LA MORT DU MESSAGER
Posté le 31.01.2008 par ndahfranc
Le quartier du Plateau vivait désormais au rythme des enseignements et des discours du Messager.
Depuis quelques jours, l’on assistait à une situation vraiment étrange. Tous les étudiants des universités de la capitale avaient déserté amphis et salles de classe pour prendre d’assaut l’espace de La Sorbonne.
Situation similaire pour les fidèles des églises et autres temples qui avaient abandonné leurs lieux de culte habituels pour La Sorbonne.
Les partis politiques n’étaient pas logés à meilleure enseigne. Tous leurs militants se retrouvaient désormais à La Sorbonne, où d’après eux, la parole avait retrouvé toutes ses vertus…
Et cette situation ne laissait pas d’embarrasser les autorités qui cherchaient un moyen de mettre fin à toute cette anarchie.
Car, de plus en plus, des mouvements de contestation se faisaient jour dans la capitale et menaçaient même de gagner l’intérieur du pays.
Les étudiants reprochaient à leurs enseignants leur inculture ; les hommes religieux étaient pris à partie par leurs fidèles sous prétexte qu’ils tordaient le cou à la religion ; les hommes politiques étaient eux aussi sur la sellette… et constamment menacés de lynchage.
De plus en plus, on réclamait un nouvel ordre social et politique qui réduirait les injustices et permettrait à chaque citoyen d’aspirer de façon légitime au bonheur.
Les autorités étaient vraiment dans une situation embarrassante. Si elles décidaient de faire arrêter le fauteur de trouble, elles n’étaient pas sûres de pouvoir enrayer la révolte qui s’ensuivrait. Si elles laissaient l’homme continuer ses agissements, la catastrophe serait inévitable. Que faire ?
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- Le Pouvoir est ébranlé. Il a peur de perdre tous ses avantages acquis au détriment du peuple. Et il pense que c’est moi la cause de ses désagréments actuels et futurs. Or, c’est le cheminement normal de tout pouvoir. Il ne résiste jamais à l’épreuve de la vérité. Ses sbires ont reçu l’ordre d’attenter à ma vie. Mais, rassurez-vous, ils n’y arriveront pas. Car, ils ignorent que je ne suis pas un être de chair, mais plutôt une conscience éclairée. Et on ne tue jamais une conscience, qui plus est éclairée. Car, elle a le temps de s’incarner… pour poursuivre sa mission…
Ces propos du Messager furent accueillis par un tonnerre d’applaudissements. Oui, les gens étaient plus que rassurés à présent. Leur maître à penser était invulnérable. Ils pouvaient alors dormir tranquilles…
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La nouvelle était tombée au journal de vingt heures, à la télévision nationale. Des images insupportables pour les âmes sensibles avaient défilé sur le petit écran, avec en fond sonore, ces commentaires du célèbre présentateur, Franck Bato : « Un gang de cinq personnes, lourdement armé, a attaqué cette nuit le siège d’une banque, au cœur du Plateau. Malgré leur armement sophistiqué, la riposte de la police, aidée de la gendarmerie nationale a été fatale aux assaillants qui ont tous péri dans l’affrontement. Aux dires du capitaine Atto, chargé de l’enquête, les premiers éléments lèvent un coin du voile sur l’identité du chef de gang. En effet, il s’agit d’un homme, sans aucune identité précise, qui est apparu dans la capitale il y a quelques mois et qui se faisait passer pour un Messager. Ses agissements peu catholiques, anarchiques même à la limite, avaient déjà attiré l’attention des autorités qui ont déployé discrètement autour de lui, un arsenal d’investigation et de surveillance qui s’est avéré efficace, puisque ce malfaiteur et son gang ont été pris la main dans le sac. Il a été découvert sur lui, un livre à la couverture rouge contenant les noms de ses complices, la liste de leurs cibles et d’autres informations relatives à la sécurité de l’Etat. Comme vous pouvez le constater, il s’agit bel et bien d’un terroriste de la trempe de Oussama Ben Laden… »
Les nombreux adeptes du Messager avaient du mal à croire à cette terrible nouvelle. Partagés entre des sentiments contradictoires, certains avaient accusé les autorités d’avoir assassiné le Maître de la parole, tandis que d’autres, qui croyaient à cette cabale, n’en revenaient pas de s’être laissés si facilement abuser.
Selon qu’on appartenait à l’une ou à l’autre catégorie, on participait aux manifestations et contre manifestations.
Quelques semaines plus tard, la fièvre tomba et seuls quelques inconditionnels du Messager prirent l’engagement de perpétuer ses enseignements…
La mort tragique du Messager présageait d’une ère nouvelle d’incertitude encore plus grandissante pour cette Afrique qui était passée maîtresse dans l’art d’assassiner ses propres « boussoles ».
Au panthéon où figuraient les noms comme ceux de Méhémet-Ali, Kwamé N’krumah, Hailé Sélassié, Patrice Lumumba, etc., venait désormais de s’ajouter celui non moins célèbre du Messager…
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Fontaine intarissable
Posté par
Michel-Ange KONAN le 15.02.2008
Salut l'Artiste, ta capacité de production littéraire et la qualité de tes oeuvres écrites sont pour moi une source intarissable de bonheur. Tu m'offres sans cesse de la matière à réflexion. MERCI.
Bravo l'Artiste
Posté par
Michel-Ange KONAN le 20.02.2008
Salut l'Artiste! J'apprécie ce texte riche en beauté et en sujet de méditation. Quand le mensonge devient vérité et que la vérité devient mensonge, quand le juste devient coupable et que le brigand est justifié, quand les esclaves sont à cheval et les maîtres à pied, quand on tue le bien pour faire prospérer le mal, que faut-il encore attendre d'un tel monde si ce n'est qu'il soit jugé par la justice Divine? Que celui qui a de l'intelligence s'exerce à la réflexion en vue de son salut.