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ndahfranc
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Tribune de l'écrivain débutant : réflexions critiques sur la société, la culture, le livre et la vie
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15.11.2007
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LE MAGNIFIQUE DESTIN D'ABEL

LE MAGNIFIQUE DESTIN D'ABEL

Posté le 03.01.2008 par ndahfranc
...Un jour, le jeune Abel décida d’avoir un entretien avec son père au sujet de leur vie solitaire au fond de cette lointaine jungle qu'ils habitaient depuis toujours. Car, depuis sa rencontre insolite avec la route, bien de convictions s'étaient effondrées en lui. A sa question, son père lui donna la réponse suivante:
- Mon fils, tiens-le pour vérité d’évangile, les hommes sont tous devenus des monstres. Hypocrites, matérialistes et intolérants, ils sont devenus les bourreaux de leur propre espèce. Aussi cruels que barbares, ils ont sacrifié l’avenir de la société au profit de leurs intérêts égoïstes. Guerres par-ci, génocides par-là, voilà le sort qu’ils réservent aux plus faibles d’entre eux. C’est pour échapper à leurs folies destructrices que je me suis retiré de la civilisation pour vivre à l’état de nature.
- Mais mon père, n’aurait-il pas été plus sage de rester à l’intérieur de cette société pour essayer de la changer ?
- Ça se voit vraiment que tu ne connais pas ces créatures diaboliques. Rien que pour de l’argent, ils sont prêts à vendre leur âme au diable. Aujourd’hui, à cause de leur avidité, le monde court à sa disparition. Ils ont créé, dans une gigantesque succession de batailles avec tout ce que cela comporte comme bouleversements sociaux avec leur lot de sacrifices et de victimes de tous ordres, de nouvelles données économiques et de nouveaux pôles d’influence, rien que pour conquérir ou conserver le pouvoir…
Son père marqua soudain un arrêt comme s’il se fut souvenu tout à coup d’une chose d’une extrême importance.
- Qu’y a-t-il, père ? lui demanda Abel pour l’encourager à parler.
- Promets-moi, mon fils, quand ton heure sera arrivée, de travailler à pacifier l’humanité.
Abel aquiesça sans aucune conviction.
Après cette discussion, il était désormais conforté dans sa conviction que son géniteur, au nom d’une sacro-sainte liberté avait compromis son bonheur, toute chose qu’il avait à présent besoin de reconquérir. Et sa mère se présentait justement comme un élément essentiel de cette quête vitale.
Aussi, ses relations avec cette dernière s’adaptèrent-elles à la situation du moment. Il est vrai qu’il ne lui avait encore fait aucune avance, mais elle devait savoir qu’il la désirait. Car ses attitudes trahissaient parfois ses émotions. En outre, il lui était arrivé de la surprendre en train de confier son inquiétude à son père.
Un jour pourtant, profitant de l’absence momentanée de ce dernier, il décida de passer à l’action. Sa mère était à la cuisine quand il l’y rejoignit pour satisfaire son légitime dessein. A sa vue, elle fit un brusque mouvement arrière, les yeux traversés par une folle angoisse. Sans attendre, il se jeta sur elle tel un fauve et l’envoya à la renverse. Puis, en un tour de main, il la déshabilla. Il bavait d’un désir prononcé. Alors qu’il était sur le point de satisfaire sa libido, une masse s’abattit sur sa tête si bien qu’il sombra aussitôt dans un néant vagissant…
Quand il reprit connaissance avec la réalité, des heures s’étaient écoulées. Il s’élevait dans sa tête comme un bourdonnement intempestif et cynique. Les idées se déplaçaient dans sa tête, troubles et confuses. Puis, petit à petit, comme un sous-marin, il émergea enfin de cette mer de souvenirs, triste et inquiet.
Progressivement, sa conscience s’éclaircit et le mit en face de sa situation. Des mains affectueuses compatissaient à sa douleur en massant son front endolori.
Tout doucement, il ouvrit les yeux. Et comme un rêve, il aperçut sa mère assise à son chevet. Elle portait un masque de tristesse. Cependant, elle lui sourit tendrement sans qu’il en sût la raison et cela lui parut très étrange.
Il essaya de lui parler, certainement pour lui présenter des excuses, mais elle lui mit l’index sur les lèvres pour l’en empêcher.
- Tu es encore faible, murmura-t-elle d’une voix affectueuse pour se justifier. Rendors-toi…
Sans se faire prier plus longtemps, il ferma les yeux et essaya de faire le vide dans sa tête. La minute d’après, sa mère prit congé de lui.
Abel ne mit pas longtemps à se rétablir, mais sa conscience avait pris un coup. Il n’avait plus de repères et sa vie lui apparaissait de plus en plus comme un échec. Dans ce gouffre immense où il s’enfonçait chaque jour un peu plus, un constat amer s’imposait à lui : son père était un obstacle à son épanouissement. Aussi se forma-t-il en lui un dessein criminel dont le contrôle lui échappait totalement.
La dernière fois qu’il se trouva face à ce dernier, il eut une idée claire du degré de haine qui le rongeait. Une haine à fleur de peau. Elle était sur son visage, dans son regard, dans ses actes et ses gestes…
Dès lors, il comprit que son père était un adversaire de taille, un redoutable rival qu’il devait vaincre à tout prix pour s’affirmer.
Son père également le considérait comme tel. Son secret étant découvert, il était perpétuellement sur ses gardes.
Abel, qui ne tenait pas à se laisser surprendre, épiait son ennemi, attendant patiemment l’occasion propice pour lui porter le coup de grâce et savourer ainsi une victoire méritée qui lui permettrait d’être enfin le seul maître à bord. Il n’y a jamais deux capitaines dans un bateau.
L’atmosphère était donc tendue dans la petite maison familiale, car un criminel en puissance y était en liberté. Un fauve aux instincts diaboliques épiait, observait, calculait, toute vigilance éveillée. C’était la loi du « quitte ou double ». Aucune erreur n’était permise. Tout faux pas risquait d’être fatal, aussi bien pour l’un que pour l’autre.
Et puis un jour, tout bascula. Abel avait porté le coup fatal avec une précision d’orfèvre et une puissance herculéenne. Sa victime avait alors basculé dans le néant avant de se briser en menus morceaux comme une statuette d’argile. Son sang coula jusqu’à ses pieds pour les laver. Il était à présent le seul maître à bord et sa toute puissance s’étendait au-dessus du corps inerte et sans vie de son père.

Après son éclatante victoire, il emménagea dans la chambre de son défunt père dont il entreprit de répéter chaque nuit les gestes.
- Mère, excuse-moi si j’ai tué papa ; cela était écrit dans la loi de notre destin commun. Il a terminé sa mission alors que la mienne ne fait que commencer. Comment puis-je vivre sous le même toit que mon rival ?
- Rival ? Tu as vraiment perdu la tête, mon fils ! Cet homme était ton père et tu l’as tué pour une raison aussi farfelue ?
- Mère, tu ne peux comprendre le sens de tout ce qui arrive. J’ai tué papa parce qu’il était un obstacle à mon épanouissement. Il ne voulait pas accepter de te partager ; que pouvais-je faire d’autre sinon l’éliminer ?
- Mais, je suis ta mère, Abel !
- Non, plus maintenant, femme. Désormais, tu es ma femme et moi, ton mari, lâcha-t-il, d’un air cynique.
Aussitôt, sa mère éclata en sanglots, le suppliant de renoncer à cette entreprise incestueuse.
- Tes larmes n’y changeront rien, femme. Que puis-je contre le destin alors que je suis né pour accomplir ma mission à moi ? C’est père lui-même qui l’a dit. Alors, pourquoi t’opposes-tu à la volonté du Ciel ? Tout est écrit dans les sons. Le passé, le présent et le futur de l’homme. Un homme qui ne sait pas entendre ne peut écouter les conseils que la vie nous prodigue à chaque instant. Seul celui qui écoute le bruit du présent, peut prendre la décision juste. Et moi, j’entends la voix du destin qui m’appelle. Comporte-toi en partenaire plutôt qu’en adversaire, au risque d’en perdre la vie toi aussi.
Plus qu’un conseil, la mère prit les propos de son fils comme une menace. C’est pourquoi, elle accepta malgré elle, de jouer le nouveau rôle qui était le sien.
Dorénavant, elle était l’animatrice des nuits de son mari de fils. Elle satisfaisait ses fantasmes les plus obscurs. Elle l’emportait dans les soubresauts les plus délabrés de l’amour incestueux comme autrefois dans les rêves de ce dernier. N’était-ce pas cela vivre, pour lui ? N’était-ce pas cela s’accomplir ?

Au début, malgré son acceptation tacite, sa mère tenta à plusieurs reprises de s’enfuir. Mais toutes ces fois, elle fut rattrapée puis traînée à la maison sans ménagement.
- La prochaine fois que tu essaieras de t’enfuir, c’est morte que je te ramènerai, l’avait-il menacée après sa dernière tentative.
Elle finit donc par s’assagir et à se comporter en femme soumise. Etait-ce de la résignation ou avait-elle fini par aimer son fils comme son mari ?
Abel redoubla d’ardeur au travail pour mériter son amour et sa confiance. Et le
« bonheur » s’installa dans leur maison.
Mais voilà qu’un jour, la fatalité entreprit une nouvelle fois de jouer sa partition dans ce mélodrame à suspense.
En effet, alors qu’Abel s’était rendu à la plantation comme à l’accoutumée, sa femme abandonna le domicile conjugal et disparut dans la nature. Cette fois, elle avait tellement bien préparé son escapade qu’il lui fut impossible de la retrouver malgré tous ses efforts.
Il fut alors envahi par un sentiment de peur panique. La peur d’avoir à vivre seul, sans aucun soutien ni repère. La peur de voir se fondre dans la nuit comme un voleur, l’image de la femme aimée. La peur de voir ricocher sur ses tympans exténués, l’écho de sa propre voix. La peur d’avoir à dormir seul dans cette chambre où l’image de la femme aimée errait comme une âme damnée. Comment imaginer la vie sans elle ?
Le tourbillon de trouble qui l’emporta était violent et son désespoir s’étalait comme un désert de sable brûlant. Le vent, complice de cette évasion sifflait à son oreille une mièvre et hypocrite chanson qui bourdonna dans sa tête comme une sentence. Incapable de supporter le poids de ce terrible ressentiment, il s’effondra au milieu de la cour et éclata en sanglots.
Cette nuit-là, le pauvre Abel eut un sommeil des plus troublés. La peur de la solitude se transforma en cauchemars épouvantables si bien qu’au réveil, il avait une mine triste et défaite. Qu’allait-il devenir, seul au milieu de cette jungle ?
Pour trouver un indice quant à la destination de sa femme, il décida de fouiller dans ses affaires. Cette entreprise se trouva fort bénéfique dans la mesure où il y découvrit une feuille sur laquelle elle avait dessiné une route. Quand il l’eut parcourue, une décharge électrique traversa son cœur. L’image de la grand-route lui apparut alors dans tout son mystère.
Sa femme lui demandait de prendre la grand-route s’il tenait à la retrouver. Aller à la rencontre des hommes que son père avait fuis, telle était l’épreuve à laquelle elle le soumettait. Rien qu’à y penser, il en avait la chair de poule.
Ces hommes si méchants. Ces hommes sans patience. Ces hommes sans cœurs, friands de plaisirs souillés.
Ces hommes-hyènes. Ces hommes-hiboux. Ces hommes qui ne sont pas des hommes. Ces hommes qui ne sont ni hommes ni animaux. Ces hommes qui, à force de manger des animaux sont devenus eux-mêmes des animaux : des panthères, des hyènes, des hiboux, des chauves-souris, des loups qui se dévorent entre eux, pour le plaisir de la force, pour le plaisir du pouvoir. Saurait-il résister à tant de sadisme et de cruauté ? Il lui fallait pourtant partir. C’était une nécessité vitale.
Dans la vie de tout homme, il arrive des moments où partir s’impose comme la seule et unique alternative, le but final sans lequel la vie devient une terrible désillusion. L’adage ne dit-il pas que les gens arrivent toujours à l’heure exacte là où ils sont attendus ?

Pendant une semaine, Abel prépara son voyage. Il mit de l’ordre dans la maison en donnant une place précise à chaque objet en fonction de sa valeur sentimentale.
La dernière nuit qu’il passa dans la maison fut peuplée de cauchemars. Au cours d’un de ces rêves, il avait rencontré sa femme. Elle cherchait à se dissimuler dans la pénombre. Il l’interpella et se mit à lui parler à voix basse :
- Il y a longtemps que tu es partie, femme. Pourquoi as-tu fui comme un voleur en pleine nuit ? Pourquoi ne me reviens-tu pas ? Je souffre terriblement de ton absence. Tu es partie en me laissant juste une ombre diffuse et insaisissable. Mon sommeil est devenu si lourd et si entrecoupé de cauchemars qu’il me détruit chaque jour davantage. Tu es partie avec une partie de ma vie. Tu as confisqué mon âme et détruit tous mes rêves. Reviens-moi, je t’en supplie. Rends-moi mon âme et ma dignité d’homme. Pourquoi fuis-tu le bonheur et l’amour que je t’ai si généreusement offerts ? Pourquoi vas-tu à la mort alors que je t’offre la vie ?
Au lieu de lui répondre, elle se contenta juste d’un sourire énigmatique. Puis, de sa main de velours, elle lui fit signe de la suivre. Il s’exécuta sans se faire prier. Mais au fur et à mesure qu’il avançait, elle reculait. Puis tout à coup, il vit un aigle royal sortir du néant, et de ses griffes puissantes, l’enlever. Il courut de toutes ses forces pour essayer de la délivrer, mais il était trop tard. L’aigle avait déjà pris son envol et petit à petit, disparut dans le lointain.

Le jour n’était pas encore totalement levé quand Abel se réveilla. Il scella son âne, prit quelques provisions et partit en direction de la grand-route, à la rencontre de son destin.
Il ne se retourna même pas pour regarder une dernière fois le logis natal. A quoi bon ? L’avenir était ailleurs, quelque part là-bas derrière les buissons de l’incertitude…



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Réflèxion critique
Posté par Michel-Ange KONAN le 15.01.2008
Salut l'artiste, La croyance en un destin peut-elle justifier des actions ou des comportements aussi abjectes que le meurtre ou l'inceste? La vie n'est pas une succession d'évènements résolus ou absolus, mais une sorte de parcours initiatique dont la fin doit être la perfection de l'âme humaine et de son état de conscience. En résumé, la vie n'est qu'une suite d'exercices où l'homme est amené à choisir entre le bien et le mal, à exèrcer, son jugement et son libre arbitre. C'est en fonction de sa capacité à choisir le bien ou le mal qu'il sera jugé apte ou non pour le paradis.


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