L'AMOUR EN HERITAGE (Roman inédit) Chapitre 5
Posté le 09.12.2007 par ndahfranc
En cette journée radieuse, Will avait invité ses employés à déjeuner chez lui, à la maison. Il avait décidé lui-même de faire la cuisine, aidé en cela par Charlotte.
Pendant qu’ils s’affairaient à la tâche, ils discutaient gaiement, faisant ainsi une incursion dans le passé.
Will préparait à présent la salade, quand soudain, Charlotte plongea la main dans le bol et y vola un grain de raisin qu’elle jeta aussitôt dans sa bouche.
Will fit une moue de désapprobation sous le regard amusé de Charlotte qui demanda :
- Quoi ?
- Ta mère aussi faisait cela.
- C’est vrai ?
- Oui… On s’est connu comme ça. J’étais serveur au Beach Club, à Bassam. Et chaque fois que je passais avec un plat, elle piquait quelque chose dedans.
- Qu’est-ce qu’elle faisait d’autre ?
- Qu’est-ce que tu veux dire ?
- Je ne sais pas… de petites choses…
- Elle mangeait ses glaces avec une fourchette.
- C’est vrai ?
- C’est vrai. Et elle écrivait de supers lettres, pleines de poésie. Elle avait une âme de romantique, elle adorait rêver. Je ne peux pas dire à quel point ! Et elle fredonnait tout le temps… Et François Lougah était son chanteur préféré.
- Qui ?
- Laisse tomber ! Euh ! quoi d’autre… Ah ! Si ! Elle adorait danser le rock’n roll, surtout au rythme de la musique de Johnny Hallyday. Un jour, au cours d’une soirée, un jeune homme qui lui faisait la cour lui offrit un gâteau au « hach ». Elle lui a tout vomi dessus…
Cette scène fit rire Charlotte. Et Will de poursuivre :
- Elle riait comme ça… Elle aimait les mots, la poésie… Elle était unique.
- Tu l’aimais ?
- Je ne sais pas ; je ne me suis jamais posé la question. J’aurais peut-être dû, mais on ne refait jamais le passé.
Le repas se déroula dans une ambiance gaie et chaleureuse où les mots avaient un sens plus fort, plus subtile que d’ordinaire.
Charlotte avait le sentiment de vivre les derniers instants de sa vie si bien qu’elle en était émue. Plus elle approchait de la fin, plus grande et forte devenait son envie de vivre. Et pourtant… le temps lui était malheureusement compté !
* *
*
Cette nuit-là, Will et Charlotte entreprirent de passer la soirée en se livrant à une promenade à pied dans les rues de Yamoussoukro.
Tout autour d’eux, c’étaient des ballets incessants de noctambules en quête de plaisir parfois souillé. Et puis, tout ce bruissement de paroles confuses qui allaient d’une oreille à une autre, racontant les mêmes mots d’amour mensongers, hypocrites.
- Je suis peut-être folle, mais je crois que tes amis m’aiment encore plus que toi.
- Ça, c’est tout à fait possible.
- Et mes amis, c’est tout à fait évident, ils m’aiment plus que toi…
- Alors ? Où veux-tu en venir ?
- Que je suis bien loin devant dans la course à l’amour.
- Quoi ? Mais, l’amour n’est pas une course !
- Le nôtre, si.
- Notre amour ?
- Oui, bien sûr ! Nous courons après… On se bat pour ça.
Soudain, Will marqua un arrêt et prit Charlotte par la main.
- Bon, j’ai quelque chose à te dire.
- Quoi ?
- Je n’avais pas de cavalière pour la soirée de charité.
- C’est vrai ?
- Oui.
- Parce que j’avoue que je me suis posée la question… Alors, j’ai fait ce chapeau pour moi-même ?
- Oui.
- Et tu as acheté cette robe pour moi ?
- Oui.
- Et tu as fait tout ça pour me faire tourner la tête et pour que je tombe dans tes bras ?
- Oui.
- Waoh ! Eh bien ! avant tout, tu as bon goût, parce que cette robe était superbe.
- Merci.
- Et deuxièmement, tu n’avais pas besoin de mentir. Si tu voulais me séduire, il suffisait de le demander.
- Ce n’est pas de séduire, c’est de demander… Et puis, je ne sais pas pourquoi, mais les femmes semblent aimer qu’on leur mente…
- Eh ! il n’y a pas un mensonge au monde que je préférerais à la vérité.
Will la dévisagea d’un air encore plus étrange. Cette fille était vraiment unique.
Après la promenade, les deux amoureux regagnèrent l’appartement de Will. Une fois à l’intérieur, ils se mirent à se poursuivre comme des canards, au milieu des meubles. Essoufflés, ils tombaient dans les bras l’un de l’autre, se dévoraient de baisers, puis recommençaient dès qu’ils avaient repris leur souffle.
Ils continuaient de jouer comme des gamins quand, tout à coup, Charlotte ressentit un malaise et tituba. Will se précipita vers elle pour la soutenir et lui murmura, paniqué :
- Respire, respire, respire, respire !
Comme son état ne s’améliorait pas, il appela une ambulance.
Quand Charlotte eut retrouvé ses esprits après les soins des spécialistes, Will alla rencontrer, le lendemain matin, son médecin afin d’avoir de plus amples informations sur son état de santé.
- Pouvez-vous m’expliquer de quoi elle souffre au juste, docteur ? Elle a un cancer, c’est ça ?
- Eh bien ! ce n’est pas tout à fait exact, lui expliqua le médecin. Le neuroplastum est une tumeur maligne des tissus, mais pas un cancer. Assez commun chez l’enfant, mais très rare chez les jeunes adultes. Dans le cas de Charlotte, la tumeur est dans la cavité thoracique et grossit rapidement. Elle s’est révélée résistante à la fois aux rayons et à la chimiothérapie.
- Et, avez-vous pensé aux médecines alternatives, aux médecines orientales chinoises ?
- Les incantations n’y feront rien. De toute façon, Charlotte est experte dans ce domaine. Eventuellement, on peut la traiter contre la douleur ; et je suppose qu’en dernier recours, la chirurgie peut être une option, mais elle est très risquée. Si risquée en vérité que Charlotte a signé une interdiction d’opération ou de toute autre forme d’intervention héroïque.
- Bien, fit Will, très déçu. Vous avez une idée du temps qui lui reste à vivre ?
- Un an ! Je dirai un an au mieux !
Il quitta l’hôpital, aussi abattu que désespéré. Tout en parcourant l’allée, les derniers propos du médecin résonnaient encore dans sa tête comme des coups de cymbale :
« Un an. Je dirai un an au mieux ! »
Pourtant, quand il rejoignit Charlotte, cette dernière était plutôt décontractée, comme insouciante. Il était désemparé par son attitude. Avait-elle conscience du rythme vertigineux qu’elle avait imprimé à sa vie ?
Il ne savait pas comment tout cela était arrivé. Un matin, il s’était rendu compte qu’il avait changé ; que son cœur l’avait trahi. Il avait beau essayer de résister à cette langueur printanière qui s’était emparée de son âme, mais en vain. Son cœur battait plus vite, à un rythme qui ne dépendait plus de sa volonté. Plus tard, il comprit que c’étaient là les effets dévastateurs de l’amour et qu’il n’y pouvait absolument rien. (A suivre)
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