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ndahfranc
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Tribune de l'écrivain débutant : réflexions critiques sur la société, la culture, le livre et la vie
Catégorie :
Blog Livre
Date de création :
15.11.2007
Dernière mise à jour :
07.05.2008
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L'AMOUR EN HERITAGE (Roman inédit) Chapitre 11

Posté le 12.01.2008 par ndahfranc
Enfin rentré chez lui, Will découvrit par terre, le colis que s’apprêtait à lui offrir Charlotte lorsqu’elle eut son malaise. Il le déballa et découvrit sa montre, celle qu’elle lui avait prise un jour où ils se promenaient dans le parc. Il y avait un petit mot qui l’accompagnait.

Mon Cher Will,
Ces trois mois que nous avons vécus ensemble sont les plus beaux de ma vie. Jamais je n’aurais espéré que le destin me ferait un tel cadeau. A présent, si la mort veut, elle peut m’emporter, je m’en moque éperdument. Mais, la seule chose que je voudrais te laisser lorsque le pire se produirait, c’est l’amour. Je voudrais te laisser l’amour comme seul héritage de mon passage sur la terre…Oui, je voudrais te laisser l’amour en héritage !
Charlotte.

Will ne put retenir ses larmes qui se mirent à couler comme un torrent.

* *
*

Après un long moment où le sommeil se fit rebelle, Will trouva enfin un semblant de quiétude derrière ses paupières closes. Mais cela ne dura pas bien longtemps, puisque presque deux petites heures après, il se réveilla en sursaut, trempé de sueur. Il venait de faire un terrible cauchemar : Charlotte tombait dans un gouffre sans fonds et lui, tentait vainement de la retenir. Ses cris déments avaient laissé une blessure béante dans son âme.
Fou d’angoisse, il se précipita au volant de sa voiture et fonça tout droit vers la Clinique. Il trouva Charlotte toujours sans connaissance. Pendant trois jours, il la veilla, priant le Bon Dieu qu’il se manifestât une nouvelle fois.
« Mon Dieu, je te promets d’être un homme rangé et fidèle si tu me ramènes ma Charlotte. Je regrette sincèrement tout le mal que j’ai pu causer à toutes ces jeunes femmes. Pardonne-moi toutes mes fautes… »
Quand une faute est confessée avec autant de regret, il n’y a pas de raison que le Tout Puissant ne nous pardonne.
Will, qui s’était retiré dans la salle d’attente pour permettre au médecin de garde d’effectuer sa visite matinale l’accosta au moment où il sortait de la chambre de Charlotte :
- Docteur, comment est-elle aujourd’hui ?
Le médecin coula sur lui un regard compatissant, lui adressa un sourire de réconfort avant de lui répondre :
- Son état est stationnaire ; mais il faut garder espoir. Le plus dur est passé, vous pouvez me croire.
Ah ! l’hypocrisie des médecins ! pensa-t-il. Même quand tout espoir est perdu, ils vous font croire le contraire, juste pour ne pas que vous sombriez dans la démence. Et lui, William Pokou, malgré le courage dont il essayait de faire preuve depuis le début, n’était pas certain d’échapper à la démence. Car pour lui, cela était plus qu’une évidence maintenant, il ne pouvait vivre sans sa Charlotte.
Le médecin le tira de ses confuses pensées.
- Vous pouvez aller la voir, lui lança-t-il avant de disparaître dans son bureau.
Will observa Charlotte avec une émotion à nulle autre pareille. Que faire à présent ? Il se sentait tellement impuissant !
Il y avait des lustres que Will n’avait pas mis les pieds dans une église, mais, il fouilla dans les arcanes de son subconscient pour y déceler un psaume qu’il avait appris alors qu’il n’était encore qu’un tout petit garçon docile.
« A mes paroles prête l’oreille, ô Jéhovah ! Comprends mes soupirs. Sois attentif au son de mon appel au secours, ô mon Roi et mon Dieu, car c’est toi que je prie. »
Will avait prononcé ces paroles avec une foi sans pareille. Et l’instant d’après, il attendit que le miracle se produisît.
Non, ce ne pouvait être qu’une hallucination ! Pourtant, quand Charlotte bougea les doigts une seconde fois, il ne put s’empêcher de hurler :
- Elle bouge, elle bouge, docteur ! Ses doigts bougent !
Au son de sa voix, le médecin accourut en compagnie de deux infirmiers.
- Sortez, monsieur ; laissez-nous travailler ! avait aussitôt ordonné le médecin.
Will sortit à la hâte. Une joie immense se lisait sur son visage. Il ne vit pas Dolorès qui arrivait.
- Bonjour, Will. L’as-tu vu ce ma…
Will ne la laissa pas terminer sa phrase.
- Elle a bougé, tu m’entends, Dolorès ! Elle est en vie, s’écria-t-il en se jetant dans les bras de la vieille dame.
Enlacés comme deux amoureux, ils pleurèrent de joie…

* *
*

Transférée dans la chambre n° 3 depuis la veille au soir, Charlotte recevait à présent ses premiers visiteurs. Tous ceux qui l’aimaient étaient là au grand complet : tante Dolorès, Sharon, Simon, John, Agnès, Lisa, sans oublier Will ainsi que quelques membres du personnel de son restaurant. Une colonie enthousiaste qui étala sa bonne humeur de longues minutes durant.

RIEN QUE POUR UN TELEPHONE PORTABLE…

Posté le 11.01.2008 par ndahfranc
Adamo n’oubliera pas de si tôt ce qu’il lui est arrivé en cet après-midi de samedi…
Il venait de descendre du gbaka qu’il avait emprunté à Yopougon pour Adjamé lorsqu’il fut bousculé par un individu…
La scène avait eu lieu devant la grande Mosquée d’Adjamé.
Comme à l’accoutumée, les environs de l’édifice religieux grouillait de monde. Dans un tohu-bohu indescriptible, voyageurs, « coxers », marchands ambulants et autres véhicules de transport en commun, interprétaient, chacun dans un langage qui lui était propre, des mélodies incompréhensibles et assourdissantes.
En pareille circonstance, se frayer un chemin dans une masse humaine aussi touffue que la forêt amazonienne relevait de l’exploit pour une personne normale, à fortiori, quelqu’un qui avait le physique d’Adamo.
En effet, Adamo n’avait pas du tout été gâté par la nature. Il avait une tête monumentale comme un rocher sur un corps aussi minuscule que celui d’un bébé. Ses doigts étaient si courts qu’il avait de la peine à tenir même une cuillère à café… Pour dire les choses telles qu’elles sont sans utiliser de rhétorique, Adamo n’était rien d’autre qu’un nain. A peine plus haut que trois pommes.
Après qu’il eut été bousculé, il se rendit aussitôt compte que son téléphone portable avait disparu. Ce téléphone, il l’avait acheté lors de la dernière promotion d’appareils, organisée par l’opérateur de téléphonie mobile Orange. Aussitôt, il se retourna et reconnut par la chemise qu’il portait, l’homme qui l’avait bousculé et qui était selon lui son voleur.
- Au voleur ! Au voleur ! hurla-t-il comme un forcené.
En une fraction de seconde, l’homme qu’il tenait pour son agresseur fut maîtrisé par la foule en colère. Aux yeux des badauds, il était doublement coupable : s’être rendu auteur de vol, qui plus est sur un handicapé. Pour ce double forfait, l’homme reçut de violents coups avant de subir un interrogatoire tout aussi musclé. Mais surprise ! Le voleur en question était sourd et muet et répondait aux questions de la foule en émettant un son incompréhensible pour le commun des mortels.
Après qu’on se fut rendu compte qu’il ne jouait pas la comédie, une partie de la foule prit aussitôt parti pour lui.
- Qu’est-ce qu’un sourd-muet va-t-il faire d’un cellulaire ? s’interrogeaient-ils.
Les gens ne tardèrent donc pas à se rendre compte du caractère saugrenu de l’accusation d’Adamo, le nain, et hurlaient à qui voulaient les entendre :
- Comment quelqu’un qui n’entend ni ne sait parler peut-il voler un cellulaire ? Que va-t-il en faire ?
Les partisans du sourd-muet qui avaient grossi en nombre demandèrent alors au nain s’il avait un témoin.
- Oui, clama-t-il tout haut. J’en ai un !
- Voilà qui va leur clouer le bec ! Il dit qu’il a un témoin. D’ailleurs, pourquoi mentirait-il ? s’égosillaient ses partisans.
- Oui, nous sommes d’accord ! Qu’il nous montre son témoin !
- Ce monsieur là-bas a tout vu ; il peut témoigner ! dit Adamo en montrant du doigt un mendiant aveugle.
- Mais, ce pygmée n’est qu’un farceur ! Comment peut-il désigner comme témoin, un aveugle ! menacèrent les partisans du sourd-muet.
- Mais, vous n’avez qu’à l’interroger et on verra bien ! se défendirent ceux d’en face.
- D’accord ! Qu’à cela ne tienne ! Demandons-le lui !
- Monsieur, confirmez-vous les allégations de ce monsieur ?
- Oui, j’ai vu ce monsieur dérober le portable du nain !
Ce fut un véritable tohu-bohu à la suite des propos de l’aveugle qui ne tarda pas à se muer en véritable émeute.
Bientôt, la sirène de la police fit se disperser une partie de la foule. On embarqua immédiatement les protagonistes sans aucune autre forme de procès.
Après les différents interrogatoires et confrontations, le commissaire principal décida de déférer dans les prochains jours, le sourd-muet que toutes les preuves accablaient selon lui.
Les jours qui suivirent, tous les journaux de la ville firent de cet événement, leurs choux gras. A leurs différentes unes, le même titre : Un sourd-muet déféré devant le parquet pour vol de cellulaire !
Les jours suivants, un groupe de soutien au fameux prisonnier fut créé. Certains de ses membres, pour exiger la libération sans condition du détenu, entreprirent une grève illimitée de la faim sur le parvis de la cathédrale Saint-Paul d’Abidjan.
- Nous voulons que le Président de la République intervienne en personne pour gracier notre camarade. Nous voulons aussi que chaque ivoirien ait un cellulaire pour pouvoir communiquer en toute liberté, pour que plus personne ne soit plus condamnée pour vol avéré ou non de cellulaire.
Quinze jours après, on enregistra le premier mort parmi les grévistes de la faim. La presse nationale et internationale proche de l’opposition commenta abondamment cet événement en accusant le Président de la République de passivité devant la situation.
De plus en plus, une rumeur persistante d’insurrection populaire était annoncée. Pour ne pas prêter le flanc à ses adversaires politiques, aussi bien internes qu’externes, le Président décida de s’adresser au peuple ivoirien :
"Mes chers compatriotes, la Côte d’Ivoire, notre beau pays, traverse actuellement une des crises les plus importantes de son histoire. Nos ennemis cherchent à entraver notre marche héroïque vers le progrès et le développement. Mais je vous invite à résister à cette autre attaque. Faites de la communication votre credo. Car, la communication permet d’éviter les préjugés et de consolider l’unité nationale. Un peuple qui ne communique pas est donc appelé à mourir. Or, nous avons besoin de vivre, nous avons le devoir de vivre. C’est pourquoi, j’ai pris les mesures suivantes :
- A cet instant-même, le sourd-muet Koffi vient de bénéficier d’une grâce présidentielle.
- La date de sa libération sera décrétée Journée nationale de la communication.
- Tous les appareils cellulaires seront désormais exonérés de taxe afin de permettre au plus grand nombre d’en acquérir.
- Tous les partisans recensés de Koffi le sourd-muet auront chacun droit à un téléphone cellulaire et une carte prépayée d’une valeur de 25 000 F CFA.
Mes chers compatriotes, l’avenir appartient à ceux qui sauront communiquer.
Vive la Côte d’Ivoire !"

Le discours du Président fut salué par tous les ivoiriens. Koffi, le sourd-muet fut fêté en héros national. Il fut décoré par la grande chancellerie au cours d’une cérémonie mémorable…

COMMENT CHOISIR SES THEMES ?

Posté le 09.01.2008 par ndahfranc
L’activité d’écriture est une activité complexe comme je ne cesse de le répéter. Elle requiert tellement de ressources morales, physiques et intellectuelles qu’on se sent presque abattu quand un de nos manuscrits fait l’objet d’un refus de la part d’un éditeur malgré la qualité du style et de l’écriture. Bien souvent, il nous est reproché le fait que notre thème manque d’originalité ou est traité sans aucune originalité. Il arrive quelquefois que nous ne comprenions pas bien la charge que recouvre cette remarque. Aujourd’hui, nous allons essayer d’en fixer quelques repères pour éviter que nos nuits blanches ne soient des nuits pour rien.

Quand on veut écrire, il est toujours important que le thème sur lequel doit porter notre réflexion, soit un thème actuel ou à tout le moins présente une dimension nouvelle de la question que nous voulons aborder.
Un thème actuel suppose qu’il est dans la logique des grandes questions qui se posent à la société dans laquelle nous vivons. En effet, dans toute société, il y a des questions essentielles ponctuelles dont la résolution contribue à l’avancée sociale, économique ou politique de la cité. Les grands esprits, supposés ou avérés, ont le devoir de participer à ces réflexions dont les fruits servent de boussole à la société toute entière. Pour cela, les artistes et en particulier les hommes de lettres, doivent connaître la psychologie et les centres d’intérêt de leur peuple. Quand on dit que l’écrivain est le porte-parole du peuple, ce n’est rien moins que cela. L’écrivain ne fait que mettre sur la place publique les questions qui intéressent ou qui devraient intéresser le peuple. Il les traite selon sa sensibilité et ses aptitudes intellectuelles. Il en présente les avantages et les inconvénients. Il en fixe les nouvelles normes qui pourraient faire avancer la société. Voilà à quels besoins devrait répondre le choix d’un thème. Comme on le voit, le thème répond à un besoin d’ordre social, intellectuel, économique, culturel, politique et idéologique mais ce sont les différents artifices propres à chaque genre culturel qui en consacrent le caractère artistique.
Quand vous choisissez donc un thème, demandez-vous en quoi il pourrait intéresser ceux pour qui vous voulez écrire. Par exemple, le thème de l’amour est un thème très prisé par les écrivains débutants. Si vous êtes de ceux-là, vous devez obligatoirement vous poser les questions suivantes :
- quelles sont mes motivations en choisissant ce thème ?
- quelles conceptions de l’amour veux-je mettre en avant ?
- quel intérêt ces conceptions présentent-elles pour le public ?
- ces conceptions contribuent-elles à faire avancer le débat au plan idéologique, culturel, moral ou social ? Etc., etc.

L’écriture est aussi une projection dans l’avenir, une anticipation sur le futur. Les masses populaires sont tellement empêtrées dans les problèmes d’ordre existentiel qu’elles n’ont pas le temps de songer au futur. C’est le rôle des intellectuels, des artistes et surtout des écrivains de proposer des scénarii dans les différents domaines d’activité. Que ce soit au niveau de la Religion, du village planétaire, de l’avenir de l’Afrique, du monde face à la menace terroriste, du phénomène de l’immigration qu’elle soit clandestine ou légale, de l’usage de la science dans l’amélioration des conditions de vie sur terre, des menaces climatiques qui pèsent sur la planète bleue, de l’éventualité d’une invasion extra-terrestre, de la fin du monde, etc., etc., l’écrivain doit faire valoir son génie pour informer le peuple, le mettre en garde contre les abus de toutes sortes.
Chaque société a ses préoccupations mais de plus en plus avec les nouvelles technologies de l’information et de la communication, la vision de l’écrivain s’est élargie au point qu’il peut intervenir sur tous les sujets de par le monde. Encore faudrait-il que son œuvre soit éditée ou distribuée là où elle intéresse le plus le public. Si ce n’est pas le cas, à quoi servira-t-elle ? L’éditeur est le premier à se poser cette question.
L’écrivain, pour échapper à ces menaces, doit se cultiver, s’informer, s’instruire afin que ses œuvres contribuent à l’évolution de l’humanité.

LES CAHIERS DE L'ECRIVAIN DEBUTANT VII

Posté le 08.01.2008 par ndahfranc
LE RECIT ENCADRE

Je l’ai souvent dit, le premier matériau de construction du texte narratif, c’est l’histoire qu’on se propose de raconter. Je ne reviendrai pas sur les autres matériaux de construction encore moins sur le schéma narratif canonique (vous les trouverez dans les premiers cahiers de l’écrivain débutant), mais je m’attarderai aujourd’hui sur la notion d’histoire pour en révéler l’importance.
Qu’est-ce qu’une histoire en terme de création romanesque ?
Selon le dictionnaire HACHETTE, l’histoire est une relation d’actions, d’évènements, d’aventures réelles ou inventées. Raconter une histoire à un enfant. L’histoire d’un voyage.
Le mot qui me paraît central dans cette définition c’est le terme de RELATION.
En effet, relation, c’est d’abord et avant tout le fait de relater. En sont dérivés les mots narration et récit.
Mais il y a une deuxième définition qui vient en renforcer la compréhension et qui insiste quant à elle sur le RAPPORT tissé entre des personnes en l’occurrence ici entre les personnages.
C’est cette deuxième définition qui consacre le caractère artistique de l’œuvre romanesque. Car, le génie de l’écrivain, c’est d’arriver à créer une harmonie entre les actions, entre les événements, entre les différentes histoires, etc., de sorte à présenter une toile homogène.

Une des techniques utilisées par les écrivains pour rendre leurs textes limpides et attrayants (quand une histoire est trop simple, elle n’accroche pas), c’est le récit encadré.
On dit qu’un récit est encadré lorsqu’il prend place à l’intérieur d’un autre texte, qui peut être narratif, descriptif, explicatif ou argumentatif.
Le texte dans lequel s’insère le récit s’appelle texte-cadre. C’est dans ce texte-cadre que prennent place un ou plusieurs autres récits. On peut même parfois observer plusieurs niveaux d’emboîtements.
Dans le texte-cadre, différents éléments peuvent amener le ou les récits encadrés. Ce peut être :
- un mot, une réaction ou une question :
Ex : - Et Clara ?
- un objet, un paysage, un animal ou une personne :
Ex : Le gecko est un petit lézard…
- un sujet de conversation :
Ex : J’en ai eu des aventures ! Mais aucune comme celle qui m’est arrivée au port où l’on va bientôt jeter l’ancre !

Comme on peut le constater, l’utilité du récit encadré est multiple. On peut raconter pour illustrer une affirmation, pour apporter une explication, ou tout simplement pour émouvoir, effrayer, passionner, etc.

Dans un texte narratif, il introduit une pause dans la narration. Il fait entendre une autre voix dans le récit.
Dans un texte descriptif, il illustre la description, ou le portrait. Il met la description en action.
Dans un texte explicatif, il illustre ou fait comprendre par un cas concret. Il peut aussi servir de justification.
Dans un texte argumentatif, il vient à l’appui des arguments avancés pour étayer un avis.

Tout ce charabia pour dire que, quand vous écrivez, il faut éviter tout ce qui pourrait provoquer une quelconque confusion chez le lecteur. Il faut aussi varier, pour éviter la monotonie, les niveaux de narration. A l’intérieur de votre histoire principale, doivent s’insérer des histoires secondaires avec des narrateurs différents mais sans provoquer de hiatus dans la compréhension du texte. Un bon roman, c’est une combinaison harmonieuse de plusieurs histoires à l’intérieur d’une histoire, de plusieurs voix à l’intérieur d’une voix. Lisez le texte de Isabelle Boni-Claverie et vous comprendrez tout ce que je viens de vous dire. Mais la référence mondiale dans le domaine est bien le chef-d’œuvre Cent ans de solitude de Garcia Marquez que tout le monde connaît.
N’hésitez surtout pas à lire les textes-référence pour en percer les secrets.
Bon courage, cher collègue et à bientôt.

L'AMOUR EN HERITAGE (Roman inédit) Chapitre 10

Posté le 07.01.2008 par ndahfranc
Charlotte venait de se réveiller.
- Will ? Mais, qu’est-ce que tu fais là-bas ?
- Rien… eh ! non, non, ne viens pas !
Charlotte ne pouvait s’empêcher de rire devant les gestes puériles de Will.
- Donne-moi encore une minute, d’accord ? Va-t’en, va-t’en !
Charlotte revint alors sur ses pas et s’empara d’un colis qu’elle avait laissé dans le canapé. Puis, elle se dirigea de nouveau vers Will. Celui-ci se mit encore à crier :
- Non, non, non ! tu vas gâcher le plaisir de la surprise !
Charlotte sautillait alors comme une enfant.
- Oh ! il faut que je vois ça !
- Allez, va-t’en, allez ! cria-t-il en faisant de grands gestes.
Charlotte se tordait de rires.
- Ça y est, presque. Encore une seconde, une seconde ; presque prêt ! Attends encore, juste une seconde, et voilà ! Ça y est ! Allez, surprise !
Des ampoules multicolores éclairèrent alors une partie du séjour. Mais, au moment où Charlotte essayait de s’approcher, elle ressentit un malaise comme elle en avait connu ces derniers temps et s’affala brutalement au milieu de la pièce.
L’instant d’après, une ambulance la conduisait à la clinique…
Le docteur Gandy, aussitôt informé de la situation, sauta dans son hélico privé en direction de Yamoussoukro.
Dans la salle d’attente de la Clinique Notre Dame des Lacs, Will tournait en rond comme pris au piège, faisant d’interminables va-et-vient.
Ses amis étaient là pour le soutenir dans cette douloureuse épreuve : John et sa femme, ainsi que Lisa et tous les autres, personnels du restaurant…
Il y avait aussi les parents et amis de Charlotte qui étaient là : la vieille Dolorès, Simon et Sharon…
Tous avaient le visage marqué par la tristesse et la douleur. L’inquiétude qui les minait était insurmontable.
Une infirmière vint informer Will que Charlotte avait repris connaissance.
- Ne restez pas longtemps, lui conseilla-t-elle.
- Bien.
Il était à présent seul avec elle. Il posa sa tête à côté de la sienne et murmura à son oreille :
- Le temps jamais ne sépare les ailes du corps de l’oiseau. L’oiseau va avec ses ailes, ses plumes avec le ciel… Rien de ce qui a volé, ni l’alouette ni toi ne meurent comme le temps.
Charlotte ouvrit alors les yeux et lui dit d’une voix tenue :
- Mais, qu’est-ce que j’ai fait de toi !
- Tu m’as détruit pour les autres femmes.
- Non, je t’ai sauvé pour elles.

Dehors, des voix signalèrent l’arrivée du docteur Gandy qui, sans perdre une seule seconde, demanda :
- Elle a été préparée pour six unités ?
- Oui, docteur, lui répondit le médecin de Charlotte.
- Bon, qu’est-ce qu’on attend ?
- Juste vous, docteur.
- Alors, on y va.
Aussitôt, Charlotte fut conduite au bloc opératoire, sous le regard inquiet de Will et des autres.
L’attente était longue et pénible pour les uns et les autres… Il y avait dans chaque regard, une illusion prête à s’envoler sans avoir tenu parole. Il y avait dans chaque larme, des espoirs furibonds, prêts à capituler au moindre danger. Et l’amour dans tout ça ? « Charlotte, ton visage a illuminé ma vie. Si tu pars, ce sera avec mon âme et ma vie s’usera au contact de la douleur »…
Des heures s’écoulèrent…
Enfin, le docteur Gandy sortit de la salle d’opération et s’avança vers Will, le regard fixé au sol.
Tous avaient les yeux braqués sur lui. Que pouvaient-ils bien ressentir à ce moment précis ?
Will alla à sa rencontre. Mais, le médecin n’esquissa aucun geste qui eut pu lever le doute sur l’issue de l’intervention.
Will sentait ses jambes vaciller, prêtes à se dérober sous lui, quand il entendit cette voix, comme dans un rêve.
- Nous avons réussi ! Le miracle s’est produit !
Will ne sut pas ce qui s’était passé car, tout de suite après, il avait perdu connaissance.
Quand il revint à lui, il était couché sur un lit, à l’hôpital.
- Et Charlotte ? hurla-t-il aussitôt à l’infirmière qui le veillait.
- Elle n’a pas encore repris connaissance, lui répondit-elle, mais ce n’est qu’une question de temps.
- Puis-je la voir ?
- Non, pas maintenant… Vous savez, M. Pokou, c’est un vrai miracle, ce qui vient de se produire. Les chances de réussite de cette opération étaient quasi nulles…
- C’est l’amour qui l’a sauvé !
- Pardon ?
- Non, rien.
Puis, il ferma les yeux pour savourer sa victoire sur la mort. (A suivre)

QUI SUIS-JE ?

Posté le 04.01.2008 par ndahfranc
Un écrivain ? Certainement pas, puisque aucune œuvre éditée ne porte mon nom. Et mon nom ne vous dit rien puisqu’il ne sert qu’à me nommer. Or, je ne suis « rien », pas un écrivain en tout cas.
Mais j’aime écrire. Pour me soulager et pour vous faire plaisir. Ils ont voulu me faire taire en me coupant la langue. Ils ont seulement oublié que les mots ne sont pas fils de la parole. Les mots sont dans le murmure du vent et dans les sourires éclatants du soleil. Leur demeure est dans le ventre du Silence. Or, je suis fils du silence. Comme vous. C’est pourquoi vous aimez écouter mes histoires. Mais, sont-ce vraiment mes histoires ? Ai-je la capacité d’inventer des histoires, moi, simple humain ? Non, je ne fais que vous relater des bribes d’histoires que les anges ne cessent de nous raconter pour nous aider à vivre agréablement et utilement. Toutes leurs histoires sont belles mais ce sont nos oreilles qui les déforment quelquefois. Soyez donc indulgents si certaines de « mes » histoires manquent de fluidité ou de poésie. Je m’efforce chaque jour d’aiguiser mon ouïe afin de vous faire plaisir. J’ai bien dit plaisir car, la force m’aurait manqué si je ne vous avais pas su si nombreux à visiter mon blog. Quelqu’un disait : « Et si on te vole tes histoires ? » Seul un sot pourrait agir ainsi. Car, comme je l’ai dit, ces histoires ne m’appartiennent pas ; elles sont la propriété des anges. En plus, il serait plus sage de chercher à acquérir la technique plutôt que de voler l’histoire.
Passez le mot à vos amis afin qu’ils nous rejoignent au temple où nous nous sommes donnés pour mission d’apprendre à dompter les mots. J’ai dit les mots et non la parole car, la parole est indomptable et est à l’origine de toute chose. Elle est en tout. Quand vous riez, c’est la voix de la parole. Quand vous pleurez, les larmes de cristal qui tombent de vos yeux ne sont rien d’autres que la voix de votre cœur. Dans chacune d’elles, il y a l’itinéraire de vos différentes vies. Mais, sachez que c’est ensemble, en échangeant nos différentes expériences, que l’écriture nous livrera le secret des dieux.

BRAVO ! ISABELLE BONI-CLAVERIE

Posté le 03.01.2008 par ndahfranc
« L’homme halète. Toujours plus fort. Un souffle rauque et puissant. Il la tient par les cheveux pendant qu’il poursuit ses va-et-vient. Toujours plus vite. Elle a mal, elle serre les dents. Elle a peur et elle ferme les yeux. Ne pas voir la chambre sordide, les colonies entières de cafards. Ignorer son visage. Il ne doit être qu’une ombre dans la nuit.
L’homme n’en a pas encore fini. Il lui remonte les cuisses, les écarte en croix. Il tente de s’enfoncer plus profond en elle. Son rythme s’accélère, ses gémissements aussi. La tension de son sexe s’apaise. Enfin il retombe sur elle. L’odeur douceâtre du sperme se mêle à celle plus aigre de la transpiration.
L’homme se lève lourdement. Il remonte son pantalon de toile grise, boucle sa ceinture, enfile ses chaussures, allume une cigarette, lui plaque un billet sur les seins. La porte claque.
La fille n’a pas ouvert les yeux. A travers ses paupières closes, les larmes se fraient un passage. Elle pleure sur sa virginité perdue, sur ses espoirs souillés… »

LA GRANDE DEVOREUSE, Isabelle Boni-Claverie, NEI, 1999.

Ce sont là les premières lignes du premier roman d’Isabelle Boni-Claverie. C’est une œuvre que j’ai dans ma bibliothèque depuis des années mais que je n’ai lue que le premier janvier dernier. Mais quel régal ! Amis écrivains débutants, si vous n’avez pas encore cette œuvre dans votre bibliothèque, courez vite vous en procurer car l’essentiel de l’expérience que j’essaie de partager avec vous depuis quelques temps s’y retrouve. Ah, je me demande si je trouverais les mots justes pour vous faire apprécier le talent de cette bonne dame ! Car, du talent, elle en a à revendre.
Quand un écrivain lit une œuvre, il ne la lit pas comme le ferait un profane. Il suit le même cheminement que l’artiste qui a créé cette œuvre.
Les émotions qui étaient miennes ce jour de l’an ont purifié mon âme. J’ai fait l’expérience de la tristesse, pas de celles qui vous affaissent de leur fardeau mais de celles qui aiguisent votre sensibilité au contact de la douleur. J’ai fait l’expérience du rire, ami circonstanciel qui vous rappelle chaque fois qu’il en a l’opportunité, qu’il faut savoir rire de la vie, ce piège à ciel ouvert. J’ai fait l’expérience de l’amour, étincelle de pureté et de vie qui nous conduit inéluctablement à la mort. J’ai fait l’expérience du rêve, boussole affolée de nos vies éphémères. J’ai fait l’expérience de la mort, détritus puant d’où germent les roses de la vie… Le tout couronné par cette auréole de passion qui sommeille au fond de chacun et qui fait de nous des héros ou des z’héros.
Suivez la vie, vos rêves en bandoulière, et elle vous fuira. Fuyez la vie, vos espoirs perdus, et elle vous suivra. C’est le sort que la vie réserve à chacun d’entre nous. Et c’est aussi celui de ce couple singulier, Sax-Amoin, que Isabelle Boni-Claverie campe avec dextérité. Leur itinéraire n’est pourtant qu’un prétexte pour peindre la vie avec des mots qui acquièrent un sens plus profond sous la plume de l’auteur. En d’autres temps, on aurait dit qu’elle fait de la poésie. La laideur sous la plume d’un artiste devient beauté. Une fresque à plusieurs tiroirs où les histoires se chevauchent sans jamais se confondre. Ce n’est rien de moins que de l’art. Des personnages en apparence antipathiques mais qui finissent par vous séduire par la noblesse de leur idéaux mais aussi et surtout par la profondeur de leur âme.
« L’écriture âpre, intense, d’Isabelle Boni-Claverie nous transporte du réalisme le plus cru à des moments de grâce poétique, de l’érotisme au drame, du suspens à l’émotion. Un récit puissant qui porte la révolte et les espoirs de toute une génération. »
A lire absolument !

LE MAGNIFIQUE DESTIN D'ABEL

Posté le 03.01.2008 par ndahfranc
...Un jour, le jeune Abel décida d’avoir un entretien avec son père au sujet de leur vie solitaire au fond de cette lointaine jungle qu'ils habitaient depuis toujours. Car, depuis sa rencontre insolite avec la route, bien de convictions s'étaient effondrées en lui. A sa question, son père lui donna la réponse suivante:
- Mon fils, tiens-le pour vérité d’évangile, les hommes sont tous devenus des monstres. Hypocrites, matérialistes et intolérants, ils sont devenus les bourreaux de leur propre espèce. Aussi cruels que barbares, ils ont sacrifié l’avenir de la société au profit de leurs intérêts égoïstes. Guerres par-ci, génocides par-là, voilà le sort qu’ils réservent aux plus faibles d’entre eux. C’est pour échapper à leurs folies destructrices que je me suis retiré de la civilisation pour vivre à l’état de nature.
- Mais mon père, n’aurait-il pas été plus sage de rester à l’intérieur de cette société pour essayer de la changer ?
- Ça se voit vraiment que tu ne connais pas ces créatures diaboliques. Rien que pour de l’argent, ils sont prêts à vendre leur âme au diable. Aujourd’hui, à cause de leur avidité, le monde court à sa disparition. Ils ont créé, dans une gigantesque succession de batailles avec tout ce que cela comporte comme bouleversements sociaux avec leur lot de sacrifices et de victimes de tous ordres, de nouvelles données économiques et de nouveaux pôles d’influence, rien que pour conquérir ou conserver le pouvoir…
Son père marqua soudain un arrêt comme s’il se fut souvenu tout à coup d’une chose d’une extrême importance.
- Qu’y a-t-il, père ? lui demanda Abel pour l’encourager à parler.
- Promets-moi, mon fils, quand ton heure sera arrivée, de travailler à pacifier l’humanité.
Abel aquiesça sans aucune conviction.
Après cette discussion, il était désormais conforté dans sa conviction que son géniteur, au nom d’une sacro-sainte liberté avait compromis son bonheur, toute chose qu’il avait à présent besoin de reconquérir. Et sa mère se présentait justement comme un élément essentiel de cette quête vitale.
Aussi, ses relations avec cette dernière s’adaptèrent-elles à la situation du moment. Il est vrai qu’il ne lui avait encore fait aucune avance, mais elle devait savoir qu’il la désirait. Car ses attitudes trahissaient parfois ses émotions. En outre, il lui était arrivé de la surprendre en train de confier son inquiétude à son père.
Un jour pourtant, profitant de l’absence momentanée de ce dernier, il décida de passer à l’action. Sa mère était à la cuisine quand il l’y rejoignit pour satisfaire son légitime dessein. A sa vue, elle fit un brusque mouvement arrière, les yeux traversés par une folle angoisse. Sans attendre, il se jeta sur elle tel un fauve et l’envoya à la renverse. Puis, en un tour de main, il la déshabilla. Il bavait d’un désir prononcé. Alors qu’il était sur le point de satisfaire sa libido, une masse s’abattit sur sa tête si bien qu’il sombra aussitôt dans un néant vagissant…
Quand il reprit connaissance avec la réalité, des heures s’étaient écoulées. Il s’élevait dans sa tête comme un bourdonnement intempestif et cynique. Les idées se déplaçaient dans sa tête, troubles et confuses. Puis, petit à petit, comme un sous-marin, il émergea enfin de cette mer de souvenirs, triste et inquiet.
Progressivement, sa conscience s’éclaircit et le mit en face de sa situation. Des mains affectueuses compatissaient à sa douleur en massant son front endolori.
Tout doucement, il ouvrit les yeux. Et comme un rêve, il aperçut sa mère assise à son chevet. Elle portait un masque de tristesse. Cependant, elle lui sourit tendrement sans qu’il en sût la raison et cela lui parut très étrange.
Il essaya de lui parler, certainement pour lui présenter des excuses, mais elle lui mit l’index sur les lèvres pour l’en empêcher.
- Tu es encore faible, murmura-t-elle d’une voix affectueuse pour se justifier. Rendors-toi…
Sans se faire prier plus longtemps, il ferma les yeux et essaya de faire le vide dans sa tête. La minute d’après, sa mère prit congé de lui.
Abel ne mit pas longtemps à se rétablir, mais sa conscience avait pris un coup. Il n’avait plus de repères et sa vie lui apparaissait de plus en plus comme un échec. Dans ce gouffre immense où il s’enfonçait chaque jour un peu plus, un constat amer s’imposait à lui : son père était un obstacle à son épanouissement. Aussi se forma-t-il en lui un dessein criminel dont le contrôle lui échappait totalement.
La dernière fois qu’il se trouva face à ce dernier, il eut une idée claire du degré de haine qui le rongeait. Une haine à fleur de peau. Elle était sur son visage, dans son regard, dans ses actes et ses gestes…
Dès lors, il comprit que son père était un adversaire de taille, un redoutable rival qu’il devait vaincre à tout prix pour s’affirmer.
Son père également le considérait comme tel. Son secret étant découvert, il était perpétuellement sur ses gardes.
Abel, qui ne tenait pas à se laisser surprendre, épiait son ennemi, attendant patiemment l’occasion propice pour lui porter le coup de grâce et savourer ainsi une victoire méritée qui lui permettrait d’être enfin le seul maître à bord. Il n’y a jamais deux capitaines dans un bateau.
L’atmosphère était donc tendue dans la petite maison familiale, car un criminel en puissance y était en liberté. Un fauve aux instincts diaboliques épiait, observait, calculait, toute vigilance éveillée. C’était la loi du « quitte ou double ». Aucune erreur n’était permise. Tout faux pas risquait d’être fatal, aussi bien pour l’un que pour l’autre.
Et puis un jour, tout bascula. Abel avait porté le coup fatal avec une précision d’orfèvre et une puissance herculéenne. Sa victime avait alors basculé dans le néant avant de se briser en menus morceaux comme une statuette d’argile. Son sang coula jusqu’à ses pieds pour les laver. Il était à présent le seul maître à bord et sa toute puissance s’étendait au-dessus du corps inerte et sans vie de son père.

Après son éclatante victoire, il emménagea dans la chambre de son défunt père dont il entreprit de répéter chaque nuit les gestes.
- Mère, excuse-moi si j’ai tué papa ; cela était écrit dans la loi de notre destin commun. Il a terminé sa mission alors que la mienne ne fait que commencer. Comment puis-je vivre sous le même toit que mon rival ?
- Rival ? Tu as vraiment perdu la tête, mon fils ! Cet homme était ton père et tu l’as tué pour une raison aussi farfelue ?
- Mère, tu ne peux comprendre le sens de tout ce qui arrive. J’ai tué papa parce qu’il était un obstacle à mon épanouissement. Il ne voulait pas accepter de te partager ; que pouvais-je faire d’autre sinon l’éliminer ?
- Mais, je suis ta mère, Abel !
- Non, plus maintenant, femme. Désormais, tu es ma femme et moi, ton mari, lâcha-t-il, d’un air cynique.
Aussitôt, sa mère éclata en sanglots, le suppliant de renoncer à cette entreprise incestueuse.
- Tes larmes n’y changeront rien, femme. Que puis-je contre le destin alors que je suis né pour accomplir ma mission à moi ? C’est père lui-même qui l’a dit. Alors, pourquoi t’opposes-tu à la volonté du Ciel ? Tout est écrit dans les sons. Le passé, le présent et le futur de l’homme. Un homme qui ne sait pas entendre ne peut écouter les conseils que la vie nous prodigue à chaque instant. Seul celui qui écoute le bruit du présent, peut prendre la décision juste. Et moi, j’entends la voix du destin qui m’appelle. Comporte-toi en partenaire plutôt qu’en adversaire, au risque d’en perdre la vie toi aussi.
Plus qu’un conseil, la mère prit les propos de son fils comme une menace. C’est pourquoi, elle accepta malgré elle, de jouer le nouveau rôle qui était le sien.
Dorénavant, elle était l’animatrice des nuits de son mari de fils. Elle satisfaisait ses fantasmes les plus obscurs. Elle l’emportait dans les soubresauts les plus délabrés de l’amour incestueux comme autrefois dans les rêves de ce dernier. N’était-ce pas cela vivre, pour lui ? N’était-ce pas cela s’accomplir ?

Au début, malgré son acceptation tacite, sa mère tenta à plusieurs reprises de s’enfuir. Mais toutes ces fois, elle fut rattrapée puis traînée à la maison sans ménagement.
- La prochaine fois que tu essaieras de t’enfuir, c’est morte que je te ramènerai, l’avait-il menacée après sa dernière tentative.
Elle finit donc par s’assagir et à se comporter en femme soumise. Etait-ce de la résignation ou avait-elle fini par aimer son fils comme son mari ?
Abel redoubla d’ardeur au travail pour mériter son amour et sa confiance. Et le
« bonheur » s’installa dans leur maison.
Mais voilà qu’un jour, la fatalité entreprit une nouvelle fois de jouer sa partition dans ce mélodrame à suspense.
En effet, alors qu’Abel s’était rendu à la plantation comme à l’accoutumée, sa femme abandonna le domicile conjugal et disparut dans la nature. Cette fois, elle avait tellement bien préparé son escapade qu’il lui fut impossible de la retrouver malgré tous ses efforts.
Il fut alors envahi par un sentiment de peur panique. La peur d’avoir à vivre seul, sans aucun soutien ni repère. La peur de voir se fondre dans la nuit comme un voleur, l’image de la femme aimée. La peur de voir ricocher sur ses tympans exténués, l’écho de sa propre voix. La peur d’avoir à dormir seul dans cette chambre où l’image de la femme aimée errait comme une âme damnée. Comment imaginer la vie sans elle ?
Le tourbillon de trouble qui l’emporta était violent et son désespoir s’étalait comme un désert de sable brûlant. Le vent, complice de cette évasion sifflait à son oreille une mièvre et hypocrite chanson qui bourdonna dans sa tête comme une sentence. Incapable de supporter le poids de ce terrible ressentiment, il s’effondra au milieu de la cour et éclata en sanglots.
Cette nuit-là, le pauvre Abel eut un sommeil des plus troublés. La peur de la solitude se transforma en cauchemars épouvantables si bien qu’au réveil, il avait une mine triste et défaite. Qu’allait-il devenir, seul au milieu de cette jungle ?
Pour trouver un indice quant à la destination de sa femme, il décida de fouiller dans ses affaires. Cette entreprise se trouva fort bénéfique dans la mesure où il y découvrit une feuille sur laquelle elle avait dessiné une route. Quand il l’eut parcourue, une décharge électrique traversa son cœur. L’image de la grand-route lui apparut alors dans tout son mystère.
Sa femme lui demandait de prendre la grand-route s’il tenait à la retrouver. Aller à la rencontre des hommes que son père avait fuis, telle était l’épreuve à laquelle elle le soumettait. Rien qu’à y penser, il en avait la chair de poule.
Ces hommes si méchants. Ces hommes sans patience. Ces hommes sans cœurs, friands de plaisirs souillés.
Ces hommes-hyènes. Ces hommes-hiboux. Ces hommes qui ne sont pas des hommes. Ces hommes qui ne sont ni hommes ni animaux. Ces hommes qui, à force de manger des animaux sont devenus eux-mêmes des animaux : des panthères, des hyènes, des hiboux, des chauves-souris, des loups qui se dévorent entre eux, pour le plaisir de la force, pour le plaisir du pouvoir. Saurait-il résister à tant de sadisme et de cruauté ? Il lui fallait pourtant partir. C’était une nécessité vitale.
Dans la vie de tout homme, il arrive des moments où partir s’impose comme la seule et unique alternative, le but final sans lequel la vie devient une terrible désillusion. L’adage ne dit-il pas que les gens arrivent toujours à l’heure exacte là où ils sont attendus ?

Pendant une semaine, Abel prépara son voyage. Il mit de l’ordre dans la maison en donnant une place précise à chaque objet en fonction de sa valeur sentimentale.
La dernière nuit qu’il passa dans la maison fut peuplée de cauchemars. Au cours d’un de ces rêves, il avait rencontré sa femme. Elle cherchait à se dissimuler dans la pénombre. Il l’interpella et se mit à lui parler à voix basse :
- Il y a longtemps que tu es partie, femme. Pourquoi as-tu fui comme un voleur en pleine nuit ? Pourquoi ne me reviens-tu pas ? Je souffre terriblement de ton absence. Tu es partie en me laissant juste une ombre diffuse et insaisissable. Mon sommeil est devenu si lourd et si entrecoupé de cauchemars qu’il me détruit chaque jour davantage. Tu es partie avec une partie de ma vie. Tu as confisqué mon âme et détruit tous mes rêves. Reviens-moi, je t’en supplie. Rends-moi mon âme et ma dignité d’homme. Pourquoi fuis-tu le bonheur et l’amour que je t’ai si généreusement offerts ? Pourquoi vas-tu à la mort alors que je t’offre la vie ?
Au lieu de lui répondre, elle se contenta juste d’un sourire énigmatique. Puis, de sa main de velours, elle lui fit signe de la suivre. Il s’exécuta sans se faire prier. Mais au fur et à mesure qu’il avançait, elle reculait. Puis tout à coup, il vit un aigle royal sortir du néant, et de ses griffes puissantes, l’enlever. Il courut de toutes ses forces pour essayer de la délivrer, mais il était trop tard. L’aigle avait déjà pris son envol et petit à petit, disparut dans le lointain.

Le jour n’était pas encore totalement levé quand Abel se réveilla. Il scella son âne, prit quelques provisions et partit en direction de la grand-route, à la rencontre de son destin.
Il ne se retourna même pas pour regarder une dernière fois le logis natal. A quoi bon ? L’avenir était ailleurs, quelque part là-bas derrière les buissons de l’incertitude…

Y A-T-IL UN MOMENT PROPICE POUR ECRIRE ?

Posté le 01.01.2008 par ndahfranc
Y A-T-IL UN MOMENT PROPICE POUR ECRIRE ?

Voici une question que les écrivains débutants aiment poser à leurs devanciers. Souvent, en la posant, ils s’appuient sur le fait que, l’écriture étant une profession secondaire, celui qui la pratique le fait au détriment de sa vraie profession ; ce qui le soumet certainement à d’énormes contraintes temporelles. Mais pour moi, la question ne se pose pas en ces termes étant donné que lorsque l’on pratique plusieurs activités, la moindre des choses, c’est de savoir s’organiser. Je souhaiterais donc que la question soit plutôt formulée de la façon suivante : y a-t-il un moment, une période, qui soit plus propice à la création littéraire ?
L’activité d’écriture est d’abord et avant tout une activité technique qui nécessite un travail préliminaire de repérage et de conception. C’est ce que j’ai appelé dans l’un des « cahiers de l’écrivain débutant », la conception du projet d’écriture. Cette activité qui est purement technique comme je l’ai souligné, peut se faire à n’importe quel moment et durer en fonction de l’emploi du temps de l’écrivain et de la complexité du scénario. Mais une fois cela fait, commence véritablement le « calvaire » de l’écrivain. J’utilise à dessein le terme « calvaire » parce que c’est un moment exceptionnel où l’écrivain se coupera du reste du monde pour créer son monde à lui. Un monde où il vivra le destin de chaque personnage sans toutefois oublier d’être lui-même. Des sentiments aussi contradictoires les uns que les autres se bousculeront dans son cœur. Des émotions aussi diverses que variées l’étreindront. Il passera de l’amour à la haine, de l’innocence à la culpabilité, de l’état d’homme à celui de femme, de la vie à la mort. Il doit savoir écouter le cœur du peuple, décrypter les sanglots de l’amant trahi ou de l’orphelin abandonné. Il doit être capable de faire fonctionner tous ses sens y compris surtout ceux qui n’existent pas ou plutôt ne sont pas développés chez le commun des mortels. C’est là justement qu’intervient la question de l’opportunité du moment de l’écriture. La description d’un lieu, réel ou imaginaire, fait appel à l’imagination et au souvenir. Il n’en est pas de même des sentiments ni des émotions. On ne peut imaginer un sentiment encore moins une émotion ; il faut les vivre, les éprouver. Si vous êtes un auteur de sexe masculin, comment pourriez-vous imaginer la douleur d’une mère qui vient de perdre son fils unique ? Comment, tout modeste citoyen que vous êtes, pourriez-vous imaginer la tristesse d’un dictateur qui vient de perdre son trône à la suite d’un coup d’Etat ? Vous comprenez pourquoi des auteurs peuvent mettre des années pour écrire une seule œuvre. Tant qu’ils n’ont pas su se mettre sur le même diapason que le sentiment ou l’émotion en question, ils seront incapables de les retranscrire. Là est le véritable enjeu de l’écriture. La plupart des écrivains, laissent des trous dans le texte dans l’espoir de les remplir par la suite. Ils peuvent attendre longtemps, jusqu’à ce qu’un jour, au hasard d’une situation, ils découvrent la vérité. Souvent, c’est pendant les moments de grande solitude, de tristesse et de désespoir, que la lumière apparaît. Ils n’ont pas besoin de forcer, les mots semblent s’écrire d’eux-mêmes et le style est d’une telle profondeur qu’aucun critique ne peut l’expliquer. L’écrivain lui-même a du mal à rééditer l’exploit. Il est surpris de savoir que ces pages sublimes ont été écrites par lui.
Dans le passé, on disait que l’écrivain et surtout le poète avaient des dons surnaturels qui leur permettaient d’entrer en contact avec les différentes déesses des arts appelées Muses. Et aujourd’hui encore, certains auteurs sont de cet avis. Ils pensent que le bon écrivain, c’est celui qui, grâce à la méditation, sait entrer en contact avec les Muses qui lui donnent l’inspiration dont il a besoin pour exercer son art. En attendant que nous, écrivains débutants, sachions écouter la voix du silence, mettons à profit nos moments de grande solitude et de tristesse pour écrire. Pour le reste, chacun devra cultiver sa sensibilité afin d’établir un lien permanent entre les Muses et lui. Le succès de nos différentes carrières en dépend.

L'AMOUR EN HERITAGE (Roman inédit) Chapitre 9

Posté le 31.12.2007 par ndahfranc
Trois jours étaient passés depuis le retour de Will d’Accra. Pour changer un peu, il était allé faire un tour à son restaurant tandis que Charlotte avait opté pour le shopping. C’est justement au moment où elle revenait du supermarché qu’elle fut accostée par le concierge devant l’ascenseur. Ce dernier, avec sa bonne humeur habituelle, lui fit la conversation.
- Alors ? M. Pokou et vous partez en vacances ?
- Oh, ça ! j’en doute.
- Oh ! Est-ce que M. Pokou a apprécié son voyage ?
- Mais, quel voyage ?
- Celui d’hier !
- Ah ! j’appellerai pas ça vraiment un voyage.
- Oh ! pas pour vous, mais moi, je suis jamais allé hors du pays. C’est étonnant comme je connais peu mon pays, à fortiori les pays limitrophes. Mes ancêtres viennent du Ghana et ce serait avec plaisir que je découvrirais ce pays.

C’est la rage au cœur que Charlotte rejoignit Will qui était rentré quelques instants plus tôt. Il s’affairait autour de l’arbre de Noël.
- C’est bien comme ça ? lui lança-t-il dès qu’il l’aperçut.
- Pas très bien… Qu’est-ce que tu es allé faire au Ghana ?
- J’avais rendez-vous avec un spécialiste du cœur. Il accepte de t’opérer.
- Tu sais que c’est exactement ce que je ne voulais pas que tu fasses. Tu es allé le faire derrière mon dos. Tu m’as menti et nous avions pourtant parlé.
- Arrête ! s’il te plaît ! hurla Will, dépité.
- Nous avions parlé de tout ça !
- Arrête ! Tu ne veux pas mourir ! Tu veux vivre !
- Tu crois que je n’ai pas réfléchi à ça, de multiples fois ? Je ne veux donner espoir à personne puisqu’il n’y en a aucun.
- Pourquoi pas ? On a peut-être besoin d’espoir. Peut-être ai-je besoin de savoir que j’ai fait tout ce que je pouvais ! Il est possible que ça marche.
Charlotte, sans dire un mot de plus, se retira sur le balcon, triste et abattue. Will l’y rejoignit et prit place à côté d’elle.
- Qu’est-ce que je ferais, Will, si tu n’étais pas là ? Qu’est-ce que je serais devenue ? Hein ! C’est vrai !
- Tu n’as pas à t’inquiéter pour ça.
Puis, il lui prit la main.
- Je ferais ce qu’il faudra que je fasse. Je déchirerais ces papiers et je dirais au médecin… Je ferai ce que tu voudras. Parce que je le veux vraiment ; je ne veux pas te quitter, termina-t-elle en sanglotant.
- Non…
- Jamais.
- Non.
Il la serra dans ses bras.
- Je veux te montrer quelque chose, dit-elle au bout d’un moment.
Elle ouvrit alors son sac à main et en sortit une feuille qu’elle lui tendit.
- C’est le papier que j’ai signé.
- C’est vraiment, vraiment bien !
- Quoi ?
Il la prit par la main et l’entraîna dans son bureau.
- C’est… Regarde, c’est aussi parfait que si ça avait été toi ! poursuivit-il en lui montrant une autre feuille qu’il sortit de son tiroir.
- Non, mais, t’as pas fait ça ?
- Si, je l’ai fait.
- Oh ! c’est pas vrai ! Des fausses ?
- Oui, j’ai fait de fausses attestations. Le médecin voulait une attestation signée de ta main avant d’accepter de t’opérer. Alors, j’ai imité ta signature. J’ai fait tout ça… des tas d’exemplaires.
- Oh !
- C’est moi, pour toi.
- Oh ! c’est pas possible ! rit-elle, au lieu d’être offusquée.
Ils s’embrassèrent, complices, convaincus qu’à deux, ils avaient plus de chance de vaincre la mort et le destin… (A suivre)
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