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Date de création : 15.11.2007
Dernière mise à jour : 30.10.2009
151 articles


LA FILLE DE LA St-VALENTIN

Publié le 22/12/2007 à 12:00 par ndahfranc
LA FILLE DE LA St-VALENTIN
Je l’ai rencontrée une nuit, sur les trottoirs bruyants de ma ville natale. C’était la Saint Valentin, la fête des amoureux…
La ville étalait sa grande joie des nuits d’ivresse. Elle était vivante. Il y avait sans cesse le bruit des moteurs, des klaxons. Les voitures passaient à toute vitesse, caressant de leurs mains de caoutchouc, le macadam en chaleur.
Les piétons étaient pour la plupart en couple. Ils étalaient sans aucune discrétion, leurs envies artificielles, leurs fantasmes immoraux. Ils respiraient les parfums de la ville et savaient trouver dans le vent les mots d’amour dont ils avaient besoin pour être heureux : envie, folie, lèvres, baisers, coït, sexes, jouissance, caresses…
Ils savaient que c’était le moment des jeux interdits, des desseins inavoués. Car la Saint Valentin, c’était bien aujourd’hui. Et c’était la fête des amoureux…
Elle était en quête de clients et moi, à la recherche d’un certain plaisir. C’était sur les trottoirs de ma ville natale…
J’étais triste et solitaire parmi la multitude bruyante parce que je n’avais personne avec qui fêter la Saint Valentin.
Je marchais, flânais, déambulais sur les trottoirs de ma ville natale où se bousculaient avec excitation, ces amoureux d’une nuit, la libido à fleur de peau.
Je les enviais car je n’avais personne à qui déclamer tous ces mots tendres et colorés que j’avais inventés dans l’intimité de mon cœur.
Tout à coup, elle est passée devant moi, comme une ombre. Elle était grande, belle, désirable, comme toutes les femmes pendant la nuit de la Saint Valentin.
Son parfum m’a caressé les narines. Je me suis retourné pour la regarder. Elle s’éloignait, provocatrice.
J’ai sifflé, elle s’est retournée. Je suis allé vers elle, les pas hésitants, mais la libido à fleur de peau.
- Bonsoir, belle déesse.
- Bonsoir, mon amour.
Ebloui par sa beauté candide, je sentis mon cœur accélérer sa cadence.
- Vous êtes seule ?
- Oui. Pourquoi ?
- Je me demandais si vous accepteriez de… de… Je ne sais pas comment dire…
Elle sourit. Un sourire qui mit à nu la finesse de ses traits.
- Vous voulez que je vous vende un morceau de plaisir ?
- Oui, c’est cela.
A l’hôtel "SAINT VALENTIN" où je l’ai conduite, il n’y avait plus de place à cause de la fête de la Saint Valentin.
Elle m’a alors suivi dans ma tanière pour me vendre le morceau de plaisir que j’avais sollicité.
Quand la lumière de la chambre éclaira son visage, un doux flot de joie envahit mon cœur.
Elle avait une beauté de sirène et l’amour brillait dans ses yeux de cristal.
Elle se regarda dans la glace de la salle de bain, longuement, comme pour pénétrer la réalité fugace de son propre être. Elle se déshabilla avec des gestes approximatifs, éphémères, illusoires…
Assise sur le bord de la baignoire, elle retira son jean en velours et son petit slip tout blanc. Une fois nue, elle revint dans la chambre en souriant. Dieu ! qu’elle était belle !
Je voulus lui ouvrir mon cœur si tumultueux. Mais, elle me mit un doigt sur les lèvres, pour museler les mots qu’elles s’apprêtaient à accoucher.
- Ne dites rien… , murmura-t-elle.
Elle avait certainement horreur des mots d’amour mensongers, ceux que l’on débite sans aucune conviction, mais juste pour une circonstance passagère, éphémère. Mais qu’importe ! L’essentiel, c’est qu’elle fût là, dans toute la splendeur de sa nudité.
Je me suis alors blotti dans ses bras de nymphe pour éteindre la flamme ardente du désir qui me consumait.
Allongée sur moi, elle exécutait des mouvements avec une dextérité hésitante. Son corps embrasé bruissait de soupirs incontrôlés.
Avec sa bouche ardente, elle suça mes yeux, mes joues, mon front, mes lèvres, mon sexe en chaleur…
Avec ses bras, elle me serra très fort comme si elle voulait se fondre en moi. N’en pouvant plus, elle me murmura :
- Prends-moi, maintenant…
Et nous flottâmes dans un espace livide comme deux tourtereaux. Le paysage était fabuleux et la brise avait un goût de citron.
Comme des oiseaux migrateurs, nous volâmes au-dessus de paysages de rêves. Toute la beauté du monde se trouvait dans ce moment magique où le temps n’avait plus de limites.
Ma libido enfin satisfaite, je m’effondrai sur le lit tel un naufragé. Quand je fus enfin en possession de mes sens, je me penchai sur elle pour déchiffrer les traits de son visage. Mais, elle s’était déjà assoupie. Derrière ses paupières closes, coulait le ruisseau de ses rêves d’adolescente. Il était limpide et coulait sans faire le moindre bruit. Des gamins y déposaient des bateaux miniatures après lesquels ils couraient en criant de joie…
Je jetai ensuite un coup d’œil sur le drap théâtre de nos ébats. Surprise ! il était taché de sang…
Je souris avant de lui murmurer à l’oreille, comme un secret :
- On dirait que je suis ton premier amant…
Elle était en quête de son premier amant et moi, à la recherche d’un plaisir fugace. Et c’était la Saint Valentin, la fête des amoureux !
Je m’endormis un peu plus tard, l’esprit apaisé.
Le matin, à mon réveil, elle était déjà partie. Car la Saint Valentin, c’était bien la veille.
J’avais l’impression d’avoir rêvé. Mais le sang sur le drap était là pour me rassurer. Et son parfum flottait encore dans l’espace…
Une terrible solitude s’empara alors de mon âme tourmentée.
Le soir, je retournai sur les trottoirs de ma ville natale, espérant la revoir. Mais je ne la vis pas. De même que les soirs suivants. Car la Saint Valentin, c’était déjà bien loin derrière. Mais je me promis de la retrouver…
Et depuis, je suis devenu un homme en quête d’une femme fantôme. Pour elle, j’ai parcouru monts et vallées, mers et déserts, pays et continents les plus reculés.
Pour elle, je suis devenu poète. Voici quelques-uns des vers que j’ai tracés pour elle et consignés dans un carnet à la couverture rouge qui ne me quitte jamais :

I
Elle m’a écrit hier. Des mots d’amour.
Elle m’a dit qu’elle m’aimait encore. Je ne sais pas pourquoi.
Elle ne m’a jamais dit pourquoi.
Son visage, je ne m’en souviens même plus.
J’ai même perdu le son de sa voix,
Le parfum de son corps,
La voix de son rire.
Pourtant, je sens qu’elle est là, dans ma tête,
Dans mon cœur aussi.
Quand j’écris à une femme, c’est à elle que je pense.
Quand je sors avec une fille, c’est à elle que je rêve.
Quand j’embrasse une femme, ce sont ses lèvres que je ressens.
Ses paroles ne cessent de chuchoter à mon oreille d’agréables mots d’amour.
Ô Femme, pourquoi me fais-tu tant souffrir ?

II
Il fait nuit. Et j’ai encore du mal à trouver le sommeil.
La solitude me pèse.
Je suis toujours seul avec ma solitude.
Sa robe de soie bleue me rappelle notre dernière soirée.
La tristesse me fend le cœur.
Comme le jour où tu es partie avec mon âme.
Je la reconnais cette maladie qui me ronge comme un cancer.
C’est la saison des amours perdus.
La nuit est si triste,
Les étoiles si mélancoliques.
Même le grillon a arrêté de chanter.
Et je sens les battements de mon cœur,
Comme une course folle,
Un galop frénétique.
Je sens bien qu’il se passe quelque chose, là, dans mon cœur,
Et dans ma tête aussi.
Mais pourquoi est-il si difficile de t’oublier ?
C’est la saison des amours perdus.

III
Aujourd’hui, je n’ai qu’une seule envie :
Jeter par-dessus bord cette solitude qui m’attriste tant.
La ville est si bruyante. Et moi si triste, si seul.
Je t’ai cherchée partout, mais tu n’étais plus là.
As-tu jamais existé ?
Le vent me murmure ton pathétique message,
Mais je ne le comprends pas.
Sa voix est si enrouée, sa mine si triste. Tout est mirage.
Et je ne connais pas ton visage.
Il y a longtemps que je t’attends.
Ma vie est si triste sans toi.
Ô, sois sans crainte, femme ! Je te reconnaîtrai au premier regard.
Même sans t’avoir jamais vue.

IV
J’entends une voix lointaine
Qui murmure à mon oreille une pathétique confession.
Et voilà que du fond de mon âme,
Surgit une immense nostalgie.
De sa voix, j’ai créé une agréable chanson.
De son rire, j’ai confectionné un agréable bouquet.
De ses gestes, j’ai inventé une pathétique histoire d’amour.
Et voilà qu’à présent, il me faut lutter contre l’amertume,
Crier à mon cœur de cesser d’être triste.
Mais pourquoi faut-il toujours qu’on se souvienne
Des personnes dont l’image nous fait tant souffrir ?
Ah ! amour !
Souffrance impénitente.
Rancœur insondable.
Adieu ! béatitude.

V
L’Autre jour, j’ai rencontré une fille
Elle était tout aussi belle que toi.
Dans ses yeux étincelants,
J’ai vu défiler le film coloré de notre amour.
Dans le ruisseau de ses larmes,
J’ai vu flotter les murmures essoufflés de nos ébats.
Elle avait violé le secret de notre amour.
Elle savait toutes les péripéties de notre histoire.
Quand nos regards se sont croisés,
J’ai senti une partie de mon cœur s’évader et partir avec cette inconnue.
Oui, c’est vrai, il y a toujours une histoire à raconter. Surtout en amour…

Etc., etc.

Et depuis, quand je passe dans la rue, déclamant les poèmes sortis des tréfonds de ma solitude, on me traite de fou.

UN SI GRAND HONNEUR !

Publié le 22/12/2007 à 12:00 par ndahfranc
Mission accomplie au programme en DEUG II et maîtrise à l’université de Cocody.
En août passé, j’ai reçu un courrier du Professeur Gnaoulé-Oupoh Brunot, Maître de conférence à l’Université de Cocody, m’invitant à participer au séminaire qu’il organisait dans le cadre de ses enseignements en année de maîtrise (4e année) sur la critique sociale et politique dans la prose romanesque et nouvelliste ivoirienne. Au cours de ce séminaire qui a lieu chaque année, des œuvres d’auteurs ivoiriens sont mis au programme. Certains grands noms de la littérature ivoirienne ont déjà bénéficié de cet honneur. Il s’agit notamment de MM Isaïe Biton Koulibaly et de Tiburce Koffi. Cette année donc, au nombre des auteurs choisis, cet éminent spécialiste de la littérature ivoirienne a bien voulu me faire confiance en mettant au programme mon recueil de nouvelles intitulé Mission accomplie. Quel immense honneur ! Je ne réalisais pas encore que par cette décision, le Professeur Gnaoulé-Oupoh Brunot, venait de me donner un grand coup de pouce dans ma jeune carrière d’écrivain. Oui, des étudiants dévoués, ayant à cœur de prouver leur maîtrise des matériaux de déconstruction et d’analyse des textes littéraires, ont rivalisé d’ardeur et de savoir-faire pour produire des travaux de très bons niveaux. Leurs analyses aussi pointues qu’intéressantes, m’ont permis en tant qu’auteur, de réaliser combien le texte littéraire est polysémique et échappe, au niveau de sa signification, à l’univers restreint de celui qui l’a conçu. Les travaux de ces jeunes spécialistes, à n’en point douter, serviront de base de données à tout chercheur ou quiconque s’intéresse à la littérature ivoirienne et particulièrement au jeune auteur que je suis. Les échanges qui ont eu lieu au cours de ce séminaire ont clairement montré la volonté du professeur Gnaoulé-Oupoh Brunot, de faire la promotion non seulement de la littérature ivoirienne, mais aussi et surtout des animateurs de cette littérature afin qu’ils se fassent connaître par le public universitaire. Noble ambition quand on sait que chez nous, la qualité de l’œuvre littéraire n’est pas le seul critère pour construire la renommée d’un auteur. Parfois, bien trop d’éléments artificiels et superficiels entravent notre jugement. Sinon, comment comprendre qu’une œuvre qui suscite autant d’engouement auprès du public jeune par la pertinence des thèmes traités et une certaine qualité de l’écriture n’ait jamais attiré l’attention des journalistes critiques littéraires ? Aucune analyse sérieuse n’a jamais été faite et pourtant, d’après ces jeunes spécialistes, cette œuvre est un régal. Le professeur Gnaoulé-Oupoh Brunot, est certainement du même avis qu’eux, puisqu’il a remis le couvert en mettant l’œuvre au programme des DEUG II cette même année. Invité à suivre les différents exposés, j’ai pu, une fois de plus, apprécier la sympathie que ces jeunes gens témoignaient à mon œuvre ainsi qu’à moi-même. Leurs applaudissements enthousiastes et la qualité des échanges que nous avons eus sont là pour le prouver. Loin d’être une autocélébration, ce billet est pour moi l’occasion de remercier le Professeur Gnaoulé-Oupoh Brunot et ses collaborateurs, pour l’insigne honneur qu’ils m’ont témoigné ainsi que la courtoisie avec laquelle ils m’ont reçu. J’espère pouvoir mériter la confiance qu’ils ont placée en moi en produisant des œuvres de la même qualité sinon plus.
C’est l’occasion pour moi d’attirer l’attention des maisons d’édition ivoiriennes, que le manque de fluidité de leur circuit de production laisse très souvent partir vers d’autres horizons, des textes parfois de bonne qualité. Cette situation vient de se produire avec deux textes que j’ai écrits et qui dormaient depuis plus de trois ans dans les tiroirs de quelques maisons d’édition ivoiriennes. Alors qu’il aura juste suffi de deux semaines pour que deux maisons d’édition françaises me proposent chacune un contrat. La saison des amours perdus et Sur les traces de l’amour, respectivement un recueil de nouvelles et un roman, paraîtront dans les prochains jours en France. J’espère pouvoir trouver avec l’éditeur, un compromis pour la distribution de ces œuvres en Côte d’Ivoire à des prix accessibles au grand public ivoirien. Cela, pour faciliter les différents travaux qu’elles pourraient susciter chez les étudiants et universitaires avertis.
A tous les écrivains débutants, je souhaite beaucoup de courage et de persévérance. Que la nouvelle année qui s’annonce nous offre l’occasion de faire apprécier nos talents d’artistes.

VIVE LA REVOLUTION !

Publié le 20/12/2007 à 12:00 par ndahfranc
Je vais vous la conter, cette aventure. C’est l’histoire d’un peuple épris de justice. N’en croyez rien si le cœur ne vous en dit. D’ailleurs, je ne vous demande pas de croire. Laissez-vous seulement entraîner par les battements de votre conscience. Mesurez les pulsions essoufflées de son influx intime. Ecoutez-la avec votre sensibilité la plus profonde. Laissez-vous entraîner dans l’univers chaotique de cette cité balafrée par la haine et la corruption. Ecoutez et oubliez si vous le voulez. Mais écoutez quand même. Ecoutez le cri de souffrance désespéré d'une population prise en otage par sa propre jeunesse. Une jeunesse canibale, qui s'abreuve du sang de ses propres frères. Une jeunesse aveugle mais qui devra tenir quand son tour viendra, les rênes du pouvoir. Une jeunesse perdue dans les entrailles d’une cité délabrée et moribonde. Une cité sans âme ni conscience. Au sein de laquelle tout bouge. Au son d'une musique infernale. Dans un perpétuel mouvement de flux et de reflux. De rejets et de souffrances. De promesses hypocrites et orphelines. Et pourtant, personne n’ose en parler. Une société de cris, de pleurs, de rires à jamais étouffés, de peurs, d’incertitudes, d’espoirs aveugles... Mais, on s’en moque. On feint de l’ignorer. Une société pestiférée, troublée, angoissée. Mais qui s’abreuve à la source d'une hypothétique révolution.
On attend avec impatience la révolution. Pourtant, les jours qui passent se ressemblent comme des frères siamois. Rouges comme la mort. Faisandés comme une charogne.
Mais qui voulez-vous qui la fassent, votre révolution ?
Ces dirigeants politiques qui font semblant d’être des nôtres mais qui rient de nos malheurs ?
Ces politicards qui nous affament pour ensuite jouer les grands cœurs ?
Ces politiciens véreux qui mettent le feu pour ensuite jouer les pompiers ?
Ces politicaillons qui jouent les martyrs quand ils sont dans l’opposition et les dictateurs sans vergogne une fois au pouvoir ?
Qui nous gavent de mensonges cousus de fil blanc ?
Qui changent de camps en fonction d’intérêts égoïstes ?
Non, ne confondons pas vanité et dignité. Hypocrisie et lâcheté. Souffrance et angoisse. Opposant et démocrate…
Les vrais démocrates se reconnaissent au son de leur voix. A la cadence de leurs pas. A la couleur de leurs humeurs. A la franchise de leurs desseins.
Notre révolution, nous la ferons nous-mêmes. Sans tambours ni trompettes. Sans messie…

L'AMOUR EN HERITAGE (Roman inédit) Chapitre 7

Publié le 19/12/2007 à 12:00 par ndahfranc
- M. Pokou, vous avez de la visite, l’informa le concierge. Elle attend depuis une heure.
Croyant qu’il s’agissait de Charlotte, Will monta précipitamment les escaliers. Mais, il fut surpris de rencontrer un autre visage devant sa porte.
- Lisa ? s’étonna-t-il.
- Désolée de te décevoir.
- Non, non, c’est que… tu me surprends, c’est tout.
- Est-ce que tu as reçu mes lettres ?
- Euh ! oui, balbutia-t-il.
- Qu’en as-tu fait ? Tu les as brûlées, je présume ?
Il approuva de la tête, l’air penaud.
- Ecoute, je n’avais pas prévu de venir ; je ne voulais pas venir… Victor, mon mari, pensait que ce serait une bêtise. Mais, je suis enceinte et je viens te le dire… De quelques mois.
- Lisa ! Mes félicitations ; c’est formidable !
- Merci. Toujours est-il que ça m’a donné envie de venir te voir. Je me suis mise à faire du sentimentalisme sur la parenté.
- Tu me considères comme un parent ?
- D’une façon absente et regrettable, oui.
- Et comment va Mili, ta mère ?
- Ah ! elle va bien. En pleine forme. Bon, elle est dingue ; elle est partie à Malabo avec un mec, l’an dernier. Il a une compagnie Charter et porte des lunettes noires à l’intérieur. Je crois qu’il fait du trafic d’armes… Ça t’intéresse vraiment ?
- Non, enfin, je veux dire oui.
- Hum !
- Parle-moi de toi. Depuis quand habites-tu Yamoussoukro ?
- Juste quelques mois. Avant, nous vivions à Bingerville. Tu sais, si je ne t’avais pas vu dans ce magazine, je pense que je ne t’aurais pas reconnu. Je n’avais qu’une photographie de toi, et elle est si ancienne !
- Eh, bien ! moi aussi. Tu vois, j’ai… j’ai une photographie de toi, tu sais, juste une ; ta mère me l’a envoyée, il y a très longtemps maintenant. Tu devais avoir environ douze ans. Tu étais à cheval.
- Oh, mon Dieu ! C’était au Club. J’avais horreur de cette photo ! Horreur !
- Pas moi. Tu étais très belle là-dessus. Et tu n’as pas changé.
Elle étouffa difficilement un sanglot avant de lâcher :
- Je vais te laisser.
- Pourquoi ?
- J’avais vraiment très envie de te voir. Je pensais peut-être… je ne sais pas…
- Mais quoi ? Dis-moi !
- C’est pas très important. Juste que j’avais toujours fait le rêve que toi aussi tu avais peut-être envie de me voir… Et puis, tout ce que tu voulais me dire, c’était que tu étais désolé.
- Lisa, je le suis.
- C’est bien.
Puis, elle tourna les talons et s’éloigna.
- Dis, est-ce que je peux t’appeler ?
Elle fit un signe que oui avant de disparaître dans les escaliers.

* *
*

Will se promenait seul dans un jardin. Soudain, il prit la résolution d’aller voir Charlotte. Son absence lui pesait énormément. Non, il ne savait pas comment il en était arrivé à ce point, mais il était tout désorienté. Le virus de l’amour l’avait contaminé d’une façon incurable.
A peine Charlotte ouvrit-elle la porte pour le laisser entrer qu’il murmura, comme une leçon mal apprise :
- Ce que j’ai fait est très mal.
- Ouais.
- Stupide… Je n’ai pas d’excuse. Si je l’ai fait, c’est parce que j’ai peur de la solitude.
- Tu es un lâche !
Il fit un pas vers elle.
- Veux-tu me pardonner ?
- Tu m’as trompée ! Et pourquoi ? Parce que tu avais la trouille !
- J’étais pris de panique à l’idée que notre liaison n’est qu’une illusion.
- Et moi, n’ai-je pas de quoi paniquer ? Je vais te dire que tu n’as aucune idée du poids de ma solitude. Tu es incapable de vivre le millième de mon calvaire. Et pourtant, je cherche à m’accrocher à mon courage… par le bout de mes doigts, sur un bout de vie usée par le cancer du destin ! Et au lieu de m’aider, tu me poignardes encore davantage, remuant même le couteau dans ma plaie ! Tu ne peux pas savoir combien de fois je te déteste ! Tu n’es qu’un beau salaud !
Il s’approcha encore davantage et voulut la prendre dans ses bras, mais elle lui hurla :
- Ne me touche pas ! Eloigne-toi de moi ! Fous le camp d’ici ! Dehors ! Tu n’es pas le bienvenu ici !
- Je sais ; je sais que je ne le suis pas. Mais laisse-moi seulement t’aimer… Je t’en prie… Je t’en prie, je t’en prie… Laisse-moi essayer encore !
- Je suis si fatiguée, murmura-t-elle soudain, impuissante à résister à son aura.
Et elle lui tomba dans les bras. Ils s’étreignirent à en perdre leurs forces.
Etendu à côté d’elle sur la moquette, il la couvrit de câlins tandis qu’elle pleurait comme une fontaine. Ils finirent par se dévorer de baisers enflammés.
- Les étoiles sont aussi douces et belles que les fleurs. Les passions sont des filets d’ombres lentement tissés par des anges. L’amour est comme le soleil de minuit, il éclaire les endroits les plus obscures de notre être intérieur et guérit nos faiblesses mêmes les plus indomptables, lui murmura-t-elle à l’oreille, après qu’ils se furent aimés, là, dans le salon.
Will, heureux de l’avoir reconquise, lui murmura à son tour :
- Je t’aime ! Que puis-je te dire d’autre sans trahir les émotions profondes qui couvent au fond de mon cœur ?

Et les jours qui suivirent leur réconciliation, ils vécurent des moments intenses de plaisir et de bonheur : ils jouaient aux cartes jusqu’à des heures tardives, faisaient ensemble les boutiques ou allaient regarder un film en amoureux. Ils dînaient aux chandelles dans les plus grands restaurants de la capitale : à l’Oriental, pour ses délicieux fruits de mer ; à la Tour Eiffel, pour ses réputées spécialités françaises ; chez T.G., où le kédjénou et le poisson braisé se dégustent à l’envie…
Il y avait certes de la couleur mais aussi et surtout de l’émotion dans leur vie. Parfois, ils se regardaient des heures et des heures sans rien se dire. Chacun voulait ainsi apprivoiser l’autre dans l’intimité du silence. Car ils savaient que le silence était le point de rencontre de toutes les émotions fortes. Et ils se découvraient dans toute la splendeur de leur charme. Enfin, ils faisaient l’amour, nichés dans un cocon couleur arc-en-ciel, bercés par une musique langoureuse venue du ciel.
Dans cette joie de vivre retrouvée, Will accompagna un jour Charlotte à la patinoire de l’hôtel Président. Mais là, un accident se produisit, brisant ainsi le charme de leur histoire d’amour. En effet, Charlotte fit une mauvaise chute et perdit connaissance. Will se précipita sur elle pour la secourir…
Elle fut conduite d’urgence à l’hôpital.
Will, à la vue du docteur sortant de la salle de réanimation, se précipita vers lui.
- Docteur ?
- M. Pokou…
- Dites-moi…
- Le scanner montre une progression de la tumeur.
- Assez forte ?
- Ouais, considérablement. Elle commence à obstruer la circulation depuis le cœur. Je suis désolé. J’espérais qu’il y aurait… Nous ne pouvons pas faire grand-chose. Nous parlons peut-être en terme de semaines.
- De semaines ?
- Je suis navré.
- Vous avez dit un an !
- Non, non, j’ai dit un an au mieux.
- Ça ne suffit pas ; vous avez dit un an ! hurla-t-il.
- Ceci est déplacé.
- Bon ! excusez-moi, excusez-moi. Vous m’avez dit l’autre jour que la chirurgie pouvait être envisagée.
- Oui, si Charlotte est d’accord.
- Bon, on suppose qu’elle l’est ; quand cette opération peut-elle avoir lieu ?
- Quand il sera clair que nous la perdons.
Will soupira.
- C’est vous qui opérez ?
- M. Pokou, je ne suis pas chirurgien ; j’ai peur que vous ne compreniez pas. Le problème, ce n’est pas de trouver un praticien compétent, mais de trouver un praticien compétent qui veuille bien faire cette opération.
Will comprit toute la complexité de la situation. La sachant condamnée, aucun médecin ne voulait prendre le risque d’opérer Charlotte…
A présent, Will était à son chevet et lui caressait les bras, la tristesse dans l’âme. Elle ouvrit alors les yeux et lui sourit.
- Eh ! fit-elle, heureuse.
- Eh ! comment tu vas ? Tu vas bien ?
- Oui…
- Comment tu te sens ?
- Tu m’écrases la main, Will.
- Pardon, excuse-moi… Charlotte, il y a quelque chose dont je voudrais te parler.
- Oh ! pas grave, pas grave, hein ?
- Ton médecin m’a parlé d’une opération chirurgicale et du papier que tu as signé…
- Non, pas ça, s’il te plaît, je vais bien…
- S’il te plaît, laisse-moi essayer de t’aider, veux-tu ?
Le silence de Charlotte ne souffrait d’aucune ambiguïté. Sa décision était prise depuis déjà bien longtemps et il n’y avait aucune raison qu’elle revienne là-dessus. Elle ne se sentait pas le courage de défier ni la mort ni le destin. L’un et l’autre étaient le domaine exclusivement réservé au Bon Dieu. Il avait décidé ; pourquoi se battre contre une décision contre laquelle on ne pouvait absolument rien ?
Sa peine était d’autant plus grande que l’amour était venu bouleverser tous ses plans. Elle qui ne rêvait que d’une aventure sans lendemain, de celle qu’on oublie juste après l’avoir vécue, s’était laissée posséder puis dompter par l’amour. Oui, elle aimait follement Will et penser qu’elle le quitterait bientôt avait contribué à dégrader son état de santé. Sa douleur se trouvait dans son silence, seul refuge derrière lequel elle pouvait se cacher pour mourir « tranquillement ». Will la tira de ses pensées.
- A quoi penses-tu ?
- Je pense à ce combat épique qui se déroule dans mon cœur. L’amour et la mort, dans un duel à mort, soupira-t-elle.
Will lui prit la main et la pressa tendrement.
- L’amour sortira vainqueur de ce combat, crois-moi, lâcha-t-il avec foi. L’amour a toujours vaincu la mort et il en sera ainsi pour nous aussi.
Charlotte ne savait pas d’où Will tirait cette certitude. Mais une chose était sûre, elle n’avait pas cette foi capable de soulever des montagnes. Résignée, elle attendait que la mort vienne abréger ses supplices et mettre ainsi fin à ses illusions. Dieu avait décidé qu’elle mourrait dans la fleur de l’âge, elle s’en remettait donc à sa décision, aussi cruelle fût-elle. (A suivre)

DE L’EDITION D’UN MANUSCRIT

Publié le 17/12/2007 à 12:00 par ndahfranc
Je reçois depuis quelques temps, des mails me demandant comment faire pour trouver un éditeur. Mais avant de terminer mon enquête et de vous donner la liste des maisons d’édition opérant sur le territoire ivoirien, je voudrais vous entretenir ce matin sur la notion d’éditeur.
Un éditeur ou maison d’édition est d’abord et avant tout une entreprise commerciale spécialisée dans la fabrication du livre depuis la réception du manuscrit jusqu’à la commercialisation du produit fini qu’est le livre en passant par les étapes intermédiaires que sont la lecture, la mise en page, la conception des films, l’impression, le stockage, la distribution et la promotion. Comme vous le voyez, c’est un long cheminement qui nécessite certes un personnel qualifié mais surtout beaucoup d’argent. J’insiste sur la question du coût des prestations car, c’est de là que découlent en grande partie les problèmes que nous, auteurs débutants, connaissons aujourd’hui. En effet, aucune des étapes sus-indiquées n’est gratuite. Même la lecture du manuscrit est payante. Toute maison d’édition dispose de fait de lecteurs permanents et occasionnels choisis parmi les hommes de lettres, les critiques, les journalistes et certains spécialistes en fonction du sujet du livre. La rémunération de ces spécialistes se fait à la page quand on sait qu’un « bon manuscrit » peut être lu au moins deux fois pour asseoir une opinion définitive. En ce qui concerne les autres étapes, la plupart des maisons d’édition, surtout les plus petites, utilisent le procédé de la sous-traitance qui consiste à solliciter des opérateurs de la filière pour des travaux ponctuels. Ainsi donc, la réalisation des films et surtout l’impression, seront confiées à un imprimeur professionnel. Ajoutez à cela le coût élevé des intrants et vous comprendrez pourquoi se faire éditer est un véritable parcours du combattant.
Tout cela pour vous dire que pour figurer au nombre des élus, il faut mettre toutes les chances de son côté. Qu’est-ce à dire ?
D’abord, sur le plan de la présentation, votre manuscrit doit être irréprochable, c’est-à-dire qu’il doit respecter la police demandée, l’interligne, la taille des caractères, les sauts de page, les tabulations, les alinéas, enfin bref, vous devez mobiliser tout l’arsenal de mise en page recommandé en la matière. (Il existe sur le marché des documents et des logiciels de mise en page que vous pourrez acquérir).
Ensuite, vous devez faire une toilette orthographique, grammaticale et syntaxique de votre texte. N’envoyez votre manuscrit que lorsque vous êtes sûrs qu’il présente un visage des plus reluisants. A ce sujet, je voudrais faire remarquer qu’il est indispensable de faire lire son manuscrit par au moins trois personnes, sinon plus, avant de solliciter un éditeur. Sinon, croyez-moi, les fiches de lecture que vous recevrez, vous enlèveront toute envie d’écrire. Cela n’a rien à voir avec le style d’un auteur. Certains pensent à tort que faire des fautes de construction relève du style. Eh bien, non ! Le style est plus intime, plus personnel, et relève plus de stratégie d’écriture que de syntaxe même si cette dernière peut en faire partie. Quand vous envoyez votre manuscrit, sachez que vous êtes en compétition avec plusieurs autres de vos pairs débutants, mais aussi et surtout avec des auteurs confirmés et des autorités déjà connues du monde de la politique, des arts et des médias. Les maisons d’édition aiment bien cette dernière catégorie d’auteurs car, leurs noms constituent de véritables épouvantails dans la promotion du livre. Je ne cesserai jamais de le répéter, un livre est d’abord et avant tout, une marchandise à vendre. Si l’éditeur n’est pas sûr de vous vendre, il ne prendra pas le risque de vous éditer.
Je vais terminer ce billet en vous proposant un modèle de fiche technique de lecture telle que conçue par une célèbre maison d’édition de la place. Mes commentaires interviennent après chaque rubrique et sont en italique.


1. LANGUE
* Orthographe Bon Mauvais
* Syntaxe Bon Mauvais
* Vocabulaire Bon Mauvais
* Style Bon Mauvais

Comme vous pouvez le constater, le travail sur la langue et le style est d’une importance capitale. Il y a bien un seuil de tolérance en dessous duquel un manuscrit est systématiquement rejeté. C’est ce qui nous conforte dans notre conviction qu’un beau texte littéraire est un agencement judicieux et agréable de la langue : orthographe, syntaxe, vocabulaire, style.

2. THEME(S) ou SUJET(S)
* Analyse du contenu (donnez-en une présentation)

Ici, il est surtout question de la structuration du contenu du texte. Comment l’auteur structure-t-il le fond de sa pensée afin de le dévoiler à son lecteur ? Comment progresse-t-il ? Perçoit-on aisément ce qu’il veut dire ?

* Analyse formelle (forme – structure)

Ici, il est demandé au lecteur du manuscrit d’apprécier la manière dont l’auteur traite le thème ou le sujet qu’il a choisi. Utilise-t-il une technique particulière, originale ? Comment tisse-t-il sa toile ? Comment campe-t-il ses personnages ? Y arrive-t-il de façon judicieuse ?

* Exploitation

Par exploitation, il faut entendre stratégies. La stratégie, c’est tout un ensemble de techniques, d’astuces, de savoir-faire, que l’auteur utilise pour atteindre ses objectifs. L’exploitation est donc personnelle et est la preuve que l’auteur maîtrise son sujet.

* Originalité

Quelle est la touche originale que vous apportez dans le traitement du sujet, aussi bien au niveau du fond que de la forme ? Votre texte n’est-il pas du « déjà entendu », du « déjà vu » ? Quel effort de recherche personnel avez-vous fait ? Tout artiste a une touche personnelle. Quelle est la vôtre ?

Observations particulières (donnez ici toutes les informations qui vous semblent nécessaires sur la langue et le style).

Si tant est que le style de l’auteur est original, quels en sont les grands traits distinctifs ?

3. EDITION DU LIVRE (du point de vue littéraire)
Quel que soit votre avis, indiquez les domaines où doivent avoir lieu les modifications, les suppressions et l’importance de celles-ci.

Ceci montre tout simplement le caractère essentiel de la qualité du texte littéraire qui doit être débarrassé de toutes les « affections » stylistiques et linguistiques.

* Adéquation du titre au contenu de l’œuvre Bon Mauvais
* Quel(s) autre(s) titre(s) pouvez-vous proposer ?
a)
b)
c)

Le titre d’une œuvre romanesque est une des premières portes d’entrée du texte. C’est pourquoi il doit être en adéquation avec le contenu.

4. EDITION DU LIVRE (du point de vue commercial)
Etant donné le genre auquel appartient l’œuvre,
* Quel(s) public(s) peut-elle toucher ?

Etant donné le sujet traité ou les problèmes abordés
* Quel(s) public(s) ce livre peut-il intéresser ?

Etant donné le niveau de la langue
* Par quel(s) public(s) ce livre peut-il être compris ?

Ces trois questions sont importantes et nous permettent d’aborder deux problèmes essentiels.
Le premier, c’est qu’il faut rappeler à tous ceux qui s’essaient à l’écriture en général et au roman en particulier, que l’œuvre littéraire est d’abord et avant tout une marchandise commerciale. Elle a donc un public auquel elle est destinée. Le créateur doit donc identifier en amont ce public-là.
Le deuxième problème découle du premier. C’est que si l’œuvre littéraire est considérée comme une marchandise, c’est qu’elle doit en respecter les critères à savoir être de bonne qualité. Ici, la qualité va au-delà de l’esthétique physique (couverture, qualité du papier et de l’impression) pour s’appliquer à l’esthétique formelle et au contenu. C’est à ces seules conditions qu’elle pourra bien se comporter sur le marché du livre. L’éditeur, en demandant conseil à ses spécialistes, veut s’assurer de la valeur marchande du produit qu’on lui présente.

OBSERVATIONS GENERALES PERSONNELLES DU LECTEUR
Y a-t-il d’autres observations que vous souhaiteriez apporter ?
Donnez une note sur 10 au manuscrit.

Ici, on demande au lecteur, avant de donner une note au manuscrit, de quitter le domaine purement technique et de porter un jugement en se fondant sur sa sensibilité propre. De la note et du jugement, dépendra en partie, le sort réservé au manuscrit.

J’espère que ces quelques conseils vous seront d’une grande utilité dans votre jeune carrière d’écrivain.

MES POEMES (Page 3)

Publié le 15/12/2007 à 12:00 par ndahfranc
MES POEMES (Page 3)
UNE CHANSON POUR TOI MAMAN (Jeunesse)

I
Si j’étais un conteur
Je te dirais une toute petite histoire
Au goût de fraise et de citron
Si j’étais un chanteur
Je t’écrirais une toute petite chanson
Douce comme le miel qui coule des rayons
Si j’étais un poète
Je te tracerais des vers mélodieux
Frais comme l’eau qui dévale les montagnes
N’as-tu jamais goûté une histoire acidulée ?
Une toute petite histoire où les femmes sont belles ?
Où les hommes sont des héros ?
Où les larmes sont celles de la joie ?
N’as-tu jamais fredonné une chanson mélancolique ?
Qui retrace le sourire d’un amour perdu ?
Le pleur d’un fils qui s’en est allé ?
Où la joie chasse la tristesse ?
Oui maman, cette histoire, cette chanson, ce poème
Ecoute-les avec la voix intime de ton cœur ému.
Et Ils t’ouvriront béantes les portes du bonheur.

II
Raconte-moi une histoire maman
Une énorme histoire où les surprises sont de taille
Où aucun jour ne ressemble à un autre
Où la vie se couvre de couleurs vermeilles.
N’as-tu jamais été surprise ?
Par la mer qui murmure une histoire fabuleuse à l’oreille du pêcheur ?
Par les pierres qui dévoilent les merveilles cachées aux enfants de la terre ?
Par les arbres qui enseignent aux hommes l’art de prendre racine ?
Par la lune qui apprend aux femmes les secrets de la séduction ?
Et toi maman, enseigne-moi les vertus cachées de la vie…


III
Je voudrais savoir parler toutes les langues du monde
Pour te dire combien de fois je t’aime, maman
En russe, en javanais, en swahili, en baoulé…
Je voudrais comprendre le langage magique des fleurs
Pour murmurer à ton cœur que je l’adore
Je voudrais savoir jouer la flûte du rossignol
Pour te fredonner l’éternelle mélodie de la joie
Je voudrais cultiver un champ de roses multicolores
Pour t’offrir des milliers de bouquets d’amour
Je voudrais avoir une plage dorée rien que pour moi
Pour faire avec toi la plus romantique des promenades…


IV
Le temps jaloux a porté sur ton beau visage
Des rides traîtresses
Le soleil ingrat a fané ton sourire flamboyant
Et tes cheveux de soie ont subi la fureur des années
Ton corps de sirène n’a pas échappé à la cruauté du destin
Il n’attire plus regards assoiffés
Même ta démarche autrefois si féline
Ne suscite désormais que pitié
Mais qu’importe, maman ! Puisque dans mon cœur
Tu demeures toujours la plus belle.

LES CAHIERS DE L'ECRIVAIN DEBUTANT VI

Publié le 15/12/2007 à 12:00 par ndahfranc
DONNER VIE AU RÉCIT

Pour rendre le récit vivant et vraisemblable, il faut faire parler les personnages :
• au discours direct, en choisissant les propos qui révèlent les caractères, et selon le registre de langue qui leur est propre ;
• au discours indirect, pour résumer et intégrer au récit leurs interventions.

Pour faire coïncider les propos avec les émotions et le caractère, il faut utiliser le verbe approprié. Voici à ce sujet une classification des verbes de parole.

1. Les verbes insistant sur l’attitude du locuteur
Certains verbes de déclaration n’indiquent rien sur l’attitude du locuteur par rapport à ce qu’il dit et sont neutres : dire, déclarer, rapporter, raconter…

Beaucoup de verbes cependant indiquent la façon dont parle le locuteur, dont il mène le dialogue, ce qu’il ressent ou laisse entendre.

 Certains verbes décrivent l’élocution en insistant:

- sur la prononciation : bafouiller, balbutier, bégayer, bredouiller, ânonner, zozoter, grogner, bougonner (fam.), ronchonner (fam.) grommeler, marmonner, maugréer, glapir, débiter, déclamer…

- Sur l’intensité de la voix : murmurer, susurrer, soupirer, souffler, chuchoter, clamer, s’exclamer, s’écrier, crier, criailler, piailler, vociférer, s’égosiller, tempêter, tonner, hurler, rugir, s’époumoner, claironner…

 D’autres verbes marquent la poursuite, la répétition ou l’arrêt du discours : poursuivre, ajouter, continuer, intervenir, reprendre, insister, répéter, réaffirmer, couper court, interrompre, conclure…

 D’autres expriment un sentiment : gémir, s’emporter, s’apitoyer, s’esclaffer, s’étonner, s’extasier, s’indigner, s’inquiéter, geindre, se plaindre, se lamenter, déplorer, regretter, grogner, bougonner (fam.), ronchonner (fam.), maugréer, tempêter, tonner, fulminer…

 Certains verbes contiennent un présupposé. Le présupposé est une information qui n’est pas formulée clairement mais que l’on déduit de l’emploi du verbe.
Ces verbes peuvent présupposer que les paroles sont:

- dites avec une certaine gêne ou honte : admettre, convenir, reconnaître, avouer, confesser…

- dites pour la première fois au destinataire : annoncer, révéler, informer, dévoiler, divulguer…

- données pour vraies : soutenir, assurer, affirmer, confirmer…

- données pour fausses par le rapporteur des paroles : prétendre, prétexter…

2. Les verbes insistant sur le rapport avec autrui
Ces verbes insistent sur la façon dont le locuteur réagit face à son interlocuteur, ou cherche à agir sur lui.

 Certains verbes expriment:

- l’interpellation : interpeller, apostropher…

- l’interrogation et la réponse : demander, interroger, s’enquérir, questionner, s’informer, se renseigner, répondre, répliquer, reprendre, riposter, rétorquer…

- l’accord : accepter, consentir, acquiescer, accorder, concéder…

- le désaccord : opposer, protester, objecter, contester, refuser, nier, contredire, démentir, s’élever contre, s’inscrire en faux contre…

 D’autres verbes expriment:

- la requête ou l’offre : demander, réclamer, prier, implorer, supplier, adjurer, offrir, proposer…

- l’ordre, la permission ou la défense : ordonner, prier, exiger, enjoindre, sommer, commander, imposer, autoriser, interdire…

- le conseil ou l’avertissement : conseiller, suggérer, recommander, préconiser, prescrire, avertir, prévenir, aviser, mettre en garde, dissuader, déconseiller…

- l’encouragement : exhorter, encourager, inciter, engager, convier…

- l’engagement : promettre, jurer, garantir, s’engager…

 Des verbes exprimant aussi le jugement : juger, approuver, louer, féliciter, ovationner, désapprouver, acclamer, critiquer, médire, reprocher, accuser, condamner, se moquer de, railler, persifler, se gausser, injurier, invectiver, vitupérer, vilipender…

N.B. : Il n’est pas inutile, à ce stade de notre propos, de rappeler que les principaux temps du récit sont : le passé simple, l’imparfait et le plus-que-parfait. La concordance des temps doit être respectée lorsqu’il s’agit d’une phrase complexe.

Exemple :

- Qu’est-ce que ça signifie ? demanda Dérèglement. Je ne vois pas votre nom au nombre des inscrits pour le défilé des écoles du 11 novembre ?
- Monsieur, je ne peux pas défiler avec des enfants.
- Et pourquoi, s’il vous plaît ?
L’idée de devoir se montrer parmi des gamins de huit à seize ans révoltait les vingt-six ans bien sonnés de Kocoumbo. Aussi dit-il d’une voix ferme :
- Je ne défilerai pas, monsieur le surveillant général.
- Jeune homme, répondit l’autre, le débit ralenti et accentué, j’en ai assez de ce favoritisme : vous défilerez, c’est moi qui vous le dis. Si vous ne défilez pas, je donnerai ma démission. L’un de nous deux doit partir : vous ou moi !
Kocoumbo ne défila pas. Le lendemain il fut appelé dans le bureau du proviseur ; il y trouva celui-ci en pleine dispute avec le surveillant.
- Ce n’est pas tant son insolence que je lui reproche, c’est sa mauvaise volonté évidente : refuser de défiler le jour d’une fête nationale alors qu’il devrait le faire à genoux, c’est un comble ! proférait le surveillant lorsque Kocoumbo ouvrit la porte.
Le proviseur tiqua :
- Vous confondez mauvaise volonté et légitime amour-propre.
- Mais s’il avait de l’amour-propre, monsieur le proviseur, répondit le surveillant les yeux dardés sur Kocoumbo, il ne serait pas ici ! A son âge, il devrait être à la Sorbonne ou alors chez les cannibales !
- Mais non, mais non, dit le proviseur qui avait pâli, vous ne comprenez pas…
Il n’acheva pas : Kocoumbo était sorti en silence…
(Aké Loba, Kocoumbo, l’étudiant noir).

LE PRINTEMPS DE LA LIBERTE, Camara Nangala

Publié le 14/12/2007 à 12:00 par ndahfranc
LU POUR VOUS PAR KPEYA MONHESSEA

L'une des dernières nées des maisons d’éditions ivoiriennes, calao éditions, vient de s’enrichir d’une nouvelle publication. Le printemps de la liberté est le dernier ouvrage publié par cette maison dont les capitaux sont détenus à 100% par des Ivoiriens imprégnés et nourris à la sève de la littérature. Si le titre de l’ouvrage a déjà été rencontré dans les rayons des librairies sous le label d’une maison d’édition bien connue des Ivoiriens, il faut se réjouir pourtant de la volonté et surtout de l’humilité de l’auteur de tenir compte des points de vues et autres critiques de ses nombreux et inconditionnels lecteurs pour revisiter cette histoire captivante et en proposer une version élaguée des scories et autres analepses trop ennuyeuses qui pourraient défaillir l’attention et embrouiller la compréhension de ceux de nos compatriotes de plus en plus avides de CAMARA Nangala.
Peut-on exulter et célébrer avec faste la naissance de calao éditions sans saluer le stoïcisme de tous ces auteurs, anonymes ou connus dont les manuscrits croupissent indéfiniment, sans raison apparente, dans les tiroirs de ces éditeurs qui, bien qu’Ivoiriens sont encore, hélas, aux ordres des puissants magnats de la haute sphère financière métropolitaine ? Yako à vous tous, ferment de l’esprit !

Le printemps de la liberté, la tradition de l’engagement.

Se peut-il que la situation d’extrême putréfaction de la société ivoirienne des années 90 ou années de braises, ait servi de substrat à la trame de ce fabuleux et captivant roman de Nangala? Rien n’est moins sûr !
Et pourtant sous le regard omniscient du narrateur et surtout à travers les pérégrinations de Wonouplet, les diatribes acrimonieuses et incendiées de Pessa, personnage mythique et mystérieux, se déploient avec une exactitude effarante, les reflets polychromes de la société ivoirienne au soir du règne trentenaire du PDCI et de son tout puissant président. Les nombreux complots machiavéliques dont seul ce parti –état de l’époque a le secret, et qui plus est, ont émasculé la Côte d’Ivoire et permis ainsi son long règne, y sont dénoncés au vitriol à travers un langage aussi vif que corrosif. Nangala ne prolonge-t-il pas ainsi au plan littéraire, la lutte d’Alexandre BIYIDI et du célèbre universitaire J.B FOUDA pour lesquels l’art romanesque africain ne saurait être un art de fin mais plutôt un art de moyen. Moyen d’atteindre la pyramide et provoquer son effondrement (pp150-151), véritable torpille, puissante arme miraculeuse contre les démiurges et croquemitaines faiseurs d’hommes et de miracles dont l’Afrique du 20ème siècle n’avait que trop souffert.
De même que WRIGHT (black boy) dédaigne la moindre coquetterie à l’égard du public, évite les lieux communs, les futilités, les naïvetés et pose les problèmes dans toute leur crudité, de même aussi le printemps de la liberté rejette avec fracas les images stéréotypées et les univers idylliques auxquels sont abonnés des piètres chroniqueurs anachroniques adulés par une certaine catégorie de lecteurs. Pour Nangala comme pour WRIGHT, la construction nationale ne saurait s’accommoder de phraséologies creuses et démagogiques dont les pères de la nation abreuvent leurs peuples.
Certes le roman n’est pas une thèse d’histoire comme le clame la critique bourgeoise, mais il n’en demeure pas moins qu’il est le fruit de l’imagination d’un individu dont la maturation du processus cognitif a été possible grâce à l’encadrement de sa communauté d’origine. (VIGOTSKY) Dès lors l’écrivain, le vrai, peut-il se débiner de ses responsabilités historiques et se retrouver dans les salons fort coloriés de l’imaginaire pendant que sa communauté d’origine est en proie à la misère la plus totale ? Le printemps de la liberté invite à ce débat et Nangala tout comme ZOLA (la curée 1871, germinal 1884) prend le parti et le pari de l’Histoire. L’écrivain est la vigie de la société écrit Nangala à la page 149 et précise derechef son rôle: il doit écrire pour poser les jalons de l’Histoire.

Au total, le printemps de la liberté reste la meilleure cuvée dans la pure tradition des romans engagés. Car, d’Alexandre BIYIDI alias Mongo Béty (le pauvre christ de bomba, ville cruelle) à CAMARA Nangala, seule la couleur de l’oiseau a changé. Le noir a remplacé le blanc sur la branche, le combat reste cependant tout entier. Et Nangala s’y engage de tout son content et de tout son être.
Par ailleurs, la jubilation printanière que procure le commerce d’intérêt avec le printemps de la liberté tire sa légitimité moins de la pointe acérée de la plume de l’auteur que de l’esthétique particulière de cette œuvre : le titre, l’espace et le temps, la composition, les personnages,etc.

1.Le titre
Avant le printemps de la liberté, contenu ou texte à découvrir il y a le printemps de la liberté, le titre, un discours antérieur au texte lui -même qui balise, sollicite immédiatement le lecteur, oriente malgré lui son activité de décodage. Outre les raisons évidentes de marketing qui gouvernent son choix, ce titre remplit une fonction poétique (R. Jakobson, 1963), siège naturel des inflexions et soucis esthétiques de l’auteur. Le printemps de la liberté, dans la logique de la dialectique hégélienne, montre et cache à la fois. Il présente, vend un roman dont le contenu reste énigmatique, donc caché, avant d’avoir parcouru les onze (11) chapitres qui le composent. Il fonctionne de manière métonymique d’autant plus qu’il a un rapport fonctionnel et de cristallisation avec le roman qu’il résume. En cela il est un condensé à haute teneur idéologique. Il n’est prononcé d’ailleurs qu’à la fin de la dernière phrase terminant le texte. Son décodage ouvre dès lors à un code herméneutique et invite le lecteur dont la culture est ainsi convoquée à une lecture attentive et soutenue.
Le printemps est l’une des quatre saisons de l’année. Il correspond au renouveau de la nature après le rude froid de l’hiver. C’est une période de plein épanouissement, de jubilation légitime et de félicité. Quant à la liberté contenue dans le complément déterminatif qui l’accompagne (de la liberté), ce mot est forgé à partir de libre qui signifie autonome, affranchi, délié, émancipé, indépendant, souverain, etc. Liberté selon Littré (T4, p.3514) et par opposition à captivité et à la dépendance est la condition de l’homme qui n’appartient à aucun maître. Sous cet éclairage le printemps de la liberté serait donc le temps ou l’espace de l’émancipation, de l’indépendance.
En dernière analyse, loin d’être une foire libertaire, le roman de NANGALA, est un chant de libération et d’épanouissement de toutes les libertés confisquées (B. DOZA)par un système politique et social d’une cupidité vorace et englué dans la luxure et la concupiscence les plus abjectes. Mieux, le printemps de la liberté est un champ au portillon duquel, les libertés longtemps déniées au peuple de ce pays imaginaire, se bousculent, se dressent inattendument à la recherche d’un héraut ou héros qu’elles reconnaissent en Pessa-Wonouplet, ce couple qui se superpose volontiers avec Kandia-Râhi, héros de la révolution naissante dans les crapauds-brousse (P.A 1979) de TIERNO MONENEMBO.

2.L’espace et le temps
De toutes les catégories narratives, l’espace et le temps sont, après les personnages, deux éléments essentiels du dévoilement de la sémantique de la fiction. Car, la narration et la description qui constituent le socle de l’art romanesque servent respectivement à rendre compte des successions de la temporalité et de l’organisation de la spatialité. Pour mieux saisir la dynamique des actions que déploient les personnages dans leur évolution, il est plus que nécessaire d’être attentif à cette double opposition spatiale et temporelle.

Le temps
Le roman selon Bourneuf et par opposition aux arts spatiaux (la peinture et la sculpture) est un art temporel au même titre que la musique (l’univers du roman, 1972). Il est d’abord une œuvre de langage qui présente une suite d’événements enchaînés depuis un début jusqu’à une fin. Le temps apparaît dès lors comme un élément qui permet d’ordonner les perspectives en une représentation du monde. Le printemps de la liberté offre au lecteur un large éventail de procédés par lesquels la temporalité se révèle. Ils peuvent être organisés en deux axes majeurs : le temps interne et le temps externe.

a.le temps interne.
Il est généralement le temps de la fiction ou le temps raconté, c'est-à-dire le temps de la narration. Il représente la durée du déroulement de l’action dans la fiction. Il ne peut être saisi qu’à travers l’étude de ces anachronies narratives ou formes de discordances entre l’ordre de l’histoire et celui du récit (Bourneuf, 1972). Il s’agit de toutes ces formes de récits enchâssés dans le récit initial et par lesquels le narrateur booste ou ralentit son récit. Ce sont des rétrospections (analepses) ou des anticipations (prolepses). Tout le chapitre II de le printemps de la liberté est une forme analeptique très illustrative. Par cette rétrospection le narrateur a levé un coin de voile sur le douloureux passé de fillette violée de Wonouplet. Le roman en comporte plusieurs autres formes, soit aux pages 59-63, 157, 254-255 etc.
Par ailleurs, le texte de NANGALA étant relativement sobre en références temporelles précises, la durée de la fiction ne peut être clairement saisie qu’au terme d’un travail minutieux et attentif dont les présentes lignes n’en constituent qu’une friche. Aussi, les vagues indications temporelles du genre, le lendemain (81), le jour du rendez-vous (95), les deux amis se sont séparés hier (119), quelques jours plus tard (158), ce matin-là (263), Il arrive à Tamba au soleil couchant (291) etc. analysées en rapport étroit avec la valeur gnostique des temps verbaux utilisés prodigieusement dans ce texte offriraient matière à réflexion à tous ceux pour qui les romanciers africains traînent dans leurs oeuvres une carence atavique de la notion de temps. Néanmoins, les onze (11) chapitres du roman de NANGALA peuvent s’organiser essentiellement en trois unités temporelles disproportionnées, toutes en rapport avec le statut d’étudiante de Wonouplet.

1. Du chapitre I au chapitre VIII, cette unité correspond aux grandes vacances universitaires qui ont généralement lieu après les résultats des examens de juin. Cette unité a sensiblement duré deux mois et demi. Probablement à partir de la seconde moitié de juillet au 30 septembre, après les résultats de la session de septembre.

2. Du chapitre IX au chapitre X, fin des vacances, retour en cité universitaire dans la capitale, congés de noël, retour à Hambol, voyage à Papara, rentrée de noël.
Cette séquence temporelle a une durée très brève quoique riche en actions, soit un total approximatif de 100 jours.

3. le chapitre XI correspond à la dernière unité, 12 mois la séparent du retour de wonouplet de Papara. De la descente musclée des commandos dans les résidences universitaire à la réouverture des écoles, deux mois se sont écoulés qui comprennent toutes les autres péripéties: assassinat du commando rouquin, retour à Hambol, séjour au domicile du vieux Nanourou. De la réouverture des écoles à l’activisme politique, 12 autres mois se sont écoulés, de l’assassinat de Boniface à l’adresse du demi dieu suprême à la nation, 10 jours.

b. le temps externe
L’analyse du temps externe du roman de Nangala, le printemps de la liberté est inséparable de l’idéologie (en tant que dimension de la socialité née de la division du travail, liée aux structures de pouvoir et condition mais aussi produit de tout discours) et du projet de société de l’auteur dont ce texte est porteur. Diverses méthodes d’analyses des textes littéraires peuvent être mises à contribution à cet effet. Ainsi par exemple, sous l’éclairage de la sociocritique, poétique de la socialité, l’on découvrira en dernière analyse que le temps de l’influence de ce texte est la période des années de braises (90, 91, 92) avec un flash-back à peine voilé sur le grand complot du chat noir de1964.

Au total, ces quelques esquisses combinées avec un relevé exhaustif des indices culturels présents dans le texte dévoileront le point d’encrage du roman de Nangala.

DITES-MOI, MONSIEUR LE PRESIDENT…

Publié le 14/12/2007 à 12:00 par ndahfranc
DITES-MOI, MONSIEUR LE PRESIDENT…
Qui sont les gardiens de nos valeurs morales et sociales ?

Hier, devant la nation, vous avez banalisé les accusations selon lesquelles certains de vos collaborateurs vendraient les places aux différents concours de la Fonction Publique. Si ce n’est pas un encouragement à continuer leur sale besogne, cela y ressemble étrangement. Car, vous et moi, connaissons la vérité pour peu qu’on veuille la découvrir. A moins que ce proverbe de mon grand-père ne s’applique aussi à vous : « Il n’y a pas pire aveugle que celui qui refuse de voir. » Il disait aussi qu’il est très difficile de réveiller quelqu’un qui fait semblant de dormir.
Savez-vous, monsieur le président, combien de gens vous avez frustrés par ces déclarations ? Ceux qui ont eu le plus mal, sont malheureusement ceux qui vous aiment le plus, ceux qui croient encore que vous avez un dessein de justice pour chacun d’entre nous. C’est pour cela qu’ils ont bravé les armes meurtrières des assaillants et de l’armée française pour vous soutenir. Je veux parler des vrais patriotes, les anonymes, et non de ceux qui se pavanent ici et là au volant de voitures rutilantes avec gardes de corps et chauffeurs et faisant ripailles même en temps de vaches maigres. Ceux-là n’ont de patrie que leur propre ventre. Avec leur ascension fulgurante que vous avez contribué à asseoir, tout le monde pense aujourd’hui qu’il n’y a de réussite que dans la « politique ». Dites-moi, monsieur le président, que mangerions-nous si tout le monde devenait « politicien » ? Moi, je ne me sens pas l’âme d’un « politicien » et ils sont heureusement nombreux ceux qui sont comme moi. Nous ne vous demandons pas l’aumône, notre dignité nous l’impose, nous vous demandons seulement d’être le garant de la justice et de l’équité pour tous. L’échec fait partie de la vie, c’est vrai, mais je refuse d’échouer parce que je suis pauvre. Oui, monsieur le président, vous feignez de l’ignorer, mais en Côte d’Ivoire, ce sont les pauvres qui échouent aux différents concours même quand ils sont les meilleurs. Que ce soit sous le mandat de quelqu’un d’autre, je l’aurais compris, mais sous le vôtre, cela me déchire le cœur et je ne peux l’accepter. Car, votre parcours politique ne saurait s’accommoder de telles pratiques. Alors, pourquoi fermez-vous les yeux sur ce qui est visible même pour un aveugle ?
Dites-moi, monsieur le président, regardez-vous la télévision nationale ? Peut-être pas, il y a des chaînes bien meilleures que les nôtres et je vous sais friand de culture, de livres, de tennis (vous parlez toujours avec passion de Serena et de Vénus) et de bien d’autres émissions aussi instructives que divertissantes. Mais je crois que vous devriez jeter un œil sur votre télévision, sur notre télévision et vous comprendrez pourquoi nos enfants sont si abrutis et si pervers. Eh oui, monsieur le président, à la télévision ivoirienne, il n’y a que de la musique (et quelle musique !) et les concours de beauté que parrainent bien souvent certains de vos ministres et autres cadres du parti. Ils prennent plaisir à regarder les corps nus de nos enfants. Ils les aguichent avec des prix qui feraient perdre la tête même à un saint : villas de vingt millions et plus et voitures de marque. Qui pourrait résister à de telles folies ? Des choses qu’un fonctionnaire de plus de vingt ans de service ne pourrait s’offrir. Oui, monsieur le président, j’ai eu la malchance de naître homme et qui plus est laid. Quel avenir me réservez-vous ? J’ai voulu devenir écrivain, ah, mais quelle galère ! J’ai remporté plusieurs concours littéraires ; mais savez-vous le plus gros prix que j’ai eu ? Trois cents mille franc parce qu’il n’y avait aucun corps de femme à voir. Aucune entreprise, aucune structure n’a voulu associer son image à ces différents concours. Et pourtant vous disiez qu’il fallait créer plus de bibliothèques que de discothèques. Mais monsieur le président, à l’allure où vont les choses, vos bibliothèques n’ont d’autres destins que d’être transformées en bar-dancing. Une jeune maison d’édition a accepté d’éditer un ouvrage que j’ai écrit sur les enfants-soldats, nos enfants, que certains politiciens ont pris et prennent plaisir à transformer en chiens de guerre. Pour baisser le coût de production et donc réduire le prix du livre pour le mettre à la portée de tous, cette jeune maison a cru bon chercher une subvention auprès de structures nationales et internationales. Mais vous savez quoi ? Personne ne veut débourser cinq francs pour un livre. Et depuis plus d’un an, nous attendons désespérément une main providentielle pour nous aider à éditer notre livre. Vous voyez, monsieur le président, le destin réservé à ceux qui veulent réussir en comptant sur eux-mêmes ?
Si j’écris ces lignes, ce n’est pas pour que vous les lisiez (d’ailleurs je doute fort que vous ayez connaissance de l’existence de mon blog), mais c’est pour prendre le temps à témoin. N’est-ce pas vous-même qui disiez que le temps est le deuxième nom de Dieu ? Nous voulons le prendre à témoin et dire que malgré les adversités, nous n’avons pas baissé les bras. Pour que le jour où les vraies valeurs triompheront, les incultes sachent qu’en son temps, nous les avions prévenus. A bon entendeur salut !

L'AMOUR EN HERITAGE (Roman inédit) Chapitre 6

Publié le 13/12/2007 à 12:00 par ndahfranc
Le temps continuait son petit bonhomme de chemin et imprimait parfois des tournures imprévisibles à la vie des hommes. Celle de Will et de Charlotte n’échappa pas à cette réalité existentielle.
Invité par son ami John à une réception qu’il donnait chez lui, Will y alla naturellement avec Charlotte.
Là-bas, ce fut pourtant avec une grande joie que Will revit Linda, une de ses ex qu’il ne quitta pas d’une semelle tout au long de la soirée, malgré les regards de désapprobation de John.
La joie de ces retrouvailles était telle que Will en oublia la présence de Charlotte. Cette dernière, quoique déçue par le comportement de son amant, essaya de compenser son absence en s’occupant des deux filles de John à qui elle raconta de très belles histoires.
Au moment de rentrer, elle partit à la recherche de Will qui avait disparu dans les arcanes du domaine de John. C’est pendant qu’elle allait voir sur le toit de la maison, après l’avoir cherché en vain partout, qu’elle le rencontra dans les escaliers, Linda accrochée à son bras.
Pourtant, il ne laissa transparaître aucune émotion coupable.
Dans la voiture qui les ramenait, l’atmosphère était des plus moroses entre les deux amants.
- J’ai l’impression que tu m’en veux pour quelque chose, dit Will, pour rompre le lourd silence qui s’était installé entre eux. Qu’est-ce qu’il y a ?
- Euh ! je me demandais juste si tu avais couché avec cette femme ?
- Avec… Avec Linda ? répéta-t-il de façon ironique. Avant ?
- La réponse à cette question est évidente.
- C’est une ancienne amie, tu le sais, ça.
- Je voulais dire ce soir, sur le toit.
- Tu parles sérieusement ? Tu es sérieuse ?… Non, non. Bien sûr que non ! On a rompu parce qu’elle n’était pas exactement mon style.
- Tu as une petite amie ?
- Tu crois que c’est à moi de le dire ? En tout cas, pour ce qui est de Linda, pourquoi… pourquoi je ferais ça ? Ça n’a pas de sens !
- Je sais, je veux dire… je me demandais… nous sommes si heureux et je ne voyais pas de raison. Mais ensuite, j’ai pensé, mon Dieu ! s’il a fait ça, il aura au moins l’air coupable, mais non, tu es complètement décontracté. Plus décontracté même qu’avant le début de la soirée.
- Bon, voilà, tu vois bien !
- Mais, tu es un homme à femmes, tu as toujours été un homme à femmes. Et qu’est-ce que c’est exactement ? C’est…
- Nous y voilà !
- C’est un homme qui couche avec des tas de femmes, mais qui n’a aucune difficulté à mentir.
- Oui, mais en fait, dans ce cas précis, je n’ai pas à me fatiguer de mentir, il ne s’est rien passé, d’accord ?
- La maladie que j’ai m’a appris à lire dans la conscience des gens. Rien qu’en te touchant, je saurais si tu mens.
Elle posa alors une main tremblante sur la poitrine de Will. Après un court instant, elle s’écria, affolée :
- Oh ! mon Dieu ! Oh ! mon Dieu !
Elle se prit alors le visage entre les mains et se mit à pleurer.
- Arrêtez-vous, s’il vous plaît ! cria-t-elle au chauffeur.
- Non, ne fais pas ça, la supplia Will.
Mais elle ne l’écouta pas. A peine la voiture s’arrêta-t-elle qu’elle descendit. Will en fit autant et courut après elle.
- Charlotte !
- Pourquoi ?
Il la rattrapa.
- Ecoute, je n’ai jamais fait semblant d’être ce que je ne suis pas, d’accord ?
- Pourquoi ?
- Pourquoi ? D’accord, très bien ! Pourquoi ? Parce que j’en ai eu envie…
- Mais, que fais-tu de l’amour ?
- Mais, pourquoi es-tu aussi juvénile ? Ça n’était rien du tout ! Rien du tout, ça ne signifiait rien ! Si j’étais différent, peut-être, mais…
- Que fais-tu de l’amour ? hurla-t-elle de nouveau.
- Tu sais, je vais te dire ; on s’est trompé. On s’est trompé sur toute la ligne ; depuis le début. Tu es une gosse, je suis un sale type. Tu as mieux à faire pour tes derniers… à faire dans ta vie que la passer avec un mec comme moi.
Sur ce, il tourna les talons et s’éloigna.
Il regagna sa maison, triste et abattu, après avoir flâné dans la ville pour essayer de dissiper sa douleur. Mais le pouvait-il ? Il était embarqué dans un engrenage impitoyable. C’était plus fort que lui ; sa seule volonté ne suffisait plus pour arrêter la roue du destin.
Sur son lit, il découvrit une carte avec un message. Il le parcourut, le cœur gros comme une montagne :
« La nuit la plus effrayante de l’année. Une seule chose me hante. On aurait pu ne jamais se rencontrer. Charlotte. »
Will s’affala sur le lit. Quels genres d’émotions l’animaient à ce moment précis ? Une avalanche de sentiments aussi coupables les uns que les autres ! Aussi destructeurs les uns que les autres !
Charlotte non plus n’était pas logée à meilleure enseigne. En effet, après avoir flâné elle aussi dans la ville afin de vider son cœur de ce torrent de tristesse et de rancœur qui l’avait pris en otage, elle rentra à la maison. A sa vue, sa grand-mère s’écria :
- Oh ! regardez qui est là !
Aussitôt, Charlotte éclata en sanglots.
- J’ai déjà vu ce genre de visages, lui dit sa grand-mère, la voix nouée.
- C’est vrai…renifla-t-elle.
- Dans de nombreuses occasions. Toutes pour la même raison.
- Tu m’avais dit que Will et maman étaient juste amis…
- C’étaient des amis ; mais elle était totalement folle de lui. Elle n’a jamais couché avec lui. Parce que c’était une fille de notre temps ; et, elle était intelligente. Bien sûr, elle a commis une énorme erreur en lui avouant ses sentiments. Ça s’est passé à Bassam, au Club, pendant la fête du travail, lors d’un pique-nique…
- Et qu’est-ce qui s’est passé ?
- Dans l’heure qui a suivi, il a mis en cloque Mili, dans une cabine de bain.
- Mili ?
- La partenaire de double de ta mère.
- Mais, pourquoi tu ne m’as pas dit tout ça ? pleurnicha Charlotte. Tu sais que tu aurais pu me prévenir ! Tu vois ce qu’il est en train de me faire à moi aussi ?
- Ouais, j’aurais pu ; mais, je ne l’ai pas fait.
- Tu ne me parles jamais ; tu ne me dis jamais ce que je dois faire !
- Charlotte ! Regarde-moi bien en face. Tu me demandes de te dire ce que tu dois faire ?
- Oui ! Tu es ma famille ! Tu es ma famille ! Tu es censée t’occuper de moi, sanglota-t-elle de plus belle.
Sur ce, elle monta dans sa chambre, sous le regard éploré de sa grand-mère qui se sentait coupable juste pour avoir voulu laisser sa pauvre petite fille profiter des derniers instants de sa vie. Mais il a fallu qu’il fût encore là, Will Pokou, le séducteur invétéré, pour lui gâcher son plaisir, comme il l’avait fait pour sa mère.
Charlotte, qui avait voulu construire une histoire d’amour unique avec un homme riche et séduisant, s’était laissée embarquer dans le tourbillon de l’amour. Son cœur venait de subir une agression pire que celle qu’elle connaissait déjà et cela, à cause de l’amour. Et dire qu’elle avait souvent lu dans des romans que l’amour était une chose magique. Des larmes, elle en versa toute la nuit…

* *
*

John et Will cheminaient ensemble en discutant de façon houleuse.
- Où étais-tu ? demanda John à Will.
- Chez moi, répondit ce dernier.
- Je t’ai appelé dix fois !
- J’avais décroché.
- Je ne pige pas.
- Y a rien à piger ; j’avais décroché.
- Quelque chose s’est passé à ma soirée ?
- Tu y étais ; rien du tout, on s’est bien amusé.
- Déconne pas. Qu’est-ce qui est arrivé ?
- Rien du tout !
- Qu’est-ce qu’il y a ? C’est Charlotte ? Quelque chose est arrivé avec Charlotte ou quoi ?
- On a décidé de se quitter.
- Tu te fous de moi, là ?
- C’est plutôt elle qui a décidé qu’on se quittait.
- Qu’est-ce que tu as encore fait ? l’interrogea John qui avait déjà flairé le mensonge.
- Moi ?
- Déconne pas avec moi ; qu’est-ce que tu as fait ?
- Je crois que j’ai couché avec Linda sur ton toit, ça te va ?
- Tu te fous de moi ?
- Non… Non, non, je ne me fous pas de toi. Alors, elle est partie, c’est fini.
- Je suis consterné que tu aies fait ça.
- J’ai fait le con.
- Alors ?
- Alors, voilà, je suis exactement comme avant, ironisa-t-il.
- Et comment tu vas vivre ça ?
- La situation ne pourrait qu’empirer… Pourquoi aller plus loin dans cette histoire, hein ? Ça va nous mener à quoi ? C’est maintenant au lieu de plus tard. Je la quitte ou alors dans quelques mois, c’est elle qui me quitte. Non, non, c’est même mieux comme ça ; c’est bien mieux !
Puis, contre toute attente, il fondit en larmes sur les épaules de son ami avant de poursuivre :
- Je voudrais ne jamais croire qu’on s’est quitté, murmura-t-il.
- Je suis désolé de te dire ça, mais il n’y a que deux sortes d’histoires d’amour dans ce monde : le garçon perd la fille, la fille perd le garçon, c’est tout ; c’est tout ! Il y a toujours quelqu’un qui est lâché. Tu essaies d’éviter ça et tu es sûr de finir comme ces vieux qui se regardent dans le miroir et passent leur réveillon de Noël avec leur lait de poule. Ecoute-moi…
- Je n’en ai rien à cirer !
- Toi, tu vas mourir dans tes propres bras !
- Je n’en ai rien à cirer ! Je veux en finir maintenant !
Sur ce, d’un pas alerte, il s’éloigna de son ami en courant. Il voulait fuir la triste réalité. Mais, le pouvait-il ? Il était embarqué dans un train sans conducteur, roulant à vive allure, avec pour seul voisin, l’amour. Et avec l’amour, que de larmes et de tristesse ! (A suivre)


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