LES CAHIERS DE L'ECRIVAIN DEBUTANT IX
Posté le 18.01.2008 par ndahfranc
LA VISUALISATION :
Il y a une erreur que les écrivains débutants commettent très souvent, c’est qu’ils croient que les personnages qu’ils manipulent dans leurs œuvres ont été créés par eux ; et donc, au lieu de les laisser se mouvoir librement, ils les enchaînent ou limitent leurs mouvements.
A ce sujet, je voudrais lever une équivoque qui j’en suis convaincu, n’arrachera pas forcément l’adhésion de tout le monde mais qui à mon sens, est une vérité incontestable ; c’est que l’activité d’écriture n’intègre pas dans son champ la création de personnages mais bien leur sélection ou casting. Pourquoi ? La raison en est toute simple.
En effet, en déterminant le cadre spatio-temporel en rapport avec une certaine idéologie, il y a comme un accord tacite entre l’auteur et le lecteur qui ne saurait être violé sans mettre en cause la compréhension et la portée de l’œuvre. C’est donc en fonction de cette double réalité que le choix des personnages s’opère. Donnons un exemple pour illustrer notre idée. A supposer que vous voulez écrire une œuvre dont le cadre spatio-temporel se situe dans l’Afrique traditionnelle, avec pour objectif de montrer l’organisation administrative et politique de cette société, il vous est impossible de faire intervenir des personnages qui n’ont rien à voir avec cette société. Vous ne pouvez donc pas, sous prétexte d’être l’auteur de l’œuvre, faire intervenir un juge de la cour d’appel encore moins le sous-préfet, à moins que votre objectif ne soit de montrer les rapports conflictuels qui existent entre ces deux entités, à savoir l’administration traditionnelle et moderne. Votre champ de sélection est donc limité et n’obéit en outre à aucun pouvoir discrétionnaire. Vous avez donc l’obligation de choisir les personnages qu’il faut aux places qui sont les leurs. On pourra citer le chef de village, les notables, les gardiens de la tradition, deux familles en conflit, etc., juste les personnages qu’il vous faut pour bâtir votre récit. Vous me direz, et pour les œuvres de science-fiction ? Je vous répondrai que c’est exactement la même chose. Ce n’est pas parce que le cadre spatio-temporel est inventé par vous que vous avez le droit d’y introduire des personnages qui n’ont rien à y faire. Dès qu’une histoire est créée dans votre tête, une multitude de personnages apparaissent pour solliciter des rôles : vous ne les avez pas créés, ils existaient déjà.
Cela dit, qu’est-ce que la visualisation ?
La visualisation, c’est faire percevoir par la vue ce qui n’est pas visible. A ce niveau, deux questions méritent d’être posées :
- qui doit faire percevoir ?
- à qui doit-il le faire percevoir ?
Sans entrer dans les considérations d’ordre idéologique, je répondrai à la première question que c’est l’auteur qui doit faire percevoir ce qui, jusqu’à ce stade, n’est vu que par lui seul. Pour cela, il utilise une technique qu’on appelle la focalisation et dont j’ai déjà parlé dans les tout premiers cahiers. Pour rappel, sachez que la focalisation, c’est une posture dans laquelle l’auteur se met pour tenir la caméra et qu’à chaque posture correspond un point de vue différent. Une fois que l’auteur tient la caméra, il n’a plus rien à dire aux personnages qui deviennent dès lors autonomes. Il n’a plus à leur dire : « Voyons, je vous ai dit d’aller à droite, pourquoi c’est à gauche que vous tournez ? » Souvenez-vous qu’un personnage ne fait que ce qui correspond à son tempérament. S’il va à gauche, c’est que cela correspond le mieux à sa psychologie. N’ayez donc pas peur et suivez-le. Certains ont parlé de la dictature du personnage, mais moi je dirais plutôt, la liberté du personnage. Le rôle de l’auteur, c’est de suivre les personnages, chacun à son tour en décrivant leurs faits et gestes et en rapportant leurs propos. Suivre un personnage, ce n’est pas interpréter ses faits et gestes mais les décrire. Le lecteur est suffisamment averti pour savoir qu’à telle attitude correspond un sentiment ou un état d’âme. Il faut éviter par exemple de dire : « Elvis était épuisé. » mais plutôt : « Elvis traînassait les pas, les bras le long du corps, le regard hagard. Il s’affala dans le canapé comme une papaye mûre qui s’écrase au sol… » Voyez-vous la différence ? Dans le premier cas, l’auteur outrepasse son rôle qui est juste de filmer. D’où l’importance de la deuxième question : « à qui doit-il le faire percevoir ? »
L’importance de cette question réside dans le fait que entre l’auteur et le lecteur, il y a un contrat basé sur un code linguistique et social consensuel. Il faut donc éviter d’interpréter les actions à la place du lecteur. Le faire, c’est l’infantiliser car, c’est à lui de faire appel aux différents codes pour déchiffrer le message.
L’écriture est un contrat qui doit être respecté par les deux parties contractantes à savoir, l’auteur et le lecteur. Chacun doit jouer son rôle dans la limite de ses prérogatives au risque d’entraîner une rupture unilatérale du contrat. C’est à cela que je vous invite, chers auteurs débutants ; la qualité de vos œuvres en dépend.
A bientôt.
--
:: Poster un commentaire
Ce
blog est hébérgé par centerblog. Créer un blog c'est simple, rapide et gratuit sur centerblog.net !
Signaler un abus