L'ARGENT FAIT-IL LE BONHEUR ?
Posté le 15.11.2007 par ndahfranc
Cette question est vieille comme le monde et pose le problème que l’homme a à trouver un contenu acceptable au mot bonheur. Car, pour savoir si l’argent fait vraiment le bonheur, il faut savoir ce que recouvre réellement ce mot.
Ah, le bonheur ! C’est un mot aussi flou qu’insaisissable. Selon le Grand dictionnaire HACHETTE, le bonheur est un état de bien-être, de félicité. C’est tout ce qui rend heureux. A travers cette définition, une remarque s’impose : le mot bonheur est une réalité qui s’appréhende de façon individuelle, personnelle. C’est un état de conscience. Car, ce qui peut faire mon bonheur peut ne pas forcément faire le bonheur d’autrui. Qu’est-ce qui peut donc créer ou entraîner le bonheur ?
La vie est basée sur des facteurs simples dont la réalisation et la satisfaction conditionnent notre statut d’homme. Ces facteurs sont de trois ordres : le logis, la nourriture et l’habillement.
Le logis : il est important en ce sens que c’est le noyau de la vie sociale. C’est là que nous gardons tout ce qui nous est cher : notre femme, nos enfants, notre famille, nos biens, notre âme… C’est de là que sont prises toutes nos décisions et résolutions, c’est l’endroit où nous rentrons en contact avec nous-même, avec notre être intérieur avant d’aller à la rencontre des autres. C’est notre intimité, le lieu où nous construisons notre individualité pour assumer notre destin. On dit souvent que la nuit porte conseil, mais que serait ce moment du jour si l’on n’a pas de logis, c’est-à-dire un endroit où entrer en contact avec soi-même et les entités lumineuses censées nous venir en aide, nous inspirer ? Le logis prend alors une importance capitale et son acquisition devient dès lors une question de survie.
La nourriture : ce serait une lapalissade que de dire que l’homme ne peut vivre sans nourriture. En effet, la constitution de l’homme lui impose deux types de nourritures, celui du corps physique et celui de l’âme ou de l’esprit. Autant le corps physique a besoin de boisson, de pain pour croître et se maintenir en bonne santé, autant l’esprit a besoin aussi de nourriture spirituelle basée sur la connaissance et la quête du divin pour se développer. « L’homme ne vivra pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de l’Eternel » disent les Saintes Ecritures. Dans l’un comme dans l’autre cas, cette nourriture doit être équilibrée afin que le développement se fasse de manière harmonieuse, en dehors de toute maladie. C’est pourquoi l’on dit souvent que la nourriture, c’est la santé, les deux phénomènes étant intimement liés.
L’habillement : c’est la face visible de notre être intérieur, c’est la façon dont nous voulons que les autres nous voient. C’est le symbole de notre rang social, de notre place dans la société. L’habillement, c’est l’acceptation tacite de notre individualité en vue de la réalisation de la collectivité. L’habit ne fait certes pas le moine, mais on reconnaît le moine à son habillement. Tous ceux qui veulent paraître par l’habillement sont des hypocrites ; ils se trompent eux-mêmes et trompent aussi les autres.
Cela dit, où est la place de l’argent dans la condition humaine telle que présentée ? En d’autres termes, l’homme a-t-il vraiment besoin d’argent pour avoir un logis, se nourrir et se vêtir ?
La réponse à cette question ne souffre d’aucune ambiguïté, c’est oui. Car, comment acquérir une maison décente, prendre un repas équilibré et porter des vêtements adaptés à sa condition sans le moindre sou ? Cela est impossible et le contraire défierait le bon sens. Mais, comment acquérir cet argent nécessaire à la réalisation de notre statut d’homme ?
« Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front », telle est la sentence que Dieu a prononcée après que l’homme lui eut désobéi dans le Jardin d’Eden. Une analyse minutieuse de cette parole laisse apparaître le commentaire suivant :
Dans un premier temps, elle nous indique ce que l’homme doit faire et dans un second temps comment il doit le faire. Tout un programme.
Que doit faire l’homme pour satisfaire à ses besoins ?
Depuis l’origine des temps, l’homme a fait du travail la source de son épanouissement. Grâce à son intelligence et à certains facteurs sociaux, il opte pour une profession qui lui permettra d’assurer ses besoins minimums tels que nous les avons énumérés plus haut. Mais ici encore, se pose la question des aptitudes de l’homme. Pourquoi les aptitudes naturelles, les dons ne sont-ils pas distribués de façon équitable par Dieu ?
Poser la question de cette façon reviendrait à condamner ipso facto le Créateur dont l’équité et la justice sont pourtant reconnues par tous. Qu’est-ce qui pourrait donc justifier cette apparente injustice ? Deux facteurs peuvent alors être évoqués : le libre arbitre de l’homme et son karma.
Le libre arbitre, c’est cette faculté que Dieu a donnée à l’homme de se déterminer librement. Il peut donc préférer une profession à une autre même si celle-ci présente moins d’avantages matériels que d’autres. Comprenez donc que ce n’est pas Dieu qui choisit pour nous mais bien nous-mêmes.
Quand Dieu a créé les hommes et les a envoyés en mission sur la terre, il n’a rien choisi pour eux ; ils ont opéré leurs choix en toute liberté. Le but de l’opération étant d’acquérir des vertus, des valeurs, pour que, transformés par elles, ils puissent être des co-gestionnaires avisés de l’héritage de Dieu. Dieu ne peut tout de même pas mettre dans des bras incompétents un héritage d’aussi grande valeur ! La règle, c’est que l’homme, en choisissant consciemment des conditions limitées sur terre, espère acquérir plus rapidement les vertus qui lui permettront d’évoluer rapidement. Mais une fois qu’il est confronté aux dures réalités de l’existence, il oublie que c’est lui-même qui a opéré ces choix et s’en prend à Dieu et aux autres humains. Or, la réalité voudrait qu’il s’en prenne à lui-même. Encore que cela n’a aucun sens qu’il se plaigne. Il doit au contraire redoubler d’ardeur pour arriver au but qu’il s’est lui-même librement fixé.
Le drame, il faut le reconnaître, c’est que l’homme oublie facilement le motif de sa présence sur terre. Il prend des engagements, opère des choix, mais quand il arrive sur le terrain et s’aperçoit des énormes richesses que Dieu a mises à sa disposition pour lui permettre de réussir sa mission, il en perd la tête. Il prend les moyens pour le but, la finalité. Au lieu d’acquérir des vertus, c’est plutôt la course aux richesses matérielles qui mobilise toute son énergie. Il tente par tous les moyens de changer de condition sociale. Or cela est impossible. Une fois qu’on est sur terre en vertu des conditions que nous avons nous-mêmes choisies, on est obligé d’assumer nos choix. Tout ce que nous faisons pour tenter d’échapper à notre destin n’est que pure gymnastique. Certains, pour échapper au leur, se donnent même la mort sans savoir que cela ne les empêchera pas de tenir leurs engagements vis-à-vis de Dieu. Tous nos engagements sont retranscrits dans le grand livre de la Vie. Quiconque veut s’en libérer doit les tenir jusqu’au dernier. C’est la seule façon pour l’homme d’évoluer. Qu’advient-il donc quand l’homme rompt unilatéralement le contrat par le suicide ou arrive à la fin de sa vie terrestre sans avoir pu tenir tous ses engagements ?
La question de la réincarnation trouve ici tout son sens. En effet, si l’homme, pour une raison ou une autre, n’arrive pas à tenir ses engagements avant le terme qui lui est imparti, il est obligé de revenir sur terre pour le faire et cela, après avoir fait le point avec lui-même sur un autre plan de la création. Là, des esprits évolués lui montrent les erreurs qu’il a commises pendant cette vie-là, les progrès qu’il a faits, mais aussi et surtout, les causes de ses échecs. Il lui faudra donc assumer ces nouvelles donnes : ses gains et ses passifs. C’est ici que prend son véritable sens cette parole du Christ : « En vérité, je vous le dis, tout ce que l’homme sème, il le récoltera aussi. » C’est la loi de la semence. Si pendant votre séjour sur terre, vous avez semé de bonnes ou de mauvaises actions, il en est tenu compte dans votre incarnation suivante. Et c’est l’ensemble de tout cela qui va déterminer les conditions de votre nouvelle naissance. Au vu de tous ces critères-là, l’homme choisira en toute connaissance de cause un continent, un pays, une famille, des amis, une profession, etc. qui répondent le mieux à sa nouvelle situation. Pour en revenir à la profession, l’homme doit savoir qu’il s’agit ni plus ni moins que d’un moyen pour atteindre ses objectifs spirituels et non pour amasser des richesses matérielles qui ne lui seront d’ailleurs d’aucune utilité sur les autres plans auxquels il aura accès quand sa mission sur terre sera terminée.
A présent, voyons comment l’homme doit utiliser le travail au profit de sa mission.
Si donc le travail ne doit pas nous permettre d’amasser inutilement des biens matériels, à quoi donc doit-il servir ?
Ce à quoi l’homme doit s’atteler chaque fois qu’il est sur terre, c’est de préparer son avenir. Préparer l’avenir ne signifie pas comme le croient certains, mettre de l’argent à la banque, prendre une assurance-vie ni même s’acheter des maisons pour ses enfants ou ses petits-enfants. Non, construire l’avenir est bien plus noble que cela. En effet, l’avenir, le véritable avenir, ce sont les prochaines incarnations, et il faut les préparer par la pratique des qualités et des vertus. C’est vrai, il est important de se mettre à l’abri des besoins primaires, mais tout le reste dont il n’a pas vraiment besoin, pourquoi l’homme perd-il tout son temps et son énergie à courir après ? La vie est si courte ! Combien d’années aura-t-il pour profiter de tous ces biens ? L’homme doit comprendre que si à sa mort, il ne peut partir avec les biens qu’il a amassés tout au long de son séjour sur terre, c’est qu’il a gaspillé son temps et son énergie à réaliser des choses inutiles, futiles, vaines.
Même si l’homme possède toutes les richesses de la terre et qu’il ne sait pas à quoi cela doit lui servir, il devient malheureux, sans aucun repère parce qu’il réduit le travail à son expression la plus abjecte. Tant qu’il n’en aura pas tiré la substance la plus noble, celle qui donne de la valeur à l’œuvre humaine, il se sentira pauvre, vide, inquiet, insatisfait. Car, ce n’est pas la quantité de matière qui le comblera, mais l’utilisation qu’il en fait pour acquérir et conquérir les nobles valeurs indispensables à son évolution. Ce que je veux dire, c’est que par eux-mêmes, le travail et les biens matériels n’ont aucun véritable intérêt s’ils ne permettent pas à l’homme d’en retirer la substance qui alimente et enrichit l’esprit. On peut donc être riche, posséder tous les biens matériels possibles et ne pas connaître le bonheur.
Quand le Christ dit qu’il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu, il veut seulement attirer notre attention sur le fait que les richesses matérielles peuvent constituer un frein à notre évolution spirituelle, seul motif de notre présence sur terre.
Regardez vous-même en face cette réalité et vous comprendrez : pourquoi chaque fois que vous obtenez un bien matériel longtemps désiré, vous en désirez automatiquement un autre ? Est-ce à dire que le vrai bonheur est inaccessible ? Ou alors, on cherche le bonheur là où il n’est pas, ceci expliquerait certainement cela.
Le vrai bonheur ne serait-il pas d’être en harmonie avec soi-même, avec les autres et avec Dieu ? Méditez cette pensée du Dr Pierre Vachet.
Je terminerai cette réflexion par des propos de Omraam Mikhaël Aïvanov extraits de son œuvre Vous êtes des dieux : « Alors, allez-y, gagnez de l’argent, des connaissances, tout ce que vous voulez, mais tâchez de consacrer aussi un certain temps pour obtenir la quintessence. Parce qu’en admettant même que vous possédiez le monde entier, si vous n’avez pas cette quintessence, vous direz : « Mais qu’est-ce que je peux faire de tout ça ? Je me sens écrasé, désorienté, dans le vide. » Oui, n’oubliez jamais que quelles que soient les situations où vous vous trouvez, cette quintessence qui donne un sens à la vie ne s’obtient que par un travail de la pensée. Il vous est arrivé un malheur, vous avez subi une grande perte et vous êtes désespéré… Eh bien, sachez qu’il vous reste toujours la pensée : vous la concentrez, vous la dirigez vers le monde divin pour entrer en communication avec les entités supérieures et vous sentez peu à peu que de ce malheur, de cette perte, par une sorte de processus alchimique émerge une lueur, une force, une paix. C’est cela, véritablement, extraire la quintessence qui donne un sens à votre vie. »
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