DE L’EDITION D’UN MANUSCRIT
Posté le 17.12.2007 par ndahfranc
Je reçois depuis quelques temps, des mails me demandant comment faire pour trouver un éditeur. Mais avant de terminer mon enquête et de vous donner la liste des maisons d’édition opérant sur le territoire ivoirien, je voudrais vous entretenir ce matin sur la notion d’éditeur.
Un éditeur ou maison d’édition est d’abord et avant tout une entreprise commerciale spécialisée dans la fabrication du livre depuis la réception du manuscrit jusqu’à la commercialisation du produit fini qu’est le livre en passant par les étapes intermédiaires que sont la lecture, la mise en page, la conception des films, l’impression, le stockage, la distribution et la promotion. Comme vous le voyez, c’est un long cheminement qui nécessite certes un personnel qualifié mais surtout beaucoup d’argent. J’insiste sur la question du coût des prestations car, c’est de là que découlent en grande partie les problèmes que nous, auteurs débutants, connaissons aujourd’hui. En effet, aucune des étapes sus-indiquées n’est gratuite. Même la lecture du manuscrit est payante. Toute maison d’édition dispose de fait de lecteurs permanents et occasionnels choisis parmi les hommes de lettres, les critiques, les journalistes et certains spécialistes en fonction du sujet du livre. La rémunération de ces spécialistes se fait à la page quand on sait qu’un « bon manuscrit » peut être lu au moins deux fois pour asseoir une opinion définitive. En ce qui concerne les autres étapes, la plupart des maisons d’édition, surtout les plus petites, utilisent le procédé de la sous-traitance qui consiste à solliciter des opérateurs de la filière pour des travaux ponctuels. Ainsi donc, la réalisation des films et surtout l’impression, seront confiées à un imprimeur professionnel. Ajoutez à cela le coût élevé des intrants et vous comprendrez pourquoi se faire éditer est un véritable parcours du combattant.
Tout cela pour vous dire que pour figurer au nombre des élus, il faut mettre toutes les chances de son côté. Qu’est-ce à dire ?
D’abord, sur le plan de la présentation, votre manuscrit doit être irréprochable, c’est-à-dire qu’il doit respecter la police demandée, l’interligne, la taille des caractères, les sauts de page, les tabulations, les alinéas, enfin bref, vous devez mobiliser tout l’arsenal de mise en page recommandé en la matière. (Il existe sur le marché des documents et des logiciels de mise en page que vous pourrez acquérir).
Ensuite, vous devez faire une toilette orthographique, grammaticale et syntaxique de votre texte. N’envoyez votre manuscrit que lorsque vous êtes sûrs qu’il présente un visage des plus reluisants. A ce sujet, je voudrais faire remarquer qu’il est indispensable de faire lire son manuscrit par au moins trois personnes, sinon plus, avant de solliciter un éditeur. Sinon, croyez-moi, les fiches de lecture que vous recevrez, vous enlèveront toute envie d’écrire. Cela n’a rien à voir avec le style d’un auteur. Certains pensent à tort que faire des fautes de construction relève du style. Eh bien, non ! Le style est plus intime, plus personnel, et relève plus de stratégie d’écriture que de syntaxe même si cette dernière peut en faire partie. Quand vous envoyez votre manuscrit, sachez que vous êtes en compétition avec plusieurs autres de vos pairs débutants, mais aussi et surtout avec des auteurs confirmés et des autorités déjà connues du monde de la politique, des arts et des médias. Les maisons d’édition aiment bien cette dernière catégorie d’auteurs car, leurs noms constituent de véritables épouvantails dans la promotion du livre. Je ne cesserai jamais de le répéter, un livre est d’abord et avant tout, une marchandise à vendre. Si l’éditeur n’est pas sûr de vous vendre, il ne prendra pas le risque de vous éditer.
Je vais terminer ce billet en vous proposant un modèle de fiche technique de lecture telle que conçue par une célèbre maison d’édition de la place. Mes commentaires interviennent après chaque rubrique et sont en italique.
1. LANGUE
* Orthographe Bon Mauvais
* Syntaxe Bon Mauvais
* Vocabulaire Bon Mauvais
* Style Bon Mauvais
Comme vous pouvez le constater, le travail sur la langue et le style est d’une importance capitale. Il y a bien un seuil de tolérance en dessous duquel un manuscrit est systématiquement rejeté. C’est ce qui nous conforte dans notre conviction qu’un beau texte littéraire est un agencement judicieux et agréable de la langue : orthographe, syntaxe, vocabulaire, style.
2. THEME(S) ou SUJET(S)
* Analyse du contenu (donnez-en une présentation)
Ici, il est surtout question de la structuration du contenu du texte. Comment l’auteur structure-t-il le fond de sa pensée afin de le dévoiler à son lecteur ? Comment progresse-t-il ? Perçoit-on aisément ce qu’il veut dire ?
* Analyse formelle (forme – structure)
Ici, il est demandé au lecteur du manuscrit d’apprécier la manière dont l’auteur traite le thème ou le sujet qu’il a choisi. Utilise-t-il une technique particulière, originale ? Comment tisse-t-il sa toile ? Comment campe-t-il ses personnages ? Y arrive-t-il de façon judicieuse ?
* Exploitation
Par exploitation, il faut entendre stratégies. La stratégie, c’est tout un ensemble de techniques, d’astuces, de savoir-faire, que l’auteur utilise pour atteindre ses objectifs. L’exploitation est donc personnelle et est la preuve que l’auteur maîtrise son sujet.
* Originalité
Quelle est la touche originale que vous apportez dans le traitement du sujet, aussi bien au niveau du fond que de la forme ? Votre texte n’est-il pas du « déjà entendu », du « déjà vu » ? Quel effort de recherche personnel avez-vous fait ? Tout artiste a une touche personnelle. Quelle est la vôtre ?
Observations particulières (donnez ici toutes les informations qui vous semblent nécessaires sur la langue et le style).
Si tant est que le style de l’auteur est original, quels en sont les grands traits distinctifs ?
3. EDITION DU LIVRE (du point de vue littéraire)
Quel que soit votre avis, indiquez les domaines où doivent avoir lieu les modifications, les suppressions et l’importance de celles-ci.
Ceci montre tout simplement le caractère essentiel de la qualité du texte littéraire qui doit être débarrassé de toutes les « affections » stylistiques et linguistiques.
* Adéquation du titre au contenu de l’œuvre Bon Mauvais
* Quel(s) autre(s) titre(s) pouvez-vous proposer ?
a)
b)
c)
Le titre d’une œuvre romanesque est une des premières portes d’entrée du texte. C’est pourquoi il doit être en adéquation avec le contenu.
4. EDITION DU LIVRE (du point de vue commercial)
Etant donné le genre auquel appartient l’œuvre,
* Quel(s) public(s) peut-elle toucher ?
Etant donné le sujet traité ou les problèmes abordés
* Quel(s) public(s) ce livre peut-il intéresser ?
Etant donné le niveau de la langue
* Par quel(s) public(s) ce livre peut-il être compris ?
Ces trois questions sont importantes et nous permettent d’aborder deux problèmes essentiels.
Le premier, c’est qu’il faut rappeler à tous ceux qui s’essaient à l’écriture en général et au roman en particulier, que l’œuvre littéraire est d’abord et avant tout une marchandise commerciale. Elle a donc un public auquel elle est destinée. Le créateur doit donc identifier en amont ce public-là.
Le deuxième problème découle du premier. C’est que si l’œuvre littéraire est considérée comme une marchandise, c’est qu’elle doit en respecter les critères à savoir être de bonne qualité. Ici, la qualité va au-delà de l’esthétique physique (couverture, qualité du papier et de l’impression) pour s’appliquer à l’esthétique formelle et au contenu. C’est à ces seules conditions qu’elle pourra bien se comporter sur le marché du livre. L’éditeur, en demandant conseil à ses spécialistes, veut s’assurer de la valeur marchande du produit qu’on lui présente.
OBSERVATIONS GENERALES PERSONNELLES DU LECTEUR
Y a-t-il d’autres observations que vous souhaiteriez apporter ?
Donnez une note sur 10 au manuscrit.
Ici, on demande au lecteur, avant de donner une note au manuscrit, de quitter le domaine purement technique et de porter un jugement en se fondant sur sa sensibilité propre. De la note et du jugement, dépendra en partie, le sort réservé au manuscrit.
J’espère que ces quelques conseils vous seront d’une grande utilité dans votre jeune carrière d’écrivain.
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