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Tribune de l'écrivain débutant : réflexions critiques sur la société, la culture, le livre et la vie
Catégorie :
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Date de création :
15.11.2007
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CULTURE TRADITIONNELLE ET CREATION LITTERAIRE

CULTURE TRADITIONNELLE ET CREATION LITTERAIRE

Posté le 19.11.2007 par ndahfranc
Au moment où se pose la question du renouvellement de l’écriture romanesque en Afrique et singulièrement en Côte d’Ivoire, il est important que le jeune créateur s’inscrive dans cette logique et explore, à l’instar de Kourouma et d’Adiaffi, le substrat que lui offre la culture traditionnelle africaine dont la richesse et la variété ne sont plus à démontrer.
En effet, la culture traditionnelle africaine offre des éléments capables d’aider le jeune créateur à se détacher des clichés qui donnent le plus souvent un goût fade et insipide à l’œuvre romanesque. Pour ce faire, plusieurs pistes s’offrent à lui.
Premièrement, au niveau de la langue, le jeune créateur peut et doit s’inspirer de la langue africaine, à tout le moins les structures syntaxiques et lexicales locales pour faire œuvre originale. Le griot, maître de la parole, doit être en la matière une référence. Car, tout comme le griot, l’écrivain doit soumettre la Parole, la dompter. Le rythme de la parole africaine, ses images, ses symboles, ses subtilités, etc., doivent guider la pensée créatrice.
Deuxièmement, le jeune créateur peut procéder à un renouvellement du cadre spatio-temporel. En Afrique, la vision du temps et de l’espace n’est pas la même qu’en Occident. Ici, le temps et l’espace sont sacrés voire sacralisés. Cette vision traditionnelle peut modifier la relation du personnage avec l’espace et le temps qui ne sont plus alors vus comme de simples cadres de réalisation d’une fiction mais comme des « personnages » à part entière qui ont une vie propre et sont donc capables de mourir. L’avantage d’une telle démarche, c’est qu’elle permet au créateur africain de s’enraciner davantage dans son milieu social et culturel et de créer une littérature plus proche de l’âme africaine c’est-à-dire, capable de toucher la sensibilité la plus profonde de son premier lectorat. Une telle initiative serait en phase avec l’un des objectifs majeurs de la littérature, à savoir réconcilier l’Homme avec son Moi. Autrement, la création romanesque ne serait plus cette thérapie capable de transformer l’Homme et partant, la société. En outre, à l’heure de la mondialisation tant chantée, l’Afrique doit être capable de faire la promotion de ses propres valeurs au risque d’être phagocytée par la culture des autres.
Troisièmement, le jeune écrivain doit puiser dans la sagesse africaine, notamment dans les contes, légendes, mythes et épopées, pour forger son style et construire autrement sa fiction. Les conteurs africains sont de véritables écrivains ; il s’agit d’aller à leur école pour proposer une autre façon d’écrire qui traduise l’âme africaine. Certains de nos devanciers l’ont brillamment réussi en traduisant par exemple dans leurs créations romanesques la structure du conte initiatique. Cela bouscule, il est vrai, certaines habitudes acquises, mais le mérite est d’autant plus grand que les œuvres produites sont d’une originalité incontestable. Le fils de la femme mâle, roman de l’écrivain ivoirien Bandaman Maurice (pour ne citer que celui-là) est un chef-d’œuvre en la matière. Son mérite a d’ailleurs été reconnu puisqu’il a obtenu le grand prix littéraire d’Afrique noire.
Le roman africain ne doit pas être différencié des autres uniquement par la thématique, mais en se fondant aussi sur le style, sur l’âme qui s’y est incarnée et la vision du monde qu’il véhicule.
Le roman africain doit faire sa mue ; il est en train de le faire. Et chaque fois que nous écrivons, nous devons nous demander si nous méritons le qualificatif d’écrivain africain.



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