DROIT DE REPONSE
Posté le 15.11.2007 par ndahfranc
Mon très cher ami Koffi, c’est avec un réel intérêt que j’ai lu l’article intitulé « Ils ont l’opportunité de lire mais ils refusent de le faire » paru dans le Courrier du lundi 20 mai 2007.
Quoique ne comprenant pas le fondement de ta démarche en nous proposant un tel ramassis de thèses racistes dignes de l’époque nazie, je voudrais me faire violence comme je l’ai fait en lisant l’article en question, en proposant quelques pistes de réflexion consécutives à ce papier.
Premièrement, si c’est une réflexion sur la lecture que tu as voulu initier, ce texte n’en offre aucunement l’opportunité. En effet, tout au long de cet article, nulle part, il n’est fait mention d’une quelconque enquête établissant formellement que le sous-développement africain serait causé par une absence de lecture. Pire, l’auteur du texte ne consacre à peine qu’une dizaine de lignes au thème de la lecture. Tout le reste n’est qu’injures gratuites, racisme et xénophobie. C’est à croire que notre auteur lecteur n’a lu que des œuvres ou des livres faisant l’apologie de ces notions qui sont à la base de toutes les grandes catastrophes que l’humanité ait jamais connues. Si c’est à cela que doit nous conduire la lecture, autant s’en abstenir, le monde ne s’en porterait que mieux.
Deuxièmement, le débat sur la problématique de la lecture au niveau des africains est parfois très mal posé par les intellectuels que nous sommes. Dans ce texte que tu nous proposes, cela est d’autant plus vrai que l’on confond lecture et éducation, lecture et sciences, lecture et économie, lecture et vision du monde… Tant que l’intellectuel africain n’aura pas une idée claire de la charge que recouvre cette notion, nous continuerons d’assister à la publication de tels articles qui choquent le bon sens.
Enfin troisièmement, ce texte m’offre l’opportunité d’affirmer que de telles élucubrations ne sont en réalité que la peur de la renaissance africaine. Tous ceux qui tiennent de tels propos savent que toute entité vivante suit un cheminement immuable depuis la nuit des temps. Elle naît, grandit et meurt. La civilisation occidentale a atteint son apogée et amorce maintenant son déclin. Toutes les tentatives d’embrigadement de l’Afrique dans le seul but de conserver cette aura sont vaines. Les afro pessimistes doivent relire l’histoire spirituelle du monde. Sans le feu, aucune alchimie n’est possible. La conscience de la nation naît dans l’esprit de l’homme à la suite de grandes douleurs. L’Europe a connu ses guerres et elle est devenue grande. L’Afrique est en train de connaître les siennes et elle deviendra bientôt grande malgré les complots répétés des européens. Les Lois cosmiques sont immuables et aucune volonté humaine ne saurait les contrarier. Tout intellectuel devrait le comprendre et se mettre résolument au travail pour ne pas être en marge de l’histoire. Mais que chacun sache que la norme européenne du bonheur n’est qu’une illusion qui ne saurait s’appliquer à l’Afrique. Nous avons donc le devoir de construire nos propres valeurs en fonction de notre propre vision du monde.
A présent, parlons un peu de la lecture puisque c’est cette notion qui a sous-tendu d’après toi la publication de cet article.
Je pense personnellement qu’au lieu de rabâcher à longueur de journée que les africains ne lisent pas, les intellectuels africains de tous bords, devraient plutôt se mettre ensemble pour rechercher les causes de cet état de fait et proposer des solutions pour y remédier. La lecture doit être un besoin naturel pour chacun et non présentée comme un fantasme de pseudo intellectuels. Une série de questions me vient justement à l’esprit : si les africains ne lisent pas, n’est-ce pas parce qu’on leur propose des choses qui sont étrangères à leurs cultures d’origine ? Si les africains ne lisent pas, n’est-ce pas parce qu’ils n’en ont pas la capacité ? Si les africains ne lisent pas, n’est-ce pas parce que cette réalité n’est pas encore encrée dans nos valeurs culturelles ? Si les africains ne lisent pas, n’est-ce pas parce qu’ils ont d’autres problèmes plus urgents à régler ? On pourrait multiplier ces questions à l’infini.
La lecture doit être une culture. Pour cela, elle doit rentrer dans le cadre global d’une politique culturelle qui intègre tous les acteurs de cette filière. Si chacun joue correctement le rôle qui est le sien, vous verrez que bientôt il ne s’en trouvera personne pour ressasser cette litanie pessimiste.
J’espère que nous nous retrouverons bientôt dans le cadre d’une action d’envergure pour jeter les bases d’une réflexion constructive pour l’enracinement de la culture de la lecture dans la conscience de tous les africains.
N’DAH François d’Assise Konan
Professeur de Lettres Modernes et écrivain.
Cel. 05 59 42 81
E-mail : ndahfranc@yahoo.fr[/SIZE]
--
:: Poster un commentaire
Ce
blog est hébérgé par centerblog. Créer un blog c'est simple, rapide et gratuit sur centerblog.net !
Signaler un abus