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ndahfranc
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Tribune de l'écrivain débutant : réflexions critiques sur la société, la culture, le livre et la vie
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15.11.2007
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L'AMOUR EN HERITAGE (Roman inédit) Chapitre 12

L'AMOUR EN HERITAGE (Roman inédit) Chapitre 12

Posté le 23.01.2008 par ndahfranc
Deux mois s’étaient écoulés depuis l’opération de Charlotte. Cette dernière avait tenu à aller à Accra afin de témoigner toute sa reconnaissance au médecin qui avait réussi la prouesse de la garder en vie. Ce fut un moment de grande émotion. De retour à Yamoussoukro, la gaieté et l’insouciance se lisaient de nouveau sur son visage. Elle était pleine de santé et surtout bouillonnait de projets pour l’avenir. Il y a longtemps qu’elle n’avait pas rêvé en pensant à demain. Cela lui semblait à présent tellement irréel qu’elle pût le faire. Penser à être une vraie femme d’affaire, à fonder un foyer et avoir des enfants, en somme, à avoir une vie de famille heureuse, tels étaient ses projets !
Ce matin-là, Will avait décidé d’aller la voir dans son magasin, au quartier Commerce. C’est une Charlotte séduisante dans son maxi pagne et ses colliers de perles qui l’accueillit au seuil de la porte. Elle rayonnait d’embonpoint.
- Comment va ma petite colombe ? lui demanda-t-il en lui faisant la bise.
- Comme un charme, mon canard, répondit-elle.
Quand Will pénétra dans le magasin, il fut surpris de l’activité qui y régnait. En effet, les trois jeunes filles qu’employait Charlotte, s’affairaient à disposer de nouvelles tenues dans les rayons. Will tomba littéralement en admiration devant ces chef-d’œuvres, résultat d’un savoir-faire indéniable. Confectionnées à partir d’un savant mélange de pagnes traditionnels provenant du pays baoulé et de wax ivoiriens dont la qualité et la beauté n’étaient plus à démontrer, ces tenues de rêve s’arrachaient déjà comme de petits pains.
- Tu fais de bonnes affaires, on dirait ?
- Si on peut dire. J’ai eu le nez creux en créant cette nouvelle collection. Il y en a pour tous les âges et pour tous les goûts.
- Tu les a créées toi-même, toutes ces belles tenues ?
- Ouais, répondit-elle avec un orgueil feint. J’ai commencé cette expérience depuis environ trois ans. J’ai dû arrêter à cause de mon état de santé. Aujourd’hui que tout semble aller pour le mieux, j’ai décidé de remettre le couvert comme on dit. Et, il y a des opérateurs économiques à l’extérieur que ça intéresse déjà. Internet oblige.
- Vraiment ? Tu n’imagines pas, ma puce, comme je suis fier de toi, la complimenta Will en lui donnant un baiser.
- Alors ? Que me vaut l’honneur de cette visite ? lui demanda-t-elle en l’entraînant dans son petit bureau sobrement meublé.
- T’as raison, répliqua Will après avoir pris place dans le canapé juste à côté d’elle.
Il se pencha pour l’observer d’un regard intense.
- Qu’est-ce qui ne va pas Will, tu m’as l’air bien énigmatique ce matin ?
Will se racla la gorge.
- Très bien, je vais aller droit au but. Depuis quelques temps, j’ai longuement réfléchi à ma vie, à la nôtre aussi…
- A la nôtre ? l’interrompit Charlotte.
- Oui, à la nôtre. Car, durant tout ce temps, je me suis rendu compte que mes sentiments à ton égard étaient plus forts que tout.
- Alors ?
Comme s’il attendait cette réaction de la part de Charlotte, il mit aussitôt la main dans la poche intérieure de sa veste et en sortit un écrin de velours et le lui tendit.
- Ouvre-le.
Charlotte s’exécuta, le cœur battant la chamade.
Emerveillée, elle y découvrit une bague en or sertie de diamant. Elle leva alors sur Will des yeux emplis de larmes. Pour ne pas briser le charme de ce moment solennel, ce dernier, un sourire irrésistible sur les lèvres, lui posa la question rituelle :
- Mon amour, veux-tu me faire l’honneur et le plaisir de devenir ma fiancée ?
Larmoyante, Charlotte le regarda tendrement, attentivement, comme si c’était la dernière fois qu’elle le voyait avant de lui répondre, calmement, d’une voix monocorde :
- Je suis vraiment désolée, Will, mais je ne peux accepter ta proposition.
Une véritable bombe que cette réponse ! Le front de Will se couvrit aussitôt de sueur malgré l’air conditionné.
- Mais… Mais, mais pourquoi ? balbutia-t-il, tout désorienté.
- Je refuse d’être ta fiancée, répéta Charlotte, sans aucune émotion apparente.
- Et pourquoi ? Bon Dieu !
- Parce que je ne suis pas sûre que nous serons heureux ensemble.
- Bien sûr que si, mon amour ! Nous sommes faits l’un pour l’autre et nous nous aimons. Alors, où est le problème ?
- Le problème, c’est que je ne suis pas sûre que ce que tu éprouves pour moi soit de l’amour. Je pense que c’est plutôt de la pitié.
- De la pitié ? Mais, où es-tu allée chercher une idée aussi saugrenue ? Je t’aime et tu le sais très bien, s’écria Will, désespéré.
- Ecoute-moi bien, Will, je te suis reconnaissante pour tout ce que tu as fait pour moi, cette fortune que tu as dépensée pour que je ne quitte pas ce monde. Mais de grâce, ne me gâche pas la vie !
- Tu penses qu’accepter ma proposition, c’est gâcher ta vie ?
- Oui, je le pense quand je vois ta façon de vivre. Je veux vivre pleinement le reste de ma vie sans être tourmentée par l’idée que mon cher mari me trompe. Will, tu es un homme à femmes et tu le resteras pendant longtemps encore.
- Mais, Charlotte, je te jure que j’ai changé !
- N’insiste pas Will ; maintenant je voudrais que tu me laisses, j’ai du travail.
En sortant du magasin, son écrin de velours en main, Will avait le cerveau en feu. Lui, le maître de la situation était pris de panique parce qu’il sentait la situation lui échapper de façon irrémédiable.

* *
*

Les jours qui suivirent, Will vécut un véritable enfer. Sa maison, sa vie et son cœur étaient vides sans Charlotte. Elle était tout pour lui et pourtant, elle ne voulait pas de son amour à cause de son passé tumultueux. Et il en souffrait terriblement.
A ce moment précis, lui revinrent en mémoire toutes les souffrances et humiliations qu’il avait infligées aux femmes qu’il avait connues.
Il revoyait nettement le regard de Linda lorsqu’il avait rompu brutalement avec elle, sans aucun motif valable et sourit amèrement en se disant qu’il payait maintenant tout le mal qu’il avait fait à Linda ainsi qu’à toutes les autres femmes qu’il avait désirées puis congédiées.
Will avait cherché le réconfort et le soutien de John et de Dolorès. Mais, contrairement au premier cité qui soutenait la décision de Charlotte, la deuxième par contre fut très compatissante. Elle lui confia ceci :
- Je ne peux pas t’aider, Will. Mais, tout ce que je peux te dire, c’est que Charlotte t’aime et qu’elle souffre terriblement de votre séparation. Alors, insiste et prouve-lui que tu as changé.
Malgré toutes ses tentatives, la reconquête de Charlotte buta sur l’intransigeance de cette dernière. Will envisagea alors la solution ultime : renoncer.
A la simple idée de cette alternative, son cœur se vidait de toute vie… Il prendrait des congés, loin d’elle, pour espérer l’oublier.
Un mois encore s’était écoulé et Will n’était que l’ombre de lui-même. Mais le destin ne pouvait pas le punir indéfiniment.
En effet, un soir, alors qu’il rentrait chez lui après le travail, il faillit tomber à la renverse en découvrant Charlotte devant la porte de son appartement.
- Charlotte ? Mais que fais-tu là ? Il y a un problème à la maison ? C’est Doly ? demanda-t-il, anxieux.
- Non, tout va bien, dit-elle en se levant.
- Allez, viens, ne restons pas dehors, dit Will au bout d’un moment de silence.
Quand ils furent à l’intérieur, il se précipita pour lui servir une tasse de café bien chaud.
- Alors ? fit Will, en guise d’interrogation.
Charlotte hésita mais finit par se jeter à l’eau :
- Je suis seulement venue te dire… que je… je t’aime à la folie et que vivre sans toi, c’est mourir à petit feu. Ces quelques semaines loin de toi m’ont usée, bien plus que la maladie que j’ai portée des années durant. Alors, je préfère être à tes côtés malgré tes caprices de don Juan.
Will, qui n’était pas certain d’avoir bien entendu, lui demanda de répéter, ce qu’elle fit.
Alors, inondé d’une joie sans borne, il se précipita sur elle et l’embrassa à l’étouffer.
- Je t’aime tellement, mon amour ; et je te fais le serment de t’être fidèle toute ma vie.
Cette nuit-là, après avoir fait l’amour, ils firent de nombreux projets au cœur desquels figurait leur mariage dont ils fixèrent la date pour le mois suivant. Will lui promit aussi de l’envoyer à Kossou, son village natal afin qu’elle fît la connaissance de ses parents, surtout son père, cet octogénaire, dont il lui avait dit beaucoup de bien.
Ils s’étaient enfin retrouvés, et une vie de bonheur s’offrait à eux, avec comme seul héritage, l’amour…

Fin



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