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Tribune de l'écrivain débutant : réflexions critiques sur la société, la culture, le livre et la vie
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LES CAHIERS DE L'ECRIVAIN DEBUTANT III

LES CAHIERS DE L'ECRIVAIN DEBUTANT III

Posté le 26.11.2007 par ndahfranc
LES DIFFERENTES ETAPES DU RÉCIT

1- La situation initiale
Les premières anecdotes consisteront à cerner la situation initiale, c’est-à-dire, la situation du personnage principal au début de l’histoire.
Il faut surtout retenir que l’exercice consiste à libérer le personnage et à le suivre dans ses faits, gestes, déplacements et paroles pour construire son environnement immédiat et déceler sa quête. On plantera au fur et à mesure le décor, en faisant connaissance avec ses lieux préférés ainsi qu’avec ses parents et amis…Il ne s’agit donc pas d’écrire par exemple, Nafi (c’est le nom de l’héroïne) rêve d’épouser un beau jeune homme. Non ! C’est par rapport à ses relations avec les autres personnages qu’on le découvrira.
Chaque fois qu’on aura affaire à un espace, on prendra soin de le décrire en insistant sur sa valeur affective. Il en est de même pour les personnages dont on prendra soin d’indiquer le nom, l’identité, la profession, la silhouette, le caractère, le projet, la relation avec le personnage principal, etc.
Le lecteur doit pouvoir se représenter ce que nous lui racontons : il faut donc multiplier les détails qui lui permettent de voir et de comprendre la scène et la rendent vraisemblable.
N.B. : Veillez à retenir surtout les détails qui auront de l’importance dans la suite de l’histoire, car tout indice semé au début de l’histoire doit être utilisé par la suite.
Exemple
"C’est un pays de cocagne, un pays où il faisait bon vivre. La nature n’était qu’opulence et générosité. Les arbres fruitiers, semblables à des courtisanes endimanchées, offraient aux regards gourmands leurs formes pleines de promesses. A la tombée de la nuit, les fleurs exhalaient un parfum lourd et suave qui faisait monter dans chaque âme une délicieuse ivresse. Au petit matin, la rosée rafraîchissait l’herbe verte et luxuriante dans laquelle les enfants, aux joues rebondies, aimaient à se rouler en poussant des rires clairs et gais. Les plus petits pelotonnés contre les seins lourds de leur mère, s’endormaient doucement.
Les greniers et les ventres toujours pleins, la forêt giboyeuse, la nature généreuse, la vie ici, tel un reptile repu, se déroulait sans hâte, paisible et paresseuse. Oui ! C’était bien un pays de cocagne, un pays béni des dieux ! Les saisons au rythme immuable se succédaient à l’infini. Nous savions qu’après les grosses chaleurs arriverait la saison des pluies.
C’était celle que je préférais. Je passais des heures à observer la pluie. Spectacle édifiant qui pour moi relevait de Dieu !"
(Flore Hazoumé, Cauchemars).

2- L’élément modificateur
La deuxième série d’anecdotes sera consacrée à l’élément modificateur, c’est-à-dire, ce qui intervient et modifie la situation initiale. C’est la phase la plus importante qui garantit en partie l’attrait du récit. Plus cette phase présente une situation complexe, inattendue, plus les péripéties pour la dénouer sont passionnantes et exaltantes.
L’auteur fait alors appel à son génie créateur, à sa finesse dans la réflexion, en utilisant bien entendu, les principales techniques narratives qui créent le suspense.
Un bon auteur, c’est d’abord celui qui sait raconter une histoire en créant des situations inattendues.
A ce niveau, il faut faire preuve de précision dans la peinture psychologique des personnages. Car, c’est à partir de cette anecdote que naissent les conflits aussi bien à l’intérieur du personnage principal qu’entre lui et les autres. Il faut donc faire ressortir leurs émotions et attentes (n’oubliez pas que ce sont des hommes comme nous).
N.B. : Toute émotion a au moins deux facettes : physique et psychologique. Un geste rageur, un pleur, le silence, un monologue intérieur, sont autant de signes dont la description aide le lecteur à comprendre une situation.
Exemple
"J’étais jeune, j’étais pur et comme les anciens, j’avais confiance en la bonté humaine, mais grande était notre erreur ! Avant les grands bouleversements, nous vécûmes une période particulièrement heureuse ; une félicité rare nous enveloppait, une sérénité inhabituelle habitait nos âmes, nous goûtions chaque instant de l’existence avec déférence, avec passion, comme si au plus profond de nos êtres, nous savions que nous vivions là nos ultimes moments de plénitude.
L’angoisse naquit peu à peu dans nos cœurs. A pas feutrés, elle prit possession de nous. Tout commença par une confusion de la nature et des saisons…"
(Flore Hazoumé, Cauchemars).

3- Dénouement et situation finale
La troisième série de tableaux peut être consacrée au dénouement et à la situation finale. A ce niveau, on peut laisser le lecteur sur une impression frappante. On peut créer un effet de surprise, choisir un dénouement heureux, laisser le lecteur dans une situation d’attente…
Exemple
"… Voilà mon oncle, pour une première et dernière lettre, il n’y manque rien. J’ai beaucoup vieilli en ce laps de temps. Placé en marge de tout mouvement, j’entends le tumulte de la vie. Seule et à distance, l’âme remonte à la surface et se baigne dans les flots de la solitude.
Ici, tout me semble clair et manifeste ! L’œil ne voit jamais ce qui lui rentre dedans. Si mon corps n’est pas à son aise, mon âme se repose. Tout en moi me paraît néant ; quand je pense à Dieu, je deviens si minuscule que mes larmes jaillissent du puits de mes sentiments que je croyais tari à jamais.
J’ai vu plus que mon âge et n’ai vécu qu’un printemps.
Je ne te dis pas au revoir, ni à bientôt. Nous nous verrons en Dieu."
(Sembene Ousmane, Le docker noir).

4- Les péripéties
Les péripéties sont composées de plusieurs tableaux. C’est ici qu’on juge la qualité de conteur de l’auteur. Il doit faire preuve d’imagination.
- Dans les diverses péripéties, il faut ménager une progression dramatique, des rebondissements.
- Il faut créer un effet de suspense :
• en marquant la progression du danger ;
• en multipliant les indications temporelles pour souligner l’écoulement du temps ;
• en intercalant les notations descriptives et en notant les émotions et les interrogations du héros.
Exemple
Depuis le jour où il avait été écroué, un véritable combat se livrait en Diaw Falla. Raisonnant, fouillant partout afin que lui apparaisse la légitimité de son acte. Sa liberté y était cachée. Il ne pouvait se défaire de l’obsession d’être coupable. Il cherchait la force de se sauver de lui-même ; s’il essayait de traduire ses pensées en paroles, sa langue s’y refusait.(…)
Il se mit à penser à ceux qui étaient de l’autre côté et à ceux qui étaient dans la même posture que lui. Sous l’angle d’une vision double, cela lui faisait penser à une corrida, le taureau à tuer, ou le matador… Puis, la foule beuglante criant à mort. L’homme doit mourir, ou la bête, sans qu’aucune pitié ne vienne affecter les spectateurs ; ni l’un ni l’autre n’est un assassin : que le matador tue, c’est horrible…Pourtant…
Il se voit piochant jusqu’au crépuscule de la vie pour payer cette dette. Dette qui se répercutera sur tous ses descendants. Le plus mauvais créancier était la société qui réclamait toujours son dû et, même payée, ne l’effaçait jamais.
(Sembene Ousmane, Le docker noir).



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