L'AMOUR EN HERITAGE (Roman inédit) Chapitre 2
Posté le 29.11.2007 par ndahfranc
Will était en compagnie de John et de sa femme, Agnès. Il les avait accompagnés prendre leurs deux enfants à l’école.
En attendant la fin des cours, ils faisaient une promenade dans le jardin public en face de leur établissement.
- Quand Will offre trois bouteilles de champagne à une mineure, je sais ce qui va se passer.
- Elle n’est pas une mineure, elle a vingt-deux ans, rectifia Will.
- Oh ! c’est mieux, fit son ami, ironique.
- Je connais sa grand-mère.
- Will, dis-moi, tu ne vas pas la draguer, j’espère, renchérit Agnès.
- La grand-mère ? Non, ça, jamais, répliqua-t-il, d’un air faussement naïf.
Agnès éclata alors de rire. Will avait le don de banaliser toutes sortes de situations. Il poursuivit sur le même ton badin en prenant place sur un banc, imité en cela par ses deux compagnons :
- Je te promets de ne jamais toucher à cette femme.
- Tu sais les problèmes avec les types qui ont ton physique ? le chargea de nouveau John.
- Non.
- Trop de sexe, ça fait fondre le cerveau.
- Ah ! nous y voilà ! répliqua Will.
- Pas à s’inquiéter de ça à la maison, n’est-ce pas ? repartit Agnès, d’un air serein, en s’adressant à son mari.
- Voyons, je suis de ton côté, ma belle. Je suis beau garçon… répondit John à la plaisanterie de sa femme.
- Tu as raison ; je suis désolée. Je fonds au moins trois fois par semaine.
Il accepta alors son baiser en signe d’assentiment.
- Will a de la chance que je ne sois plus sur le marché, reprit John quand il se fut libéré de l’étreinte de sa femme.
- Elle ne le regarderait même pas, renchérit cette dernière.
- Tu entends ça, Will, elle ne te regarderait même pas.
- Dis-moi, Will, tu ne vas pas faire ça, non ? s’indigna Agnès en prenant un air plus sérieux.
- Mais, qu’est-ce qui vous arrive tous les deux ? Ayez une meilleure opinion de moi, bon sang ! Je souris à cette fille, elle tremble de la tête au pied… Pourquoi je ferais ça ?
- Pourquoi tu ferais ça ? s’indigna de nouveau John.
- Eh ! arrête tes bêtises ! Tu paierais pour être à sa place, le chahuta sa femme.
Juste à ce moment, leurs deux fillettes arrivèrent et leur sautèrent dans les bras.
* *
*
Charlotte était vraiment une belle jeune fille. Du haut de son mètre soixante-douze, elle ressemblait à un mannequin. Son teint clair, ses grands yeux d’amande et surtout son sourire éblouissant étaient ses plus grands atouts.
Après des études en coupe et couture dans une grande école de la place, elle avait ouvert un petit magasin de prêt à porter au quartier Commerce, centre des affaires de Yamoussoukro. Ce matin-là, après avoir mis une dernière touche à son maquillage, elle s’apprêtait à s’y rendre quand la sonnerie du téléphone retentit. Elle se précipita alors pour décrocher.
- OK, peau de vache ! Je suis prête, lança-t-elle à son interlocuteur.
- Oh ! non, pas moi, répondit Will, au bout du fil.
Charlotte grimaça aussitôt de gêne.
- Que diriez-vous si on commence par bonjour ?
- Oh ! je suis désolée… Mais, qui est-ce ?
- Devinez.
- Vous ? s’écria-t-elle, surprise, quand elle eut reconnu la voix de Will.
- Je crois. Qui croyez-vous que c’était ?
- Euh, mon ami, Simon. En fait, il m’appelle toujours le lendemain de ce genre de… vous savez… Euh… Vous voulez parler à ma grand-mère ?
- Non, non, non ; c’est vous que j’appelle.
- Moi ?
- Bon, j’ai un petit problème. Je pensais que vous pourriez peut-être m’aider. J’ai bientôt une soirée de charité… Vous savez, avec smoking, cause à défendre… ce genre de truc quoi.
- Ah, bon !
- Et je me demandais si… je voudrais que vous me fassiez un chapeau… Mais, en fait, ce n’est pas pour moi, c’est pour ma cavalière ; je ne porte pas de chapeau, sauf la casquette, quand il fait chaud.
- D’accord.
- Mais maintenant, le problème, c’est que comme je ne connais pas son tour de tête, je suis bien embarrassé. C’est une surprise que je voudrais lui faire.
- Est-ce que c’est cette femme avec qui vous étiez au bar hier soir ?
- Non.
- Ah ! parce qu’elle avait une tête anormalement petite, ironisa-t-elle.
- C’est peut-être ce qui explique sa conversation limitée.
Charlotte rit de bon cœur.
- Vous savez, ce que je peux toujours faire, c’est mettre un bandage juste à la base.
- C’est parfait ! Formidable !
- Non, sérieusement, c’est risqué de travailler de cette façon.
- Non, voyons, vous pouvez le faire.
- Bon, pouvez-vous me donner un sujet d’inspiration ?
- Comme quoi ?
- Vous savez, comme une image sur ce chapeau, comme…
- Comme… la courbe de la hanche d’une femme.
- OK, répondit Charlotte, dans un rire gêné.
- Quand puis-je l’avoir ?
- Disons, dans deux semaines.
- Parfait ! Parfait ! Je vous donne jusqu’à jeudi, quatre heures.
- OK. Waoh !
- Autre chose. Vous dites waoh un peu trop souvent.
- Je sais.
- Vous êtes une adulte maintenant. Quand allez-vous arrêter ça ?
- Bientôt.
- Je vous vois jeudi.
- OK, au revoir.
- Au revoir.
Elle raccrocha, animée d’une immense joie.
- Waoh ! s’écria-t-elle de nouveau.
Affalé dans son canapé, Will éprouvait les mêmes sentiments. Il venait ainsi de mettre la machine de la séduction en marche… Pour épingler cette pauvre fille à son éloquent palmarès. Ah ! Sacré Will ! ( A suivre...)
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