LE MESSAGER
Posté le 22.01.2008 par ndahfranc
Ce matin-là, une foule plus nombreuse que d’ordinaire était présente à La Sorbonne. De bouche à oreille, on avait informé son frère ou son voisin.
Quelques passants, intrigués par le nombre impressionnant de personnes, s’étaient joints à la foule. Les sans emploi n’étaient pas allés à l’Office de la Main d’œuvre et avaient grossi le nombre des auditeurs. On causait avec enthousiasme en attendant l’arrivée du mystérieux messager. Même les orateurs habituels, maîtres de la parole ou prophètes, avaient observé une relâche. Tous attendaient avec impatience l’arrivée du mystérieux messager.
Vers dix heures, leur attente fut comblée. Le mystérieux messager apparut, sorti de nulle part. Il portait le même accoutrement que la veille. Seul son turban avait changé de couleur. Celui-ci était violet.
Il fut accueilli par la foule en liesse. Certains voulaient lui serrer la main, tandis que d’autres cherchaient seulement à le toucher dans l’espoir d’obtenir une bénédiction.
Contrairement à la veille, c’est un grand podium aménagé qui l’accueillit. Dès qu’il y grimpa, il coula un regard énigmatique sur la foule. Le silence se fit alors instantanément.
Pendant plusieurs minutes, il observa la foule comme pour pénétrer son âme, son être intérieur. Puis, il rompit enfin le silence.
- Je vous observe, et je me rends compte que tous vous avez démissionné. Quel avenir voulez-vous construire quand les germes dévastateurs de vos folies passées sont en train de phagocyter les graines de l’espérance future ? Sans être sorcier, numérologue, devin ou tout autre mystificateur des temps modernes, je dis que votre présent est angoissant et votre futur des plus effrayants. Et vous êtes tous coupables ! Car, ce que vous êtes aujourd’hui, ne dépend que de ce que vous avez fait de votre passé. Vos carences présentes ne sont que le résultat d’un mauvais apprentissage de la vie. L’école, grande structure de formation de l’homme par excellence, a été bradée aux politiciens avec la complicité passive des parents. Aujourd’hui, où va l’école dans ce pays ? Votre silence a fait et fait de vous des coupables. Vous vous souvenez certainement de cette folle après-midi où des enfants avaient froidement exécuté un de leurs camarades au motif qu’il ne pensait pas comme eux ?
A cette révélation, un gigantesque murmure s’éleva dans la foule. Et tout le monde se souvint effectivement de ce drame d’une horreur indescriptible, un jour de vents fous où la haine avait conquis le cœur de la jeunesse.
- …Le temple où l’on prépare l’avenir de la nation venait ainsi d’être souillé à jamais. Le sacrilège avait été commis sous vos yeux complices, sans que personne pourtant ne lève le petit doigt. Les uns et les autres avaient « raison » de se taire car, ce crime leur profitait… Tous ces jeunes gens que vous voyez ici aujourd’hui ne sont que les enfants légitimes de cette ère… rebelle, où l’école avait été transformée en champ de batailles politiques, au détriment d’une formation qui aurait fait d’eux des citoyens honnêtes et conscients de leur rôle dans la société… Aujourd’hui, chacun est étonné de voir cette nouvelle race d’enfants. Or, il suffit tout simplement de regarder dans le rétroviseur de l’histoire de ce pays pour comprendre… Vos politiciens ont sacrifié ce pays sur l’autel de leurs intérêts égoïstes… Les drames collectifs dont ils sont les auteurs macabres, demandent de votre part plus de circonspection à leur endroit. Il faut désormais passer au peigne fin, chacun de leurs faits et gestes, chacun de leurs discours, afin d’en déceler les ruses et autres forfaitures de nature à embrigader davantage le peuple. Autant ils complotent dans votre dos pour vous dépouiller de vos droits les plus élémentaires, autant vous devez désormais redoubler de vigilance et sanctionner toutes les trahisons, tous les mensonges dont ils sont les cyniques architectes. En outre, l’avenir ne s’éclaircira que quand vous aurez enfin mis fin au culte ridicule et mystificateur du métier de politique vénéré, parce que considéré à tort comme la seule et unique voie pour accéder à la notoriété sociale et matérielle… Rendez plutôt au travail un culte à la limite de la vénération car, lui-seul a le pouvoir de vaincre le sous-développement. Pour cela, vous devez vous séparer de certaines habitudes qui ont malheureusement été érigées en règles d’or dans ce pays et qui se résument en un seul vocable : corruption. Ce sera déjà un début. Apprenez surtout à ne plus subir en disant non aux policiers et autres fonctionnaires corrompus, aux politiciens véreux, aux maires incultes, aux faux paysans et escrocs qui grugent et ruinent les vrais. Oui, apprenez à être des citoyens honnêtes qui ont envie de prendre leur destin en main. Apprenez simplement à dire non à la fatalité car, il n’y a ni fatalité ni malédiction nègre. La seule malédiction possible, est celle qui consiste à refuser de travailler pour améliorer sa condition, en comptant uniquement sur le Bon Dieu… J’ai bien dit travail et non révolution ou rébellion, comme c’est maintenant la mode en Afrique, continent de toutes les contradictions. Car, toute révolution ou rébellion, est une bête immonde, un ogre insatiable qui finit toujours par dévorer ses propres géniteurs. Il ne peut en être autrement car, tout pouvoir issu d’une rébellion est scélérat et ne saurait par conséquent prospérer. Guéi Robert, un des vôtres, pourtant promu à un bel avenir politique, l’a malheureusement appris à ses dépens. Le beau Blaise, de la République des hommes intègres, en sait aussi quelque chose, lui qui est passé maître dans l’art de faire le vide autour de lui. Mais, pour combien de temps ? On ne part du pouvoir que de la même façon qu’on y a accédé. C’est le parallélisme des formes, sans lequel tout serait injustice sur cette terre des hommes. Souvenez-vous de Jonas Savimbi, affectueusement baptisé par Ronald Reagan, alors l’homme le plus puissant de ce monde, « combattant de la liberté ». Et Savimbi, tout naïf qu’il était, s’était cru capable de refaire le monde. Vous savez comment il a fini. Tout comme vous n’ignorez pas comment ont fini les Foday Sankoh, Ansumane Mane, Sam Bokari, Prince Johnson, Roosevelt Johnson, Alaji Kromah, tous, révolutionnaires patentés devant l’Eternel. Et même, lorsque certains d’entre eux arrivent à conquérir le pouvoir, leur destin de révolutionnaire les rattrape toujours, tôt ou tard. Souvenez-vous de Thomas Sankara, lâchement assassiné par un de ses plus fidèles compagnons de lutte ; de Mengistu Haïlé Mariam, terré au Zimbabwe ; Charles Taylor, exilé à Calabar et sous la menace de finir ses jours dans un cachot en Sierra Leone ou ailleurs ; Laurent Désiré Kabila, abattu dans son bureau et jeté dans les oubliettes de l’Histoire, comme les autres… Vous me direz alors, que devons-nous faire ? Je vous répondrez humblement ceci : Soyez capables de gestes désintéressés : Combien de temps et de forces dépensez-vous pour faire respecter ce que vous croyez être vos droits, vos possessions ! Pourquoi est-il indispensable de poser des gestes désintéressés ? Tout d’abord, vous ne serez pas tellement heureux de faire ces gestes. Vous souffrirez donc et vous vous sentirez comprimés. Mais, si vous y arrivez, vous découvrirez de nouvelles régions, de nouvelles lumières, et il n’y aura pas plus fier et plus heureux que vous. Parce que vous aurez réalisé quelque chose de très difficile : vaincre la nature inférieure qui vous conseille toujours de vous battre pour conserver vos avantages matériels. Si vous comptez sur la sagesse, sur l’amour du Ciel, il ne vous abandonnera pas ; du moment que vous aurez fait quelque chose qui vous lie à lui, il veillera sur vous. Ne perdez jamais la foi en la puissance du monde invisible : il soutient tous ceux qui travaillent d’après ses lois. Si vous suivez les mauvais conseils de votre nature inférieure, vous n’arriverez jamais véritablement à vos fins. A un moment ou à un autre, le monde invisible vous mettra des obstacles. Mais si vous comptez sur le Ciel et si vous respectez ses lois, vous ne serez jamais abandonné. Même si le monde entier vous abandonne, vous serez soutenu, encouragé, éclairé… Au lieu de vous plaindre, tâchez de comprendre pour quelles raisons certaines personnes viennent produire des événements désagréables dans votre existence. Peut-être ces personnes ont-elles été justement poussées par le monde invisible pour vous donner des leçons, vous faire comprendre certaines vérités, vous obliger à vous améliorer… Alors, pourquoi ne pas utiliser ces occasions ? Au lieu de ruminer des idées de vengeance, de vous révolter en pensant que le Ciel aurait déjà dû exterminer votre ennemi… et même de finir par vous venger sur d’autres qui sont innocents, comme cela arrive souvent dans la vie, profitez de cette occasion pour faire un travail sur vous-même. Donc, même si quelqu’un se comporte mal à votre égard, vous devez apprendre à vous comporter bien. Et la première chose à faire pour y parvenir, c’est de chercher quelles leçons vous pouvez tirer de ces circonstances désagréables. Le pire pour l’homme, c’est de vivre avec des sentiments négatifs à l’égard des autres. Car, vous devez le savoir, les courants de notre vie psychique, avant d’atteindre les autres, commencent d’abord par nous traverser nous-même. Si on est animé par des sentiments de bonté, on sera le premier à profiter de cette bonté ; et si on est méchant, on s’empoisonnera d’abord soi-même. Vous dites : « Je suis furieux contre tel ou tel, il va voir ce qu’il va voir ! » Bien, c’est entendu, mais c’est vous qui serez le premier intoxiqué par votre colère… Utilisez vos sympathies pour reprendre courage et vos antipathies pour vous renforcer. La sympathie et l’antipathie sont des mouvements naturels que même les sages connaissent. Toutefois, la différence entre le sage et l’homme ordinaire, c’est que le sage domine ses antipathies et ne se livre pas aveuglément à ses sympathies. Il sait que les unes et les autres proviennent d’expériences vécues dans d’autres vies avec les êtres qu’il rencontre dans celle-ci et qu’elles ne peuvent donc pas le renseigner avec impartialité sur ces êtres. Il tâche alors de manifester de la bonté envers ceux qui lui sont antipathiques et de reconnaître les erreurs et les lacunes de ceux qui lui sont sympathiques. Vous non plus, vous ne devez pas vous laisser aller sans réfléchir à vos sympathies et antipathies, mais apprendre à les utiliser. Quand quelqu’un vous est sympathique, pensez à lui pour vous réjouir et prendre courage. Oui, quelqu’un de sympathique agit favorablement sur vous et vous pouvez profiter des bonnes dispositions dans lesquelles il vous met. Vous direz : « Et avec quelqu’un d’antipathique ? » Eh bien ! là aussi, il y a quelque chose à faire. Dites-vous : « A nous deux maintenant, il faut surmonter ça ! » Et, au lieu de le fuir ou de lui envoyer de mauvaises pensées, vous vous exercez à le supporter. En faisant ces efforts, c’est vous qui gagnez car, vous arrivez à vaincre cette nature inférieure qui est toujours là pour vous entraîner dans des luttes, des malentendus et des complications. Au moment où vous y parvenez, vous entrez dans un monde de beauté et de lumière. Et bientôt, vous constatez que tout change, car tous ceux que vous regardiez avant avec froideur et hostilité sentent que votre regard a changé et ils commencent à vous aimer. Oui, il y a toujours des occasions qui se présentent à vous pour vous renforcer. Pourquoi ne pas les utiliser ? Vous vous en tenez à vos sentiments de sympathie ou d’antipathie et vous ne faites rien. Eh bien ! justement, il faut en faire quelque chose en sachant que ce sont des impulsions que vous pouvez utiliser pour votre évolution…
Pendant longtemps, l’homme parla. Aucun sujet n’était tabou pour lui. Il parla des hommes religieux et de leur propension à exploiter leurs fidèles, de la morale bafouée, de la pauvreté galopante, de la mauvaise gouvernance et de bien d’autres sujets.
Et son auditoire l’écouta avec toute l’attention due à son rang de messager… jusqu’à ce que le soleil eût disparu derrière les géants buildings de la capitale…
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:: Les commentaires des internautes
culpabilité
Posté par
nadia le 22.01.2008
votre silence a fait et fait de vous des coupables. Cette phrase vient juste à point. Je réfléchissais à la situation des palestiniens à Gaza et là je viens de lire ton billet et cette phrase a attiré mon attention. Oui nous sommes coupables, coupable pour ne pas avoir dit STOP au massacre
Lien vers mon blogLe Monde n'est pas seulement matériel
Posté par
Michel-Ange KONAN le 23.01.2008
Salut l'Artiste, as-tu encore foi que notre société deviendra meilleure? nous sommes dans les temps qui précedent la fin de notre système des choses. C'est une erreur que de penser que les choses vont s'améliorer.Pour celui qui sait déchiffrer les signes des temps, rien de ce qui se passe ne peut le surprendre. Le coupable c'est le Diable qui sachant sa fin proche, c'est déchainé contre le monde et ses habitants. Notre histoire n'est pas seulement matérielle, elle est aussi spirituelle. Et seuls les hommes spirituels sont capables de comprendre.Les temps sont mauvais, les dés sont jetés et seuls ceux qui se confient en l'ETERNEL et qui marchent sous la bannière de Seigneur JESUS-CHRIST pouront survivre à cette guerre impitoyable que le DIABLE mène contre la création toute entière. que ceux qui ont peu l'intéligence s'exercent à la réflexion.