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ndahfranc
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Tribune de l'écrivain débutant : réflexions critiques sur la société, la culture, le livre et la vie
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15.11.2007
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L'AMOUR EN HERITAGE (Roman inédit) Chapitre 3

L'AMOUR EN HERITAGE (Roman inédit) Chapitre 3

Posté le 30.11.2007 par ndahfranc
Jour J. Depuis les premières heures du jour, une pluie torrentielle s’abattait sur la ville. Après avoir espéré en vain une accalmie, Charlotte s’était précipitée dans un taxi qui la déposa devant l’appartement de Will, au quartier Millionnaire.
A peine ce dernier lui ouvrit-il la porte qu’il lui lança, d’une humeur faussement désagréable :
- Vous êtes en retard, mademoiselle Dacko.
- Je sais ; je suis vraiment désolée. J’ai essayé d’avoir un taxi un peu plus tôt, mais à cause du temps…
- Ouais, ouais, ce n’est pas grave. C’est l’intérêt d’être jeune et jolie comme vous. Si ce n’est pas pour faire attendre les hommes. En réalité, je suis plutôt déçu ; je m’attendais à avoir encore au moins une demi-heure de suspense.
- Quoi ? fit Charlotte, surprise. Je peux repartir et revenir, si vous le voulez, enchaîna-t-elle aussitôt pour entrer dans son jeu.
- Trop tard.
Ils se sourirent alors de façon complice.
- Alors, où est la merveille ?
Charlotte se précipita pour sortir le chapeau de son emballage et le lui présenta. Le regard de Will trahissait son émotion. Il était tout émerveillé !
- Essayez-le, dit-il.
- Moi ? mais, je suis toute trempée.
- Ça ne fait rien. Allez-y, essayez-le.
Elle fit une moue mais s’exécuta après s’être essuyé les cheveux. Will s’approcha alors d’elle, la dévisagea, puis toucha le chapeau du bout des doigts.
- Est-ce la courbe de la hanche d’une femme ? demanda-t-elle, ironique.
- Je le crois.
- Oui ?
- Mais, quel dommage !
- Pourquoi ?
- Elle m’a posé un lapin.
- Qui ?
- Ma cavalière. Elle a appelé il y a une heure pour me dire qu’elle avait pris froid, qu’elle avait une terrible migraine.
- Mais alors, ça veut dire que vous n’y allez pas ?
- Seul ? Non. A moins que…
- Quoi ?
- Non, non, non, fit-il en se dirigeant dans la pièce d’à côté.
- Attendez, voyons !
- Non, non, laissez tomber.
Elle courut après lui.
- Attendez ! Attendez ! Qu’est-ce que vous alliez dire ?
- Je ne sais pas. Vous ne voudriez pas venir, n’est-ce pas ?
Charlotte se mit alors à rire.
- Merci, laissons tomber, merci, poursuivit Will, feignant de se résigner.
- C’est juste que…
- Oui ? Vous avez la migraine, vous aussi ?
- Vous plaisantez ? J’irai avec vous au bout du monde. Vous êtes fabuleux !
- Oui ?
Elle fit semblant elle aussi d’avoir un malaise en se prenant la tête entre les mains.
- Oh ! mon Dieu ! Elle a aussi la migraine ! Ça doit venir de moi, maugréa-t-il en se précipitant sur elle.
- Sûrement ! répondit-elle en riant.
- Vous me trouvez trop vieux pour vous ?
- Non, je collectionne les antiquités. En tout cas, j’aspire à le faire.
- Nous apprécions.
- Je serais ravie de venir, mais je suis lamentable. Regardez-moi.
- Je ne trouve pas… Vous voulez voir la robe ?
- Il y a une robe ?
Quelques instants plus tard, ils sortirent tous les deux de l’appartement, parés comme de nouveaux mariés.
Pour Charlotte, cela ressemblait à un magnifique jeu. Elle resplendissait d’une joie juvénile. Ils embarquèrent dans la Mercedes de Will et s’en allèrent à la réception.
La soirée avait lieu dans un somptueux domaine. Charlotte était splendide dans sa robe de soirée. Une robe de velours rouge bordeaux qui mettait en exergue sa forme fine de mannequin…
Quand ils descendirent de la voiture, elle lui prit la main qu’il lui tendit et pénétrèrent dans la salle de spectacle. Des hôtesses vinrent à leur rencontre et les installèrent à leur table.
Dans les yeux de Will, se lisaient la joie et l’admiration. Ceux de Charlotte dégageaient une lueur étrange comme une sorte d’hypnose. Assurément, ce moment était magique.
Pour rompre le charme de ce moment silencieux, Will lui demanda :
- Je suis curieux de savoir une chose. Qu’est-ce qui vous a fait choisir mon restaurant pour votre anniversaire ?
- Il fallait que je choisisse un endroit et… j’ai lu des trucs sympathiques sur vous.
- Ah ! le magazine ?
- Oui, le magazine.
- C’est tellement gênant !
- Non, non, ça m’a plu.
Un autre moment de silence les envahit. Pour le rompre cette fois, Will invita sa compagne à lui accorder une danse. Ce qu’elle fit avec une joie indicible.
- Vous dansez merveilleusement bien. Non, vous ne dansez pas, vous flottez.
- C’est mon père qui me l’a appris, en me tenant toujours sur ses pieds.
- Ah, oui !
- Ça me faisait flotter. Maman était une grande danseuse aussi. Mais ça, vous le savez déjà, non ?
- Nous avons dansé quelquefois ensemble, fit Will, nostalgique.
- Et maintenant, vous dansez avec moi. C’est vraiment dingue !
- Elle était exceptionnelle.
- J’ai eu des parents supers, c’est vrai. J’ai eu beaucoup de chance.
Après la danse, il lui demanda :
- Vous voulez boire quelque chose ?
- Oui, s’il vous plaît, du champagne.
- Je vais en chercher ; allez vous asseoir, je reviens tout de suite.
Alors qu’elle rejoignait la table, une jeune femme l’accosta :
- Moi, j’étais obligée d’être là ; je travaille au musée. Et vous, quelle est votre excuse ?
- Une sorte de rendez-vous.
- Avec Will Pokou, c’est ça ?
- Oui. Vous le connaissez ?
- Seulement de réputation… Je suis Lisa.
- Moi, c’est Charlotte.
- Ravie de vous connaître.
- Moi aussi.
- Alors, comment est-il ? lui demanda-t-elle.
Charlotte n’eut pas le temps de répondre ; son interlocutrice s’échappa au même moment car, Will revenait.
- Tenez, lui dit-il, en lui tendant le verre.
- Merci.
- Qui était-ce ?
- Lisa quelque chose.
- Qu’est-ce qu’elle voulait ?
- Elle n’a pas eu le temps de me le dire. Elle s’est échappée à votre vue.
Will fit une moue en regardant dans la direction où la femme avait disparu. Il se demandait si cette Lisa n’était pas sa fille. Non, il chassa cette idée de sa tête et changea de sujet.
Quelques instants plus tard, alors que la soirée battait encore son plein, il invita Charlotte à faire une promenade dans le jardin du domaine. Ils marchaient en bavardant.
- La plupart des gens correspondent à un modèle reconnaissable. Et l’étape suivante est que, presque aussitôt, vous savez tout d’eux. Si c’est une femme, c’est une aventure sans véritable passion. Cela a ce don de vous refroidir parce qu’on sait très exactement, dès le départ, ce qui va se passer à la fin… Or, ce qui me plaît chez vous, c’est que je vous trouve parfaitement inédite ; et par conséquent, totalement imprévisible.
- Mon Dieu ! ce doit être un soulagement !
- Quoi ?
- De faire finalement ce petit discours à une femme en sachant que ça s’applique à elle. Parce que ça tombe bien, je suis toutes les choses que vous venez de dire.
- Oui ?
- Et tellement plus ; mon professeur de yoga m’a surnommée l’Unique.
- Redites-moi ça !
- L’Unique.
- L’Unique. Eh ! bien, c’est un homme très avisé ; vous êtes sûre qu’il ne vous fait pas du gringue ?
- C’est une femme ! Vous par contre, vous êtes ce qu’elle appelle un cas typique.
- Oh, vraiment !
- Oh oui, vraiment ! Et, je peux le prouver tout de suite. Vous voulez que je le fasse ?
- D’accord, essayez.
- Très bien.
Elle aperçut un arbre tout proche et s’y adossa.
- Approchez.
Il éclata de rire. Elle aussi.
- Je ne plaisante pas, dit-elle.
Il s’exécuta.
- Plus près.
Ils étaient maintenant face à face.
- Plus près, murmura-t-elle.
Il était à présent presque collé à elle et sentait le souffle de sa respiration dans le creux de son cou.
- Là, c’est assez près ?
- Oui, j’ose espérer que mon premier baiser sera à la hauteur de votre réputation, murmura-t-elle d’une voix encore plus tenue.
Maintenant, ils se fixaient l’un l’autre du regard. Et le temps semblait s’être arrêté.
- Je suis peut-être un cas typique, mais je n’abuse jamais des filles qui n’ont jamais embrassé.
Cette phrase ironique sembla briser le charme de ce moment. Will fit alors un pas en arrière et murmura :
- On devrait y aller…
Mais, Charlotte n’abdiqua pas pour autant, sûre de savoir ce qu’elle voulait.
- Vous n’êtes pas assez courageux pour m’offrir mon premier baiser ?
Fouetté dans son orgueil de don Juan, Will se rapprocha de nouveau d’elle et la fixa droit dans les yeux.
- Que devons-nous faire, Will ? De ce moment que nous vivons ?
Sans pouvoir résister plus longtemps, ils se fondirent l’un dans les bras de l’autre et se dévorèrent de baisers insatiables…
La soirée se termina dans le lit de Will. L’élégant gentleman avait encore réussi son coup sans avoir eu à trop forcer son talent. Cependant, il eut une drôle d’impression que cette fille était vraiment unique. Il lui avait fait l’amour avec des émotions rarement éprouvées. C’est alors qu’il se laissa gagner par une espèce de peur. Il avait le sentiment que cette fille lui gâcherait la vie. Alors, autant tout arrêter tout de suite, avant d’être embarqué dans une aventure incontrôlable.
Le lendemain matin, au réveil, Charlotte découvrit Will assis sur une chaise à côté du lit en train de la dévorer du regard. Il y avait dans ses yeux, comme une flamme étrange.
- Comme tu as l’air coupable ! lui murmura-t-elle dans un sourire.
- Je réfléchis… Tu as faim ?
- Oh, oui !
Elle s’étira telle une chatte, sous le regard admiratif de Will.
Ils s’installèrent sur le balcon de l’appartement pour le petit déjeuner. Will ne mangeait pas, il dévorait toujours Charlotte du regard, mu par les mêmes sentiments d’angoisse.
- On ne t’a jamais dit que ce n’est pas correct de regarder une fille pendant qu’elle mange comme un porc ?
Il continuait de la dévorer du regard. Mais ses idées semblaient le tourmenter. Il se décida enfin à aborder le sujet de son tourment.
- Ce n’était pas bien, chuchota-t-il. Toi, tu es…
- Jeune.
- Oui, oui ; et moi, je suis…
- Vieux.
- Plus vieux.
- Beaucoup plus vieux !
- D’accord, beaucoup plus vieux ; mais la question est… Voilà, j’aurais pu attendre un peu pour te le dire, mais tu me plais sincèrement. Alors, je veux que les choses soient claires dès le début, pour qu’il n’y ait pas de confusion plus tard, d’accord ?
- D’accord.
- Ce que je veux te dire, c’est que… tout ce que je suis en mesure de t’offrir, c’est ça, ce que nous avons-là, rien de plus. Juste ça. Jusqu’à la fin. Ce que je veux dire, c’est que nous n’avons pas d’avenir…
- Je sais. Ne t’inquiète pas, je ne cherche pas à m’accrocher ; je suis malade.
- Quoi ! Qu’est-ce que tu veux dire ?
- C’est mon cœur. Et personne n’aurait pensé que je vivrais si longtemps. Voilà, j’aurais pu attendre un peu pour te le dire, mais tu me plais sincèrement. Et je veux que les choses soient claires dès le début pour qu’il n’y ait aucun risque de confusion plus tard.
C’était la meilleure ! Will reçut cette information comme un coup de massue sur la tête. (A suivre)



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