L'AMOUR EN HERITAGE (Roman inédit) Chapitre 6
Posté le 13.12.2007 par ndahfranc
Le temps continuait son petit bonhomme de chemin et imprimait parfois des tournures imprévisibles à la vie des hommes. Celle de Will et de Charlotte n’échappa pas à cette réalité existentielle.
Invité par son ami John à une réception qu’il donnait chez lui, Will y alla naturellement avec Charlotte.
Là-bas, ce fut pourtant avec une grande joie que Will revit Linda, une de ses ex qu’il ne quitta pas d’une semelle tout au long de la soirée, malgré les regards de désapprobation de John.
La joie de ces retrouvailles était telle que Will en oublia la présence de Charlotte. Cette dernière, quoique déçue par le comportement de son amant, essaya de compenser son absence en s’occupant des deux filles de John à qui elle raconta de très belles histoires.
Au moment de rentrer, elle partit à la recherche de Will qui avait disparu dans les arcanes du domaine de John. C’est pendant qu’elle allait voir sur le toit de la maison, après l’avoir cherché en vain partout, qu’elle le rencontra dans les escaliers, Linda accrochée à son bras.
Pourtant, il ne laissa transparaître aucune émotion coupable.
Dans la voiture qui les ramenait, l’atmosphère était des plus moroses entre les deux amants.
- J’ai l’impression que tu m’en veux pour quelque chose, dit Will, pour rompre le lourd silence qui s’était installé entre eux. Qu’est-ce qu’il y a ?
- Euh ! je me demandais juste si tu avais couché avec cette femme ?
- Avec… Avec Linda ? répéta-t-il de façon ironique. Avant ?
- La réponse à cette question est évidente.
- C’est une ancienne amie, tu le sais, ça.
- Je voulais dire ce soir, sur le toit.
- Tu parles sérieusement ? Tu es sérieuse ?… Non, non. Bien sûr que non ! On a rompu parce qu’elle n’était pas exactement mon style.
- Tu as une petite amie ?
- Tu crois que c’est à moi de le dire ? En tout cas, pour ce qui est de Linda, pourquoi… pourquoi je ferais ça ? Ça n’a pas de sens !
- Je sais, je veux dire… je me demandais… nous sommes si heureux et je ne voyais pas de raison. Mais ensuite, j’ai pensé, mon Dieu ! s’il a fait ça, il aura au moins l’air coupable, mais non, tu es complètement décontracté. Plus décontracté même qu’avant le début de la soirée.
- Bon, voilà, tu vois bien !
- Mais, tu es un homme à femmes, tu as toujours été un homme à femmes. Et qu’est-ce que c’est exactement ? C’est…
- Nous y voilà !
- C’est un homme qui couche avec des tas de femmes, mais qui n’a aucune difficulté à mentir.
- Oui, mais en fait, dans ce cas précis, je n’ai pas à me fatiguer de mentir, il ne s’est rien passé, d’accord ?
- La maladie que j’ai m’a appris à lire dans la conscience des gens. Rien qu’en te touchant, je saurais si tu mens.
Elle posa alors une main tremblante sur la poitrine de Will. Après un court instant, elle s’écria, affolée :
- Oh ! mon Dieu ! Oh ! mon Dieu !
Elle se prit alors le visage entre les mains et se mit à pleurer.
- Arrêtez-vous, s’il vous plaît ! cria-t-elle au chauffeur.
- Non, ne fais pas ça, la supplia Will.
Mais elle ne l’écouta pas. A peine la voiture s’arrêta-t-elle qu’elle descendit. Will en fit autant et courut après elle.
- Charlotte !
- Pourquoi ?
Il la rattrapa.
- Ecoute, je n’ai jamais fait semblant d’être ce que je ne suis pas, d’accord ?
- Pourquoi ?
- Pourquoi ? D’accord, très bien ! Pourquoi ? Parce que j’en ai eu envie…
- Mais, que fais-tu de l’amour ?
- Mais, pourquoi es-tu aussi juvénile ? Ça n’était rien du tout ! Rien du tout, ça ne signifiait rien ! Si j’étais différent, peut-être, mais…
- Que fais-tu de l’amour ? hurla-t-elle de nouveau.
- Tu sais, je vais te dire ; on s’est trompé. On s’est trompé sur toute la ligne ; depuis le début. Tu es une gosse, je suis un sale type. Tu as mieux à faire pour tes derniers… à faire dans ta vie que la passer avec un mec comme moi.
Sur ce, il tourna les talons et s’éloigna.
Il regagna sa maison, triste et abattu, après avoir flâné dans la ville pour essayer de dissiper sa douleur. Mais le pouvait-il ? Il était embarqué dans un engrenage impitoyable. C’était plus fort que lui ; sa seule volonté ne suffisait plus pour arrêter la roue du destin.
Sur son lit, il découvrit une carte avec un message. Il le parcourut, le cœur gros comme une montagne :
« La nuit la plus effrayante de l’année. Une seule chose me hante. On aurait pu ne jamais se rencontrer. Charlotte. »
Will s’affala sur le lit. Quels genres d’émotions l’animaient à ce moment précis ? Une avalanche de sentiments aussi coupables les uns que les autres ! Aussi destructeurs les uns que les autres !
Charlotte non plus n’était pas logée à meilleure enseigne. En effet, après avoir flâné elle aussi dans la ville afin de vider son cœur de ce torrent de tristesse et de rancœur qui l’avait pris en otage, elle rentra à la maison. A sa vue, sa grand-mère s’écria :
- Oh ! regardez qui est là !
Aussitôt, Charlotte éclata en sanglots.
- J’ai déjà vu ce genre de visages, lui dit sa grand-mère, la voix nouée.
- C’est vrai…renifla-t-elle.
- Dans de nombreuses occasions. Toutes pour la même raison.
- Tu m’avais dit que Will et maman étaient juste amis…
- C’étaient des amis ; mais elle était totalement folle de lui. Elle n’a jamais couché avec lui. Parce que c’était une fille de notre temps ; et, elle était intelligente. Bien sûr, elle a commis une énorme erreur en lui avouant ses sentiments. Ça s’est passé à Bassam, au Club, pendant la fête du travail, lors d’un pique-nique…
- Et qu’est-ce qui s’est passé ?
- Dans l’heure qui a suivi, il a mis en cloque Mili, dans une cabine de bain.
- Mili ?
- La partenaire de double de ta mère.
- Mais, pourquoi tu ne m’as pas dit tout ça ? pleurnicha Charlotte. Tu sais que tu aurais pu me prévenir ! Tu vois ce qu’il est en train de me faire à moi aussi ?
- Ouais, j’aurais pu ; mais, je ne l’ai pas fait.
- Tu ne me parles jamais ; tu ne me dis jamais ce que je dois faire !
- Charlotte ! Regarde-moi bien en face. Tu me demandes de te dire ce que tu dois faire ?
- Oui ! Tu es ma famille ! Tu es ma famille ! Tu es censée t’occuper de moi, sanglota-t-elle de plus belle.
Sur ce, elle monta dans sa chambre, sous le regard éploré de sa grand-mère qui se sentait coupable juste pour avoir voulu laisser sa pauvre petite fille profiter des derniers instants de sa vie. Mais il a fallu qu’il fût encore là, Will Pokou, le séducteur invétéré, pour lui gâcher son plaisir, comme il l’avait fait pour sa mère.
Charlotte, qui avait voulu construire une histoire d’amour unique avec un homme riche et séduisant, s’était laissée embarquer dans le tourbillon de l’amour. Son cœur venait de subir une agression pire que celle qu’elle connaissait déjà et cela, à cause de l’amour. Et dire qu’elle avait souvent lu dans des romans que l’amour était une chose magique. Des larmes, elle en versa toute la nuit…
* *
*
John et Will cheminaient ensemble en discutant de façon houleuse.
- Où étais-tu ? demanda John à Will.
- Chez moi, répondit ce dernier.
- Je t’ai appelé dix fois !
- J’avais décroché.
- Je ne pige pas.
- Y a rien à piger ; j’avais décroché.
- Quelque chose s’est passé à ma soirée ?
- Tu y étais ; rien du tout, on s’est bien amusé.
- Déconne pas. Qu’est-ce qui est arrivé ?
- Rien du tout !
- Qu’est-ce qu’il y a ? C’est Charlotte ? Quelque chose est arrivé avec Charlotte ou quoi ?
- On a décidé de se quitter.
- Tu te fous de moi, là ?
- C’est plutôt elle qui a décidé qu’on se quittait.
- Qu’est-ce que tu as encore fait ? l’interrogea John qui avait déjà flairé le mensonge.
- Moi ?
- Déconne pas avec moi ; qu’est-ce que tu as fait ?
- Je crois que j’ai couché avec Linda sur ton toit, ça te va ?
- Tu te fous de moi ?
- Non… Non, non, je ne me fous pas de toi. Alors, elle est partie, c’est fini.
- Je suis consterné que tu aies fait ça.
- J’ai fait le con.
- Alors ?
- Alors, voilà, je suis exactement comme avant, ironisa-t-il.
- Et comment tu vas vivre ça ?
- La situation ne pourrait qu’empirer… Pourquoi aller plus loin dans cette histoire, hein ? Ça va nous mener à quoi ? C’est maintenant au lieu de plus tard. Je la quitte ou alors dans quelques mois, c’est elle qui me quitte. Non, non, c’est même mieux comme ça ; c’est bien mieux !
Puis, contre toute attente, il fondit en larmes sur les épaules de son ami avant de poursuivre :
- Je voudrais ne jamais croire qu’on s’est quitté, murmura-t-il.
- Je suis désolé de te dire ça, mais il n’y a que deux sortes d’histoires d’amour dans ce monde : le garçon perd la fille, la fille perd le garçon, c’est tout ; c’est tout ! Il y a toujours quelqu’un qui est lâché. Tu essaies d’éviter ça et tu es sûr de finir comme ces vieux qui se regardent dans le miroir et passent leur réveillon de Noël avec leur lait de poule. Ecoute-moi…
- Je n’en ai rien à cirer !
- Toi, tu vas mourir dans tes propres bras !
- Je n’en ai rien à cirer ! Je veux en finir maintenant !
Sur ce, d’un pas alerte, il s’éloigna de son ami en courant. Il voulait fuir la triste réalité. Mais, le pouvait-il ? Il était embarqué dans un train sans conducteur, roulant à vive allure, avec pour seul voisin, l’amour. Et avec l’amour, que de larmes et de tristesse ! (A suivre)
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