L'AMOUR EN HERITAGE (roman inédit) Chapitre 4
Posté le 05.12.2007 par ndahfranc
[SIZE=14]Après le départ de Charlotte, Will courut se confier à John, dans un état de dépression.
Ce dernier, exaspéré par son comportement avec les femmes, lui répondit, ironique :
- C’est la femme idéale ; jeune, belle et sur le chemin du départ. Tu n’auras pas besoin de la plaquer.
- Ce n’est pas drôle, John ! Cette fille peut mourir du jour au lendemain.
- Oh ! je sais que ce n’est pas drôle. C’est triste !
- Elle est si jeune…
- Non, non, je veux dire, toi, tu es triste ! Même en sachant ça, tu ne devrais pas la quitter.
- Et pourquoi ?
- Parce que c’est débile !
- Ça ne me semble pas totalement débile.
- Oui, ça ne te semble pas totalement débile à toi parce que tu la regardes, elle, et moi, je te regarde, toi ; et je peux te dire que c’est nul et il n’y a rien pour l’excuser.
- Bon, d’accord. Et que veux-tu que je fasse maintenant ?
- Je ne sais pas…
Cette réponse énerva Will qui se mit alors à crier :
- Il faudrait savoir ce que tu veux ! Qu’est-ce que tu veux que je fasse ?
- Je n’en sais rien. Peut-être une bonne chose… peut-être que cela rendra une triste fille heureuse, et que ça fera réfléchir un mec désespéré… Mais, d’une façon ou d’une autre, une chose : traite-la bien…
- Comment ça désespéré ?
- Traite-la bien, insista John.
Après cet entretien avec son ami, Will acheta un bouquet de fleurs et fonça tout droit chez Charlotte.
C’est Dolorès qui vint lui ouvrir.
- Tiens ! tiens, tiens, tiens ! fit-elle ironique, convaincue que Will était déjà passé à l’action.
Will baissa le regard, gêné.
- Elle va descendre, elle est dans sa chambre. Elle se fait une beauté, si on peut dire.
Puis, elle se tourna vers la chambre de sa petite fille et lui cria :
- Il est là !
- D’accord ! je descends dans une minute !
- Reste pas planté comme ça à la porte, lança Dolorès à l’endroit de Will.
- Elles sont pour toi, Doly, lui dit ce dernier en lui tendant les fleurs.
- Oh ! merci, elles sont ravissantes… Ne sont-elles pas ravissantes ?
Elle s’empara d’un pot et les y enfonça, sans état d’âme particulier.
- Je te sers un verre ?
- Avec joie.
- Scotch ?
- Oui, sec, merci.
- Et te revoilà encore sur mon chemin, Will, lui lança Dolorès en lui tendant son verre. Depuis que je t’ai revu, tout mon passé a resurgi comme une vilaine maladie.
Elle s’empara alors d’une photo dans la bibliothèque et se mit à la dévorer du regard. Will s’approcha d’elle et la lui prit des mains.
- Tu sais, c’est drôle cette sensation de culpabilité que je ressens encore aujourd’hui. Si je ne t’avais pas présenté à ma fille, rien de tout cela ne serait arrivé. En voulant te fuir, elle en a perdu la vie. Et aujourd’hui, j’ai le sentiment que la même histoire va recommencer. Qui aurait pu croire que le temps n’avait pas de réserve en stock pour Cathy ?
- Je suis désolé. J’aurais dû appeler après l’accident. Mais, je me sentais trop coupable pour le faire.
- Et puis, d’un autre côté, le temps paraît être amoureux de certaines personnes ; comme toi, par exemple ; tu es exactement le même.
- Oh ! je t’en prie !
- Toujours aussi charmant… Et avec toujours le même numéro. Est-ce que je me trompe ?
- Ecoute, Doly…
- Laisse-la tranquille, Will ! Elle est malade et pour l’instant, c’est elle que j’ai de plus chère au monde.
Juste à ce moment, Charlotte descendit de sa chambre.
- Oui, elle est vraiment malade, insista la vieille dame.
- Salut ! lança Charlotte à l’endroit de Will.
- Salut ! répondit-il, quelque peu embarrassé.
- De quoi vous parlez tous les deux ?
- Oh, de rien, s’empressa de répondre Doly. On disait juste que tu ressemblais à ta maman.
- Oui, beaucoup, murmura Will en signe d’approbation.
- Tu es prêt ? lui demanda Charlotte.
- Oui, oui… Au revoir Doly !
Puis, ils sortirent, bras dessous dessus.
- Amusez-vous bien ! leur lança Doly, triste et résignée.
Assise sur la banquette arrière à côté de Will qui semblait abattu depuis la fameuse nouvelle, Charlotte essayait de lui remonter le moral.
- Allez, il faut savoir regarder le bon côté des choses. Si je n’étais pas malade, ça ne marcherait pas ; enfin, je veux dire, il n’y a aucune raison qu’on se retrouve assis ici tous les deux ; on n’est absolument pas fait l’un pour l’autre.
- Oui, je sais ; je pourrais être ton père.
- Eh ! je préférerais dire… oncle.
- Tu crois qu’on ne devrait plus se voir ?
- Tu as peut-être peur de trop souffrir ?
Ils se dévisagèrent un court moment.
- Bon, voilà ce qu’on va faire : nous allons rester ensemble parce que nous pensons que c’est bien pour nous deux. Et, tu ne paieras même pas le prix fort parce que, dans un an ou deux, je ne serais plus qu’une histoire larmoyante que tu raconteras pour draguer les nanas.
- C’est assez pitoyable, l’avenir que tu me réserves. Je le refuse ; je ne l’accepte pas.
- Ah ! la puanteur de la vérité !
A présent, ils se promenaient dans le magnifique jardin de l’hôtel Président. Les fleurs exhalaient des parfums d’une subtile ivresse. Des papillons multicolores voltigeaient dans tous les sens, imprimant à la nature une animation carnavalesque.
Joyeuse et presque insouciante, Charlotte, accrochée au bras de Will, déclamait des vers magiques :
- Ô monde ! Je ne peux te tenir dans mes bras. Tes vents, ton ciel immense, tes brumes, tes arc-en-ciel de pluie…
- Je sens le parfum de la pluie. Tu sais, Charlotte, j’ai tellement envie d’abandonner cette vie et m’enfuir loin, quelque part là-bas dans un autre monde où je me sentirais moins coupable.
- Oh, non ! Tu nous abandonnerais l’univers et moi pour un expresso ? Non, ne faisons pas cela. Ne faisons pas de choses futiles. Aimons-nous le temps qu’il faut, d’accord ?
- D’accord.
Will s’arrêta et dévisagea cette jeune femme énigmatique qui était sur le point de bouleverser toute sa vie.
- Non, non…
- Quoi ! On ne peut pas évoquer le fait que tu sois malade ?
- Mais, je suis ici pour l’instant, Will. Et je veux apprendre à oublier pour saisir l’amour que tu m’offres dans toute sa plénitude.
- Oui, mais…
- Laisse de côté mon cœur. Et parlons plutôt de toi. Ah ! ouais, charmant monsieur, quarante-huit ans…
- Quarante-sept ans, rectifia-t-il, en frappant le sol avec son parapluie.
Charlotte laissa éclater sa bonne humeur en riant gaiement.
- D’accord, quarante-sept ans. Alors, vas-y, parle-moi de ces années ; fais-les-moi partager.
- Tu me regardes d’une façon que je n’ai pas méritée.
- Et alors, mérite-la !
Elle lui passa alors les bras autour du cou en lui souriant.
- Je t’en prie, poursuivit-elle.
- Bon, que veux-tu que je te dise ? Que veux-tu savoir ?
- Je veux savoir si tu m’aimes comme je t’aime ?
Juste après et sans lui donner le temps de répondre à ses questions, elle lui prit la main et lui enleva la montre qu’il portait.
- Mais, qu’est-ce que tu fais ?
- Je la garde.
- Mais, c’est ma montre !
- Oui, je le sais.
- Quand est-ce que je la récupère ?
- Quand tu auras oublié que je l’ai, répondit-elle en le regardant d’un air étrange. Je voudrais que tu ne comptes plus le temps que nous passons ensemble. Et tu auras la sensation qu’une heure en réalité vaut plus qu’une éternité. C’est comme cela que j’ai appris à dompter le temps et la douleur qui me ronge. Laisse-toi aller et tu verras que le temps n’est qu’une illusion.
- Je vais essayer, lâcha Will, en désespoir de cause.
Aussi, meublèrent-ils cette journée de moments romantiques où les paroles donnaient un sens étrange aux gestes et aux baisers. Etait-ce parce que la vie leur semblait courte tout à coup ?
Ah ! la vie ! La plupart d’entre nous ignorons le sens profond de notre présence sur la terre. Nous réalisons à peine que la vie est un cadeau que le Ciel nous a donné. Mais, quand le temps nous est compté et que la fin, inexorablement approche à grands pas, nous comprenons enfin que la vie est un don précieux.
Le dilemme de Charlotte était de savoir à quelques mois de la fin de sa vie terrestre, comment meubler ce laps de temps de la meilleure façon qui soit ? (A suivre)[/SIZE]
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