LE CALVAIRE DE BLA-YASSOUA, LA FEMME-HOMME
Posté le 01.02.2008 par ndahfranc
Bla-Yassoua quitta Nadjiba au moment où le soleil avait réalisé presque la moitié de son trajet quotidien. La route fut longue et fastidieuse. Il marcha des jours et des jours. Il voulait aller le plus loin possible du pays des hommes sans morale.
Après trois cent soixante-cinq autres jours de marche, il arriva enfin dans un autre pays. Il se laissa surprendre par des détonations et des rafales d’armes automatiques. Il pensa à une partie de chasse. Mais, au détour d’un chemin tortueux, il tomba dans une embuscade. Des jeunes gens l’encerclèrent tout en le menaçant de leurs armes. Mais, ce qui intrigua le plus Bla-Yassoua, c’est l’âge des combattants qui le tenaient en respect. Rien que des adolescents dont le plus âgé ne dépassait pas les quinze ans.
- Qui es-tu ? vociféra à sa grande surprise le plus jeune à peine plus haut que trois pommes.
A en juger par le ton de sa voix qu’il voulait autoritaire, il devait être le chef du groupe.
- Je m’appelle Bla-Yassoua. Je viens de Blôlô, le village fantôme.
- Et que viens-tu faire ici ?
- Je suis à la recherche de la réponse à une question.
- Laquelle ?
- Celle de savoir s’il est plus avantageux pour une personne d’être un homme ou au contraire une femme ?
Les jeunes soldats se jetèrent des clins d’œil complices puis éclatèrent de rire. Ils se tordaient à en mourir. Bla-Yassoua les regardait sans rien comprendre à leur attitude.
- Je pensais que vous pourriez m’aider.
- Silence ! hurla le bout d’homme. Ici, c’est nous qui commandons, O.K. ?
Sans se laisser intimider outre mesure, Bla-Yassoua poursuivit :
- Que comptez-vous faire de moi ?
- Nous allons te conduire chez notre chef. Peut-être saura-t-il, lui, répondre à ton étrange question.
C’est ainsi qu’ils le firent promener à travers le maquis. Après plusieurs heures de marche, ils arrivèrent enfin dans un village. Chose étrange, tous les habitants étaient tous des mutilés. Il n’y avait que des unijambistes et des manchots. Etonné, Bla-Yassoua leur demanda :
- Qu’est-il arrivé à tous ces gens ?
Fièrement, le bout d’homme de rebelle répondit :
- C’est nous qui les avons mutilés sous les ordres de notre chef, le caporal Sankoh.
- Et pourquoi avez-vous fait une chose pareille ?
- C’est pour les empêcher de creuser les mines de diamants qui sont la propriété exclusive de notre chef.
- Et tous ces bébés que vous avez mutilés ? demanda encore Bla-Yassoua, écœuré par leur sadisme. Quelle menace constituent-ils ?
- C’est pour éviter que plus tard ils ne prennent les armes pour se venger, répondit cyniquement le chef de troupe.
Bla-Yassoua était dépassé par leurs propos. Quel cynisme de la part de ces rebelles ! Un sentiment de haine monta alors dans son cœur mais contrecarré aussitôt par son impuissance à réagir devant de telles atrocités.
Néanmoins, il suivit ses ravisseurs à travers la jungle. Après quatre bonnes heures de marche, ils arrivèrent enfin au quartier général des rebelles. C’était un lieu très animé. La principale activité à laquelle tout le monde se consacrait était l’extraction de diamants.
En effet, des jeunes gens de tous âges, sous la menace d’armes à feu, creusaient d’énormes trous dans le sol pendant que des jeunes filles tamisaient la terre à la recherche de la pierre précieuse objet de tant de convoitise.
Dès leur arrivée, Bla-Yassoua fut aussitôt conduit dans la maison du caporal Sankoh, le chef rebelle. C’était un véritable palais qui avait poussé dans cette jungle. Derrière le palais, il y avait un petit aérodrome où était posé un jet.
Sankoh, le chef rebelle, était en pleine discussion avec deux hommes blancs. Ils finalisaient un contrat d’achat de diamants. Convaincus de la qualité du produit, les deux hommes échangèrent deux valises de dollars américains contre deux poignées de ces pierres précieuses avant de prendre congé de leur hôte.
Dans leur cérémonial d’au revoir, Bla-Yassoua entendit les noms Sierra Léone et New York mais ne sut ce que cela signifiait.
Quand il fut enfin seul, on mena Bla-Yassoua à lui. Installé dans son luxueux séjour, il sirotait du champagne.
- Chef, voici le prisonnier.
- Faites-le asseoir et laissez-nous.
Les gardes s’exécutèrent.
Le caporal Sankoh considéra Bla-Yassoua d’un air méfiant avant de lui demander :
- Qui es-tu, jeune homme et que fais-tu sur mon territoire ?
- Je m’appelle Bla-Yassoua et je suis à la recherche de la réponse à une question.
- Laquelle ?
- Est-il plus avantageux pour une personne d’être un homme ou une femme ?
Le caporal Sankoh le considéra de nouveau comme s’il voulait sonder son être intérieur.
- Toi, tu n’es pas un homme d’ici…
- C’est exact, je viens de Blôlô, la cité fantôme. Dès que j’aurai trouvé la réponse à ma question, je rentrerai chez moi pour vivre parmi les miens.
- Tu peux dire adieu à ton rêve ; tu es mon prisonnier et j’ai le droit de vie et de mort sur toi.
Méfiant au départ, Sankoh finit pourtant par succomber au charme et à la personnalité ambiguë de Bla-Yassoua. Aussi, fit-il de lui son général les jours impairs et son amante les jours pairs.
En tant que général, Bla-Yassoua participa à tous les massacres de populations hostiles à Sankoh. Il tua des hommes, mutila des gosses, viola des femmes, incendia des villages, mangea même de la chair humaine. Il ne pouvait pas faire autrement, c’était la loi de ce pays et sa libération en dépendait.
Mais un jour, au cours d’une de leurs nombreuses expéditions, Bla-Yassoua marcha sur une mine antipersonnel qui explosa sous ses pieds. Ce pays en était terriblement infesté. Et il fut projeté à des années lumière à travers le cosmos…
Extrait de Jusqu'au bout de l'enfer (à paraître chez Edilivre Edition)
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Bonjour François
Posté par
Nadia le 05.02.2008
Désolée je n'ai pu passer ces derniers jours j'étais submergée de travail. Pas facile de commencer sa vie professionnelle. Cet extrait m'a donné l'envie de lire la totalité de l'oeuvre. Bonne continuation
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Posté par
François le 15.02.2008
J'aime bien, ça imagine, ça déborde, ...
Inutile d'encourager un tel torrent de rouler ses eaux vives entre les pierres; ça le fait! Bravo.