UNE NAISSANCE INSOLITE
Posté le 22.02.2008 par ndahfranc
Nafiassou la femme de Gnamien était enceinte depuis un peu plus de sept mois. Mais quoique la grossesse ne fût pas encore à terme, elle se sentit mal cette nuit-là. Ses gémissements réveillèrent son mari qui, malgré l’obscurité, fila comme un lièvre au domicile de la vieille Mahou.
- Mahou, Mahou, réveille-toi, Nafiassou est en travail, viens vite ! avait-il hurlé par la fenêtre.
- Déjà ! cria la vieille femme, surprise. C’est un peu trop tôt à mon sens. Avance, j’arrive, le temps de couper quelques feuilles.
Quelques instants plus tard, la vieille matrone se présenta au chevet de la parturiente, accompagnée de deux autres femmes.
L’accouchement se révéla des plus difficiles. On essaya toutes sortes de médicaments dont l’efficacité était reconnue, mais l’enfant refusa de venir. Et l’inquiétude commença à gagner les femmes qui n’arrêtaient pas de se murmurer quelques confidences. Mahou sortit alors de la chambre et appela Gnamien.
- Je vais être franche avec toi, mon fils. C’est bien la première fois qu’une grossesse résiste à tant de médicaments. Je vais essayer une dernière potion. Si ça ne marche pas, c’est que tout espoir sera perdu. Va en brousse me chercher des racines de kotou et des feuilles de srika.
L’inquiétude qui se lisait sur le visage de Gnamien était trop cruelle. Immédiatement, il s’empara de son coutelas et d’une daba et prit aussitôt la direction de la forêt.
Pendant ce temps, Nafiassou continuait de souffrir. Elle ne pensait plus à sa propre vie, mais à celle de ce petit être qu’elle portait en son sein et en qui elle plaçait tant d’espoir. « Survivrait-il à tant d’épreuves ? » se demandait-elle.
Tout à coup, elle poussa un violent cri de douleur. La vieille matrone prit alors sa tête brûlante et la déposa sur ses genoux, avant de lui passer un chiffon mouillé sur le front. Malgré cette marque d’attention, Nafiassou poussa un second cri, à fendre l’âme, celui-là. La vieille matrone reposa immédiatement sa tête et se précipita entre ses jambes, lui intimant l’ordre de pousser. En vain. Nafiassou perdait ses forces au fil des minutes et son mari n’arrivait toujours pas. Les matrones, inquiètes, semblaient avoir placé tous leurs espoirs en Gnamien dont le retour se faisait pourtant de plus en plus long. Inquiètes, elles guettaient le moindre indice qui les rassurerait.
Gnamien, perdu dans les entrailles de cette forêt noire, se débattait comme un beau diable. Il avait déjà coupé les feuilles de srika, mais les racines de kotou étaient plus difficiles à trouver. Il venait justement d’apercevoir l’arbuste au flanc d’une termitière. Il se mit aussitôt à l’ouvrage. A l’aide de la daba, il creusait pour dégager les racines de la plante salvatrice qui avait la particularité de les avoir très profondes.
Gnamien continuait de creuser quand, tout à coup, il déboucha sur un trou côtoyant la racine de l’arbuste. Sans réfléchir, il y plongea la main. C’était l’erreur à ne pas commettre. Il sentit aussitôt une brûlante piqûre à la main. Le temps de comprendre ce qui lui arrivait, il vit le reptile qui venait de le piquer sortir par un autre trou et s’éloigner. C’était un kpangbazrèlè, le serpent le plus redoutable de la forêt. Ebranlé, Gnamien luttait contre la mort.
* *
*
Des halos de lumières multicolores avaient magistralement décoré le périmètre de la lune qui brillait de mille feux. Une musique étrangement agréable et reposante traversait le mystère des ténèbres et pénétrait l’intimité de la nature qui jouissait dès lors d’un calme majestueux. C’étaient les signes évidents d’une naissance insolite. Un vent paisible souffla alors sur le village et atténua soudain la douleur de Nafiassou qui se mit de nouveau à pousser, à la grande stupéfaction des matrones. Un vagissement étrange déchira aussitôt l’air. L’enfant venait enfin de naître. Les femmes entonnèrent des chants de victoire pour manifester leur joie. Mahou la matrone, qui avait pris le nouveau-né dans ses bras, remarqua tout de suite son étrangeté. En effet, à la lumière de la lampe tempête, elle découvrit que l’enfant, de sexe féminin, était rouquine. Mais là n’était pas le véritable problème. Ce qui intriguait la vieille femme au point de lui arracher des interjections, c’était cette minuscule étoile qui brillait au milieu de son front, comme une pépite de diamant. Les autres femmes qui étaient accourues, restèrent elles aussi perplexes. C’était bien la première fois qu’elles voyaient une chose pareille. Une étoile sur le front d’un nouveau-né ! C’était probablement un signe du destin.
Pendant que toute leur attention était focalisée sur l’étrange bébé, Nafiassou poussa un cri d’agonie. Aussitôt, les femmes se précipitèrent de nouveau à son chevet. Mais, malgré les remèdes qu’elles lui administrèrent, l’hémorragie qui avait fait suite à l’accouchement ne s’arrêtait pas. Petit à petit, l’anxiété céda au doute, puis au désespoir. Un silence de cimetière s’installa alors dans la pièce. Lentement, mais sûrement, Nafiassou agonisait.
- Pourvu que son mari arrive à temps avec les racines du kotou ! prièrent intérieurement les femmes affolées.
Mais, il valait mieux ne même pas y songer. Car, l’homme qu’on attendait et qui incarnait leur espoir luttait lui aussi contre la mort… La morsure du Kpangbazrèlè avait fait son effet. Paralysé et bavant, Gnamien rendit l’âme, le remède miracle à la main.
Que pouvait alors espérer Nafiassou ? Rien, sinon attendre que son sang se vidât et que la mort vînt abréger à son tour sa douleur. Ce qui arriva dans les minutes suivantes, à la grande stupeur des femmes. Comme Gnamien ne revenait toujours pas, des hommes armés allèrent à sa recherche. Ils n’allèrent pas bien loin. A l’entrée de la forêt, ils découvrirent le corps de l’infortuné, noirci par la puissance du venin du reptile. Le désarroi se généralisa : Gnamien et sa femme avaient trouvé la mort la nuit même où leur enfant était venu au monde…
Extrait de N’zrama, la fille étoile, (à paraître chez Edilivre-Editions)
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Bonjour
Posté par
nadia le 23.02.2008
Bravo François. La qu&lité de tes textes est sans égale. Bonne continuation.
Lien vers mon blogle tremblement du sang
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zoubairi hassan le zebre rasta le 03.03.2008
je ne lis pas beaucoups la litterture du fait que ma specialite est la psychologie et la psychologie-politique , mais je vous conseil tant qu un rasta d exploite la richesse mythique d afrique, dans tes oeuvres , your confident blood the zebra rasta vitez mon centerblog, le blog de la langue silencieuse ;;zobairi8zebra.centerblog.net
le tremblement du sang
Posté par
zoubairi hassan le zebre rasta le 03.03.2008
je ne lis pas beaucoups la litterture du fait que ma specialite est la psychologie et la psychologie-politique , mais je vous conseil tant qu un rasta d exploite la richesse mythique d afrique, dans tes oeuvres , your confident blood the zebra rasta vitez mon centerblog, le blog de la langue silencieuse ;;zobairi8zebra.centerblog.net
Excellent
Posté par
Mme Kaba Y Fofana le 02.04.2008
En tout cas Franc, tu peux te féliciter d'être une excellente plume: paroles d'une vieille prof de Lettres Modernes
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