LA SAISON DES AMOURS PERDUES
Posté le 19.03.2008 par ndahfranc

Tel est le titre du recueil de nouvelles que je viens de publier en France, chez Edilivre – Editions APARIS. C’est la première d’une série de cinq œuvres qui paraîtront dans les prochains mois. C’est donc une immense joie qui m’anime au moment où vient au monde ce nouveau bébé, si loin de la terre natale. Un bébé que j’ai longtemps porté dans mon ventre et qui porte en lui l’espoir de toute une vie.
Ah, l’espoir ! Que serions-nous sans cette ambition légitime qui nous fait toujours courir au devant du bonheur, du succès, de la notoriété ? Ici, le chemin qui conduit à la gloire est si étroit, si fourbe, si avare. On a beau courir, il ne fait que s’allonger indéfiniment, vous narguant de ses diaboliques caprices. Qui pourra alors nous reprocher de partir ailleurs ? Ailleurs est inévitable quand ici se transforme en vampire impitoyable. Nul n’est prophète en son pays, dit l’adage. Les grandes vérités sont éternelles.
C’est vrai, passée la joie de la naissance, apparaissent les appréhensions et les doutes. Ce bébé, aussi vigoureux soit-il, peut-il s’épanouir dans un univers aussi étranger ? A-t-il les moyens de s’affirmer afin que ses cadets profitent de son aura ? Ces questions, quoique légitimes, ne doivent pas altérer notre foi. Quand le pèlerin arrive à un carrefour, il fait une halte pour profiter des vibrations positives des anges qui y séjournent. Mais quand il a choisi par quel bout du chemin il doit continuer sa route, il n’a plus le droit de regarder derrière sinon les bénédictions qu’il a engrangées en ces lieux se transformeront en malédictions.
La saison des amours perdues est né et n’attend que votre soutien pour s’épanouir. Ne le lui refusez pas.
François d'Assise N'dah
Extrait :
Sylvie se leva et alla de nouveau éteindre la lumière. Et l’obscurité revint, à sa grande satisfaction.
Je me tus un moment et essayai de deviner dans le noir les contours de son charme.
– Qu’y a-t-il ? me demanda-t-elle.
– Tu es très belle, dis-je. Encore plus belle dans l’obscurité.
– Est-ce que tu sens les battements de mon coeur ?
– Oui, je sens le bruit lointain d’un tam-tam parleur. J’entends le dyong dyong frénétique du balafon. Et la voix suave de l’harmonica qui commente les reliefs gracieux de ton corps. Oui, je sens ton coeur battre comme un galop majestueux. Sens-tu le mien ?
– Oui, le tien bat beaucoup trop fort, beaucoup trop vite. Il a peur que je ne sois qu’un rêve, une illusion ; la femme d’une nuit irréelle…
J’étais si surpris qu’elle devine tous les mouvements de mon coeur. Cependant elle poursuivit :
– Si tu veux que ce moment ne finisse jamais, hâte-toi de transmettre ta part d’amour comme si tu étais en retard sur la vie et sur ton destin mais en avance sur la mort. Car si tu veux mourir sans regrets, il faut vivre dans la passion de l’amour. Hors de l’amour, tout n’est que bassesse, désespoir, agonie soumise, fin grossière.
– Oui, dis-je, j’ai souvent eu la sensation que je ne connaîtrai l’amour qu’une seule nuit. Et j’ai l’impression aujourd’hui d’être en train de dessiner ce rêve, de construire ce mystère, d’inventer cette énigme. Mais, j’ai toujours eu le sentiment que tu serais comme je te découvre aujourd’hui : une femme dans le noir ; une femme invisible ; une femme ouragan ; une femme océan. Un océan sur lequel je navigue avec mes illusions en bandoulière, naufragé d’une quête au parfum d’encens. Un monde de senteurs colorées où la réalité échappe au destin. Etrange destin ! J’avais peur de vivre ma vie sans toi. J’avais également peur de mourir ma mort sans toi. Mais aujourd’hui, vivre et mourir, pour moi c’est exactement la même chose. Parce que la vie c’est toi et la mort, c’est aussi toi.
Dans l’obscurité de la nuit, je sentais pourtant le regard de Sylvie me dévorer de désirs. Elle brûlait sous la flamme immortelle de la passion. Et dans un élan subit de lucidité, elle murmura à mon oreille :
– Veux-tu me dire un dernier poème ?
– Oui, ma sirène.
Si j’avais le talent de Victor Hugo
Y trouverais-je pour toi de jolis mots
Les délices du verbe hélas ! me sont manquant.
Vois toutefois comme le silence de mon regard est éloquent.
Idylle si secrètement entretenue à travers la prose
Elle s’écrira désormais en vers sur les pétales d’une rose.
Pour toute réponse, elle se leva et esquissa des pas de danse au son d’une musique inaudible. Elle ressemblait à un ange du paradis. Ses pas étaient si légers que je ne pouvais les entendre. Puis, tout doucement, elle vint vers moi.
– Viens, me murmura-t-elle gaiement à l’oreille. Viens me faire l’amour.
Je ne me fis pas prier. Il y avait des siècles, des années lumières que j’attendais ce moment, cette heure, cette minute, cette seconde où mon corps accomplirait le fabuleux voyage du septième ciel.
Je portai Sylvie dans mes bras, comme dans un sarcophage de nymphes. Mes gestes étaient approximatifs, éphémères, provisoires.
Je savais que c’était le moment d’être heureux et de ne plus jamais me morfondre comme un enfant gâté. Que c’était le moment des fantasmes et des jeux interdits. Rouge était mon désir, parfumée était ma passion, invisible était mon amour.
J’avais envie d’aller très loin avec elle. Plus loin que le soleil, plus loin que l’Enfer, plus loin que le Paradis, au-delà de mon rêve.
Dans le grand lit grandeur océan, je la jetai. Et l’eau fit des vagues énormes. Nous nous serrâmes alors l’un contre l’autre car une grosse baleine avait surgi des profondeurs des eaux. De sa gueule ouverte, elle nous emporta dans les méandres d’un monde mystérieux.
Nous avons alors noué nos jambes, nos bras, nos cheveux, nos langues, nos sexes, nos cœurs, pour devenir l’homme des origines, l’homme qui était Dieu, cet être hermaphrodite comme à l’origine des temps où le temps était encore Dieu.
Fondus dans un idéal de passion, nous criâmes avec toute la foi de notre être ressourcé, une myriade de mots d’amour dans la nuit mystérieuse du ventre de la baleine…
Ah ! quelle nuit magique ! Ce laps de temps me permit de construire un morceau de mon destin, sur un fil de vie usé par le cancer de l’incertitude…
Extrait de la nouvelle Femme d’une nuit.
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