Y A-T-IL UN MOMENT PROPICE POUR ECRIRE ?
Posté le 01.01.2008 par ndahfranc
Y A-T-IL UN MOMENT PROPICE POUR ECRIRE ?
Voici une question que les écrivains débutants aiment poser à leurs devanciers. Souvent, en la posant, ils s’appuient sur le fait que, l’écriture étant une profession secondaire, celui qui la pratique le fait au détriment de sa vraie profession ; ce qui le soumet certainement à d’énormes contraintes temporelles. Mais pour moi, la question ne se pose pas en ces termes étant donné que lorsque l’on pratique plusieurs activités, la moindre des choses, c’est de savoir s’organiser. Je souhaiterais donc que la question soit plutôt formulée de la façon suivante : y a-t-il un moment, une période, qui soit plus propice à la création littéraire ?
L’activité d’écriture est d’abord et avant tout une activité technique qui nécessite un travail préliminaire de repérage et de conception. C’est ce que j’ai appelé dans l’un des « cahiers de l’écrivain débutant », la conception du projet d’écriture. Cette activité qui est purement technique comme je l’ai souligné, peut se faire à n’importe quel moment et durer en fonction de l’emploi du temps de l’écrivain et de la complexité du scénario. Mais une fois cela fait, commence véritablement le « calvaire » de l’écrivain. J’utilise à dessein le terme « calvaire » parce que c’est un moment exceptionnel où l’écrivain se coupera du reste du monde pour créer son monde à lui. Un monde où il vivra le destin de chaque personnage sans toutefois oublier d’être lui-même. Des sentiments aussi contradictoires les uns que les autres se bousculeront dans son cœur. Des émotions aussi diverses que variées l’étreindront. Il passera de l’amour à la haine, de l’innocence à la culpabilité, de l’état d’homme à celui de femme, de la vie à la mort. Il doit savoir écouter le cœur du peuple, décrypter les sanglots de l’amant trahi ou de l’orphelin abandonné. Il doit être capable de faire fonctionner tous ses sens y compris surtout ceux qui n’existent pas ou plutôt ne sont pas développés chez le commun des mortels. C’est là justement qu’intervient la question de l’opportunité du moment de l’écriture. La description d’un lieu, réel ou imaginaire, fait appel à l’imagination et au souvenir. Il n’en est pas de même des sentiments ni des émotions. On ne peut imaginer un sentiment encore moins une émotion ; il faut les vivre, les éprouver. Si vous êtes un auteur de sexe masculin, comment pourriez-vous imaginer la douleur d’une mère qui vient de perdre son fils unique ? Comment, tout modeste citoyen que vous êtes, pourriez-vous imaginer la tristesse d’un dictateur qui vient de perdre son trône à la suite d’un coup d’Etat ? Vous comprenez pourquoi des auteurs peuvent mettre des années pour écrire une seule œuvre. Tant qu’ils n’ont pas su se mettre sur le même diapason que le sentiment ou l’émotion en question, ils seront incapables de les retranscrire. Là est le véritable enjeu de l’écriture. La plupart des écrivains, laissent des trous dans le texte dans l’espoir de les remplir par la suite. Ils peuvent attendre longtemps, jusqu’à ce qu’un jour, au hasard d’une situation, ils découvrent la vérité. Souvent, c’est pendant les moments de grande solitude, de tristesse et de désespoir, que la lumière apparaît. Ils n’ont pas besoin de forcer, les mots semblent s’écrire d’eux-mêmes et le style est d’une telle profondeur qu’aucun critique ne peut l’expliquer. L’écrivain lui-même a du mal à rééditer l’exploit. Il est surpris de savoir que ces pages sublimes ont été écrites par lui.
Dans le passé, on disait que l’écrivain et surtout le poète avaient des dons surnaturels qui leur permettaient d’entrer en contact avec les différentes déesses des arts appelées Muses. Et aujourd’hui encore, certains auteurs sont de cet avis. Ils pensent que le bon écrivain, c’est celui qui, grâce à la méditation, sait entrer en contact avec les Muses qui lui donnent l’inspiration dont il a besoin pour exercer son art. En attendant que nous, écrivains débutants, sachions écouter la voix du silence, mettons à profit nos moments de grande solitude et de tristesse pour écrire. Pour le reste, chacun devra cultiver sa sensibilité afin d’établir un lien permanent entre les Muses et lui. Le succès de nos différentes carrières en dépend.
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