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Tribune de l'écrivain débutant : réflexions critiques sur la société, la culture, le livre et la vie
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LES CAHIERS DE L'ECRIVAIN DEBUTANT IV

LES CAHIERS DE L'ECRIVAIN DEBUTANT IV

Posté le 02.12.2007 par ndahfranc
LA MAGIE DU NARRATEUR
L’une des plus grandes merveilles de la création romanesque, c’est l’invention du narrateur, cette entité ambiguë qui se confond tantôt à l’auteur, tantôt au personnage principal, tantôt prend ses distances vis-à-vis de l’un et de l’autre en se mettant au-dessus d’eux. C’est un pion essentiel dont l’apprivoisement conditionne en partie la réussite de l’œuvre romanesque.
Sa création est une question de choix stratégique. En effet, selon les objectifs que nous voulons atteindre, plusieurs types de narrateurs s’offrent à nous. Mais pour bien comprendre l’importance du narrateur, il est nécessaire de faire la distinction entre Histoire et Narration.

L’histoire est l’ensemble des évènements d’un récit, réels ou imaginaires. Ils se succèdent et s’enchaînent selon la loi de cause à effet : un fait déclenche des conséquences, qui à leur tour provoquent un autre fait… L’histoire est donc l’intrigue, le scénario des faits.

La narration est la manière de raconter l’histoire. Une narration simple, chronologique, réduite aux évènements, peut décourager le lecteur. Il faut donc varier la manière de raconter l’histoire.
Aussi, le récit de base peut-il être enrichi par :
- les dialogues, qui donnent un effet de réel et un rythme vif à la narration ;
- les descriptions et les portraits, qui font voir personnages et décors, et ralentissent le rythme ;
- les commentaires du narrateur, qui peuvent donner une explication, prendre de la distance, manifester de l’ironie ou dramatiser. (Nous reviendrons de façon plus détaillée sur chacun de ces éléments dans les prochains cahiers).

Voyons maintenant les différents types de narrateurs.

1- LE RÉCIT Á LA TROISIÈME PERSONNE DU SINGULIER
Lorsque le récit est écrit à la troisième personne, le narrateur raconte l’histoire sans y participer. Trois cas peuvent se présenter :

a- Le point de vue objectif
Le narrateur rapporte seulement les faits, les actions qu’un témoin réel pourrait observer, les paroles qu’un auditeur pourrait entendre. Il n’évoque pas le passé des personnages, n’exprime pas leurs pensées. Il se borne à raconter ce qui est observable. L’auteur a choisi un point de vue objectif.

Exemple: Entre l’homme qui regarde et la mer, tout au bord de la mer, loin, quelqu’un marche. Un autre homme. Il est habillé de vêtements sombres. A cette distance, son visage est indistinct. Il marche, il va, il revient, son parcours est assez long, toujours égal. (M. Duras)

Ici, l’objectif visé est de faire croire au lecteur que le narrateur ne relate que ce qu’il voit ; il ne peut donc influencer son jugement. Mais en réalité, ce n’est que de la dissimulation. Car, qui dirige le projecteur et le micro ? C’est bien le narrateur qui opère un choix subjectif entre les évènements à raconter. L’avantage de cette technique c’est qu’elle donne le sentiment que l’auteur est neutre. Et pourtant…


b- Le point de vue subjectif
Le narrateur privilégie un personnage ; il raconte ses actions, décrit ce que le personnage regarde, exprime ainsi ses sensations et laisse deviner ses sentiments, sa vie intérieure : l’histoire est racontée à travers un personnage. Ce choix correspond à un point de vue subjectif. Les verbes de perception (regarder, écouter, sentir, etc.) aident à comprendre quel personnage est privilégié.
Exemple: Isaïe observait intensément ce combat silencieux où l’air et la pierre mesuraient leurs forces. Un équilibre mystérieux s’établissait entre l’énergie qu’il avait dépensée et la beauté du spectacle dont il était le témoin. (H. Troyat)

Ici, l’idéologie de l’auteur est plus facile à détecter à travers les choix qu’il opère. Il oblige le lecteur à le suivre, il l’influence et l’oblige ainsi à adhérer à ses points de vue. Ne vous y méprenez pas, derrière le narrateur, se cache l’auteur qui tire les ficelles.

c- Le narrateur omniscient
Le narrateur, connaissant tout de l’histoire, raconte le passé des personnages, leurs actions ; il analyse leurs pensées, leurs émotions et il procède ainsi tour à tour pour plusieurs personnages. On parle dans ce cas d’un narrateur omniscient, c’est-à-dire d’un narrateur qui sait tout. Il peut facilement donner des explications sur ce qui s’est passé auparavant ou en un autre lieu, afin d’aider le lecteur à comprendre et à imaginer l’histoire.

Exemple: En observant la baisse persistante du baromètre, le capitaine Mac Whirr pensa donc : « il doit faire quelque part un sale temps peu ordinaire. » Oui, c’est exactement ce qu’il pensa. (J. Conrad)

C’est le type de narrateur le plus utilisé parce que plus convainquant. Il n’y a pas de place pour une quelconque incompréhension. Toutes les zones d’ombre sont éclaircies sur-le-champ ou plus loin dans le récit. Le lecteur peut revenir sur ses pas pour comprendre ou vérifier une information ; il a ainsi l’occasion de forger une opinion personnelle sans aucune contrainte, du moins, c’est le sentiment qu’il a.

Je reviendrai dans les prochains cahiers sur le récit autobiographique et la narration à la première personne.



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