telle profondeur qu’aucun critique ne peut l’expliquer. L’écrivain lui-même a du mal à rééditer l’exploit. Il est surpris de savoir que ces pages sublimes ont été écrites par lui.
Dans le passé, on disait que l’écrivain et surtout le poète avaient des dons surnaturels qui leur permettaient d’entrer en contact avec les différentes déesses des arts appelées Muses. Et aujourd’hui encore, certains auteurs sont de cet avis. Ils pensent que le bon écrivain, c’est celui qui, grâce à la méditation, sait entrer en contact avec les Muses qui lui donnent l’inspiration dont il a besoin pour exercer son art. En attendant que nous, écrivains débutants, sachions écouter la voix du silence, mettons à profit nos moments de grande solitude et de tristesse pour écrire. Pour le reste, chacun devra cultiver sa sensibilité afin d’établir un lien permanent entre les Muses et lui. Le succès de nos différentes carrières en dépend.

L'AMOUR EN HERITAGE (Roman inédit) Chapitre 9

Publié le 31/12/2007 à 12:00 par ndahfranc
Trois jours étaient passés depuis le retour de Will d’Accra. Pour changer un peu, il était allé faire un tour à son restaurant tandis que Charlotte avait opté pour le shopping. C’est justement au moment où elle revenait du supermarché qu’elle fut accostée par le concierge devant l’ascenseur. Ce dernier, avec sa bonne humeur habituelle, lui fit la conversation.
- Alors ? M. Pokou et vous partez en vacances ?
- Oh, ça ! j’en doute.
- Oh ! Est-ce que M. Pokou a apprécié son voyage ?
- Mais, quel voyage ?
- Celui d’hier !
- Ah ! j’appellerai pas ça vraiment un voyage.
- Oh ! pas pour vous, mais moi, je suis jamais allé hors du pays. C’est étonnant comme je connais peu mon pays, à fortiori les pays limitrophes. Mes ancêtres viennent du Ghana et ce serait avec plaisir que je découvrirais ce pays.

C’est la rage au cœur que Charlotte rejoignit Will qui était rentré quelques instants plus tôt. Il s’affairait autour de l’arbre de Noël.
- C’est bien comme ça ? lui lança-t-il dès qu’il l’aperçut.
- Pas très bien… Qu’est-ce que tu es allé faire au Ghana ?
- J’avais rendez-vous avec un spécialiste du cœur. Il accepte de t’opérer.
- Tu sais que c’est exactement ce que je ne voulais pas que tu fasses. Tu es allé le faire derrière mon dos. Tu m’as menti et nous avions pourtant parlé.
- Arrête ! s’il te plaît ! hurla Will, dépité.
- Nous avions parlé de tout ça !
- Arrête ! Tu ne veux pas mourir ! Tu veux vivre !
- Tu crois que je n’ai pas réfléchi à ça, de multiples fois ? Je ne veux donner espoir à personne puisqu’il n’y en a aucun.
- Pourquoi pas ? On a peut-être besoin d’espoir. Peut-être ai-je besoin de savoir que j’ai fait tout ce que je pouvais ! Il est possible que ça marche.
Charlotte, sans dire un mot de plus, se retira sur le balcon, triste et abattue. Will l’y rejoignit et prit place à côté d’elle.
- Qu’est-ce que je ferais, Will, si tu n’étais pas là ? Qu’est-ce que je serais devenue ? Hein ! C’est vrai !
- Tu n’as pas à t’inquiéter pour ça.
Puis, il lui prit la main.
- Je ferais ce qu’il faudra que je fasse. Je déchirerais ces papiers et je dirais au médecin… Je ferai ce que tu voudras. Parce que je le veux vraiment ; je ne veux pas te quitter, termina-t-elle en sanglotant.
- Non…
- Jamais.
- Non.
Il la serra dans ses bras.
- Je veux te montrer quelque chose, dit-elle au bout d’un moment.
Elle ouvrit alors son sac à main et en sortit une feuille qu’elle lui tendit.
- C’est le papier que j’ai signé.
- C’est vraiment, vraiment bien !
- Quoi ?
Il la prit par la main et l’entraîna dans son bureau.
- C’est… Regarde, c’est aussi parfait que si ça avait été toi ! poursuivit-il en lui montrant une autre feuille qu’il sortit de son tiroir.
- Non, mais, t’as pas fait ça ?
- Si, je l’ai fait.
- Oh ! c’est pas vrai ! Des fausses ?
- Oui, j’ai fait de fausses attestations. Le médecin voulait une attestation signée de ta main avant d’accepter de t’opérer. Alors, j’ai imité ta signature. J’ai fait tout ça… des tas d’exemplaires.
- Oh !
- C’est moi, pour toi.
- Oh ! c’est pas possible ! rit-elle, au lieu d’être offusquée.
Ils s’embrassèrent, complices, convaincus qu’à deux, ils avaient plus de chance de vaincre la mort et le destin… (A suivre)

FAISONS LE BILAN DE L’ANNEE ECOULEE

Publié le 31/12/2007 à 12:00 par ndahfranc
Voici à ce sujet un petit conseil de Paulo Coelho, extrait de son œuvre Maktub.

C’était la veille de Noël. Le voyageur et sa femme dînaient dans l’unique restaurant d’un village des Pyrénées, et ils faisaient le bilan de l’année sur le point de se terminer. Le voyageur se mit à déplorer un évènement qui ne s’était pas déroulé comme il l’aurait souhaité.
Sa femme regardait fixement le sapin de Noël qui décorait le restaurant. Le voyageur songea qu’elle ne semblait guère intéressée par la conversation, et il changea de sujet :
« Les décorations de cet arbre sont très jolies, remarqua-t-il.
- C’est vrai, répondit-elle. Mais si tu observes bien, au milieu de ces dizaines d’ampoules, il y en a une de grillée. Il me semble que, au lieu de considérer les innombrables bénédictions qui ont illuminées l’année passée, tu fixes ton regard sur la seule ampoule qui n’a rien éclairé du tout. »

COMMENTAIRES
Faisons le bilan de notre année de manière à ce que la force de Dieu nous habite et nous donne le courage d’avancer et non en nous culpabilisant et nous accablant de tous les péchés d’Israël. Savoir reconnaître toutes les grâces dont Dieu nous a comblés et l’en remercier, voilà le vrai sens du mot BILAN.
Bonne et heureuse année à tous et à toutes
.

LES MYSTERES DU LIVRE ROUGE

Publié le 30/12/2007 à 12:00 par ndahfranc
Mon hospitalisation dura trois jours pendant lesquels je n’arrivais pas à me départir de cette culpabilité morbide qui me rongeait.
Néanmoins, je fus autorisé à quitter l’hôpital mais avec obligation de consulter un spécialiste en psychiatrie dans les meilleurs délais.
Trois jours après ma sortie, je me présentai donc au service du docteur Lepetit. « Il fait des miracles, celui-là », m’avait-on rassuré.
Il me reçut avec une telle simplicité que je placai aussitôt toute ma confiance en lui.
- Le Bon Combat est mené parce que sans lui, notre vie n’a pas de sens. Et c’est d’abord un combat intérieur avant d’être physique, matériel. Ce combat est important en ce sens qu’il nous permet de réaliser nos rêves. Car, qu’est-ce qu’une vie sans rêves ? Sans cette ambition légitime d’aspirer au succès, au bonheur ? Mais, que serait ce bonheur, ce succès si nous ne luttons pas pour les obtenir ? Rien de plus que des passions éphémères qui nous montreront rapidement nos propres limites à les conserver. Voilà pourquoi il importe de forger d’abord dans sa tête, l’esprit de persévérance, d’abnégation et de courage. Mais attention, être persévérant, dévoué et courageux ne conduit pas forcément au succès ni au bonheur. Il faut se connaître d’abord soi-même, c’est-à-dire, avoir une idée claire et précise de ses propres capacités aussi bien intellectuelles, morales que physiques. Sinon, on trouvera que nos rêves sont infantiles, difficiles à réaliser, ou tout simplement, le fruit de notre méconnaissance des réalités de la vie. Ainsi, par notre méconnaissance de nous-mêmes, nous tuons nos rêves (pourtant notre seule raison de vivre) qui finissent par pourrir et infestent toute notre atmosphère. Nous cherchons alors des boucs-émissaires autour de nous. Nous accusons tel ou tel parent d’avoir refusé de nous aider, ou tel professeur d’être trop sévère envers nous, ou tout simplement le système d’avoir programmé et planifié notre échec. Mais, au fil du temps, nous prenons conscience de notre part de responsabilité dans notre échec. Nous devenons alors intransigeants et cruels envers nous-mêmes. Nous nous imposons dès lors des punitions parfois arbitraires qui nous conduisent inévitablement vers la souffrance et les psychoses. Si rien n’est fait, alors, on court tout droit vers la catastrophe. Et un beau jour, sans raison apparente, la mort nous apparaît comme la seule voie pour échapper au doute…
Après cette première prise de contact avec le docteur Lepetit, je fus conforté dans ma conviction que je devais tourner cette triste page de ma vie afin de repartir sur de nouvelles bases ; avec une âme et une conscience nouvelles, lavées de toutes les impuretés et affections mentales. J’espérais de tout mon cœur et de toute mon âme que cet accident marquerait le début d’une espérance nouvelle. Voilà pourquoi je m’efforçais chaque jour d’enterrer dans la conscience de l’oubli ce passé sordide et rancunier dont la voix, comme le coup de cymbale qui sonne le début de l’exécution capitale, faisait souvent tressaillir mon âme d’horreur.
Dans le centre du docteur Lepetit, j’avais croisé d’autres damnés de mon acabit, souvent dans un état pire que le mien. Ils portaient sur leurs dos courbés par la misère, des haillons d’espérance. Les rêves qu’ils portaient en bandoulière comme de vieux sacs rapiécés avaient pris la couleur macabre de l’incertitude. Mais ce qui m’étonnait chez la plupart d’entre eux et me fascinait tout à la fois, c’était le désir farouche qu’ils manifestaient d’échapper à leurs tragiques destins. Comme si cela eut pu encore être possible.
J’avais appris au fil des jours à les connaître ; à écouter leurs histoires pitoyables ; à partager leurs frustrations et impuissances ; à caresser leurs rêves ridicules et inaccessibles.
Un de ces damnés de la terre attira cependant mon attention à cause de son attitude tout à fait singulière. C’était un monsieur de petite taille, aux mouvements saccadés et brusques. Il se tenait toujours à l’écart des autres pensionnaires et ne parlait pratiquement jamais avec personne. Il n’était pas vieux mais portait élégamment des cheveux blancs qui avaient visiblement blanchi avant l’âge. Il avait de petits yeux brillants qui une fois posés sur vous, avaient l’extraordinaire pouvoir de scanner votre âme. Et le sourire qu’il affichait après une telle analyse en disait long sur le diagnostic qu’il avait posé. Il remuait alors la tête comme pour marquer sa déception et s’en allait s’asseoir sur un de ces bancs en béton, de l’autre côté du jardin. Puis, il sortait de la poche de son veston en cuir noir, un petit livre à la couverture rouge dans lequel il plongeait aussitôt son regard avide, mu par une irrésistible envie. Il déchiffrait alors avec une attention joyeuse et presque maladive, le message qui s’y cachait.
J’étais fasciné par le pouvoir que ce livre exerçait sur lui. Il le plongeait dans une extase sublime. On eut dit qu’il le transportait dans un univers de profonde gaieté et de tranquillité.
Au fil des jours, je me laissai persuader que ce livre contenait la solution à mon problème. Il me fallait donc le lire moi aussi.
Cette obsession presque maladive conditionna mon séjour dans le centre du docteur Lepetit. M’approprier cette œuvre, telle était désormais mon ambition.
Je cherchai d’abord à en découvrir le titre ainsi que le nom de son auteur. Après quelques jours d’espionnage, ma curiosité fut enfin satisfaite. L’œuvre en question s’intitulait : QUI ÊTES-VOUS ? et avait pour auteur le docteur Lepetit en personne.
Cette découverte me rassura, car j’étais à présent sûr de pouvoir rentrer en possession de ce livre dont j’avais le sentiment à présent que ma vie dépendait.
Mais, les mêmes interrogations continuaient toujours de me harceler. Que pouvait-il contenir de si intéressant pour que ce type lui accordât une telle attention ? A vrai dire, c’était cette énigme qui me fascinait le plus. La percer, apparaissait dorénavant comme une ambition légitime que je devais réaliser. Peut-être alors me disais-je, découvrirais-je enfin le nouveau sens de ma vie, celui qui mettrait fin à toutes mes angoisses…
Quelques jours après ma fascinante découverte, il se passa pourtant quelque chose d’étrange au centre psychiatrique et qui faillit bouleverser toutes mes certitudes. En effet, l’homme qui était devenu depuis peu la cible privilégiée de ma curiosité avait disparu. Et cela ne semblait inquiéter personne, sauf moi, bien entendu. Troublé, je me précipitai dans le bureau du docteur Lepetit afin de l’informer de la situation.
- Docteur, le vieil homme n’est plus là.
- De qui parlez-vous ?
- L’homme qui se tenait toujours à l’écart pour lire le livre à la couverture rouge.
- Ah ! vous voulez parler de monsieur Nanguess ? Ne vous inquiétez pas pour lui. Peut-être son tour est-il enfin arrivé. Enfin, je l’espère.
- Son tour de faire quoi, docteur ?
- Ne vous inquiétez surtout pas, monsieur Nanguess sait ce qu’il fait.
Je trouvai la réponse du docteur Lepetit aussi énigmatique que suspecte. Que cherchait-on à cacher ? Non, je ne pouvais pas me contenter d’une telle réponse. Et si le livre rouge y était pour quelque chose ?
Toutes ces questions se bousculaient dans ma tête, rendant le mystère autour du vieil homme et de son livre encore plus impénétrable.
Cependant, je renouai quelques jours plus tard avec l’espoir de dénouer cette énigme, puisque je retrouvai le livre rouge dans la petite bibliothèque du bureau du docteur Lepetit.
- Docteur, puis-je vous emprunter le livre à la couverture rouge ?
- Celui qu’aimait tant lire monsieur Nanguess ? Il le trouvait tellement fascinant.
- Oui, docteur. Dites docteur, vous n’avez pas encore eu de ses nouvelles ?
Il ébaucha un sourire confiant mais qui était loin de me rassurer.
- Il va très bien, vous pouvez me croire. M. Nanguess a subi un traumatisme important après son suicide manqué. Et ce livre que je lui ai prêté volontiers lui a permis de retrouver le bon pied pour repartir sur de nouvelles bases.
- Il a essayé lui aussi de se suicider ?
- Mais grâce à ce livre, il a pu s’en sortir. Je crois que vous devriez vous aussi le lire. Je suis sûr qu’il vous ferait énormément de bien.
Je pris donc congé du docteur Lepetit avec entre mes mains, le livre rouge. Sa présence accrut davantage mes appréhensions au lieu de les apaiser. Car, ignorant ce qui était arrivé à monsieur Nanguess, j’avais peur de me laisser embarquer dans une aventure dont j’ignorais toutes les conséquences.
Dès que je rentrai chez moi, je pris un bain réparateur, dînai sans appétit avant de m’enfermer dans ma chambre.
Couché dans mon lit, je laissai évader mes pensées afin de faire le vide dans ma tête. C’était un exercice important qui me permettait de me relaxer avant de faire le point de ma journée. Quand j’eus fini, avec une émotion bizarre, je m’emparai du livre rouge et l’ouvris à la première page. Mais mystère !
Aucun mot n’y figurait. Pas plus que sur la page suivante ni sur toutes les autres d’ailleurs.
Le livre rouge ne comportait aucun mot, aucune phrase, aucun paragraphe… Il était vierge comme la conscience d’un nouveau-né ; sans émotion ni souvenir.
Le trouble qui s’empara alors de moi était immense. J’avais du mal à comprendre ce qui se passait. Etait-ce moi qui devenais fou ou le livre était-il vraiment vierge ? S’il était vierge, comment comprendre que le docteur Lepetit pût le prêter et en dire tellement de bien ? Il y avait bien quelque chose qui clochait…
Cette nuit-là fut la plus épouvantable depuis mon accident. Incapable de trouver le sommeil, j’avais la sensation d’entendre des voix confuses essayer de me donner des explications par rapport à tout ce qui m’arrivait. Ce n’est que très tard dans la nuit qu’un sommeil assez léger vint mettre fin à mon supplice.
Tôt le matin, je me précipitai au centre psychiatrique pour rencontrer le docteur Lepetit afin d’avoir des explications sur ma mésaventure.
Quand je lui eus tout expliqué dans les détails, il prit subitement un air inquiet avant de me demander :
- Qu’est-ce que vous dites ? Donnez-moi ce livre.
Après l’avoir ouvert, il poursuivit :
- Ou vous avez des problèmes de vision ou vous ne savez pas lire.
Je lui arrachai littéralement le livre des mains pour voir si réellement il contenait quelque chose comme le laissait supposer sa réponse. Mais je ne découvris rien. Ni mots, ni phrases. Rien du tout.
- Mais, docteur, il n’y a rien dans ce livre !
- Dites plutôt que vous ne voyez rien dans ce livre.
- Et quelle est la différence ?
- La différence, c’est qu’il y est bien écrit quelque chose, sauf que vous, vous ne le voyez pas. Et c’est bien dommage.
Le trouble qui s’empara de moi était indescriptible. A présent, j’étais sûr d’être vraiment devenu fou. J’eus une subite envie de pleurer.
- Docteur, dites-moi comment m’y prendre, s’il vous plaît.
Il sourit.
- Ce livre ne se lit pas avec les yeux. Lisez-le plutôt avec votre esprit et vous verrez.
En prenant congé du docteur Lepetit, j’étais décidé à percer le mystère de cette œuvre. Toute ma vie à présent semblait en dépendre.
Pourtant, au bout de quatre jours, je n’y étais pas encore arrivé. Néanmoins, je ne voulais pas me laisser gagner par le doute ni le découragement.
Le docteur Lepetit me conseilla des exercices spirituels afin de mettre mon esprit dans des conditions optimales de réceptivité.
Un soir, je me livrai à un exercice de concentration que j’appris au Centre-même.
Juste après, je m’emparai à nouveau du livre et l’ouvris à la première page. Mais, elle était toute blanche. Cependant, j’étais persuadé qu’elle contenait bien des mots et des phrases si bien que je refusai d’en retirer mon regard.
Après quelques minutes de cet exercice, une voix confuse commença à retentir dans mon esprit. L’instant d’après, elle était devenue nette et audible. Et j’avais l’intime conviction que les phrases qu’elle prononçait étaient bien celles que contenait la première page du livre. Je tournai cette page, puis la deuxième…
Je lisais les pages du livre rouge non avec les yeux mais bien avec mon esprit. Et au fur et à mesure que je les tournais, je sentais une joie intense et sublime irradier tout mon corps et mon âme. C’était tout simplement fabuleux !
Je venais ainsi de percer le mystère du livre rouge…
Des jours durant, je m’adonnai à la lecture de cette œuvre magnifique, sous toutes ses nuances. Ainsi, j’en appris énormément sur les différents aspects de la vie.
Puis, un jour, quand je me sentis prêt, je partis, avec entre les mains, cet immense trésor…

COMMENT DETECTER EN SOI LA GRAINE D’ECRIVAIN ?

Publié le 29/12/2007 à 12:00 par ndahfranc
Cette petite causerie du jour, non pas pour décourager tous ceux qui aspirent à l’écriture pour diverses raisons, mais pour renforcer au contraire en chacun la foi qu’on peut y arriver parce qu’on a en soi ce petit quelque chose qui nous prédispose à la profession.
Récemment, Régina Yaou affirmait que pour elle, écrire, était une question de don divin. Je n’irai pas moi, jusqu’à parler de don divin même si tout don par essence est quelque chose de divin, mais je parlerai plutôt de talent, de prédisposition.
Oui, la prédisposition, le talent, est quelque chose d’inné, de latent en soi et qu’il faut développer. Dans le domaine de l’écriture, tout commence par un appel, parfois irrésistible d’on ne sait quoi. Quelque chose qui se manifeste comme un manque tant qu’on n’y a pas cédé. On peut y résister pendant des années, par peur de l’inconnu ou par manque de temps mais on finit tôt ou tard par y céder. Au début, la peur vient du fait qu’on croit qu’on n’a rien à dire, puis par la suite parce qu’on a trop de choses à dire et enfin parce qu’on se croit incapable de dire toutes ces choses qui bouillonnent au fond de nous. Ces moments sont parfois des périodes de profonde remise en cause, de recueillement et de méditation. Sans s’en rendre compte, je dirais, à son corps défendant, on se surprend à gribouiller des choses auxquelles parfois on ne comprend rien. Mais ce besoin d’écrire ou plutôt l’acte d’écrire ressemble plus à une thérapie qu’à autre chose. Chaque mot qu’on écrit, chaque phrase qu’on construit, nous soulage d’un mal inconnu. Puis, on a le sentiment que chaque page produite est une infime partie d’un tout immense, comme un puzzle qu’on cherche à reconstituer.
La deuxième chose qui permet de détecter en nous la graine d’écrivain, c’est cet élan de curiosité qui nous pousse à la découverte de l’écriture. On apprend à aimer les belles lettres, à en savourer les émotions. Notre âme apprend à s’harmoniser avec les différentes vibrations qu’elles émettent. C’est le moment où l’écrivain cherche sa voie, celle qui correspond au mieux à son tempérament. Il cherche à établir des affinités entre lui et d’autres écrivains qui répondent au niveau du style et du genre pratiqué à ses attentes. C’est le moment où il choisit son premier maître, celui qui l’accompagnera dans ce début de carrière. Il cherchera à écrire comme lui, à l’imiter. Ce moment de balbutiement durera de longues années pendant lesquelles l’écrivain débutant réalisera une banque de textes aussi divers que variés, certains plus réussis que d’autres.
Enfin vient le moment de la grande décision après un bilan des plus objectifs. Si l’on a su écouter la voix de son cœur, si l’on a su se laisser dompter, si l’on a su se laisser engrosser, alors, il n’y a qu’une seule alternative, retrousser ses manches, s’armer de courage et de persévérance et se jeter dans cette jungle impitoyable où le succès et la renommée fuiront toujours un peu plus loin de vous. Bien souvent, le découragement sera au rendez-vous, mais l’amour de l’écriture sera toujours le plus fort. A défaut d’être édité, on prendra plaisir à se lire soi-même, ou à se faire lire par nos proches qui nous aideront par leurs encouragements et leurs soutiens. Au fur et à mesure que le temps passera, comme un fruit, on atteindra la maturité. Dès lors, l’écrivain ne s’appartient plus, mais il devient un bien collectif et social.
Ce cheminement, bien souvent, se déroule à notre insu, sans qu’on y prête attention. Mais c’est un cheminement classique, identique dans tous les domaines artistiques. Ceux qui y échappent ne comprennent pas très souvent pourquoi leur succès n’a duré que le temps d’un feu de paille. Bonne et heureuse année à vous, dompteurs de mots et d’émotions !

LE PROPHETE DE KAHLIL GIBRAN, mon livre préféré.

Publié le 28/12/2007 à 12:00 par ndahfranc

Ce livre est mon livre de chevet préféré. C’est le trésor dans lequel je puise ma foi et mon espérance en la vie. Un visiteur du blog me demandait récemment comment faire pour trouver le véritable sens de la vie ?
Peut-on vraiment dire que la vie a un véritable sens ? Un seul et unique sens sans lequel on aurait vécu inutilement ?
En lisant et méditant LE PROPHETE de Kahlil Gibran, vous comprendrez que non. La vie est un cheminement, une école où nous apprenons à nous connaître pour comprendre le dessein de Dieu. A ce sujet, je voudrais soumettre à votre sagacité, deux textes extraits de cette œuvre magnifique.

PREMEIER TEXTE :

Une femme parla, disant, qu’est-ce que la douleur ?
Et il dit :
Les souffrances sont les déchirures par lesquelles les germes de votre compréhension percent leur enveloppe.
Et tout comme il faut inévitablement que le noyau du fruit se casse pour que le cœur puisse mûrir au soleil, ainsi devez-vous connaître la douleur.
Tâchez de maintenir votre cœur dans l’émerveillement des miracles quotidiens de la vie et vos douleurs vous apparaîtront aussi dignes d’émerveillement que vos joies ;
Vous saurez vous soumettre sans difficulté aux saisons du cœur, comme on règle sa vie sur le passage des saisons.
Et vous resterez alertes et sereins aux hivers de votre tristesse.
Vos souffrances sont en grandes parties infligées par vous-mêmes.
Elles sont ce remède amer par lequel le médecin qui est en vous soigne le malade en vous.
Aussi accordez votre confiance à ce médecin, et buvez son remède en toute quiétude et sans vous plaindre ;
Bien qu’elle vous paraisse brutale et sans ménagement, sa main est guidée par la main bienveillante de l’Invisible.
Et si elle brûle vos lèvres, la coupe qu’il vous tend, n’en a pas moins été façonnée par le Potier lui-même, d’une argile détrempée de Ses larmes sacrées.


DEUXIEME TEXTE :

Almitra dit : Parle-nous en premier lieu de l’Amour. Il leva la tête et regarda tous ceux qui étaient devant lui, et tous retenaient leur souffle. Et, d’une voix forte, il dit :

Lorsque l’Amour vous fait signe, suivez-le,
Bien que ses voies soient abruptes et escarpées.
Et lorsque ses ailes vous enveloppent, abandonnez-vous à lui,
Quoiqu’il ait un dard acéré caché parmi ses plumes, qui pourrait vous blesser.
Et s’il vous adresse la parole, croyez en lui,
Bien que de sa voix il puisse fracasser vos rêves, comme le vent du Nord dévaste le jardin.
Car autant l’Amour sait vous couronner, autant il sait vous crucifier. Alors même qu’il vous aide à grandir, il vous dépouille.
Alors même qu’il s’élève au plus haut de vous-mêmes et caresse les plus tendres de vos branches qui ondoient dans le soleil,
Il s’enfonce au plus profond de vos racines pour vous ébranler dans vos assises.
Comme des gerbes de blé que l’on moissonne, il vous rassemble en lui-même.
Il vous bat au fléau pour vous mettre à nu.
Il vous passe au crible pour vous libérer de votre enveloppe.
Il vous moud à la meule jusqu’à la blancheur.
Il vous pétrit pour vous assouplir.
Puis il vous soumet à son feu sacré, afin que vous puissiez devenir le pain sacré du festin vénérable de Dieu.
Voilà tout ce que l’Amour vous fera subir afin de vous faire connaître les secrets de votre cœur, et devenir, en cette connaissance, un éclat du cœur de la Vie.

Mais si vous n’osez pas et ne cherchez de l’Amour que la paix et les plaisirs,
Alors il vous serait préférable de ne pas dévoiler votre nudité et de fuir, quand l’Amour fait son battage,
Vers un monde sans saisons où vous pourrez encore rire aux éclats, et où vous pourrez encore pleurer, mais non pas de toutes vos larmes.

L’Amour ne donne que lui-même et ne prend rien qu’en lui-même.
L’Amour ne possède personne et ne peut être possédé,
Car l’Amour se suffit amplement de l’Amour.
Lorsque vous aimez, vous ne devez pas dire :
« Dieu est dans mon cœur », mais plutôt : « Je suis dans le cœur de Dieu. »

Et ne croyez pas que vous pouvez diriger les voies de l’Amour, car c’est l’Amour, s’il juge que vous le méritez, qui dirigera votre cœur.
L’Amour n’aspire qu’à s’épanouir pleinement.
Si vous aimez et devez éprouver des désirs, faites que ces désirs soient vôtres :
Vous fondre en ce ruisseau onduleux qui chante une mélodie à la nuit.
Eprouver la douleur d’un débordement de tendresse.
Porter la blessure qui n’est due qu’à votre incompréhension de l’Amour,
Et en laisser couler le sang joyeusement.
Vous réveiller à l’aube avec un cœur ailé et rendre grâce pour cette nouvelle journée où il vous est permis d’aimer ;
Méditer ensuite sur l’extase de l’Amour en faisant la méridienne ;
Et revenir chez vous au crépuscule rempli de gratitude ;
Enfin, vous endormir avec en votre cœur une prière pour l’être aimé et sur vos lèvres un chant de louanges.


En cette fin d’année, je voudrais que chacun puisse tremper son âme dans le ruisseau de ces vers pleins de poésie et de sagesse.

LE STYLE D'UN AUTEUR ? PARLONS-EN.

Publié le 27/12/2007 à 12:00 par ndahfranc
PARLONS DE STYLE

Certains auteurs débutants ne comprennent pas toujours ce que signifie le style d’un auteur. Permettez-moi donc de vous entretenir ce jour sur la notion de style.
Le style, d’après le dictionnaire HACHETTE, c’est la manière d’utiliser les moyens d’expression du langage, propre à un auteur, à un genre littéraire, etc. Style clair, précis, élégant ; obscur, ampoulé. Style burlesque, oratoire, lyrique. Style administratif, juridique. C’est aussi une manière de s’exprimer agréable et originale. Orateur qui tourne ses phrases avec style.
Comme vous le voyez, le style est d’abord et avant tout une manière agréable de parler et d’écrire. Cela suppose que l’écrivain a un vocabulaire dense comprenant des formules idiomatiques, qu’il maîtrise la conjugaison avec ses concordances de temps, et qu’il maîtrise surtout la syntaxe, c’est-à-dire, la construction correcte des phrases. Parler bien, dire bien, manier la langue avec art, voilà la première signification du style. Malheureusement, dans le domaine de l’écriture, ce n’est pas la signification la plus importante.
Dans le domaine de l’écriture, le style est un ensemble plus complexe qui s’applique à l’usage que le créateur fait des matériaux de construction du texte littéraire. Comment l’auteur dévoile-t-il son histoire, comment campe-t-il ses personnages, quels genres de personnages utilise-t-il dans son projet d’écriture, comment conçoit-il l’interaction entre eux, par quelle stratégie découvre-t-on son idéologie ? Etc., etc.
Le style, c’est la façon dont un auteur raconte son histoire, tisse sa toile, l’agrémente pour la rendre intéressante. Le style est donc une question de sensibilité personnelle, d’état d’âme et de conscience. Le style, c’est la somme des émotions, des rêves, des cauchemars, des fantasmes, des secrets de l’auteur. L’écriture est un exutoire, une fontaine dans laquelle l’auteur se découvre lui-même. Si votre âme a de la profondeur, cela s’en ressentira dans votre style. Si par contre, votre âme est vile, cela transparaîtra également dans vos personnages, dans leur façon de s’exprimer, de se comporter. On peut créer par exemple un personnage qui soit antipathique mais non vulgaire. Cela me fait penser au personnage du fou dans La légende du Wagadu vue par Sia Yatabere de Moussa Diagana. Ce fou-là n’a rien à voir avec les fous ordinaires que nous connaissons et rencontrons dans les rues de nos différentes capitales. Quel intérêt l’auteur aurait-il eu à camper un fou ordinaire ? La notion de fou ici pourrait s’appliquer à tous les incompris de la société, à tous ceux qui, malgré la terreur que suscite le pouvoir, n’ont pas peur de l’affronter et de dénoncer ses crimes. L’auteur fait donc œuvre de création en associant à la notion de fou ordinaire, une catégorie de personnes comme vous et moi. En filigrane, on perçoit plus ou moins l’idéologie de l’auteur. Un personnage, même dans une œuvre réaliste, est la somme de plusieurs personnages réels ou imaginaires. Comment l’auteur arrive-t-il à le créer ? Un espace, même réaliste, ne produit pas les mêmes émotions d’un auteur à un autre. Qu’est-ce qui fait la différence ? Pourquoi tel auteur dit-il qu’un arbre a des feuilles bleues et cela ne semble surprendre personne ? Pourquoi l’auteur fait-il mourir tel personnage au lieu de tel autre ? Voilà résumé le style.
Le style n’est donc jamais quelque chose de figé, de statique. Plus vous gagnez en sagesse et en connaissance, plus votre style s’épure, s’ennoblit. Et la seule façon d’améliorer son style, c’est de lire les autres écrivains, de chercher à savoir comment ils opèrent. Il m’est arrivé de rencontrer dans des ateliers d’écriture des personnes qui aspirent à être écrivain mais qui n’ont lu guère plus de deux livres. Mais, quel genre d’écrivain voulez-vous devenir avec un bagage d’une telle pauvreté ? Récemment, le célèbre Isaïe Biton Koulibaly me confiait qu’il avait lu plus de 10 000 livres sinon plus. Vous comprenez pourquoi il a tant de succès ? Tout auteur a un maître, quelqu’un à qui on veut ressembler parce qu’on admire sa façon d’écrire. Qui est votre maître à vous ?
On pourrait parler du style des heures et des heures. Mais ce que je voudrais qu’on retienne de ce billet, c’est qu’écrire est un apprentissage de longue haleine. C’est au fur et à mesure que vous écrirez que vous découvrirez le sens du mot style. Et ce jour-là, on pourra vous appeler écrivain.


L'AMOUR EN HERITAGE (Roman inédit) Chapitre 8

Publié le 24/12/2007 à 12:00 par ndahfranc
Will était accroché au combiné téléphonique comme si sa vie en dépendait. Cela faisait la énième personne qu’il appelait.
- … Woody, tu es le chef du service de chirurgie, si tu ne peux pas m’aider, alors qui pourrait ? Est-ce que tu essaies de me dire que dans la plus grande clinique d’Abidjan, il n’y a pas un seul… Ouais, ouais, son médecin m’a dit… le 30 ? C’est trop tard…
Il raccrocha cette fois encore sans avoir eu le résultat escompté. Et dire que cette clinique était son tout dernier espoir !
Déboussolé, il se mit à flâner dans les rues. Et, sur un coup de tête, il décida d’aller voir Lisa, sa fille.
Cette dernière fut surprise de la visite de Will, son père, qui l’avait abandonnée sans crier gare. Néanmoins, elle était heureuse de sa visite.
Abattu et désespéré, Will ne put s’empêcher d’évoquer le problème de Charlotte, une fois les civilités terminées.
- Elle n’en a plus pour longtemps. Quelques semaines, peut-être moins.
- Et, ils ne peuvent rien faire pour elle ?
- Non, son médecin… Son médecin dit qu’à la fin, s’il n’y a plus d’espoir, la chirurgie peut être envisagée ; une opération héroïque. C’est pour cela que je cherche un chirurgien, pour être sûr que le moment venu, c’est un héros qui va l’opérer. Je n’ai trouvé personne pour l’instant. Je ne trouve même pas quelqu’un qui accepte de tenter l’opération. Mais, je vais trouver, je vais trouver quelqu’un ! hurla-t-il, en désespoir de cause. Parce que, je ne peux pas la perdre… Ça ne se produira pas. Elle est trop jeune. Excuse-moi, je suis ici alors que je n’en ai pas le droit. Il n’y a aucune excuse pour ce que je t’ai fait. Tu es mon enfant et tu avais besoin de moi, sanglota-t-il. Je suis désolé. Je crois que je suis en train de payer pour tout le mal que je t’ai fait.
Lisa était consternée par le comportement de Will. Elle ne l’avait jamais cru capable de sentiment aussi noble. Lui, qui les avait abandonnées, sa mère et elle, au moment où elles avaient le plus besoin de lui ; qui avait une impressionnante collection de relations amoureuses ; lui, le fameux don Juan dont toute la ville de Yamoussoukro parlait comme d’une légende ; était pris au piège de l’amour. Qui l’eut cru !
Ignorant l’état d’âme présent de Lisa, il tourna les talons et se dirigea vers la sortie, tête basse.
- Je vais essayer de t’aider à trouver un chirurgien, lui cria-t-elle. Je suis documentaliste et je peux trouver n’importe qui, comme je t’ai trouvé, toi !
Will se retourna, la remercia avant de disparaître, l’âme en peine.

* *
*

Will et Charlotte vivaient leur amour de la façon la plus simple possible. Tous les deux s’étaient éloignés quelque peu de leurs tâches professionnelles et tous les deux avaient aussi besoin l’un de l’autre pour survivre à leurs destins respectifs. Leur distraction préférée, c’était la promenade, à pied ou en voiture. Il voulait ainsi éloigner le plus possible la tristesse de leur environnement.
Ce jour-là, c’étaient les allées de la Fondation Félix Houphouët-Boigny pour la recherche de la Paix qu’ils parcouraient, enlacés comme des tourtereaux.
- Alors, qu’est-ce que tu veux pour Noël ? Tu peux te montrer totalement égoïste… Tout ce que tu veux, demanda Will à sa dulcinée.
- Hum !
- Oui. Ou alors, on peut aller quelque part ; tu veux aller quelque part ? Je t’emmène à Bally, Tombouctou, Buffalo, Korhogo ? Tu veux aller à Korhogo ? Ah ! quelle ville magnifique ! Nous irons visiter les fameux tisserands de Fakaha ; nous monterons sur le mont Korhogo et nous danserons le Boloï… Ou peut-être à Man. Ne veux-tu pas voir le pont de lianes et les fameuses cascades ? Il y a tellement de belles choses dans la Côte d’Ivoire profonde. Dis seulement où tu veux aller et je t’y emmène !
- Tu n’as pas un restaurant à diriger ?
- Et alors ? John se débrouille déjà assez bien sans moi.
- D’accord ! Mais je pense que ce qui est important, c’est ce que tu veux, toi, pour ton Noël.
- Non, non, non ; tu m’as déjà offert mon cadeau.
- Ah, ouais ! j’oubliais… Il t’a plu ?
- Et comment !
- C’était quoi déjà ?
- Le malheur, le chagrin, la souffrance, le bonheur et l’amour, dans un coffret en or.
- Ah ! oui ?
- L’amour, c’est la vie. Tu m’as donné cent ans de vie supplémentaire.
- Ah, oui ! Je m’en souviens maintenant.
- Que puis-je t’offrir, moi, en retour de tant de générosité ?
Sans attendre sa réponse, il l’attira à lui et l’embrassa avec une tendresse maladive.
- Ce que je veux, murmura-t-elle quand elle se fut arrachée à son étreinte, c’est un grand cerf-volant, pour faire avec toi le plus grand, le plus long et le plus merveilleux voyage d’amour.
- C’est ce que je pensais. Nous visiterons toutes les galaxies de l’univers, de la plus petite à la plus grande.
- Ouais, c’est exactement cela ! Je serai le pilote et toi, mon co-pilote. Et on s’embrassera tout au long du voyage !

* *
*

Charlotte dormait dans les bras de Will qui avait, lui, du mal à trouver le sommeil. Soudain, le téléphone sonna, le tirant de ses confuses pensées. C’était Lisa qui était au bout du fil.
- J’ai trouvé, lui dit-elle avec un enthousiasme certain.
- Lisa… attends, attends… Oui, vas-y ! murmura Will, pour ne pas réveiller Charlotte.
- Il s’appelle Gandy, diplômé d’Harvard, Faculté de médecine de Columbia ; il est à l’institut de cardiologie d’Accra.
- Au Ghana ?
- Je sais, je sais ; mais c’est l’un des meilleurs du monde. Il a fait son internat à Boston, spécialisation chirurgie cardiaque à Greenland. Il prend les cas que personne ne veut toucher. On dit que c’est un faiseur de miracles. Oh ! il passe beaucoup de temps en voyage ; il donne des conférences partout. Je t’ai eu un rendez-vous aujourd’hui, à 12 heures 30 ; ne sois pas en retard, il n’a que quinze minutes. Le chirurgien qui l’a recommandé a dit que si tu arrives à le convaincre d’accepter, Charlotte a une chance ; il a horreur de l’échec.

Sans attendre une seule minute, Will se précipita à l’aéroport et sauta dans le premier avion, à destination d’Accra.
Après environ une heure trente de vol, il foula le sol de la capitale ghanéenne.
A l’heure indiquée, il se présenta devant le médecin en question, qui sortait juste de la salle d’opération.
- M. Pokou ?
- Docteur Gandy ?
- Oui. Bonjour.
- Bonjour docteur et merci de me recevoir. Je vous ai apporté tout ce que vous m’avez demandé.
- Vous savez, j’aimerais tant pour une fois avoir un cas simple. Ça ne m’arrive plus jamais ; le revers de la médaille d’être un bon chirurgien.
- Bon ? D’après ce qu’on m’a dit, vous êtes le meilleur ?
- Comme la plupart des gens, je crois que je fais du mieux que je peux. Bon, venons-en à présent au fait. La dernière fois qu’elle s’est évanouie, elle a repris connaissance presque immédiatement, n’est-ce pas ?
- Oui.
- La prochaine fois ou celle d’après, elle ne le fera pas. Quand ça arrivera, appelez-moi, termina-t-il en lui tendant sa carte de visite. C’est mon service, ils peuvent me joindre à tout moment. Je resterai en contact avec son médecin.
- Je ne sais comment vous remercier, vraiment !
- Je n’ai encore rien fait.
L’entretien terminé, Will prit congé du médecin avec dans son cœur une grande dose d’espoir. Comment pouvait-il en être autrement ? Il avait pu dénicher le meilleur Chirurgien du monde. Pour lui donc, le miracle était encore possible.

* *
*

Le voyage retour se passa tout aussi bien. Et mis à part la fatigue qu’il ressentait, il aurait pensé lui-même qu’il venait de rêver. Charlotte, qui avait essayé vainement dans le courant de la journée de le joindre, l’attendait, assise au balcon de son appartement.
- Ah ! t’es là ? s’écria-t-il dès qu’il la vit.
- Bonsoir.
- Bonsoir.
- Où as-tu passé ta journée ?
- Qu’est-ce que tu veux dire ? répondit-il, sur la défensive.
- Quand tu m’as appelée, j’ai cru que tu étais au boulot ; et quand je t’ai rappelé, John m’a répondu que tu n’avais pas été là depuis la journée.
- Non, non, j’étais plutôt à Bouaké, dans le Centre.
- Pourquoi ?
- Oh ! une opportunité ! Un restaurant dans la tourmente.
- De toutes les façons, ce n’est pas bien grave. L’essentiel, c’est que tu sois de retour. Pour le peu de temps qui me reste à vivre, je ne veux te partager avec personne.
- Charlotte, je t’ai déjà dit d’avoir confiance en Dieu et en la force de notre amour.
- Figure-toi que c’est ce que j’essaie de faire depuis que je t’ai rencontré. Avant, je n’avais pas peur de la mort. Je l’attendais même chaque jour avec une certaine impatience. Mais aujourd’hui, tout est différent. Je ne regarde plus la vie avec les mêmes lunettes. Et je découvre qu’elle renferme des trésors insoupçonnés. Pourtant, il faut bien que je me rende à l’évidence, mes jours me sont cruellement et fatalement comptés.
- Crois-moi, Charlotte, nous vaincrons.
Charlotte sourit d’impuissance en lui pressant la main comme pour lui dire qu’elle lui était reconnaissante de tout ce qu’il faisait pour elle. (A suivre)


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