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ndahfranc
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Tribune de l'écrivain débutant : réflexions critiques sur la société, la culture, le livre et la vie
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15.11.2007
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L'AMOUR EN HERITAGE (Roman inédit) Chapitre 8

L'AMOUR EN HERITAGE (Roman inédit) Chapitre 8

Posté le 24.12.2007 par ndahfranc
Will était accroché au combiné téléphonique comme si sa vie en dépendait. Cela faisait la énième personne qu’il appelait.
- … Woody, tu es le chef du service de chirurgie, si tu ne peux pas m’aider, alors qui pourrait ? Est-ce que tu essaies de me dire que dans la plus grande clinique d’Abidjan, il n’y a pas un seul… Ouais, ouais, son médecin m’a dit… le 30 ? C’est trop tard…
Il raccrocha cette fois encore sans avoir eu le résultat escompté. Et dire que cette clinique était son tout dernier espoir !
Déboussolé, il se mit à flâner dans les rues. Et, sur un coup de tête, il décida d’aller voir Lisa, sa fille.
Cette dernière fut surprise de la visite de Will, son père, qui l’avait abandonnée sans crier gare. Néanmoins, elle était heureuse de sa visite.
Abattu et désespéré, Will ne put s’empêcher d’évoquer le problème de Charlotte, une fois les civilités terminées.
- Elle n’en a plus pour longtemps. Quelques semaines, peut-être moins.
- Et, ils ne peuvent rien faire pour elle ?
- Non, son médecin… Son médecin dit qu’à la fin, s’il n’y a plus d’espoir, la chirurgie peut être envisagée ; une opération héroïque. C’est pour cela que je cherche un chirurgien, pour être sûr que le moment venu, c’est un héros qui va l’opérer. Je n’ai trouvé personne pour l’instant. Je ne trouve même pas quelqu’un qui accepte de tenter l’opération. Mais, je vais trouver, je vais trouver quelqu’un ! hurla-t-il, en désespoir de cause. Parce que, je ne peux pas la perdre… Ça ne se produira pas. Elle est trop jeune. Excuse-moi, je suis ici alors que je n’en ai pas le droit. Il n’y a aucune excuse pour ce que je t’ai fait. Tu es mon enfant et tu avais besoin de moi, sanglota-t-il. Je suis désolé. Je crois que je suis en train de payer pour tout le mal que je t’ai fait.
Lisa était consternée par le comportement de Will. Elle ne l’avait jamais cru capable de sentiment aussi noble. Lui, qui les avait abandonnées, sa mère et elle, au moment où elles avaient le plus besoin de lui ; qui avait une impressionnante collection de relations amoureuses ; lui, le fameux don Juan dont toute la ville de Yamoussoukro parlait comme d’une légende ; était pris au piège de l’amour. Qui l’eut cru !
Ignorant l’état d’âme présent de Lisa, il tourna les talons et se dirigea vers la sortie, tête basse.
- Je vais essayer de t’aider à trouver un chirurgien, lui cria-t-elle. Je suis documentaliste et je peux trouver n’importe qui, comme je t’ai trouvé, toi !
Will se retourna, la remercia avant de disparaître, l’âme en peine.

* *
*

Will et Charlotte vivaient leur amour de la façon la plus simple possible. Tous les deux s’étaient éloignés quelque peu de leurs tâches professionnelles et tous les deux avaient aussi besoin l’un de l’autre pour survivre à leurs destins respectifs. Leur distraction préférée, c’était la promenade, à pied ou en voiture. Il voulait ainsi éloigner le plus possible la tristesse de leur environnement.
Ce jour-là, c’étaient les allées de la Fondation Félix Houphouët-Boigny pour la recherche de la Paix qu’ils parcouraient, enlacés comme des tourtereaux.
- Alors, qu’est-ce que tu veux pour Noël ? Tu peux te montrer totalement égoïste… Tout ce que tu veux, demanda Will à sa dulcinée.
- Hum !
- Oui. Ou alors, on peut aller quelque part ; tu veux aller quelque part ? Je t’emmène à Bally, Tombouctou, Buffalo, Korhogo ? Tu veux aller à Korhogo ? Ah ! quelle ville magnifique ! Nous irons visiter les fameux tisserands de Fakaha ; nous monterons sur le mont Korhogo et nous danserons le Boloï… Ou peut-être à Man. Ne veux-tu pas voir le pont de lianes et les fameuses cascades ? Il y a tellement de belles choses dans la Côte d’Ivoire profonde. Dis seulement où tu veux aller et je t’y emmène !
- Tu n’as pas un restaurant à diriger ?
- Et alors ? John se débrouille déjà assez bien sans moi.
- D’accord ! Mais je pense que ce qui est important, c’est ce que tu veux, toi, pour ton Noël.
- Non, non, non ; tu m’as déjà offert mon cadeau.
- Ah, ouais ! j’oubliais… Il t’a plu ?
- Et comment !
- C’était quoi déjà ?
- Le malheur, le chagrin, la souffrance, le bonheur et l’amour, dans un coffret en or.
- Ah ! oui ?
- L’amour, c’est la vie. Tu m’as donné cent ans de vie supplémentaire.
- Ah, oui ! Je m’en souviens maintenant.
- Que puis-je t’offrir, moi, en retour de tant de générosité ?
Sans attendre sa réponse, il l’attira à lui et l’embrassa avec une tendresse maladive.
- Ce que je veux, murmura-t-elle quand elle se fut arrachée à son étreinte, c’est un grand cerf-volant, pour faire avec toi le plus grand, le plus long et le plus merveilleux voyage d’amour.
- C’est ce que je pensais. Nous visiterons toutes les galaxies de l’univers, de la plus petite à la plus grande.
- Ouais, c’est exactement cela ! Je serai le pilote et toi, mon co-pilote. Et on s’embrassera tout au long du voyage !

* *
*

Charlotte dormait dans les bras de Will qui avait, lui, du mal à trouver le sommeil. Soudain, le téléphone sonna, le tirant de ses confuses pensées. C’était Lisa qui était au bout du fil.
- J’ai trouvé, lui dit-elle avec un enthousiasme certain.
- Lisa… attends, attends… Oui, vas-y ! murmura Will, pour ne pas réveiller Charlotte.
- Il s’appelle Gandy, diplômé d’Harvard, Faculté de médecine de Columbia ; il est à l’institut de cardiologie d’Accra.
- Au Ghana ?
- Je sais, je sais ; mais c’est l’un des meilleurs du monde. Il a fait son internat à Boston, spécialisation chirurgie cardiaque à Greenland. Il prend les cas que personne ne veut toucher. On dit que c’est un faiseur de miracles. Oh ! il passe beaucoup de temps en voyage ; il donne des conférences partout. Je t’ai eu un rendez-vous aujourd’hui, à 12 heures 30 ; ne sois pas en retard, il n’a que quinze minutes. Le chirurgien qui l’a recommandé a dit que si tu arrives à le convaincre d’accepter, Charlotte a une chance ; il a horreur de l’échec.

Sans attendre une seule minute, Will se précipita à l’aéroport et sauta dans le premier avion, à destination d’Accra.
Après environ une heure trente de vol, il foula le sol de la capitale ghanéenne.
A l’heure indiquée, il se présenta devant le médecin en question, qui sortait juste de la salle d’opération.
- M. Pokou ?
- Docteur Gandy ?
- Oui. Bonjour.
- Bonjour docteur et merci de me recevoir. Je vous ai apporté tout ce que vous m’avez demandé.
- Vous savez, j’aimerais tant pour une fois avoir un cas simple. Ça ne m’arrive plus jamais ; le revers de la médaille d’être un bon chirurgien.
- Bon ? D’après ce qu’on m’a dit, vous êtes le meilleur ?
- Comme la plupart des gens, je crois que je fais du mieux que je peux. Bon, venons-en à présent au fait. La dernière fois qu’elle s’est évanouie, elle a repris connaissance presque immédiatement, n’est-ce pas ?
- Oui.
- La prochaine fois ou celle d’après, elle ne le fera pas. Quand ça arrivera, appelez-moi, termina-t-il en lui tendant sa carte de visite. C’est mon service, ils peuvent me joindre à tout moment. Je resterai en contact avec son médecin.
- Je ne sais comment vous remercier, vraiment !
- Je n’ai encore rien fait.
L’entretien terminé, Will prit congé du médecin avec dans son cœur une grande dose d’espoir. Comment pouvait-il en être autrement ? Il avait pu dénicher le meilleur Chirurgien du monde. Pour lui donc, le miracle était encore possible.

* *
*

Le voyage retour se passa tout aussi bien. Et mis à part la fatigue qu’il ressentait, il aurait pensé lui-même qu’il venait de rêver. Charlotte, qui avait essayé vainement dans le courant de la journée de le joindre, l’attendait, assise au balcon de son appartement.
- Ah ! t’es là ? s’écria-t-il dès qu’il la vit.
- Bonsoir.
- Bonsoir.
- Où as-tu passé ta journée ?
- Qu’est-ce que tu veux dire ? répondit-il, sur la défensive.
- Quand tu m’as appelée, j’ai cru que tu étais au boulot ; et quand je t’ai rappelé, John m’a répondu que tu n’avais pas été là depuis la journée.
- Non, non, j’étais plutôt à Bouaké, dans le Centre.
- Pourquoi ?
- Oh ! une opportunité ! Un restaurant dans la tourmente.
- De toutes les façons, ce n’est pas bien grave. L’essentiel, c’est que tu sois de retour. Pour le peu de temps qui me reste à vivre, je ne veux te partager avec personne.
- Charlotte, je t’ai déjà dit d’avoir confiance en Dieu et en la force de notre amour.
- Figure-toi que c’est ce que j’essaie de faire depuis que je t’ai rencontré. Avant, je n’avais pas peur de la mort. Je l’attendais même chaque jour avec une certaine impatience. Mais aujourd’hui, tout est différent. Je ne regarde plus la vie avec les mêmes lunettes. Et je découvre qu’elle renferme des trésors insoupçonnés. Pourtant, il faut bien que je me rende à l’évidence, mes jours me sont cruellement et fatalement comptés.
- Crois-moi, Charlotte, nous vaincrons.
Charlotte sourit d’impuissance en lui pressant la main comme pour lui dire qu’elle lui était reconnaissante de tout ce qu’il faisait pour elle. (A suivre)



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