Les nouveaux enjeux de la littérature ivoirienne
Posté le 27.11.2007 par ndahfranc
LA LITTERATURE DOIT-ELLE ETRE UNE REPRESENTATION DE LA SOCIETE OU UNE INVENTION DE LA SOCIETE ?
En lisant les œuvres écrites en Côte d’Ivoire, une tendance s’impose, celle qui consacre l’écriture comme miroir de la société. Mais un miroir délibérément tourné vers les travers de la société. Ce qui me gène, moi, dans cette approche de la littérature (maladroitement considérée comme le fondement de l’engagement), c’est qu’on a le sentiment que la littérature n’existe que pour décrier les tares de la société. Au lycée comme à l’université, les œuvres littéraires sont étudiées essentiellement sous cet angle. Les thèmes abordés par la plupart des écrivains sont : la gestion du pouvoir politique et tous ses corollaires, la guerre, l’excision, la violence sous tous ses aspects, la mort… au point que les œuvres qui ne fonctionnent pas de cette façon sont considérées comme mineures. La question qui me vient à l’esprit est celle de savoir si ces œuvres ont eu une véritable incidence sur nos sociétés.
Personnellement, je trouve cette littérature trop sombre, même si le style en atténue parfois l’odeur. Les occidentaux n’aiment nos textes que lorsqu’ils font le procès de nos dirigeants ou de nos valeurs. Il n’y a qu’à voir les œuvres qu’ils priment ici et là. Nous aimons nous déshabiller devant eux sous le fallacieux prétexte que nous faisons de la littérature. Il est temps que cette approche de l’écriture cesse pour se tourner vers celle que j’appelle l’invention de la société. L’écriture est un art et l’art est synonyme de beauté. L’écrivain doit apprendre à créer la société, à la modeler selon les valeurs qui fondent notre idéal commun.
Les valeurs sociales, religieuses et spirituelles africaines ont été mises en place au cours d’un processus qui a duré des siècles. C’est à nous d’en faire la promotion, c’est à nous de les mettre à la disposition de la population.
Aujourd’hui, les écrivains comme Paulo Coelho sont appréciés de tous parce qu’ils ont intégré cette donne à leurs productions littéraires. On ne peut changer la société qu’en changeant l’homme. Apprendre à l’africain à suivre le processus de formation initiatique et personnelle, tel doit être un des objectifs majeurs de l’écriture.
De nos jours, avec l’urbanisation galopante, l’homme africain est livré à lui-même, sans aucun repère. Tout ce qui compte pour lui, c’est la course au pouvoir et à l’argent. C’est à nous de lui rappeler les vraies valeurs, celles qui consacrent la primauté de la vertu et des biens spirituels sur les biens matériels, toutes choses qui ont fait la grandeur de nos parents. Il ne s’agit pas de faire l’apologie du passé, mais de mettre le passé à la disposition du présent. Pour cela, l’écrivain africain doit aller à l’école de l’oralité pour s’instruire, apprendre à connaître nos dieux, nos héros, ceux qui ont fait la grandeur de nos peuples.
C’est à ce challenge que je veux inviter les jeunes écrivains d’aujourd’hui. Que leur rôle ne consiste pas seulement à créer des histoires banales, mais des histoires qui soient de véritables leçons de formation personnelle, intellectuelle et sociale.
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