LA FILLE DE LA St-VALENTIN
Posté le 22.12.2007 par ndahfranc

Je l’ai rencontrée une nuit, sur les trottoirs bruyants de ma ville natale. C’était la Saint Valentin, la fête des amoureux…
La ville étalait sa grande joie des nuits d’ivresse. Elle était vivante. Il y avait sans cesse le bruit des moteurs, des klaxons. Les voitures passaient à toute vitesse, caressant de leurs mains de caoutchouc, le macadam en chaleur.
Les piétons étaient pour la plupart en couple. Ils étalaient sans aucune discrétion, leurs envies artificielles, leurs fantasmes immoraux. Ils respiraient les parfums de la ville et savaient trouver dans le vent les mots d’amour dont ils avaient besoin pour être heureux : envie, folie, lèvres, baisers, coït, sexes, jouissance, caresses…
Ils savaient que c’était le moment des jeux interdits, des desseins inavoués. Car la Saint Valentin, c’était bien aujourd’hui. Et c’était la fête des amoureux…
Elle était en quête de clients et moi, à la recherche d’un certain plaisir. C’était sur les trottoirs de ma ville natale…
J’étais triste et solitaire parmi la multitude bruyante parce que je n’avais personne avec qui fêter la Saint Valentin.
Je marchais, flânais, déambulais sur les trottoirs de ma ville natale où se bousculaient avec excitation, ces amoureux d’une nuit, la libido à fleur de peau.
Je les enviais car je n’avais personne à qui déclamer tous ces mots tendres et colorés que j’avais inventés dans l’intimité de mon cœur.
Tout à coup, elle est passée devant moi, comme une ombre. Elle était grande, belle, désirable, comme toutes les femmes pendant la nuit de la Saint Valentin.
Son parfum m’a caressé les narines. Je me suis retourné pour la regarder. Elle s’éloignait, provocatrice.
J’ai sifflé, elle s’est retournée. Je suis allé vers elle, les pas hésitants, mais la libido à fleur de peau.
- Bonsoir, belle déesse.
- Bonsoir, mon amour.
Ebloui par sa beauté candide, je sentis mon cœur accélérer sa cadence.
- Vous êtes seule ?
- Oui. Pourquoi ?
- Je me demandais si vous accepteriez de… de… Je ne sais pas comment dire…
Elle sourit. Un sourire qui mit à nu la finesse de ses traits.
- Vous voulez que je vous vende un morceau de plaisir ?
- Oui, c’est cela.
A l’hôtel "SAINT VALENTIN" où je l’ai conduite, il n’y avait plus de place à cause de la fête de la Saint Valentin.
Elle m’a alors suivi dans ma tanière pour me vendre le morceau de plaisir que j’avais sollicité.
Quand la lumière de la chambre éclaira son visage, un doux flot de joie envahit mon cœur.
Elle avait une beauté de sirène et l’amour brillait dans ses yeux de cristal.
Elle se regarda dans la glace de la salle de bain, longuement, comme pour pénétrer la réalité fugace de son propre être. Elle se déshabilla avec des gestes approximatifs, éphémères, illusoires…
Assise sur le bord de la baignoire, elle retira son jean en velours et son petit slip tout blanc. Une fois nue, elle revint dans la chambre en souriant. Dieu ! qu’elle était belle !
Je voulus lui ouvrir mon cœur si tumultueux. Mais, elle me mit un doigt sur les lèvres, pour museler les mots qu’elles s’apprêtaient à accoucher.
- Ne dites rien… , murmura-t-elle.
Elle avait certainement horreur des mots d’amour mensongers, ceux que l’on débite sans aucune conviction, mais juste pour une circonstance passagère, éphémère. Mais qu’importe ! L’essentiel, c’est qu’elle fût là, dans toute la splendeur de sa nudité.
Je me suis alors blotti dans ses bras de nymphe pour éteindre la flamme ardente du désir qui me consumait.
Allongée sur moi, elle exécutait des mouvements avec une dextérité hésitante. Son corps embrasé bruissait de soupirs incontrôlés.
Avec sa bouche ardente, elle suça mes yeux, mes joues, mon front, mes lèvres, mon sexe en chaleur…
Avec ses bras, elle me serra très fort comme si elle voulait se fondre en moi. N’en pouvant plus, elle me murmura :
- Prends-moi, maintenant…
Et nous flottâmes dans un espace livide comme deux tourtereaux. Le paysage était fabuleux et la brise avait un goût de citron.
Comme des oiseaux migrateurs, nous volâmes au-dessus de paysages de rêves. Toute la beauté du monde se trouvait dans ce moment magique où le temps n’avait plus de limites.
Ma libido enfin satisfaite, je m’effondrai sur le lit tel un naufragé. Quand je fus enfin en possession de mes sens, je me penchai sur elle pour déchiffrer les traits de son visage. Mais, elle s’était déjà assoupie. Derrière ses paupières closes, coulait le ruisseau de ses rêves d’adolescente. Il était limpide et coulait sans faire le moindre bruit. Des gamins y déposaient des bateaux miniatures après lesquels ils couraient en criant de joie…
Je jetai ensuite un coup d’œil sur le drap théâtre de nos ébats. Surprise ! il était taché de sang…
Je souris avant de lui murmurer à l’oreille, comme un secret :
- On dirait que je suis ton premier amant…
Elle était en quête de son premier amant et moi, à la recherche d’un plaisir fugace. Et c’était la Saint Valentin, la fête des amoureux !
Je m’endormis un peu plus tard, l’esprit apaisé.
Le matin, à mon réveil, elle était déjà partie. Car la Saint Valentin, c’était bien la veille.
J’avais l’impression d’avoir rêvé. Mais le sang sur le drap était là pour me rassurer. Et son parfum flottait encore dans l’espace…
Une terrible solitude s’empara alors de mon âme tourmentée.
Le soir, je retournai sur les trottoirs de ma ville natale, espérant la revoir. Mais je ne la vis pas. De même que les soirs suivants. Car la Saint Valentin, c’était déjà bien loin derrière. Mais je me promis de la retrouver…
Et depuis, je suis devenu un homme en quête d’une femme fantôme. Pour elle, j’ai parcouru monts et vallées, mers et déserts, pays et continents les plus reculés.
Pour elle, je suis devenu poète. Voici quelques-uns des vers que j’ai tracés pour elle et consignés dans un carnet à la couverture rouge qui ne me quitte jamais :
I
Elle m’a écrit hier. Des mots d’amour.
Elle m’a dit qu’elle m’aimait encore. Je ne sais pas pourquoi.
Elle ne m’a jamais dit pourquoi.
Son visage, je ne m’en souviens même plus.
J’ai même perdu le son de sa voix,
Le parfum de son corps,
La voix de son rire.
Pourtant, je sens qu’elle est là, dans ma tête,
Dans mon cœur aussi.
Quand j’écris à une femme, c’est à elle que je pense.
Quand je sors avec une fille, c’est à elle que je rêve.
Quand j’embrasse une femme, ce sont ses lèvres que je ressens.
Ses paroles ne cessent de chuchoter à mon oreille d’agréables mots d’amour.
Ô Femme, pourquoi me fais-tu tant souffrir ?
II
Il fait nuit. Et j’ai encore du mal à trouver le sommeil.
La solitude me pèse.
Je suis toujours seul avec ma solitude.
Sa robe de soie bleue me rappelle notre dernière soirée.
La tristesse me fend le cœur.
Comme le jour où tu es partie avec mon âme.
Je la reconnais cette maladie qui me ronge comme un cancer.
C’est la saison des amours perdus.
La nuit est si triste,
Les étoiles si mélancoliques.
Même le grillon a arrêté de chanter.
Et je sens les battements de mon cœur,
Comme une course folle,
Un galop frénétique.
Je sens bien qu’il se passe quelque chose, là, dans mon cœur,
Et dans ma tête aussi.
Mais pourquoi est-il si difficile de t’oublier ?
C’est la saison des amours perdus.
III
Aujourd’hui, je n’ai qu’une seule envie :
Jeter par-dessus bord cette solitude qui m’attriste tant.
La ville est si bruyante. Et moi si triste, si seul.
Je t’ai cherchée partout, mais tu n’étais plus là.
As-tu jamais existé ?
Le vent me murmure ton pathétique message,
Mais je ne le comprends pas.
Sa voix est si enrouée, sa mine si triste. Tout est mirage.
Et je ne connais pas ton visage.
Il y a longtemps que je t’attends.
Ma vie est si triste sans toi.
Ô, sois sans crainte, femme ! Je te reconnaîtrai au premier regard.
Même sans t’avoir jamais vue.
IV
J’entends une voix lointaine
Qui murmure à mon oreille une pathétique confession.
Et voilà que du fond de mon âme,
Surgit une immense nostalgie.
De sa voix, j’ai créé une agréable chanson.
De son rire, j’ai confectionné un agréable bouquet.
De ses gestes, j’ai inventé une pathétique histoire d’amour.
Et voilà qu’à présent, il me faut lutter contre l’amertume,
Crier à mon cœur de cesser d’être triste.
Mais pourquoi faut-il toujours qu’on se souvienne
Des personnes dont l’image nous fait tant souffrir ?
Ah ! amour !
Souffrance impénitente.
Rancœur insondable.
Adieu ! béatitude.
V
L’Autre jour, j’ai rencontré une fille
Elle était tout aussi belle que toi.
Dans ses yeux étincelants,
J’ai vu défiler le film coloré de notre amour.
Dans le ruisseau de ses larmes,
J’ai vu flotter les murmures essoufflés de nos ébats.
Elle avait violé le secret de notre amour.
Elle savait toutes les péripéties de notre histoire.
Quand nos regards se sont croisés,
J’ai senti une partie de mon cœur s’évader et partir avec cette inconnue.
Oui, c’est vrai, il y a toujours une histoire à raconter. Surtout en amour…
Etc., etc.
Et depuis, quand je passe dans la rue, déclamant les poèmes sortis des tréfonds de ma solitude, on me traite de fou.
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