DITES-MOI, MONSIEUR LE PRESIDENT…
Posté le 14.12.2007 par ndahfranc

Qui sont les gardiens de nos valeurs morales et sociales ?
Hier, devant la nation, vous avez banalisé les accusations selon lesquelles certains de vos collaborateurs vendraient les places aux différents concours de la Fonction Publique. Si ce n’est pas un encouragement à continuer leur sale besogne, cela y ressemble étrangement. Car, vous et moi, connaissons la vérité pour peu qu’on veuille la découvrir. A moins que ce proverbe de mon grand-père ne s’applique aussi à vous : « Il n’y a pas pire aveugle que celui qui refuse de voir. » Il disait aussi qu’il est très difficile de réveiller quelqu’un qui fait semblant de dormir.
Savez-vous, monsieur le président, combien de gens vous avez frustrés par ces déclarations ? Ceux qui ont eu le plus mal, sont malheureusement ceux qui vous aiment le plus, ceux qui croient encore que vous avez un dessein de justice pour chacun d’entre nous. C’est pour cela qu’ils ont bravé les armes meurtrières des assaillants et de l’armée française pour vous soutenir. Je veux parler des vrais patriotes, les anonymes, et non de ceux qui se pavanent ici et là au volant de voitures rutilantes avec gardes de corps et chauffeurs et faisant ripailles même en temps de vaches maigres. Ceux-là n’ont de patrie que leur propre ventre. Avec leur ascension fulgurante que vous avez contribué à asseoir, tout le monde pense aujourd’hui qu’il n’y a de réussite que dans la « politique ». Dites-moi, monsieur le président, que mangerions-nous si tout le monde devenait « politicien » ? Moi, je ne me sens pas l’âme d’un « politicien » et ils sont heureusement nombreux ceux qui sont comme moi. Nous ne vous demandons pas l’aumône, notre dignité nous l’impose, nous vous demandons seulement d’être le garant de la justice et de l’équité pour tous. L’échec fait partie de la vie, c’est vrai, mais je refuse d’échouer parce que je suis pauvre. Oui, monsieur le président, vous feignez de l’ignorer, mais en Côte d’Ivoire, ce sont les pauvres qui échouent aux différents concours même quand ils sont les meilleurs. Que ce soit sous le mandat de quelqu’un d’autre, je l’aurais compris, mais sous le vôtre, cela me déchire le cœur et je ne peux l’accepter. Car, votre parcours politique ne saurait s’accommoder de telles pratiques. Alors, pourquoi fermez-vous les yeux sur ce qui est visible même pour un aveugle ?
Dites-moi, monsieur le président, regardez-vous la télévision nationale ? Peut-être pas, il y a des chaînes bien meilleures que les nôtres et je vous sais friand de culture, de livres, de tennis (vous parlez toujours avec passion de Serena et de Vénus) et de bien d’autres émissions aussi instructives que divertissantes. Mais je crois que vous devriez jeter un œil sur votre télévision, sur notre télévision et vous comprendrez pourquoi nos enfants sont si abrutis et si pervers. Eh oui, monsieur le président, à la télévision ivoirienne, il n’y a que de la musique (et quelle musique !) et les concours de beauté que parrainent bien souvent certains de vos ministres et autres cadres du parti. Ils prennent plaisir à regarder les corps nus de nos enfants. Ils les aguichent avec des prix qui feraient perdre la tête même à un saint : villas de vingt millions et plus et voitures de marque. Qui pourrait résister à de telles folies ? Des choses qu’un fonctionnaire de plus de vingt ans de service ne pourrait s’offrir. Oui, monsieur le président, j’ai eu la malchance de naître homme et qui plus est laid. Quel avenir me réservez-vous ? J’ai voulu devenir écrivain, ah, mais quelle galère ! J’ai remporté plusieurs concours littéraires ; mais savez-vous le plus gros prix que j’ai eu ? Trois cents mille franc parce qu’il n’y avait aucun corps de femme à voir. Aucune entreprise, aucune structure n’a voulu associer son image à ces différents concours. Et pourtant vous disiez qu’il fallait créer plus de bibliothèques que de discothèques. Mais monsieur le président, à l’allure où vont les choses, vos bibliothèques n’ont d’autres destins que d’être transformées en bar-dancing. Une jeune maison d’édition a accepté d’éditer un ouvrage que j’ai écrit sur les enfants-soldats, nos enfants, que certains politiciens ont pris et prennent plaisir à transformer en chiens de guerre. Pour baisser le coût de production et donc réduire le prix du livre pour le mettre à la portée de tous, cette jeune maison a cru bon chercher une subvention auprès de structures nationales et internationales. Mais vous savez quoi ? Personne ne veut débourser cinq francs pour un livre. Et depuis plus d’un an, nous attendons désespérément une main providentielle pour nous aider à éditer notre livre. Vous voyez, monsieur le président, le destin réservé à ceux qui veulent réussir en comptant sur eux-mêmes ?
Si j’écris ces lignes, ce n’est pas pour que vous les lisiez (d’ailleurs je doute fort que vous ayez connaissance de l’existence de mon blog), mais c’est pour prendre le temps à témoin. N’est-ce pas vous-même qui disiez que le temps est le deuxième nom de Dieu ? Nous voulons le prendre à témoin et dire que malgré les adversités, nous n’avons pas baissé les bras. Pour que le jour où les vraies valeurs triompheront, les incultes sachent qu’en son temps, nous les avions prévenus. A bon entendeur salut !
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Merci
Posté par
Michel-Ange KONAN le 15.01.2008
Salut l'artiste! beau coup de gueule! Je partage ta colère et ta frustration, elles sont aussi celles d'une nombreuse population silencieuse mais désabusée. Que ceux qui rient continuent de rire, que ceux qui pleurent continuent de pleurer, mais un jour chacun recevra la juste rétribution de ses actes.
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