Posté le 05.03.2008 par ndahfranc
Quand la nuit arrive et que les adultes retrouvent enfin la chaleur de leurs draps, le Bon Dieu appelle le Père Noël et lui dit :
- L’heure est enfin arrivée de descendre sur la terre pour distribuer à tous les enfants, de jolis cadeaux. Voici une hotte supplémentaire pour les enfants malades, les orphelins, les enfants victimes de la guerre et de la méchanceté des hommes…
Cette année-là, le Père Noël se retrouva donc avec deux hottes sur le dos. Deux hottes lourdement chargées.
Quand il fut prêt, le Bon Dieu fit descendre son échelle kilométrique sur la terre. Et le Père Noël, après avoir dit au revoir, commença à descendre les marches une à une, avec attention.
La descente était pénible mais le Père Noël en avait bien l’habitude. A la seule idée qu’il allait bientôt faire des heureux sur la terre, il en oubliait la fatigue.
Le Père Noël continuait sa descente quand tout à coup, il rata une marche et dégringola de l’échelle…
Il fit plusieurs vols planés à travers le cosmos. Il traversa les différents cieux, évita de justesse les différentes planètes avant de rentrer dans l’atmosphère terrestre. Puis, telle une papaye mûre, il s’écrasa de tout son poids sur le sol dur. Sa chute fit un bruit tel que tous les habitants de la contrée se réveillèrent. Les parents se demandèrent ce que cela pouvait bien être tandis que les enfants, eux, en profitèrent pour jeter un coup d’œil au chevet de leur lit…
Le Père Noël était tombé en pleine savane baoulé, au centre d’un très beau pays appelé la Côte d’Ivoire. Mais il avait perdu connaissance et personne ne savait rien de tout ce qui lui était arrivé.
Les enfants s’étaient donc rendormis avec l’espoir de recevoir leurs cadeaux, bien emballés, au petit matin.
Mais ce matin-là, ce fut la consternation dans toutes les familles. Aucun enfant dans le monde, n’avait reçu de cadeau de la part du Père Noël. C’était la première fois, depuis l’origine des temps, que pareille situation se produisait. Et tout le monde s’interrogeait : « Mais, où est donc passé le Père Noël ? »
Les enfants qui ne comprenaient pas qu’à Noël ils n’aient reçu aucun cadeau se mirent à pleurer. Partout, des cris et des pleurs d’enfants minés par le chagrin et la peine. Et les parents, qui avaient du mal à les calmer, étaient tout aussi tristes qu’eux. C’était comme si un cruel deuil avait frappé toutes les familles en ce jour de Noël. Quelle tristesse !
Pendant ce temps, le Père Noël gisait toujours en pleine savane, inconscient, les deux hottes pleines de cadeaux près de lui. Mais, personne n’avait écho de cette mésaventure.
Une hyène matinale qui passait par-là fut le premier à le découvrir.
- Tiens ! tiens ! n’est-ce pas le Père Noël ? se demanda-t-il.
Quand il vit que le Père Noël avait eu un accident et qu’il était dans un état piteux, il fut rempli d’une grande joie.
- Que le diable sait faire les choses ! s’exclama-t-il de nouveau. Ces humains qui n’ont jamais pensé aux animaux sauvages pendant la fête de Noël en seront cette année pour leurs frais.
Ainsi dit, il s’empara de chaque hotte qu’il alla dissimuler non sans difficultés, dans le creux de la racine d’un baobab tutélaire. Après son forfait, il disparut dans la nature ni vu ni connu, en ricanant gaiement…
Extrait de La mésaventure du père Noël (inédit)
Posté le 04.03.2008 par ndahfranc
Franck De Konan était un des artistes musiciens les plus doués de sa génération. C’était un virtuose de la guitare. Avec ses mélodies langoureuses puisées dans la riche culture akan, il était devenu une légende vivante du jazz made in Côte d’Ivoire. Sa renommée avait même franchi les frontières nationales au point qu’il parcourait le monde entier pour donner des concerts haut en couleurs et en sons. La dernière distinction qui avait consacré son immense talent était celle des Koras en Afrique du Sud. Il avait décroché de haute lutte la palme du meilleur artiste musicien africain de l’année. En dénonçant dans ses chansons les tragédies et les dérives de son époque, il se posait en véritable avocat des opprimés. « Même si cela paraît avoir déjà été dit par d’autres avant moi, avait-il lâché après son sacre continental, il faut continuer d’insister car rien ne laisse croire que les différents messages aient été entendus avec tous ces drames atroces qui secouent encore le monde aujourd’hui. »
Ce gentleman de quarante ans, contrairement à ce qu’on aurait pu penser de lui, était un très bon père de famille. Marié et père de deux adorables enfants dont un garçon et une fille, il savait se consacrer à sa petite famille chaque fois qu’il en avait le temps. La campagne, la plage, les villages de vacances étaient les endroits préférés où il emmenait les siens. Sa femme et ses deux enfants adoraient tellement ces instants que dès qu’il sautait dans le prochain avion pour un nouveau périple autour de la terre, la nostalgie s’installait au point qu’ils se mettaient à compter les jours, les semaines et parfois même les mois.
Yannick et Yasmine, âgés respectivement de quatorze et douze ans étaient fiers de leur père. Et comment ne pas l’être quand son géniteur compte parmi les personnes les plus renommées et les plus adulées du pays ! A l’école, ils étaient respectés par les professeurs et enviés par leurs camarades. Chacun voulait faire partie de leur cercle d’amis. Sympathiques et humbles, ils le leur rendaient bien. A plusieurs reprises, ils avaient invité leur père qui avait donné des concerts gratuits au cours de plusieurs manifestations récréatives organisées par leur établissement.
Quant à la gracieuse Emilie De Konan, malgré les longues absences de son mari, elle avait réussi à s’adapter à la situation en consacrant son temps à la gestion de son salon de coiffure et à l’éducation de ses deux adorables enfants, deux activités qu’elle affectionnait particulièrement et qui lui permettaient de vaincre le temps et la solitude, ses deux pires ennemis.
Depuis la dernière venue de son mari, un autre événement était d’ailleurs venu mettre un peu de piment dans sa vie. En effet, deux semaines après le départ de ce dernier, se plaignant de nausées et de vertiges, elle était allée consulter son médecin. Après tous les examens requis en pareilles circonstances, ce dernier lui annonça qu’elle était enceinte. C’est avec une joie immense qu’elle accueillit la nouvelle et elle attendait impatiemment le retour de son mari pour la lui annoncer. La dernière fois qu’elle l’avait eu au téléphone, n’eut été la fatigue qui se lisait dans sa voix, elle lui aurait annoncé la bonne nouvelle. Mais elle s’était maîtrisée in extremis pour ne pas gâcher le plaisir de la surprise.
- Je me sens un peu fatigué, lui avait-il avoué depuis l’autre bout du fil.
- C’est ce que je ne cesse de te reprocher, le réprimanda-t-elle, maternelle. Il est vrai que tu as une carrière à gérer mais n’oublie pas que les enfants et moi faisons aussi partie de ta vie.
- Tu as raison, Emilie, et ne crois surtout pas que je n’en ai pas conscience. Vous êtes ce que j’ai de plus cher au monde. Je suis en pourparlers avec mon manager ; je crois que je prendrais bien volontiers une année « sabbatique » afin de me consacrer un peu plus à vous.
- Je crois que ce serait mieux pour nous tous car les enfants ont besoin de te voir un peu plus souvent.
- C’est vrai, ce sera un vrai nouveau départ…
Franck De Konan soupira avant de marquer une pause.
- Francky, tu es encore là ? s’inquiéta sa femme.
- Oui, je suis toujours là. Tu embrasseras les enfants pour moi.
- Francky, quelque chose ne va-t-il pas ?
- Non, rassure-toi, tout va bien. Sauf que comme je l’ai déjà dit, je me sens un peu fatigué.
- N’oublie donc pas de te ménager, mon canard. D’accord ?
- C’est compris, ma biche. Gros bisous à toi et aux enfants et à la semaine prochaine.
Dès qu’elle eut raccroché le combiné, Emilie plongea aussitôt en elle-même dans une méditation soudaine. Son intuition de femme qui ne la trompait jamais lui soufflait que quelque chose ne tournait pas rond malgré les propos rassurants de son mari. Elle avait soudain peur que son mari n’entretienne des relations extraconjugales.
Cette nuit-là, elle chercha le sommeil mais, comme un rebelle, celui-ci ne vint pas. Elle pensa encore et encore à cette rivale fantôme que toutes les femmes accusent à tort ou à raison quand tout va mal dans leur foyer. Tenant donc cette hypothèse pour preuve irréfutable de la culpabilité de son époux, elle se mit dans les pires états possibles. Elle se projetait alors dans l’avenir et était traumatisée de découvrir l’image qu’elle présentait : celle d’une femme seule, abandonnée par un mari volage, sevrée de toute affection. Non, elle ne supporterait pas pareille humiliation. Elle dont toutes les femmes n’avaient jamais cessé d’envier le mariage était sur le point de vivre le calvaire des femmes seules. Non, elle se battrait bec et ongles contre n’importe quel adversaire, aussi redoutable soit-il, pour protéger ce qui lui revenait de droit. Toute la nuit ainsi que toutes celles qui précédèrent le retour de son mari, elle mijota mille et un plans d’attaque et de défense.
Franck De Konan regagna le pays natal un jeudi après-midi en provenance des Etats-Unis d’Amérique. Sa femme et ses enfants allèrent l’accueillir à l’aéroport comme à l’accoutumée au milieu de milliers de fans excités. Après un bain de foule extraordinaire, ils regagnèrent enfin le domicile familial. Les gestes étaient comme d’habitude empreints d’amour et de franchise.
- Quoi qu’il advienne restons unis, avait lâché Franck De Konan en serrant les siens dans ses bras vigoureux.
Le caractère énigmatique de cette parole n’avait pas échappé à sa femme qui lui adressa en retour un regard tout aussi indéchiffrable. Mais un sourire ensoleillé vint brûler de ses rayons ardents toutes les inquiétudes, le tout couronné par la devise familiale criée en chœur par toute la maisonnée :
- Un pour tous, tous pour un !
Cette nuit-là, heureuse de se retrouver enfin dans les bras de son mari, Emilie ne vit pas le voile sombre qui couvrait son regard ou du moins, fit-elle semblant de ne pas s’en apercevoir. Et, bien que pour la première fois en quinze ans de mariage son mari portât un préservatif avant de lui faire l’amour, elle ne se douta de rien. Endormie dans le creux de son bras, il la regardait avec des sentiments étranges, confus, innommables. Puis, son cœur prit un tel poids qu’il se sentit lui-même étouffer. Il dut se débattre violemment comme pris au piège avant de retrouver la cadence normale de sa respiration. Il était en sueur et son visage inondé de larmes. C’est alors qu’il plongea en lui-même afin de sonder l’ampleur du drame qui s’abattait sur lui et les siens. Une véritable catastrophe !
Le sida, il l’avait chanté dans plusieurs de ses chansons, dénonçant la stigmatisation systématique dont étaient l’objet les victimes de ce mal. Il avait donné des concerts au cours de manifestations à caractère caritatif pour soutenir la prise en charge des enfants orphelins ou victimes du sida. Mais il le faisait plus pour son image d’artiste que par véritable dessein philanthropique. Et voilà aujourd’hui que le sort, comme un traître sans foi ni loi, lui enfonçait une épée en plein cœur, menaçant sa famille d’une implosion quasi certaine. Le ver était dans le fruit, par sa faute. Comment a-t-il pu se laisser aussi facilement épingler ? Rien qu’un tout petit moment d’inattention et de plaisir et voilà toute une vie sur le point de s’écrouler comme un château de cartes. Il se rappela alors avec un immense regret cette fameuse nuit où il avait signé sans s’en rendre compte un pacte avec le diable. C’était au cours d’une tournée au Kenya. Après une brillante prestation dans la mythique salle de spectacle du REOF Hôtel de Mombassa, il regagna sa suite. Mais en pénétrant dans l’appartement, il découvrit dans son lit une jeune métisse qui l’attendait. Elle n’arborait pour tout vêtement qu’un tout petit string qui se perdait dans la vallée de ses fesses nues.
- Que faites-vous ici ? lui demanda-t-il d’un air contrarié.
Pour toute réponse, elle descendit du lit et se dressa du haut de son mètre soixante-quinze, la poitrine saillante. Ah ! qu’elle était belle, cette jeune fille ! Sa forme sublime laissait penser à un chef-d’œuvre sorti du moule du meilleur créateur d’œuvre d’art. Tout en elle était perfection : son teint de café au lait, ses yeux d’amande, ses lèvres fines de lauriers, son abondante chevelure, sa poitrine généreuse, ses jambes fuselées et surtout ce sourire, ce regard et cette démarche…
- Je suis chargée de vous faire passer d’agréables moments.
Le son de sa voix, comme une musique langoureuse, vint briser toutes les résistances de Franck De Konan qui se laissa dompter le plus facilement du monde. Elle l’entraîna alors dans le séjour et partagea avec lui du champagne et du caviar. Quand ils furent suffisamment grisés pour ne penser à rien d’autre qu’au sexe, ils se transportèrent dans l’immense lit afin de consommer le fruit défendu. Dans leur état respectif, ils perdirent toute notion de prudence et de sécurité. Or, un tout petit geste aurait suffi pour leur garantir la vie même si l’acte lui-même était indubitablement entaché de souillure. Hélas ! Mille fois hélas ! Ils n’y songèrent pas, préoccupés qu’ils étaient à satisfaire leur libido. Franck De Konan croyait pousser des soupirs de jouissance or c’étaient des soupirs qui le condamnaient à la « mort ».
Le lendemain matin, quand il vit la jeune femme couchée auprès de lui dans son lit, il prit toute la mesure de l’acte qu’il venait de poser et les dangers auxquels il devait s’attendre. Et depuis, il pressentait le pire autour de lui. Pour avoir la conscience tranquille, il avait profité de sa tournée aux USA trois mois plus tard pour faire son test de dépistage. Malheureusement, celui-ci s’avéra positif ! Et depuis, c’était comme si la mort s’était introduite dans sa vie. Et ce qu’il craignait le plus, c’est d’avoir contaminé sa femme. Il ne le supporterait pas. Il était prêt à payer seul le prix de sa bêtise et non à le partager avec une innocente même si de façon indirecte, elle en était déjà une. Comment réagirait-elle lorsqu’il lui annoncerait cette terrible nouvelle ? Le psychologue lui avait suggéré l’aide de personnes spécialisées comme en pareilles circonstances mais il avait refusé. Il ne voulait pas pousser la lâcheté jusqu’à ce point. A force de penser à cette histoire et à ses probables implications, il passa une nuit blanche.
Trois jours étaient passés depuis le retour de Franck De Konan chez lui. Mais une chose était sûre, quelque chose en lui avait changé.
- Je te trouve un peu mystérieux depuis ton retour ; n’as-tu rien à me dire ? lui avait demandé sa femme cette nuit-là.
Il soupira puis décida de tout lui avouer.
- J’ai à te parler mais je t’en prie ne m’arrête pas avant que j’aie fini.
Sa femme ne dit mot, anxieuse. Ce dernier se racla la gorge puis commença :
- Ce que j’ai à te dire est grave et va bouleverser toute notre vie…
- Tu me fais peur…
- Ne m’arrête pas s’il te plaît ! Emilie, je voudrais te demander pardon à toi et aux enfants… Emilie, je suis malade…
- Malade ?
D’un geste de la main il l’arrêta avant de poursuivre.
- Je… je suis séropositif !
A peine eut-il prononcé cette phrase que sa femme s’écroula, évanouie…
Extrait de la nouvelle Un couteau dans le cœur de François d'Assise N'DAH, publiée dans le recueil collectif Juste pour goûter, éditée par le Centre des Programmes de Communication de l’Université John Hopkins, bureau Côte d’Ivoire.
Posté le 22.02.2008 par ndahfranc
Nafiassou la femme de Gnamien était enceinte depuis un peu plus de sept mois. Mais quoique la grossesse ne fût pas encore à terme, elle se sentit mal cette nuit-là. Ses gémissements réveillèrent son mari qui, malgré l’obscurité, fila comme un lièvre au domicile de la vieille Mahou.
- Mahou, Mahou, réveille-toi, Nafiassou est en travail, viens vite ! avait-il hurlé par la fenêtre.
- Déjà ! cria la vieille femme, surprise. C’est un peu trop tôt à mon sens. Avance, j’arrive, le temps de couper quelques feuilles.
Quelques instants plus tard, la vieille matrone se présenta au chevet de la parturiente, accompagnée de deux autres femmes.
L’accouchement se révéla des plus difficiles. On essaya toutes sortes de médicaments dont l’efficacité était reconnue, mais l’enfant refusa de venir. Et l’inquiétude commença à gagner les femmes qui n’arrêtaient pas de se murmurer quelques confidences. Mahou sortit alors de la chambre et appela Gnamien.
- Je vais être franche avec toi, mon fils. C’est bien la première fois qu’une grossesse résiste à tant de médicaments. Je vais essayer une dernière potion. Si ça ne marche pas, c’est que tout espoir sera perdu. Va en brousse me chercher des racines de kotou et des feuilles de srika.
L’inquiétude qui se lisait sur le visage de Gnamien était trop cruelle. Immédiatement, il s’empara de son coutelas et d’une daba et prit aussitôt la direction de la forêt.
Pendant ce temps, Nafiassou continuait de souffrir. Elle ne pensait plus à sa propre vie, mais à celle de ce petit être qu’elle portait en son sein et en qui elle plaçait tant d’espoir. « Survivrait-il à tant d’épreuves ? » se demandait-elle.
Tout à coup, elle poussa un violent cri de douleur. La vieille matrone prit alors sa tête brûlante et la déposa sur ses genoux, avant de lui passer un chiffon mouillé sur le front. Malgré cette marque d’attention, Nafiassou poussa un second cri, à fendre l’âme, celui-là. La vieille matrone reposa immédiatement sa tête et se précipita entre ses jambes, lui intimant l’ordre de pousser. En vain. Nafiassou perdait ses forces au fil des minutes et son mari n’arrivait toujours pas. Les matrones, inquiètes, semblaient avoir placé tous leurs espoirs en Gnamien dont le retour se faisait pourtant de plus en plus long. Inquiètes, elles guettaient le moindre indice qui les rassurerait.
Gnamien, perdu dans les entrailles de cette forêt noire, se débattait comme un beau diable. Il avait déjà coupé les feuilles de srika, mais les racines de kotou étaient plus difficiles à trouver. Il venait justement d’apercevoir l’arbuste au flanc d’une termitière. Il se mit aussitôt à l’ouvrage. A l’aide de la daba, il creusait pour dégager les racines de la plante salvatrice qui avait la particularité de les avoir très profondes.
Gnamien continuait de creuser quand, tout à coup, il déboucha sur un trou côtoyant la racine de l’arbuste. Sans réfléchir, il y plongea la main. C’était l’erreur à ne pas commettre. Il sentit aussitôt une brûlante piqûre à la main. Le temps de comprendre ce qui lui arrivait, il vit le reptile qui venait de le piquer sortir par un autre trou et s’éloigner. C’était un kpangbazrèlè, le serpent le plus redoutable de la forêt. Ebranlé, Gnamien luttait contre la mort.
* *
*
Des halos de lumières multicolores avaient magistralement décoré le périmètre de la lune qui brillait de mille feux. Une musique étrangement agréable et reposante traversait le mystère des ténèbres et pénétrait l’intimité de la nature qui jouissait dès lors d’un calme majestueux. C’étaient les signes évidents d’une naissance insolite. Un vent paisible souffla alors sur le village et atténua soudain la douleur de Nafiassou qui se mit de nouveau à pousser, à la grande stupéfaction des matrones. Un vagissement étrange déchira aussitôt l’air. L’enfant venait enfin de naître. Les femmes entonnèrent des chants de victoire pour manifester leur joie. Mahou la matrone, qui avait pris le nouveau-né dans ses bras, remarqua tout de suite son étrangeté. En effet, à la lumière de la lampe tempête, elle découvrit que l’enfant, de sexe féminin, était rouquine. Mais là n’était pas le véritable problème. Ce qui intriguait la vieille femme au point de lui arracher des interjections, c’était cette minuscule étoile qui brillait au milieu de son front, comme une pépite de diamant. Les autres femmes qui étaient accourues, restèrent elles aussi perplexes. C’était bien la première fois qu’elles voyaient une chose pareille. Une étoile sur le front d’un nouveau-né ! C’était probablement un signe du destin.
Pendant que toute leur attention était focalisée sur l’étrange bébé, Nafiassou poussa un cri d’agonie. Aussitôt, les femmes se précipitèrent de nouveau à son chevet. Mais, malgré les remèdes qu’elles lui administrèrent, l’hémorragie qui avait fait suite à l’accouchement ne s’arrêtait pas. Petit à petit, l’anxiété céda au doute, puis au désespoir. Un silence de cimetière s’installa alors dans la pièce. Lentement, mais sûrement, Nafiassou agonisait.
- Pourvu que son mari arrive à temps avec les racines du kotou ! prièrent intérieurement les femmes affolées.
Mais, il valait mieux ne même pas y songer. Car, l’homme qu’on attendait et qui incarnait leur espoir luttait lui aussi contre la mort… La morsure du Kpangbazrèlè avait fait son effet. Paralysé et bavant, Gnamien rendit l’âme, le remède miracle à la main.
Que pouvait alors espérer Nafiassou ? Rien, sinon attendre que son sang se vidât et que la mort vînt abréger à son tour sa douleur. Ce qui arriva dans les minutes suivantes, à la grande stupeur des femmes. Comme Gnamien ne revenait toujours pas, des hommes armés allèrent à sa recherche. Ils n’allèrent pas bien loin. A l’entrée de la forêt, ils découvrirent le corps de l’infortuné, noirci par la puissance du venin du reptile. Le désarroi se généralisa : Gnamien et sa femme avaient trouvé la mort la nuit même où leur enfant était venu au monde…
Extrait de N’zrama, la fille étoile, (à paraître chez Edilivre-Editions)
Posté le 22.02.2008 par ndahfranc
QUE C’EST DEGOUTANT !
Il y a quelques temps, je vous avais promis la liste des maisons d’édition opérant en Côte d’Ivoire. Mais, j’ai bien réfléchi et j’ai trouvé que cela n’en valait pas la peine ; je vais vous dire pourquoi.
En Côte d’Ivoire, les maisons d’édition se comportent comme des sorciers, de véritables dévoreurs de talents. En effet, si vous êtes novice comme moi en matière d’écriture et que vous allez les voir avec votre manuscrit sous la main, d’abord, l’accueil qui vous sera réservé vous démoralisera tant les gestes et les paroles vous réduiront à votre plus simple expression. Et si par malheur, un auteur confirmé venait à passer par-là, vous comprendrez aisément que cet endroit n’est pas fait pour vous. Espérons que cela n’arrive pas ce jour-là. On vous reçoit donc et enregistre votre manuscrit. Eh bien, c’est là que commence votre calvaire. A la question de savoir combien de temps votre manuscrit va mettre en lecture, on vous dira deux ou trois mois. Mais en réalité, si vous avez beaucoup de chance, c’est douze mois, sinon, il faudra attendre deux à trois ans. Après les trois ans, que votre manuscrit ait été retenu ou non, votre calvaire continuera. En effet, si votre texte n’a pas été retenu, très vite, vous vous rendrez compte que le rapport de lecture n’en est un que de nom. Car, vous y trouverez des choses que vous ne pourrez exploiter pour parfaire votre travail tellement elles sont vagues et incompréhensibles. Toute chose qui tuera en vous la passion de l’écriture si vous n’y prenez garde. Maintenant, au cas où votre texte serait retenu, votre joie serait de courte durée tellement le temps sera long. Votre manuscrit va passer un séjour d’au moins trois ans sur une étagère estampillée « Manuscrits bons à éditer ». Il dormira là sous prétexte que les moyens de la maison sont limités. Et pourtant, vous verrez passer à la télé, se succédant comme des fourmis, les mêmes auteurs. Vous savez pourquoi ? Simplement parce qu’à ce niveau, le talent seul ne suffit plus. Des considérations d’ordre commercial viennent s’y ajouter. Et même si votre œuvre est de meilleure qualité, on lui préfèrera celle de l’auteur confirmé parce que lui a un nom et vous pas. Votre texte dormira donc là pendant un bon moment jusqu’à ce qu’un jour la providence décide qu’il en soit autrement. Votre texte passe enfin à la production mais n’est pas prioritaire. Son séjour au milieu des machines peut durer encore au moins deux ans. Faisons un peu de calcul : trois ans + trois ans + deux ans, cela fait bien huit ans. Voilà le temps minimum qu’il faut au manuscrit d’un auteur débutant pour être édité. On a le sentiment que tout est mis en œuvre pour décourager l’écrivain débutant et même pour tuer en lui la passion de l’écriture. Car, combien de personnes peuvent attendre autant de temps avant de mettre un enfant au monde ?
Et ce n’est pas tout, la discrimination va se poursuivre après la sortie de l’œuvre. L’auteur confirmé bénéficiera de plusieurs séances de dédicace dans les plus grands palaces de la capitale avec comme invités des personnalités triées sur le volet. Les médias, qu’ils soient privés ou étatiques, relaieront ces informations des semaines durant, sans oublier les plateaux-télé et radio ainsi que les interviews. Or, l’écrivain débutant sera livré à lui-même. Il dormira quelques jours d’un sommeil bien mérité avec son œuvre au chevet de son lit. Puis, il retombera dans l’anonymat. En fin d’exercice, quand il se présentera pour réclamer ses royalties, on lui dira qu’il est déficitaire parce que seuls quelques exemplaires gratuits de son œuvre ont été distribués aux journalistes et aux hommes politiques. Qui voudra donc éditer un auteur qui ne se vend pas ? Or, on a tout mis en œuvre pour vous piéger. Voilà la triste réalité des auteurs débutants en Côte d’Ivoire.
Que faire alors pour ne pas mourir ? Continuer d’écrire même si on a le sentiment qu’on ne sera pas édité. Car, refuser d’écrire, c’est se trahir soi-même. Ensuite, utiliser les NTIC pour mettre ses écrits à la disposition de ses amis qui prendront plaisir à les lire. Un blog aujourd’hui sur le net, c’est gratuit et facile d’accès. C’est une lucarne ouverte sur le monde et qui vous permet d’échanger avec des personnes de toutes origines qui ont la même passion que vous. Qui sait ? Un éditeur trouvera en vous un bon écrivain et vous proposera peut-être un contrat. Et ce sera le début de la grande aventure. Il est aussi conseillé de chercher des éditeurs à l’étranger, en France et au Canada particulièrement. De petites maisons ou de jeunes maisons d’édition ont des savoir-faire parfois insoupçonnés. Je vous citerai par exemple Edilivre-Editions, une jeune maison d’édition dont on dit beaucoup de bien. Il ne coûte rien d’essayer car, personne ne sait d’où peut venir la chance. J’ai envie de dire pour terminer, sans paraphraser un homme célèbre : « Auteurs débutants de tous les pays, unissons-nous ! » Bon courage à toutes et à tous !
Posté le 14.02.2008 par ndahfranc

"L’amour en cavale" est une fantastique histoire d’amour dans laquelle Nafi et Ismaël, sont en proie à un tragique destin. La première doit épouser un vieil homme, milliardaire, qui a tiré sa famille de la misère tandis que le second, doit convoler en justes noces avec une jeune fille que son père, souffrant, a choisie pour lui. Que faire ? S’échapper pour une journée, loin de tous et vivre à fond cet amour, avant de revenir à la dure réalité ?
Mais comme toujours, les surprises sont de taille et le destin échappe à toute logique.
A la faveur de la Saint-Valentin, je vous invite à découvrir cette œuvre pleine de suspense et de rebondissements que je viens de mettre sur le marché du livre.
Extrait :
Après ces deux jours d’intense folie, ce fut le douloureux moment de la séparation. Des pleurs, des étreintes, des sanglots, pour dire adieu à l’être qu’on a aimé le temps d’une folie majeure. Après avoir aspiré le parfum mortel de l’orchidée des êtres perdus, vécu des moments d’extase sublime, l’heure était maintenant à la « mort ».
La séparation est toujours douloureuse quand l’amour a élu domicile dans le cœur de deux êtres pour ne plus jamais en ressortir. Mais, pourquoi se quitter alors qu’on s’aime ? Triste coup du sort !
Ismaël et Nafi avaient décidé de se séparer là où ils s’étaient rencontrés deux jours plus tôt. Devant le cinéma Les Studios. Avec pour seuls témoins, des passants curieux qui les regardaient à la dérobée. Ils éprouvaient des sentiments mêlés et indicibles, teintés de rage et d’impuissance face à la fatalité de leurs deux destins. Aucun mot ne voulait être dompté pour servir de lit à ces vilains sentiments. Des sentiments assez fougueux pour porter toutes les larmes de leur âme.
Puis, leurs lèvres tremblantes, émues par un farouche désir d’impuissance, se sont rapprochées et dévorées passionnément. Fatalement. Avec la fougue des derniers instants et la certitude d’éterniser dans l’espace et le temps, l’acte amoureux. Un baiser, comme le dernier mot d’adieu. Sur un air de sanglots étouffés. Mélancolie, toujours mélancolie. Tristesse d’un pacte brisé, d’un amour fugace.
Ismaël serrait Nafi contre lui de toutes ses forces comme s’il avait peur de la perdre. Il voulait se fondre en elle. Le même désir scintillait dans les yeux de Nafi. Ils voulaient trouver des mots à se dire, mais le silence les avait déjà apprivoisés.
Plus tard, Nafi se raidit et Ismaël desserra l’étau qui la maintenait contre lui. C’est alors qu’elle se mit à reculer sans le quitter des yeux. Ismaël resta planté-là, tétanisé, sans pouvoir esquisser le moindre geste. Au fur et à mesure qu’elle reculait, une boule rageuse et indomptable lui montait à la gorge. Lui non plus ne pouvait pas la quitter des yeux. Il était comme hypnotisé par elle. Par ses cheveux qui flottaient au vent. Par son regard mélancolique de femme amoureuse. Par son parfum qui s’éloignait. Par son ombre qui s’enfuyait. Chacun de ses pas en arrière scellait le pacte de la séparation et accroissait davantage sa douleur.
Tout à coup, Nafi se retourna et se mit à courir de toutes ses forces. Ismaël la regardait se fondre dans la multitude. De temps à autre, il apercevait une couleur de chemise qu’il supposait être la sienne. Puis, elle disparut de son regard.
Mais soudain, prenant conscience que Nafi était en train de lui échapper, Ismaël se jeta à sa poursuite. Il hurlait son nom comme un forcené, devant les passants atterrés. Il courait à en perdre haleine, s’arrêtait brusquement, pivotait sur lui-même en criant à nouveau son nom, puis recommençait sa course folle, essoufflé. Il courait sur les trottoirs du Plateau, traversait les rues sans regarder, bousculait des gens sans s’excuser, pénétrait dans les supermarchés, faisait le tour des rayons, renversait des articles…
Il savait qu’il était trop tard, que Nafi s’en était allée pour de bon comme elle était apparue, mais il courait quand même. Il savait que c’était la fin de leur histoire, mais il voulait encore espérer une parcelle d’amour. Il voulait se donner le sentiment d’avoir lutté jusqu’à ses forces ultimes.
Conscient que les dés étaient jetés, il rebroussa enfin chemin, avec dans sa tête, un abîme de désespoir et de désillusion. Il avait l’impression de se réveiller après un rêve fantastique. Il fit un effort pour ne pas pleurer, essaya en vain de chasser la tristesse qui l’assaillait sans aucun répit. Quand il fut de nouveau en face du cinéma, il remarqua que le même film, « Manhattan », qu’il avait regardé deux jours plus tôt, était encore au programme. Il regarda l’heure : dix huit heures moins dix. Il avança alors vers le guichet, prit un ticket et pénétra dans la salle de projection. Il se dirigea à la même place qu’il avait occupée la dernière fois, puis s’assit. Bientôt, les images se mirent à défiler sur l’écran géant. Il attendit en vain la venue de cette charmante fille au parfum envoûtant. Mais il n’en fut rien. Elle ne vint pas, ne pleura pas, ne lui parla pas. Il comprit alors qu’une histoire d’amour était un voyage unique, sans retour possible dans le temps ni dans l’espace.
Tous ses efforts pour retomber dans la frénésie de son rêve furent vains. Sans donc attendre la fin du film, il se leva et sortit. Il se mit au volant de sa voiture et démarra tout doucement. Ce départ marquait définitivement la fin de son rêve. Mais ce qui accroissait davantage son amertume, c’était le sentiment coupable de s’être laissé prendre à son propre piège. L’amour, sublime et merveilleux, devait-il l’apprendre une fois de plus à ses dépens, n’existe qu’une seule fois dans la vie. Et ses pensées se transformèrent donc en regrets et impuissance. Mais puisque rien ne laissait présager qu’il pût renouer avec ce bonheur merveilleux dans un temps proche, il se jura de conserver les bribes de son aventure dans un coffre-fort qu’il dissimulerait au fond de son cœur. Ainsi, dans ses moments de détresse et de mal d’amour, il pourrait dire : « J’ai déjà connu le bonheur », et il se sentirait mieux.
Ismaël roulait tout doucement, l’esprit tout accaparé par son rêve qui venait de lui filer entre les doigts comme un voleur en pleine nuit.
Le monde vit la nuit et la mélancolie des hommes trahis ou assoiffés d’amour se dessine sur leurs visages marqués. Dans ces décors qui s’effondraient, Ismaël avait le sentiment de passer devant le juge ultime et de justifier les fondements des actes qu’il avait posés dans sa vie. Coupable ? Devait-il se sentir coupable d’avoir côtoyé et flirté avec l’amour le temps d’une nuit et d’une journée ? Cette histoire d’amour, en était-ce vraiment une ou un rêve éveillé ? Où les hommes existent sans avoir jamais existé ? Où les paroles se dénudent au contact des sons, des couleurs et de la lumière ? Une histoire sans histoires ?
Les histoires d’hommes et de femmes sont similaires, faites de rumeur sourde d’où émergent toujours un sanglot compassé, une interrogation balbutiante : « Nafi, te reverrais-je donc jamais ? »
N’DAH François d’Assise Konan, L’amour en cavale, NEI, Collection Adoras, 4e trimestre 2007.
Posté le 10.02.2008 par ndahfranc
A la faveur de la Saint-Valentin, je voudrais vous faire découvrir ou redécouvrir une fois encore, le talent du maître Zadi, dans cet extrait de la pièce La guerre des femmes. Mon intention est de rappeler à votre conscience, les enjeux de cette guerre sournoise que femmes et hommes ne cessent de se livrer depuis la nuit des temps, depuis ce fameux jour où Mahié a décidé de changer de stratégie de combat.
Extrait
LA GUERRE DES FEMMES
A l’origine des temps, hommes et femmes vivaient en communautés séparées, s’ignorant l’une l’autre. A la faveur des aventures d’un chasseur, les femmes découvrent l’homme.
Une guerre sans merci s’engage entre les deux communautés. Les femmes, sous la férule de Mahié leur chef et maître d’initiation, malmènent les hommes et mettent en déroute leurs légions. A force d’observation et de ruse, les hommes finissent par découvrir que c’est un homme, Zouzou, qui concentre entre ses mains la puissance de ces femmes. Zouzou est capturé. Mahié croit que ce dernier l’a trahie. Elle le fait exécuter.
Or, Zouzou était pour ces femmes qui vivaient à travers lui, idéellement, leur passion amoureuse et innocente, leur désir secret de découvrir le mystère du corps et de ses appels tout à la fois. Bref, il était, pour elles, une présence qui pouvait tout, qui comblait tout, qui donnait son sens à leur existence édénique.
Zouzou mort, les femmes se révoltent contre Mahié et décident de s’unir avec les semblables de Zouzou. Quel destin désormais pour les filles de Mahié, à la fin de cet « âge d’or » ?
TABLEAU VIII
Mahié est seule. Elle est plongée dans ses pensées. Entre une jeune fille qu’elle avait mandée. Nous sommes à la cité des femmes.
La jeune fille
- Tu as demandé à me voir, mère ?
Mahié
- Oui… viens ici, tout près de moi (Un temps). Regarde bien cette hachette et dis-moi ce que tu y découvres.
La jeune fille
- Je le sais, mère. Tu nous l’as déjà enseigné !
Mahié
- Raison de plus. (Un temps). Je t’écoute.
La jeune fille
- J’y vois quatre nœuds de cauris.
Mahié
- Descends en toi-même et pense ton corps. A quelle partie de ton corps pourrait bien correspondre le cauri !
La jeune fille
(après avoir longuement réfléchi)
- A la petite prairie au creux des trois vallons du crime. Elle borne ces vallons. Un sentier la divise contre elle-même, la prairie ; exactement comme cette raie qui divise le cauri contre lui-même.
Mahié
- Oui, justement ; on l’appelle le cauri du crime. Mais… d’ordinaire, le chemin du cauri est ouvert, ma fille. Pourquoi donc le tien est-il fermé ?
La jeune fille
(souriant timidement)
- Il se ferme quand les vallons de l’est et de l’ouest se rapprochent et le recouvrent. Mais… dès qu’ils s’éloignent l’un de l’autre, mère, ils s’ouvrent… comme le sentier du cauri.
Mahié
- As-tu jamais emprunté ce chemin ?
La jeune fille
- Souvent. A la rivière. Quand je me baigne.
Mahié
- Hors de l’eau ?
La jeune fille
- Jamais ! Tu nous l’as interdit, mère, le jour où tu nous as saignées toutes dans le bosquet du serment.
Mahié
- Cette nuit, avant de t’endormir, emprunte-le consciemment, lentement. Caresse aussi la petite termitière qui se dresse timidement à l’entrée.
La jeune fille
- Et… tu crois que…
Mahié
- Fais ce que je dis. Il ne t’arrivera rien de méchant. (Narquoise) – Bien au contraire…
(La jeune fille se prosterne et s’engage vers la sortie)
- Encore un mot, Gôbo.
(Elle revient sur ses pas et prête l’oreille)
- Ces paroles que je te confie, Gôbo, enfouis-les sous la pierre de ton cœur et conserve-les jusqu’au jour où vous serez toutes captives.
Gôbo
- Que dis-tu, mère ?
Mahié
(Elle promène Gôbo, lui parle, s’arrête par moments et reprend sa marche)
- Oui, le temps est venu pour moi de quitter la terre. L’âge d’or a vécu, ma fille. Notre cité est cerclée de sang et l’orage approche. (Exhibant l’une de ses deux hachettes) – tous ces nœuds que tu vois seront défaits. La femme tombera sous le joug de son double, l’homme.
Gôbo
- L’homme ?
Mahié
- Oui, l’homme. (Un temps) – Quand tu seras seule avec l’homme avec qui tu passeras la première nuit, observe bien sa nudité. A la lisière de sa prairie qui est à tous points semblable à la nôtre, tu découvriras un arbre sans feuillage. Il porte un fruit qui renferme deux fèves. Ne t’acharne pas sur le fruit. Tu tuerais l’homme. Caresse plutôt l’arbre. Il grandira et grossira subitement. A vue d’œil. Ne t’effraie pas. Couche-toi sur le dos. Amène ton double à s’allonger sur toi, de tout son long. Les tisons que tu portes là, sur ta poitrine, le brûleront d’un feu si doux qu’il roucoulera comme une colombe. Il s’abandonnera à toi. Engage alors son arbre dans ton sentier ; fais en sorte que lui-même lui imprime un rythme : haut-bas ! haut-bas ! haut-bas !
Tu verras. Ses yeux se révulseront et il s’oubliera dans une jouissance indicible. Quand tu le verras ainsi désarmé et à ta merci, ne le tue pas mais retiens que toi seule pourras l’envoûter de la sorte, chaque fois que tu le voudras, toi. Ce pouvoir, c’est l’arme nouvelle que je vous laisse. Dis à toutes mes filles, le moment venu, qu’elles en fassent bon usage et qu’elles n’oublient jamais que nous sommes en guerre et que la paix des hommes ne sera jamais qu’une paix de dupes !
Extrait de La guerre des femmes, Bottey Zadi Zaourou, NEI Abidjan / Editions Neter, 2001.
Posté le 09.02.2008 par ndahfranc
Une amie mienne (permets-moi de te nommer ainsi, Nadia) a du mal à trouver l’une des œuvres les plus célèbres de Kourouma, Allah n’est pas obligé, chez elle à Fès. Or, pas plus tard que la veille, j’ai lu une contribution fort intéressante de l’universitaire Madeleine BORGOMANO, dans la revue Notre Librairie de janvier-mars 2004 et intitulée MORT D’UN « DISEUR DE VERITE ».
Pour elle et pour tous ceux qui sont en quête de Kourouma, je reproduis intégralement cette contribution.
Ahmadou Kourouma est mort le 11 décembre 2003 à Lyon, à l’âge de 76 ans. Mais c’est « en malinké », à sa manière, qu’il faudrait faire part de cette disparition qui nous plonge dans le deuil : « Il y a quarante jours qu’a fini Ahmadou Kourouma, de race malinké… » Et ce qu’il n’a pas supporté, ce n’est pas un « petit rhume », mais le chaos qui menaçait son pays, la Côte d’Ivoire, dont il se voyait, une fois de plus, exilé. Même si, en épousant une française, il s’était fait, à Lyon, « une petite case », c’est au pays malinké qu’il appartenait.
Il était né en 1927, près de Boundiali, à Togobala. Le nom de ce village est le seul à apparaître sans masque dans son premier roman, Les soleils des Indépendances, en 1968, comme patrie du héros, Fama, vieux « prince » déchu. A l’autre bout de l’œuvre, c’est aussi à Togobala qu’est né Birahima, l’enfant-soldat, héros narrateur du dernier livre, Allah n’est pas obligé (2000).
Ni ses études de mathématiques, ni son métier d’actuaire ne semblaient destiner Kourouma à l’écriture. Il avait pris la plume, disait-il, pour protester contre l’arbitraire du régime politique issu des Indépendances et pour défendre ses camarades emprisonnés pour « faux complot ».
La fiction lui était imposée par l’impossibilité d’attaquer directement le pouvoir en place. Dans son troisième roman, En attendant le vote des bêtes sauvages (1998), il démontera les ressorts de ces pouvoirs dictatoriaux et fera d’Houphouët-Boigny, le président ivoirien, un portrait à la fois violemment critique et admiratif, sous les traits du rusé Tiekoroni.
Ainsi l’écriture serait née d’une volonté de témoigner, affrontée à l’impossibilité de le faire. Ses romans relèvent bien d’une « contre-littérature », selon les prescriptions de l’époque. Mais ils osaient dénoncer aussi les responsabilités africaines dans la grande désillusion des Indépendances et surtout ils se distinguaient par un souci extraordinaire de la forme linguistique. La langue française, certes aliénante et inadaptée au monde africain, mais « incontournable », Kourouma faisant fi, avec une belle liberté, de tous les diktats, la « viole » (selon ses propres termes), mais amoureusement, la changeant en une langue métisse sans cesse à inventer, en jouant comme d’un instrument docile au service de sa formidable verve de conteur. L’écriture devenait alors une jubilation partagée par le lecteur.
Cependant cette stratégie entreprise exigeait un long travail. Vingt-deux ans se sont écoulés avant la sortie d’un deuxième roman, Monnè, outrages et défis (1990), raccourci magistral, tragi-comique, d’un siècle d’histoire vu par le centenaire Djigui, prince d’un petit royaume du sahel. Il est regrettable que ce roman, peut-être son chef-d’œuvre, reste pourtant le moins lu.
Huit ans après, en 1998, paraissait En attendant le vote des bêtes sauvages. L’écrivain revenait au présent pour dresser un tableau terrifiant et burlesque d’une Afrique tout entière en proie aux effets de la « guerre froide », prétexte saisi par l’Occident pour favoriser sans scrupules les pires dictatures.
La saga ultracontemporaine de Koyaga nous était contée sous la forme traditionnelle d’un donsomana, récit purificatoire dont la magie puissante réussissait une nouvelle forme de métissage.
Accélérant son rythme d’écriture, comme sous la poussée d’une urgence, Kourouma écrit Allah n’est pas obligé en deux ans seulement. En laissant la parole à un enfant-soldat, qui tente de survivre dans le chaos et l’horreur des guerres « tribales », il écrit son roman le plus terrible et le plus bouleversant. La mort de Kourouma nous prive cruellement de la suite qu’il se proposait de lui donner.
L’entreprise iconoclaste de ce « diseur de vérité » (titre de son unique pièce de théâtre, qui lui a valu l’exil) n’a pas toujours été appréciée ni des Français ni des Africains. Ainsi a-t-il fallu à Kourouma un détour par le Québec, beaucoup plus ouvert aux audaces linguistiques, pour faire éditer Les soleils…
Et le tableau des désillusions nées des Indépendances a d’abord été mal reçu en Afrique, avant de devenir un classique. Mais il a encore fallu beaucoup de temps pour que l’écrivain ivoirien soit reconnu en France. Les prix littéraires qui l’ont couronné (Prix Inter pour En attendant le vote des bêtes sauvages, en 1999, prix Goncourt des lycéens et prix Renaudot, en 2000, pour Allah n’est pas obligé) et les émissions télévisées qui lui ont été consacrées à cette occasion, ont rendu momentanément célèbre sa carrure de géant tranquille et son rire éclatant. Ils ont surtout beaucoup élargi son lectorat. Mais la littérature africaine reste encore victime de tant de préjugés et si marginalisée que l’on peut craindre que cet écrivain de génie ne soit pas reconnu comme l’un des plus grands du siècle.
Et pourtant, tous ceux qui aimaient cet homme juste et qui se nourrissent de ses livres souhaiteraient que, comme à la mort de Fama, la nature entière – « les animaux sauvages », « les oiseaux », « les montagnes, les rivières, les forêts et les plaines » - se ligue pour faire comprendre aux hommes « la portée historique » de cette œuvre, hélas, inachevée. On voudrait pouvoir dire, comme les gens de Soba à la mort de Djigui : « Kourouma n’a pas fini avec sa mort, mort il reste plus vivant que jamais. »
Madeleine BORGOMANO, in Notre Librairie n° 153 de janvier-mars 2004.
Posté le 08.02.2008 par ndahfranc
Cette nuit-là, après qu’Antoine eut présenté sa fiancée à son père, ce dernier entreprit de lui donner quelques conseils en aparté.
- Mon fils, je suis heureux que tu aies enfin décidé de devenir un homme. Car, je ne le dirai jamais assez, un homme qui n’est pas marié, n’en est pas un. Il n’a droit ni au respect, ni à la parole lors des assemblées populaires. La gestion des hommes doit commencer par sa propre famille. Un homme qui ne sait pas gérer sa famille, ne peut prétendre gérer une entité plus importante. En plus, c’est un gage de stabilité. Nos dispositions physiques et mentales dépendent en grande partie de la paix dans notre foyer. Je le dis avec toute l’expérience que j’ai acquise en trente ans de mariage avec ta mère. C’est pourquoi, il importe que l’homme, avant de s’engager dans cette responsabilité ait une claire conscience de ses droits et de ses devoirs. Et mon devoir à moi, en tant que père, c’est d’attirer ton attention sur certaines réalités inhérentes à la vie à deux. La première chose qu’il importe de savoir, c’est que l’homme doit respecter sa femme. A première vue, cela paraît une évidence. Mais, je t’apprends que la première cause de dispute dans un foyer provient de l’inobservance de cette règle élémentaire. Respecter son épouse revient à dire quoi ? Le meilleur mari, c’est celui qui sait écouter sa femme et prendre conseil auprès d’elle. Quand la sagesse populaire dit que la nuit porte conseil, c’est justement pour corroborer cette complicité entre l’homme et sa femme. Un homme qui ne sait pas écouter sa femme est un homme perdu. La deuxième chose, c’est que l’homme a le devoir d’assurer la sécurité financière et sociale de sa femme, même si cette dernière exerce une profession. Pour cela, il doit être un bon épargnant et réaliser des projets qui concourent au bonheur de sa famille. La troisième chose importante sur laquelle je voudrais insister, c’est l’éducation des enfants. Un bon mari, c’est celui qui est capable d’assurer une bonne éducation à ses enfants. Pour cela, il doit lui-même être un bon exemple pour ces derniers. Il lui faut donc éviter les situations déshonorantes. Je ne saurais terminer mon propos sans parler de l’infidélité. Ah ! l’infidélité ! C’est le plus grave danger qui menace le mariage. L’Homme est faible par essence. Mais, ce n’est pas une raison pour succomber à tout bout de champ à la tentation. Et je ne vois qu’un seul moyen de résister à ce fléau, c’est la Religion. En effet, tu trouveras dans la religion, peu importe laquelle, toutes les armes nécessaires pour te protéger de ce mal… A ce sujet, je voudrais te rappeler un passage de la Sainte Bible qui dit ceci : « Ne te livre à aucune femme au point qu’elle puisse dominer sur toi. Ne fais pas d’avances à une femme légère, de peur de tomber dans ses filets. Ne reste pas auprès d’une chanteuse de charme, pour ne pas succomber à ses manigances. N’attarde pas ton regard sur une jeune fille, cela pourrait te coûter fort cher. Ne te livre pas aux prostituées, tu y perdrais tout ce que tu possèdes. Ne jette pas de regards furtifs dans les rues de la ville et ne va pas traîner dans des endroits déserts. Détourne tes yeux d’une jolie femme, de la beauté qui ne t’appartient pas. La beauté d’une femme a égaré bien des hommes, elle allume leur désir comme un feu. Evite de t’asseoir près d’une femme mariée et de t’attabler avec elle pour boire, de peur de tomber amoureux d’elle et, dans ta passion, de glisser sur la pente fatale. » Tu trouveras ces propos dans le livre de Siracide. Fais-en tiens, et tu connaîtras le vrai bonheur…
Pendant que le père d’Antoine s’entretenait avec lui, sa mère en faisait autant avec sa future belle-fille.
- Ma fille, sache que dans le mariage, le plus important, ce n’est pas tant l’amour, mais la compréhension et le respect mutuel. Ce qui fait le succès d’un mariage, ce n’est pas tant ce que l’on reçoit de l’autre, mais ce qu’on lui donne. Donner, c’est le premier gage d’amour. Car, celui qui n’aime pas ne sait pas donner. Et celui qui ne donne pas ne peut pas recevoir. Et tout ce que l’on donne n’a pas de prix. Le deuxième gage de succès d’un mariage, c’est la disponibilité. Une femme doit être attentionnée, connaître son homme, le servir comme son esclave. Le troisième gage de succès d’un mariage, ce sont les enfants. Un homme aime autant sa femme que ses enfants. Elle a donc le devoir de lui faire de beaux enfants et de les éduquer convenablement. Si elle lui fait de vilains enfants, son amour en pâtit inévitablement.
- Mais, maman, est-ce sa faute si les enfants sont vilains ?
- Oui, ma fille. Car, c’est elle qui procrée. C’est à elle de prendre toutes les dispositions pour éviter de tels désagréments. Il y va du sort de son mariage. Les secrets pour avoir de beaux enfants, tu les trouveras dans ce passage de la Sainte Bible : « Le charme d’une femme ravit son mari et le bon sens qu’elle a le garde en bonne forme. Une femme qui parle peu est un cadeau du Seigneur, celle qui a été bien éduquée est d’un prix inestimable. La femme modeste est d’un charme incomparable, rien ne vaut celle qui se montre réservée. Dans une maison bien tenue, une femme bonne est aussi belle que le soleil parvenu au plus haut du ciel. Un joli visage sur un corps bien fait apparaît comme une lumière sur le porte-lampe sacré. De belles jambes sur des chevilles fermes sont des colonnes d’or sur un socle d’argent. » Tu trouveras ces propos dans le livre de Siracide. Fais-en tiens, et tu connaîtras le vrai bonheur…
* *
*
En quittant Tiébissou ce dimanche après-midi-là pour Abidjan, Antoine et Carrelle étaient assez outillés pour réussir leur vie future, pour peu qu’ils appliquassent les conseils qu’ils avaient reçus. Pendant tout le trajet, ils méditèrent chacun sur les sages propos qui leur avaient été sagement adressés…
Posté le 07.02.2008 par ndahfranc
...Cybelle et Marc-Olivier se retrouvèrent enfin face à face pour l’ultime combat, celui qu’ils avaient longtemps désiré en secret.
Marc-Olivier voulut parler, mais les mots se bousculèrent dans sa tête. En plus d’être volontairement devenu amnésique, il devenait aussi muet à présent. Les mots s’étaient rebellés, comme tant de fois, quand il avait essayé de les appeler à son secours.
Mais, à quoi peuvent bien servir les paroles quand on a tant de choses à dire et qu’on ne sait par quel bout commencer ?
Pendant qu’il se livrait à toutes ces élucubrations, Cybelle vint se jeter dans ses bras. Et la folie les rattrapa.
Leurs corps se joignirent alors sans qu’ils s’en fussent rendus compte. Marc-Olivier la serra très fort en soupirant. Cybelle se pressa contre lui comme si elle voulait se fondre en lui pour devenir un être unique. Comme la première créature humaine à l’origine des temps. Et ils s’embrassèrent à en perdre haleine, sombrant dans une ivresse à la limite de la démence.
Les jambes de Cybelle devinrent cotonneuses et ses tempes se mirent à murmurer de confuses mélodies. Elle eut à peine conscience que Marc-Olivier lui ôtait ses vêtements. Une fièvre impatiente la consumait. Elle le désirait plus que jamais. Elle voulait le sentir contre elle et en elle…
Cela faisait si longtemps (combien de temps déjà ?), une éternité, que ce corps étranger, si lointain et toujours si proche d’elle, n’avait pas effleuré la surface de sa peau d’ébène. Maintenant, il exécutait en silence, avec une tendresse infinie, la danse initiatique des prisonniers de l’amour.
Il l’embrassait partout, à l’extérieur comme à l’intérieur. Puis, son souffle d’ouragan les souleva tous les deux, tel un cerf-volant, et les emporta, essoufflés, jusqu’aux confins de l’amour, là où toute parole s’efface pour laisser libre cours aux retrouvailles des corps, dans une félicité à nulle autre pareille.
Maintenant, il lui façonnait le corps avec la chaleur de ses mains d’artiste. Il lui pétrissait le cou, les seins, la forêt de son pubis, et tout le reste… comme une pâte à modeler… l’amour.
Marc-Olivier et Cybelle vivaient au rythme d’une musique magnifique sans paroles ni sons. Elle résonnait dans leur cœur et irradiait tout leur être.
Pendant qu’il réinventait avec des gestes d’acrobate sa nudité parfaite de déesse en chaleur, elle écrivait quant à elle sur sa peau trempée de rosée, les mots qu’on n’arrive jamais à prononcer au cours de ce singulier voyage.
Alors, avec cette dextérité d’artiste retrouvée, ils accordèrent leurs instruments de musique longtemps rangés aux placards de l’oubli. Et cette mélodie céleste de Pierrette Adams les envahit de sa magie irrésistible : « … Quand le destin te tend la main, où est le mal où est le bien ? A quoi ça sert de résister, laisse aller… » Sublimes paroles !
Cavaliers solitaires égarés dans les déserts arides de la solitude, ils célébraient ainsi leur retour, tels des dieux grecs excommuniés, dans la taverne magique de l’amour qu’ils avaient quittée, un jour de vents fous et rebelles…
Extrait de "Les prisonniers de l’amour" (Inédit).
Posté le 07.02.2008 par ndahfranc
Comme je le disais dans l’un de mes précédents billets, la littérature de jeunesse est un genre en devenir mais très peu connu et pratiqué par les auteurs africains et ivoiriens en particulier. Or, avec l’avènement de l’éducation à 100%, le public cible a une base très élargie. C’est donc une mine d’or à exploiter surtout par les auteurs débutants.
Le billet d’aujourd’hui aura donc pour souci majeur de fixer quelques points de repère dans la stratégie d’écriture. Mais avant, essayons de définir ce que c’est que la littérature de jeunesse.
Essai de définition
La littérature de jeunesse est une littérature qui englobe tous les genres littéraires sauf qu’elle est destinée aux adolescents, parfois même à partir de dix ans. Elle diffère donc de la littérature enfantine qui est une littérature d’éveil.
C’est donc fondamentalement l’âge du public cible qui en délimite les contours. Quelles incidences cette réalité peut-elle avoir sur le contenu des œuvres produites ?
Connaître la psychologie de l’adolescent
Pour être sûr de produire une œuvre qui intéresse le public cible, il faut connaître sa psychologie. Il est vrai que la psychologie de l’adolescent varie d’une région à l’autre mais il n’en demeure pas moins non plus qu’il existe des constantes.
A cet âge-là, qu’est-ce qui intéresse ou devrait intéresser les enfants ?
D’abord, l’adolescent a soif de connaître le milieu dans lequel il vit. Il cherche à découvrir les caractéristiques de la société dans laquelle il se meut ainsi que les valeurs qui la fondent. En terme d’écriture, l’écrivain aura pour mission de révéler à l’enfant l’origine du groupe social, les figures légendaires, historiques et mythiques qui ont contribué à sa naissance. A ce niveau, les héros devront être célébrés dans ce qu’ils ont de plus noble, de plus pur, afin que l’enfant éprouve une légitime fierté à se réclamer d’eux. De là, découleront les valeurs à cultiver. N’oubliez pas que l’adolescence est une période où l’enfant acquiert les manières qui feront ou non de lui un membre actif du groupe social. C’est maintenant qu’il doit apprendre à faire la part des choses en s’identifiant aux héros locaux.
Ensuite, il faut apprendre à l’enfant à respecter la loi, fondement de la cohésion sociale. A ce niveau, la stratégie didactique est la même partout. Il s’agit de proposer des scénarii avec deux variantes principales. Dans la première, le héros respecte la loi et reçoit la reconnaissance des siens et dans la seconde, il enfreint la loi et est banni. Il peut y avoir une troisième variante où le héros, après avoir reconnu ses fautes réintègre la communauté qui l’avait excommunié. C’est donc une éducation civique et morale que l’écrivain doit véhiculer dans son œuvre.
Un autre point très important, c’est la connaissance de soi. En effet, à cet âge-là, l’enfant doit apprendre à se connaître. Qu’il soit de sexe masculin ou féminin, il doit comprendre pourquoi il en est ainsi et comment il doit assumer cette réalité. Quels rapports doit-il entretenir avec le sexe opposé et aussi avec ceux qui ont le même sexe que lui ? Sont-ce des adversaires, des partenaires ? Ici, il s’agit de faire la promotion des valeurs comme l’amitié, le respect, l’amour au sens le plus large possible. Dans cette relation avec soi-même et avec l’autre, des conflits naissent nécessairement. Il faut donc proposer à l’adolescent des pistes de résolution afin qu’il ne soit pas livré à lui-même.
En outre, il existe des problèmes particuliers que l’adolescent rencontre dans sa vie de tous les jours. Il s’agit par exemple de la pauvreté, de l’alcoolisme, de la drogue, de la cigarette, des rapports parfois tumultueux avec les parents, la violence de certains parents à leur égard, du phénomène de la prostitution scolaire, des enfants déscolarisés, des enfants de la rue, des enfants soldats, etc. enfin bref, de tous ces problèmes qui font de l’adolescence une période parfois difficile. L’écrivain doit participer au débat afin de faciliter leur insertion dans la société.
Enfin, parlons de cette envie d’aventure qui caractérise cette tranche d’âge. Les œuvres qui proposent des aventures passionnantes sont très prisées par les jeunes, car c’est une occasion pour eux de montrer leur virilité, de s’évader du monde restreint dans lequel la société semble vouloir les confiner. Le maître mot ici, c’est la liberté, c’est la virilité, c’est l’amour…
Voilà, chers amis, quelques pistes de réflexion que je voulais porter à votre connaissance. Car mon objectif, c’est de vous amener à investir ce type de littérature dont l’importance et l’attrait ne sont plus à démontrer. Merci de votre attention et à vos plumes.
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