BRAVO ! ISABELLE BONI-CLAVERIE
Posté le 03.01.2008 par ndahfranc
« L’homme halète. Toujours plus fort. Un souffle rauque et puissant. Il la tient par les cheveux pendant qu’il poursuit ses va-et-vient. Toujours plus vite. Elle a mal, elle serre les dents. Elle a peur et elle ferme les yeux. Ne pas voir la chambre sordide, les colonies entières de cafards. Ignorer son visage. Il ne doit être qu’une ombre dans la nuit.
L’homme n’en a pas encore fini. Il lui remonte les cuisses, les écarte en croix. Il tente de s’enfoncer plus profond en elle. Son rythme s’accélère, ses gémissements aussi. La tension de son sexe s’apaise. Enfin il retombe sur elle. L’odeur douceâtre du sperme se mêle à celle plus aigre de la transpiration.
L’homme se lève lourdement. Il remonte son pantalon de toile grise, boucle sa ceinture, enfile ses chaussures, allume une cigarette, lui plaque un billet sur les seins. La porte claque.
La fille n’a pas ouvert les yeux. A travers ses paupières closes, les larmes se fraient un passage. Elle pleure sur sa virginité perdue, sur ses espoirs souillés… »
LA GRANDE DEVOREUSE, Isabelle Boni-Claverie, NEI, 1999.
Ce sont là les premières lignes du premier roman d’Isabelle Boni-Claverie. C’est une œuvre que j’ai dans ma bibliothèque depuis des années mais que je n’ai lue que le premier janvier dernier. Mais quel régal ! Amis écrivains débutants, si vous n’avez pas encore cette œuvre dans votre bibliothèque, courez vite vous en procurer car l’essentiel de l’expérience que j’essaie de partager avec vous depuis quelques temps s’y retrouve. Ah, je me demande si je trouverais les mots justes pour vous faire apprécier le talent de cette bonne dame ! Car, du talent, elle en a à revendre.
Quand un écrivain lit une œuvre, il ne la lit pas comme le ferait un profane. Il suit le même cheminement que l’artiste qui a créé cette œuvre.
Les émotions qui étaient miennes ce jour de l’an ont purifié mon âme. J’ai fait l’expérience de la tristesse, pas de celles qui vous affaissent de leur fardeau mais de celles qui aiguisent votre sensibilité au contact de la douleur. J’ai fait l’expérience du rire, ami circonstanciel qui vous rappelle chaque fois qu’il en a l’opportunité, qu’il faut savoir rire de la vie, ce piège à ciel ouvert. J’ai fait l’expérience de l’amour, étincelle de pureté et de vie qui nous conduit inéluctablement à la mort. J’ai fait l’expérience du rêve, boussole affolée de nos vies éphémères. J’ai fait l’expérience de la mort, détritus puant d’où germent les roses de la vie… Le tout couronné par cette auréole de passion qui sommeille au fond de chacun et qui fait de nous des héros ou des z’héros.
Suivez la vie, vos rêves en bandoulière, et elle vous fuira. Fuyez la vie, vos espoirs perdus, et elle vous suivra. C’est le sort que la vie réserve à chacun d’entre nous. Et c’est aussi celui de ce couple singulier, Sax-Amoin, que Isabelle Boni-Claverie campe avec dextérité. Leur itinéraire n’est pourtant qu’un prétexte pour peindre la vie avec des mots qui acquièrent un sens plus profond sous la plume de l’auteur. En d’autres temps, on aurait dit qu’elle fait de la poésie. La laideur sous la plume d’un artiste devient beauté. Une fresque à plusieurs tiroirs où les histoires se chevauchent sans jamais se confondre. Ce n’est rien de moins que de l’art. Des personnages en apparence antipathiques mais qui finissent par vous séduire par la noblesse de leur idéaux mais aussi et surtout par la profondeur de leur âme.
« L’écriture âpre, intense, d’Isabelle Boni-Claverie nous transporte du réalisme le plus cru à des moments de grâce poétique, de l’érotisme au drame, du suspens à l’émotion. Un récit puissant qui porte la révolte et les espoirs de toute une génération. »
A lire absolument !
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