JUSQU'AU BOUT DE L'ENFER
Posté le 07.05.2008 par ndahfranc

Je viens de publier chez Edilivre-Editions, en France, un roman d’aventure intitulé : Jusqu’au bout de l’enfer. Cette œuvre agréable à lire met en scène un personnage étrange, Bla-Yassoua, la Femme-Homme. Ce personnage, homme les jours impairs et femme les jours pairs, est confronté à un terrible dilemme : il doit abandonner définitivement une de ses apparences au profit de l’autre. Mais la guerre des sexes n’a pas vraiment lieu. Son périple autour du monde et dans l’univers lui révèle bien des secrets qui lui permettront de comprendre le vrai sens de la Création. Une œuvre à lire absolument tant le message qu’elle véhicule est poignant.
Extrait :
Le dilemme de Bla-Yassoua était des plus inextricables ! Devait-il épouser un homme ou au contraire une femme ? La loi du village était stricte qui interdisait tout mariage polyandre ou polygame. Or, il aurait été plus facile pour lui de se marier à un homme et une femme à la fois. Mais voyez-vous, la loi c’est la loi et nul n’a le droit, quel que soit son état, de se mettre au-dessus d’elle. Il lui fallait donc faire un choix et au plus tôt.
Il se retira dans l’intimité de sa chambre afin d’interroger dans la plus grande quiétude l’intimité de son être intérieur. Mais le combat que se livrèrent sa nature féminine et sa nature masculine était impitoyable. Un combat farouche qui dura huit jours sans que ni l’une ni l’autre ne pût prendre le dessus. En fin de compte, il décida de prendre conseil auprès de ses géniteurs. Il alla d’abord rencontrer son père qui l’attendait justement pour aborder le sujet.
– Bonjour mon père, lui lança-t-il avant de prendre place en face de lui.
– Bonjour mon fils, lui répondit son père, car c’était un jour impair et donc c’était son apparence masculine qui avait droit de cité.
Il coula sur lui un regard paternel et compatissant mais lui sourit au bout d’un moment pour lui montrer qu’il était de coeur avec lui.
– Père, commença Bla-Yassoua après s’être raclé la gorge, signe de son embarras, j’ai du mal à choisir le sexe qui devra déterminer le reste de mon existence. Que me conseilles-tu ?
Son père, qui avait déjà longuement médité sur la question, ne passa pas par quatre chemins pour lui faire partager sa vision des choses.
– Mon cher enfant, c’est une décision importante que tu es amené à prendre aujourd’hui. Il te sera difficile, voire impossible de revenir sur tes pas. Voilà pourquoi je souhaite que tu le fasses en toute lucidité et connaissance de cause…
– Je suppose que tu me conseilles de choisir le sexe masculin ?
– Je ne te cacherai pas que c’est bien cela ma préférence. A ta place, j’opterai pour le sexe masculin. Car avec lui, tu auras d’énormes avantages. D’abord, sache que depuis l’origine des temps, Anangaman a fait de l’homme le chef de la famille. En conséquence de cela, sa femme lui doit respect et obéissance. Ensuite, la femme a été créée pour servir l’homme, le rendre heureux et assurer la pérennité de sa famille. C’est donc elle qui porte la grossesse et éduque les enfants. Tu n’imagines pas combien pénibles sont ces tâches qui requièrent patience, courage, disponibilité et amour…
Après cet entretien, Bla-Yassoua se retira de nouveau dans sa chambre pour digérer tous ces conseils que venaient de lui donner son père. Mais, comme le dit un proverbe africain, on ne fait pas de sacrifice avec une seule moitié de cola. C’est pourquoi il décida de recueillir l’avis de sa mère le jour suivant où son apparence féminine avait éclos dans toute la splendeur de son charme.
– Mère, lui dit-elle dès qu’elle se fut assise en face d’elle, je viens solliciter ton aide afin que la décision finale que je vais prendre le soit en toute connaissance de cause.
– Ma fille, j’attendais impatiemment cet entretien car, en tant que mère, il est de mon devoir de te donner certaines informations capitales et qui j’en suis sûre t’aideront à prendre la bonne décision… Ah ! ma chère enfant, quel bonheur d’être femme !
– Ah bon !
– Oui ma fille, quel immense bonheur que d’être femme ! Les gens qui ne comprennent pas toujours la mission qu’Anangaman nous a confiée se plaignent à longueur de journée. Mais ce qu’ils oublient, c’est que sans nous, l’homme n’est rien ; il est aussi vulnérable qu’un poussin loin de sa mère. L’homme ne comprend pas toujours le sens de la force physique qu’Anangaman lui a donnée : c’est juste pour subvenir aux besoins alimentaires et matériels de sa femme et de ses enfants. Toute autre utilisation est contraire au dessein d’Anangaman. A la femme, l’Esprit Supérieur a donné la force spirituelle, plus forte que la force physique. Contrairement à la force physique qui est action, la force spirituelle est réflexion. Ces deux forces ne sont pas incompatibles, antinomiques, bien au contraire, elles sont complémentaires. L’une ne saurait exister sans l’autre. C’est pourquoi un homme qui n’est pas marié n’en est pas un ; c’est un handicapé spirituel… Anangaman n’a pas établi une relation de domination entre les deux forces. Quand un homme veut poser un acte, il a besoin de la caution spirituelle de sa femme sinon il court inéluctablement à l’échec. C’est la femme qui le conseille et fait appel aux anges de la lumière pour la réussite du projet en question. L’homme est incapable de rentrer en contact avec les anges de la lumière. Il est obligé d’avoir un intermédiaire. Or, la femme, de par sa sensibilité de femme, entre directement en contact avec eux. Une famille ne prospère que lorsque la femme est consciente de sa mission de femme. Y a-t-il plus
noble mission que celle-là ? L’homme croit qu’il est le chef de la famille parce qu’il aime les honneurs, mais en réalité, le vrai chef de famille c’est bien la femme. Ma fille, ne laisse pas la proie pour l’ombre…
– Merci mère, pour tous ces conseils. Je vais à présent me retirer dans ma chambre afin de les digérer.
– J’ai confiance en ton bon sens. Va et prends la bonne décision.
Sur ce, elle se leva et prit congé de sa mère.
Ainsi donc, chacun des parents vanta-t-il le sexe qui était le sien. Ils furent tous les deux si convaincants qu’au sortir de ces deux entretiens, Bla-Yassoua ne put toujours pas se décider. L’expérience familiale non plus ne lui fut d’aucun apport tellement son père et sa mère vivaient en parfaite harmonie, chacun jouant son rôle avec fierté et bonheur. Il en était d’ailleurs ainsi dans tout le village.
– Il doit bien y avoir une partie plus noble et beaucoup plus intéressante que l’autre, ne cessait de se murmurer Bla-Yassoua à longueur de journée dans l’intimité de sa chambre.
Un jour pourtant, au sortir d’une autre nuit sans sommeil, il trouva enfin la solution à son problème. Il décida d’aller à la conquête du monde pour se rendre compte par lui-même laquelle des deux parties présentait le plus d’intérêts et d’avantages. Il informa ses parents de cette importante décision. Ceux-ci n’y virent aucun inconvénient et lui donnèrent d’ailleurs leurs bénédictions.
Jusqu'au bout de l'enfer, Edilivre, mai 2008
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