Posté le 31.12.2007 par ndahfranc
Voici à ce sujet un petit conseil de Paulo Coelho, extrait de son œuvre Maktub.
C’était la veille de Noël. Le voyageur et sa femme dînaient dans l’unique restaurant d’un village des Pyrénées, et ils faisaient le bilan de l’année sur le point de se terminer. Le voyageur se mit à déplorer un évènement qui ne s’était pas déroulé comme il l’aurait souhaité.
Sa femme regardait fixement le sapin de Noël qui décorait le restaurant. Le voyageur songea qu’elle ne semblait guère intéressée par la conversation, et il changea de sujet :
« Les décorations de cet arbre sont très jolies, remarqua-t-il.
- C’est vrai, répondit-elle. Mais si tu observes bien, au milieu de ces dizaines d’ampoules, il y en a une de grillée. Il me semble que, au lieu de considérer les innombrables bénédictions qui ont illuminées l’année passée, tu fixes ton regard sur la seule ampoule qui n’a rien éclairé du tout. »
COMMENTAIRES
Faisons le bilan de notre année de manière à ce que la force de Dieu nous habite et nous donne le courage d’avancer et non en nous culpabilisant et nous accablant de tous les péchés d’Israël. Savoir reconnaître toutes les grâces dont Dieu nous a comblés et l’en remercier, voilà le vrai sens du mot BILAN.
Bonne et heureuse année à tous et à toutes.
Posté le 30.12.2007 par ndahfranc
Mon hospitalisation dura trois jours pendant lesquels je n’arrivais pas à me départir de cette culpabilité morbide qui me rongeait.
Néanmoins, je fus autorisé à quitter l’hôpital mais avec obligation de consulter un spécialiste en psychiatrie dans les meilleurs délais.
Trois jours après ma sortie, je me présentai donc au service du docteur Lepetit. « Il fait des miracles, celui-là », m’avait-on rassuré.
Il me reçut avec une telle simplicité que je placai aussitôt toute ma confiance en lui.
- Le Bon Combat est mené parce que sans lui, notre vie n’a pas de sens. Et c’est d’abord un combat intérieur avant d’être physique, matériel. Ce combat est important en ce sens qu’il nous permet de réaliser nos rêves. Car, qu’est-ce qu’une vie sans rêves ? Sans cette ambition légitime d’aspirer au succès, au bonheur ? Mais, que serait ce bonheur, ce succès si nous ne luttons pas pour les obtenir ? Rien de plus que des passions éphémères qui nous montreront rapidement nos propres limites à les conserver. Voilà pourquoi il importe de forger d’abord dans sa tête, l’esprit de persévérance, d’abnégation et de courage. Mais attention, être persévérant, dévoué et courageux ne conduit pas forcément au succès ni au bonheur. Il faut se connaître d’abord soi-même, c’est-à-dire, avoir une idée claire et précise de ses propres capacités aussi bien intellectuelles, morales que physiques. Sinon, on trouvera que nos rêves sont infantiles, difficiles à réaliser, ou tout simplement, le fruit de notre méconnaissance des réalités de la vie. Ainsi, par notre méconnaissance de nous-mêmes, nous tuons nos rêves (pourtant notre seule raison de vivre) qui finissent par pourrir et infestent toute notre atmosphère. Nous cherchons alors des boucs-émissaires autour de nous. Nous accusons tel ou tel parent d’avoir refusé de nous aider, ou tel professeur d’être trop sévère envers nous, ou tout simplement le système d’avoir programmé et planifié notre échec. Mais, au fil du temps, nous prenons conscience de notre part de responsabilité dans notre échec. Nous devenons alors intransigeants et cruels envers nous-mêmes. Nous nous imposons dès lors des punitions parfois arbitraires qui nous conduisent inévitablement vers la souffrance et les psychoses. Si rien n’est fait, alors, on court tout droit vers la catastrophe. Et un beau jour, sans raison apparente, la mort nous apparaît comme la seule voie pour échapper au doute…
Après cette première prise de contact avec le docteur Lepetit, je fus conforté dans ma conviction que je devais tourner cette triste page de ma vie afin de repartir sur de nouvelles bases ; avec une âme et une conscience nouvelles, lavées de toutes les impuretés et affections mentales. J’espérais de tout mon cœur et de toute mon âme que cet accident marquerait le début d’une espérance nouvelle. Voilà pourquoi je m’efforçais chaque jour d’enterrer dans la conscience de l’oubli ce passé sordide et rancunier dont la voix, comme le coup de cymbale qui sonne le début de l’exécution capitale, faisait souvent tressaillir mon âme d’horreur.
Dans le centre du docteur Lepetit, j’avais croisé d’autres damnés de mon acabit, souvent dans un état pire que le mien. Ils portaient sur leurs dos courbés par la misère, des haillons d’espérance. Les rêves qu’ils portaient en bandoulière comme de vieux sacs rapiécés avaient pris la couleur macabre de l’incertitude. Mais ce qui m’étonnait chez la plupart d’entre eux et me fascinait tout à la fois, c’était le désir farouche qu’ils manifestaient d’échapper à leurs tragiques destins. Comme si cela eut pu encore être possible.
J’avais appris au fil des jours à les connaître ; à écouter leurs histoires pitoyables ; à partager leurs frustrations et impuissances ; à caresser leurs rêves ridicules et inaccessibles.
Un de ces damnés de la terre attira cependant mon attention à cause de son attitude tout à fait singulière. C’était un monsieur de petite taille, aux mouvements saccadés et brusques. Il se tenait toujours à l’écart des autres pensionnaires et ne parlait pratiquement jamais avec personne. Il n’était pas vieux mais portait élégamment des cheveux blancs qui avaient visiblement blanchi avant l’âge. Il avait de petits yeux brillants qui une fois posés sur vous, avaient l’extraordinaire pouvoir de scanner votre âme. Et le sourire qu’il affichait après une telle analyse en disait long sur le diagnostic qu’il avait posé. Il remuait alors la tête comme pour marquer sa déception et s’en allait s’asseoir sur un de ces bancs en béton, de l’autre côté du jardin. Puis, il sortait de la poche de son veston en cuir noir, un petit livre à la couverture rouge dans lequel il plongeait aussitôt son regard avide, mu par une irrésistible envie. Il déchiffrait alors avec une attention joyeuse et presque maladive, le message qui s’y cachait.
J’étais fasciné par le pouvoir que ce livre exerçait sur lui. Il le plongeait dans une extase sublime. On eut dit qu’il le transportait dans un univers de profonde gaieté et de tranquillité.
Au fil des jours, je me laissai persuader que ce livre contenait la solution à mon problème. Il me fallait donc le lire moi aussi.
Cette obsession presque maladive conditionna mon séjour dans le centre du docteur Lepetit. M’approprier cette œuvre, telle était désormais mon ambition.
Je cherchai d’abord à en découvrir le titre ainsi que le nom de son auteur. Après quelques jours d’espionnage, ma curiosité fut enfin satisfaite. L’œuvre en question s’intitulait : QUI ÊTES-VOUS ? et avait pour auteur le docteur Lepetit en personne.
Cette découverte me rassura, car j’étais à présent sûr de pouvoir rentrer en possession de ce livre dont j’avais le sentiment à présent que ma vie dépendait.
Mais, les mêmes interrogations continuaient toujours de me harceler. Que pouvait-il contenir de si intéressant pour que ce type lui accordât une telle attention ? A vrai dire, c’était cette énigme qui me fascinait le plus. La percer, apparaissait dorénavant comme une ambition légitime que je devais réaliser. Peut-être alors me disais-je, découvrirais-je enfin le nouveau sens de ma vie, celui qui mettrait fin à toutes mes angoisses…
Quelques jours après ma fascinante découverte, il se passa pourtant quelque chose d’étrange au centre psychiatrique et qui faillit bouleverser toutes mes certitudes. En effet, l’homme qui était devenu depuis peu la cible privilégiée de ma curiosité avait disparu. Et cela ne semblait inquiéter personne, sauf moi, bien entendu. Troublé, je me précipitai dans le bureau du docteur Lepetit afin de l’informer de la situation.
- Docteur, le vieil homme n’est plus là.
- De qui parlez-vous ?
- L’homme qui se tenait toujours à l’écart pour lire le livre à la couverture rouge.
- Ah ! vous voulez parler de monsieur Nanguess ? Ne vous inquiétez pas pour lui. Peut-être son tour est-il enfin arrivé. Enfin, je l’espère.
- Son tour de faire quoi, docteur ?
- Ne vous inquiétez surtout pas, monsieur Nanguess sait ce qu’il fait.
Je trouvai la réponse du docteur Lepetit aussi énigmatique que suspecte. Que cherchait-on à cacher ? Non, je ne pouvais pas me contenter d’une telle réponse. Et si le livre rouge y était pour quelque chose ?
Toutes ces questions se bousculaient dans ma tête, rendant le mystère autour du vieil homme et de son livre encore plus impénétrable.
Cependant, je renouai quelques jours plus tard avec l’espoir de dénouer cette énigme, puisque je retrouvai le livre rouge dans la petite bibliothèque du bureau du docteur Lepetit.
- Docteur, puis-je vous emprunter le livre à la couverture rouge ?
- Celui qu’aimait tant lire monsieur Nanguess ? Il le trouvait tellement fascinant.
- Oui, docteur. Dites docteur, vous n’avez pas encore eu de ses nouvelles ?
Il ébaucha un sourire confiant mais qui était loin de me rassurer.
- Il va très bien, vous pouvez me croire. M. Nanguess a subi un traumatisme important après son suicide manqué. Et ce livre que je lui ai prêté volontiers lui a permis de retrouver le bon pied pour repartir sur de nouvelles bases.
- Il a essayé lui aussi de se suicider ?
- Mais grâce à ce livre, il a pu s’en sortir. Je crois que vous devriez vous aussi le lire. Je suis sûr qu’il vous ferait énormément de bien.
Je pris donc congé du docteur Lepetit avec entre mes mains, le livre rouge. Sa présence accrut davantage mes appréhensions au lieu de les apaiser. Car, ignorant ce qui était arrivé à monsieur Nanguess, j’avais peur de me laisser embarquer dans une aventure dont j’ignorais toutes les conséquences.
Dès que je rentrai chez moi, je pris un bain réparateur, dînai sans appétit avant de m’enfermer dans ma chambre.
Couché dans mon lit, je laissai évader mes pensées afin de faire le vide dans ma tête. C’était un exercice important qui me permettait de me relaxer avant de faire le point de ma journée. Quand j’eus fini, avec une émotion bizarre, je m’emparai du livre rouge et l’ouvris à la première page. Mais mystère !
Aucun mot n’y figurait. Pas plus que sur la page suivante ni sur toutes les autres d’ailleurs.
Le livre rouge ne comportait aucun mot, aucune phrase, aucun paragraphe… Il était vierge comme la conscience d’un nouveau-né ; sans émotion ni souvenir.
Le trouble qui s’empara alors de moi était immense. J’avais du mal à comprendre ce qui se passait. Etait-ce moi qui devenais fou ou le livre était-il vraiment vierge ? S’il était vierge, comment comprendre que le docteur Lepetit pût le prêter et en dire tellement de bien ? Il y avait bien quelque chose qui clochait…
Cette nuit-là fut la plus épouvantable depuis mon accident. Incapable de trouver le sommeil, j’avais la sensation d’entendre des voix confuses essayer de me donner des explications par rapport à tout ce qui m’arrivait. Ce n’est que très tard dans la nuit qu’un sommeil assez léger vint mettre fin à mon supplice.
Tôt le matin, je me précipitai au centre psychiatrique pour rencontrer le docteur Lepetit afin d’avoir des explications sur ma mésaventure.
Quand je lui eus tout expliqué dans les détails, il prit subitement un air inquiet avant de me demander :
- Qu’est-ce que vous dites ? Donnez-moi ce livre.
Après l’avoir ouvert, il poursuivit :
- Ou vous avez des problèmes de vision ou vous ne savez pas lire.
Je lui arrachai littéralement le livre des mains pour voir si réellement il contenait quelque chose comme le laissait supposer sa réponse. Mais je ne découvris rien. Ni mots, ni phrases. Rien du tout.
- Mais, docteur, il n’y a rien dans ce livre !
- Dites plutôt que vous ne voyez rien dans ce livre.
- Et quelle est la différence ?
- La différence, c’est qu’il y est bien écrit quelque chose, sauf que vous, vous ne le voyez pas. Et c’est bien dommage.
Le trouble qui s’empara de moi était indescriptible. A présent, j’étais sûr d’être vraiment devenu fou. J’eus une subite envie de pleurer.
- Docteur, dites-moi comment m’y prendre, s’il vous plaît.
Il sourit.
- Ce livre ne se lit pas avec les yeux. Lisez-le plutôt avec votre esprit et vous verrez.
En prenant congé du docteur Lepetit, j’étais décidé à percer le mystère de cette œuvre. Toute ma vie à présent semblait en dépendre.
Pourtant, au bout de quatre jours, je n’y étais pas encore arrivé. Néanmoins, je ne voulais pas me laisser gagner par le doute ni le découragement.
Le docteur Lepetit me conseilla des exercices spirituels afin de mettre mon esprit dans des conditions optimales de réceptivité.
Un soir, je me livrai à un exercice de concentration que j’appris au Centre-même.
Juste après, je m’emparai à nouveau du livre et l’ouvris à la première page. Mais, elle était toute blanche. Cependant, j’étais persuadé qu’elle contenait bien des mots et des phrases si bien que je refusai d’en retirer mon regard.
Après quelques minutes de cet exercice, une voix confuse commença à retentir dans mon esprit. L’instant d’après, elle était devenue nette et audible. Et j’avais l’intime conviction que les phrases qu’elle prononçait étaient bien celles que contenait la première page du livre. Je tournai cette page, puis la deuxième…
Je lisais les pages du livre rouge non avec les yeux mais bien avec mon esprit. Et au fur et à mesure que je les tournais, je sentais une joie intense et sublime irradier tout mon corps et mon âme. C’était tout simplement fabuleux !
Je venais ainsi de percer le mystère du livre rouge…
Des jours durant, je m’adonnai à la lecture de cette œuvre magnifique, sous toutes ses nuances. Ainsi, j’en appris énormément sur les différents aspects de la vie.
Puis, un jour, quand je me sentis prêt, je partis, avec entre les mains, cet immense trésor…
Posté le 29.12.2007 par ndahfranc
Cette petite causerie du jour, non pas pour décourager tous ceux qui aspirent à l’écriture pour diverses raisons, mais pour renforcer au contraire en chacun la foi qu’on peut y arriver parce qu’on a en soi ce petit quelque chose qui nous prédispose à la profession.
Récemment, Régina Yaou affirmait que pour elle, écrire, était une question de don divin. Je n’irai pas moi, jusqu’à parler de don divin même si tout don par essence est quelque chose de divin, mais je parlerai plutôt de talent, de prédisposition.
Oui, la prédisposition, le talent, est quelque chose d’inné, de latent en soi et qu’il faut développer. Dans le domaine de l’écriture, tout commence par un appel, parfois irrésistible d’on ne sait quoi. Quelque chose qui se manifeste comme un manque tant qu’on n’y a pas cédé. On peut y résister pendant des années, par peur de l’inconnu ou par manque de temps mais on finit tôt ou tard par y céder. Au début, la peur vient du fait qu’on croit qu’on n’a rien à dire, puis par la suite parce qu’on a trop de choses à dire et enfin parce qu’on se croit incapable de dire toutes ces choses qui bouillonnent au fond de nous. Ces moments sont parfois des périodes de profonde remise en cause, de recueillement et de méditation. Sans s’en rendre compte, je dirais, à son corps défendant, on se surprend à gribouiller des choses auxquelles parfois on ne comprend rien. Mais ce besoin d’écrire ou plutôt l’acte d’écrire ressemble plus à une thérapie qu’à autre chose. Chaque mot qu’on écrit, chaque phrase qu’on construit, nous soulage d’un mal inconnu. Puis, on a le sentiment que chaque page produite est une infime partie d’un tout immense, comme un puzzle qu’on cherche à reconstituer.
La deuxième chose qui permet de détecter en nous la graine d’écrivain, c’est cet élan de curiosité qui nous pousse à la découverte de l’écriture. On apprend à aimer les belles lettres, à en savourer les émotions. Notre âme apprend à s’harmoniser avec les différentes vibrations qu’elles émettent. C’est le moment où l’écrivain cherche sa voie, celle qui correspond au mieux à son tempérament. Il cherche à établir des affinités entre lui et d’autres écrivains qui répondent au niveau du style et du genre pratiqué à ses attentes. C’est le moment où il choisit son premier maître, celui qui l’accompagnera dans ce début de carrière. Il cherchera à écrire comme lui, à l’imiter. Ce moment de balbutiement durera de longues années pendant lesquelles l’écrivain débutant réalisera une banque de textes aussi divers que variés, certains plus réussis que d’autres.
Enfin vient le moment de la grande décision après un bilan des plus objectifs. Si l’on a su écouter la voix de son cœur, si l’on a su se laisser dompter, si l’on a su se laisser engrosser, alors, il n’y a qu’une seule alternative, retrousser ses manches, s’armer de courage et de persévérance et se jeter dans cette jungle impitoyable où le succès et la renommée fuiront toujours un peu plus loin de vous. Bien souvent, le découragement sera au rendez-vous, mais l’amour de l’écriture sera toujours le plus fort. A défaut d’être édité, on prendra plaisir à se lire soi-même, ou à se faire lire par nos proches qui nous aideront par leurs encouragements et leurs soutiens. Au fur et à mesure que le temps passera, comme un fruit, on atteindra la maturité. Dès lors, l’écrivain ne s’appartient plus, mais il devient un bien collectif et social.
Ce cheminement, bien souvent, se déroule à notre insu, sans qu’on y prête attention. Mais c’est un cheminement classique, identique dans tous les domaines artistiques. Ceux qui y échappent ne comprennent pas très souvent pourquoi leur succès n’a duré que le temps d’un feu de paille. Bonne et heureuse année à vous, dompteurs de mots et d’émotions !
Posté le 28.12.2007 par ndahfranc
Ce livre est mon livre de chevet préféré. C’est le trésor dans lequel je puise ma foi et mon espérance en la vie. Un visiteur du blog me demandait récemment comment faire pour trouver le véritable sens de la vie ?
Peut-on vraiment dire que la vie a un véritable sens ? Un seul et unique sens sans lequel on aurait vécu inutilement ?
En lisant et méditant LE PROPHETE de Kahlil Gibran, vous comprendrez que non. La vie est un cheminement, une école où nous apprenons à nous connaître pour comprendre le dessein de Dieu. A ce sujet, je voudrais soumettre à votre sagacité, deux textes extraits de cette œuvre magnifique.
PREMEIER TEXTE :
Une femme parla, disant, qu’est-ce que la douleur ?
Et il dit :
Les souffrances sont les déchirures par lesquelles les germes de votre compréhension percent leur enveloppe.
Et tout comme il faut inévitablement que le noyau du fruit se casse pour que le cœur puisse mûrir au soleil, ainsi devez-vous connaître la douleur.
Tâchez de maintenir votre cœur dans l’émerveillement des miracles quotidiens de la vie et vos douleurs vous apparaîtront aussi dignes d’émerveillement que vos joies ;
Vous saurez vous soumettre sans difficulté aux saisons du cœur, comme on règle sa vie sur le passage des saisons.
Et vous resterez alertes et sereins aux hivers de votre tristesse.
Vos souffrances sont en grandes parties infligées par vous-mêmes.
Elles sont ce remède amer par lequel le médecin qui est en vous soigne le malade en vous.
Aussi accordez votre confiance à ce médecin, et buvez son remède en toute quiétude et sans vous plaindre ;
Bien qu’elle vous paraisse brutale et sans ménagement, sa main est guidée par la main bienveillante de l’Invisible.
Et si elle brûle vos lèvres, la coupe qu’il vous tend, n’en a pas moins été façonnée par le Potier lui-même, d’une argile détrempée de Ses larmes sacrées.
DEUXIEME TEXTE :
Almitra dit : Parle-nous en premier lieu de l’Amour. Il leva la tête et regarda tous ceux qui étaient devant lui, et tous retenaient leur souffle. Et, d’une voix forte, il dit :
Lorsque l’Amour vous fait signe, suivez-le,
Bien que ses voies soient abruptes et escarpées.
Et lorsque ses ailes vous enveloppent, abandonnez-vous à lui,
Quoiqu’il ait un dard acéré caché parmi ses plumes, qui pourrait vous blesser.
Et s’il vous adresse la parole, croyez en lui,
Bien que de sa voix il puisse fracasser vos rêves, comme le vent du Nord dévaste le jardin.
Car autant l’Amour sait vous couronner, autant il sait vous crucifier. Alors même qu’il vous aide à grandir, il vous dépouille.
Alors même qu’il s’élève au plus haut de vous-mêmes et caresse les plus tendres de vos branches qui ondoient dans le soleil,
Il s’enfonce au plus profond de vos racines pour vous ébranler dans vos assises.
Comme des gerbes de blé que l’on moissonne, il vous rassemble en lui-même.
Il vous bat au fléau pour vous mettre à nu.
Il vous passe au crible pour vous libérer de votre enveloppe.
Il vous moud à la meule jusqu’à la blancheur.
Il vous pétrit pour vous assouplir.
Puis il vous soumet à son feu sacré, afin que vous puissiez devenir le pain sacré du festin vénérable de Dieu.
Voilà tout ce que l’Amour vous fera subir afin de vous faire connaître les secrets de votre cœur, et devenir, en cette connaissance, un éclat du cœur de la Vie.
Mais si vous n’osez pas et ne cherchez de l’Amour que la paix et les plaisirs,
Alors il vous serait préférable de ne pas dévoiler votre nudité et de fuir, quand l’Amour fait son battage,
Vers un monde sans saisons où vous pourrez encore rire aux éclats, et où vous pourrez encore pleurer, mais non pas de toutes vos larmes.
L’Amour ne donne que lui-même et ne prend rien qu’en lui-même.
L’Amour ne possède personne et ne peut être possédé,
Car l’Amour se suffit amplement de l’Amour.
Lorsque vous aimez, vous ne devez pas dire :
« Dieu est dans mon cœur », mais plutôt : « Je suis dans le cœur de Dieu. »
Et ne croyez pas que vous pouvez diriger les voies de l’Amour, car c’est l’Amour, s’il juge que vous le méritez, qui dirigera votre cœur.
L’Amour n’aspire qu’à s’épanouir pleinement.
Si vous aimez et devez éprouver des désirs, faites que ces désirs soient vôtres :
Vous fondre en ce ruisseau onduleux qui chante une mélodie à la nuit.
Eprouver la douleur d’un débordement de tendresse.
Porter la blessure qui n’est due qu’à votre incompréhension de l’Amour,
Et en laisser couler le sang joyeusement.
Vous réveiller à l’aube avec un cœur ailé et rendre grâce pour cette nouvelle journée où il vous est permis d’aimer ;
Méditer ensuite sur l’extase de l’Amour en faisant la méridienne ;
Et revenir chez vous au crépuscule rempli de gratitude ;
Enfin, vous endormir avec en votre cœur une prière pour l’être aimé et sur vos lèvres un chant de louanges.
En cette fin d’année, je voudrais que chacun puisse tremper son âme dans le ruisseau de ces vers pleins de poésie et de sagesse.
Posté le 27.12.2007 par ndahfranc
PARLONS DE STYLE
Certains auteurs débutants ne comprennent pas toujours ce que signifie le style d’un auteur. Permettez-moi donc de vous entretenir ce jour sur la notion de style.
Le style, d’après le dictionnaire HACHETTE, c’est la manière d’utiliser les moyens d’expression du langage, propre à un auteur, à un genre littéraire, etc. Style clair, précis, élégant ; obscur, ampoulé. Style burlesque, oratoire, lyrique. Style administratif, juridique. C’est aussi une manière de s’exprimer agréable et originale. Orateur qui tourne ses phrases avec style.
Comme vous le voyez, le style est d’abord et avant tout une manière agréable de parler et d’écrire. Cela suppose que l’écrivain a un vocabulaire dense comprenant des formules idiomatiques, qu’il maîtrise la conjugaison avec ses concordances de temps, et qu’il maîtrise surtout la syntaxe, c’est-à-dire, la construction correcte des phrases. Parler bien, dire bien, manier la langue avec art, voilà la première signification du style. Malheureusement, dans le domaine de l’écriture, ce n’est pas la signification la plus importante.
Dans le domaine de l’écriture, le style est un ensemble plus complexe qui s’applique à l’usage que le créateur fait des matériaux de construction du texte littéraire. Comment l’auteur dévoile-t-il son histoire, comment campe-t-il ses personnages, quels genres de personnages utilise-t-il dans son projet d’écriture, comment conçoit-il l’interaction entre eux, par quelle stratégie découvre-t-on son idéologie ? Etc., etc.
Le style, c’est la façon dont un auteur raconte son histoire, tisse sa toile, l’agrémente pour la rendre intéressante. Le style est donc une question de sensibilité personnelle, d’état d’âme et de conscience. Le style, c’est la somme des émotions, des rêves, des cauchemars, des fantasmes, des secrets de l’auteur. L’écriture est un exutoire, une fontaine dans laquelle l’auteur se découvre lui-même. Si votre âme a de la profondeur, cela s’en ressentira dans votre style. Si par contre, votre âme est vile, cela transparaîtra également dans vos personnages, dans leur façon de s’exprimer, de se comporter. On peut créer par exemple un personnage qui soit antipathique mais non vulgaire. Cela me fait penser au personnage du fou dans La légende du Wagadu vue par Sia Yatabere de Moussa Diagana. Ce fou-là n’a rien à voir avec les fous ordinaires que nous connaissons et rencontrons dans les rues de nos différentes capitales. Quel intérêt l’auteur aurait-il eu à camper un fou ordinaire ? La notion de fou ici pourrait s’appliquer à tous les incompris de la société, à tous ceux qui, malgré la terreur que suscite le pouvoir, n’ont pas peur de l’affronter et de dénoncer ses crimes. L’auteur fait donc œuvre de création en associant à la notion de fou ordinaire, une catégorie de personnes comme vous et moi. En filigrane, on perçoit plus ou moins l’idéologie de l’auteur. Un personnage, même dans une œuvre réaliste, est la somme de plusieurs personnages réels ou imaginaires. Comment l’auteur arrive-t-il à le créer ? Un espace, même réaliste, ne produit pas les mêmes émotions d’un auteur à un autre. Qu’est-ce qui fait la différence ? Pourquoi tel auteur dit-il qu’un arbre a des feuilles bleues et cela ne semble surprendre personne ? Pourquoi l’auteur fait-il mourir tel personnage au lieu de tel autre ? Voilà résumé le style.
Le style n’est donc jamais quelque chose de figé, de statique. Plus vous gagnez en sagesse et en connaissance, plus votre style s’épure, s’ennoblit. Et la seule façon d’améliorer son style, c’est de lire les autres écrivains, de chercher à savoir comment ils opèrent. Il m’est arrivé de rencontrer dans des ateliers d’écriture des personnes qui aspirent à être écrivain mais qui n’ont lu guère plus de deux livres. Mais, quel genre d’écrivain voulez-vous devenir avec un bagage d’une telle pauvreté ? Récemment, le célèbre Isaïe Biton Koulibaly me confiait qu’il avait lu plus de 10 000 livres sinon plus. Vous comprenez pourquoi il a tant de succès ? Tout auteur a un maître, quelqu’un à qui on veut ressembler parce qu’on admire sa façon d’écrire. Qui est votre maître à vous ?
On pourrait parler du style des heures et des heures. Mais ce que je voudrais qu’on retienne de ce billet, c’est qu’écrire est un apprentissage de longue haleine. C’est au fur et à mesure que vous écrirez que vous découvrirez le sens du mot style. Et ce jour-là, on pourra vous appeler écrivain.
Posté le 24.12.2007 par ndahfranc
Will était accroché au combiné téléphonique comme si sa vie en dépendait. Cela faisait la énième personne qu’il appelait.
- … Woody, tu es le chef du service de chirurgie, si tu ne peux pas m’aider, alors qui pourrait ? Est-ce que tu essaies de me dire que dans la plus grande clinique d’Abidjan, il n’y a pas un seul… Ouais, ouais, son médecin m’a dit… le 30 ? C’est trop tard…
Il raccrocha cette fois encore sans avoir eu le résultat escompté. Et dire que cette clinique était son tout dernier espoir !
Déboussolé, il se mit à flâner dans les rues. Et, sur un coup de tête, il décida d’aller voir Lisa, sa fille.
Cette dernière fut surprise de la visite de Will, son père, qui l’avait abandonnée sans crier gare. Néanmoins, elle était heureuse de sa visite.
Abattu et désespéré, Will ne put s’empêcher d’évoquer le problème de Charlotte, une fois les civilités terminées.
- Elle n’en a plus pour longtemps. Quelques semaines, peut-être moins.
- Et, ils ne peuvent rien faire pour elle ?
- Non, son médecin… Son médecin dit qu’à la fin, s’il n’y a plus d’espoir, la chirurgie peut être envisagée ; une opération héroïque. C’est pour cela que je cherche un chirurgien, pour être sûr que le moment venu, c’est un héros qui va l’opérer. Je n’ai trouvé personne pour l’instant. Je ne trouve même pas quelqu’un qui accepte de tenter l’opération. Mais, je vais trouver, je vais trouver quelqu’un ! hurla-t-il, en désespoir de cause. Parce que, je ne peux pas la perdre… Ça ne se produira pas. Elle est trop jeune. Excuse-moi, je suis ici alors que je n’en ai pas le droit. Il n’y a aucune excuse pour ce que je t’ai fait. Tu es mon enfant et tu avais besoin de moi, sanglota-t-il. Je suis désolé. Je crois que je suis en train de payer pour tout le mal que je t’ai fait.
Lisa était consternée par le comportement de Will. Elle ne l’avait jamais cru capable de sentiment aussi noble. Lui, qui les avait abandonnées, sa mère et elle, au moment où elles avaient le plus besoin de lui ; qui avait une impressionnante collection de relations amoureuses ; lui, le fameux don Juan dont toute la ville de Yamoussoukro parlait comme d’une légende ; était pris au piège de l’amour. Qui l’eut cru !
Ignorant l’état d’âme présent de Lisa, il tourna les talons et se dirigea vers la sortie, tête basse.
- Je vais essayer de t’aider à trouver un chirurgien, lui cria-t-elle. Je suis documentaliste et je peux trouver n’importe qui, comme je t’ai trouvé, toi !
Will se retourna, la remercia avant de disparaître, l’âme en peine.
* *
*
Will et Charlotte vivaient leur amour de la façon la plus simple possible. Tous les deux s’étaient éloignés quelque peu de leurs tâches professionnelles et tous les deux avaient aussi besoin l’un de l’autre pour survivre à leurs destins respectifs. Leur distraction préférée, c’était la promenade, à pied ou en voiture. Il voulait ainsi éloigner le plus possible la tristesse de leur environnement.
Ce jour-là, c’étaient les allées de la Fondation Félix Houphouët-Boigny pour la recherche de la Paix qu’ils parcouraient, enlacés comme des tourtereaux.
- Alors, qu’est-ce que tu veux pour Noël ? Tu peux te montrer totalement égoïste… Tout ce que tu veux, demanda Will à sa dulcinée.
- Hum !
- Oui. Ou alors, on peut aller quelque part ; tu veux aller quelque part ? Je t’emmène à Bally, Tombouctou, Buffalo, Korhogo ? Tu veux aller à Korhogo ? Ah ! quelle ville magnifique ! Nous irons visiter les fameux tisserands de Fakaha ; nous monterons sur le mont Korhogo et nous danserons le Boloï… Ou peut-être à Man. Ne veux-tu pas voir le pont de lianes et les fameuses cascades ? Il y a tellement de belles choses dans la Côte d’Ivoire profonde. Dis seulement où tu veux aller et je t’y emmène !
- Tu n’as pas un restaurant à diriger ?
- Et alors ? John se débrouille déjà assez bien sans moi.
- D’accord ! Mais je pense que ce qui est important, c’est ce que tu veux, toi, pour ton Noël.
- Non, non, non ; tu m’as déjà offert mon cadeau.
- Ah, ouais ! j’oubliais… Il t’a plu ?
- Et comment !
- C’était quoi déjà ?
- Le malheur, le chagrin, la souffrance, le bonheur et l’amour, dans un coffret en or.
- Ah ! oui ?
- L’amour, c’est la vie. Tu m’as donné cent ans de vie supplémentaire.
- Ah, oui ! Je m’en souviens maintenant.
- Que puis-je t’offrir, moi, en retour de tant de générosité ?
Sans attendre sa réponse, il l’attira à lui et l’embrassa avec une tendresse maladive.
- Ce que je veux, murmura-t-elle quand elle se fut arrachée à son étreinte, c’est un grand cerf-volant, pour faire avec toi le plus grand, le plus long et le plus merveilleux voyage d’amour.
- C’est ce que je pensais. Nous visiterons toutes les galaxies de l’univers, de la plus petite à la plus grande.
- Ouais, c’est exactement cela ! Je serai le pilote et toi, mon co-pilote. Et on s’embrassera tout au long du voyage !
* *
*
Charlotte dormait dans les bras de Will qui avait, lui, du mal à trouver le sommeil. Soudain, le téléphone sonna, le tirant de ses confuses pensées. C’était Lisa qui était au bout du fil.
- J’ai trouvé, lui dit-elle avec un enthousiasme certain.
- Lisa… attends, attends… Oui, vas-y ! murmura Will, pour ne pas réveiller Charlotte.
- Il s’appelle Gandy, diplômé d’Harvard, Faculté de médecine de Columbia ; il est à l’institut de cardiologie d’Accra.
- Au Ghana ?
- Je sais, je sais ; mais c’est l’un des meilleurs du monde. Il a fait son internat à Boston, spécialisation chirurgie cardiaque à Greenland. Il prend les cas que personne ne veut toucher. On dit que c’est un faiseur de miracles. Oh ! il passe beaucoup de temps en voyage ; il donne des conférences partout. Je t’ai eu un rendez-vous aujourd’hui, à 12 heures 30 ; ne sois pas en retard, il n’a que quinze minutes. Le chirurgien qui l’a recommandé a dit que si tu arrives à le convaincre d’accepter, Charlotte a une chance ; il a horreur de l’échec.
Sans attendre une seule minute, Will se précipita à l’aéroport et sauta dans le premier avion, à destination d’Accra.
Après environ une heure trente de vol, il foula le sol de la capitale ghanéenne.
A l’heure indiquée, il se présenta devant le médecin en question, qui sortait juste de la salle d’opération.
- M. Pokou ?
- Docteur Gandy ?
- Oui. Bonjour.
- Bonjour docteur et merci de me recevoir. Je vous ai apporté tout ce que vous m’avez demandé.
- Vous savez, j’aimerais tant pour une fois avoir un cas simple. Ça ne m’arrive plus jamais ; le revers de la médaille d’être un bon chirurgien.
- Bon ? D’après ce qu’on m’a dit, vous êtes le meilleur ?
- Comme la plupart des gens, je crois que je fais du mieux que je peux. Bon, venons-en à présent au fait. La dernière fois qu’elle s’est évanouie, elle a repris connaissance presque immédiatement, n’est-ce pas ?
- Oui.
- La prochaine fois ou celle d’après, elle ne le fera pas. Quand ça arrivera, appelez-moi, termina-t-il en lui tendant sa carte de visite. C’est mon service, ils peuvent me joindre à tout moment. Je resterai en contact avec son médecin.
- Je ne sais comment vous remercier, vraiment !
- Je n’ai encore rien fait.
L’entretien terminé, Will prit congé du médecin avec dans son cœur une grande dose d’espoir. Comment pouvait-il en être autrement ? Il avait pu dénicher le meilleur Chirurgien du monde. Pour lui donc, le miracle était encore possible.
* *
*
Le voyage retour se passa tout aussi bien. Et mis à part la fatigue qu’il ressentait, il aurait pensé lui-même qu’il venait de rêver. Charlotte, qui avait essayé vainement dans le courant de la journée de le joindre, l’attendait, assise au balcon de son appartement.
- Ah ! t’es là ? s’écria-t-il dès qu’il la vit.
- Bonsoir.
- Bonsoir.
- Où as-tu passé ta journée ?
- Qu’est-ce que tu veux dire ? répondit-il, sur la défensive.
- Quand tu m’as appelée, j’ai cru que tu étais au boulot ; et quand je t’ai rappelé, John m’a répondu que tu n’avais pas été là depuis la journée.
- Non, non, j’étais plutôt à Bouaké, dans le Centre.
- Pourquoi ?
- Oh ! une opportunité ! Un restaurant dans la tourmente.
- De toutes les façons, ce n’est pas bien grave. L’essentiel, c’est que tu sois de retour. Pour le peu de temps qui me reste à vivre, je ne veux te partager avec personne.
- Charlotte, je t’ai déjà dit d’avoir confiance en Dieu et en la force de notre amour.
- Figure-toi que c’est ce que j’essaie de faire depuis que je t’ai rencontré. Avant, je n’avais pas peur de la mort. Je l’attendais même chaque jour avec une certaine impatience. Mais aujourd’hui, tout est différent. Je ne regarde plus la vie avec les mêmes lunettes. Et je découvre qu’elle renferme des trésors insoupçonnés. Pourtant, il faut bien que je me rende à l’évidence, mes jours me sont cruellement et fatalement comptés.
- Crois-moi, Charlotte, nous vaincrons.
Charlotte sourit d’impuissance en lui pressant la main comme pour lui dire qu’elle lui était reconnaissante de tout ce qu’il faisait pour elle. (A suivre)
Posté le 22.12.2007 par ndahfranc

Je l’ai rencontrée une nuit, sur les trottoirs bruyants de ma ville natale. C’était la Saint Valentin, la fête des amoureux…
La ville étalait sa grande joie des nuits d’ivresse. Elle était vivante. Il y avait sans cesse le bruit des moteurs, des klaxons. Les voitures passaient à toute vitesse, caressant de leurs mains de caoutchouc, le macadam en chaleur.
Les piétons étaient pour la plupart en couple. Ils étalaient sans aucune discrétion, leurs envies artificielles, leurs fantasmes immoraux. Ils respiraient les parfums de la ville et savaient trouver dans le vent les mots d’amour dont ils avaient besoin pour être heureux : envie, folie, lèvres, baisers, coït, sexes, jouissance, caresses…
Ils savaient que c’était le moment des jeux interdits, des desseins inavoués. Car la Saint Valentin, c’était bien aujourd’hui. Et c’était la fête des amoureux…
Elle était en quête de clients et moi, à la recherche d’un certain plaisir. C’était sur les trottoirs de ma ville natale…
J’étais triste et solitaire parmi la multitude bruyante parce que je n’avais personne avec qui fêter la Saint Valentin.
Je marchais, flânais, déambulais sur les trottoirs de ma ville natale où se bousculaient avec excitation, ces amoureux d’une nuit, la libido à fleur de peau.
Je les enviais car je n’avais personne à qui déclamer tous ces mots tendres et colorés que j’avais inventés dans l’intimité de mon cœur.
Tout à coup, elle est passée devant moi, comme une ombre. Elle était grande, belle, désirable, comme toutes les femmes pendant la nuit de la Saint Valentin.
Son parfum m’a caressé les narines. Je me suis retourné pour la regarder. Elle s’éloignait, provocatrice.
J’ai sifflé, elle s’est retournée. Je suis allé vers elle, les pas hésitants, mais la libido à fleur de peau.
- Bonsoir, belle déesse.
- Bonsoir, mon amour.
Ebloui par sa beauté candide, je sentis mon cœur accélérer sa cadence.
- Vous êtes seule ?
- Oui. Pourquoi ?
- Je me demandais si vous accepteriez de… de… Je ne sais pas comment dire…
Elle sourit. Un sourire qui mit à nu la finesse de ses traits.
- Vous voulez que je vous vende un morceau de plaisir ?
- Oui, c’est cela.
A l’hôtel "SAINT VALENTIN" où je l’ai conduite, il n’y avait plus de place à cause de la fête de la Saint Valentin.
Elle m’a alors suivi dans ma tanière pour me vendre le morceau de plaisir que j’avais sollicité.
Quand la lumière de la chambre éclaira son visage, un doux flot de joie envahit mon cœur.
Elle avait une beauté de sirène et l’amour brillait dans ses yeux de cristal.
Elle se regarda dans la glace de la salle de bain, longuement, comme pour pénétrer la réalité fugace de son propre être. Elle se déshabilla avec des gestes approximatifs, éphémères, illusoires…
Assise sur le bord de la baignoire, elle retira son jean en velours et son petit slip tout blanc. Une fois nue, elle revint dans la chambre en souriant. Dieu ! qu’elle était belle !
Je voulus lui ouvrir mon cœur si tumultueux. Mais, elle me mit un doigt sur les lèvres, pour museler les mots qu’elles s’apprêtaient à accoucher.
- Ne dites rien… , murmura-t-elle.
Elle avait certainement horreur des mots d’amour mensongers, ceux que l’on débite sans aucune conviction, mais juste pour une circonstance passagère, éphémère. Mais qu’importe ! L’essentiel, c’est qu’elle fût là, dans toute la splendeur de sa nudité.
Je me suis alors blotti dans ses bras de nymphe pour éteindre la flamme ardente du désir qui me consumait.
Allongée sur moi, elle exécutait des mouvements avec une dextérité hésitante. Son corps embrasé bruissait de soupirs incontrôlés.
Avec sa bouche ardente, elle suça mes yeux, mes joues, mon front, mes lèvres, mon sexe en chaleur…
Avec ses bras, elle me serra très fort comme si elle voulait se fondre en moi. N’en pouvant plus, elle me murmura :
- Prends-moi, maintenant…
Et nous flottâmes dans un espace livide comme deux tourtereaux. Le paysage était fabuleux et la brise avait un goût de citron.
Comme des oiseaux migrateurs, nous volâmes au-dessus de paysages de rêves. Toute la beauté du monde se trouvait dans ce moment magique où le temps n’avait plus de limites.
Ma libido enfin satisfaite, je m’effondrai sur le lit tel un naufragé. Quand je fus enfin en possession de mes sens, je me penchai sur elle pour déchiffrer les traits de son visage. Mais, elle s’était déjà assoupie. Derrière ses paupières closes, coulait le ruisseau de ses rêves d’adolescente. Il était limpide et coulait sans faire le moindre bruit. Des gamins y déposaient des bateaux miniatures après lesquels ils couraient en criant de joie…
Je jetai ensuite un coup d’œil sur le drap théâtre de nos ébats. Surprise ! il était taché de sang…
Je souris avant de lui murmurer à l’oreille, comme un secret :
- On dirait que je suis ton premier amant…
Elle était en quête de son premier amant et moi, à la recherche d’un plaisir fugace. Et c’était la Saint Valentin, la fête des amoureux !
Je m’endormis un peu plus tard, l’esprit apaisé.
Le matin, à mon réveil, elle était déjà partie. Car la Saint Valentin, c’était bien la veille.
J’avais l’impression d’avoir rêvé. Mais le sang sur le drap était là pour me rassurer. Et son parfum flottait encore dans l’espace…
Une terrible solitude s’empara alors de mon âme tourmentée.
Le soir, je retournai sur les trottoirs de ma ville natale, espérant la revoir. Mais je ne la vis pas. De même que les soirs suivants. Car la Saint Valentin, c’était déjà bien loin derrière. Mais je me promis de la retrouver…
Et depuis, je suis devenu un homme en quête d’une femme fantôme. Pour elle, j’ai parcouru monts et vallées, mers et déserts, pays et continents les plus reculés.
Pour elle, je suis devenu poète. Voici quelques-uns des vers que j’ai tracés pour elle et consignés dans un carnet à la couverture rouge qui ne me quitte jamais :
I
Elle m’a écrit hier. Des mots d’amour.
Elle m’a dit qu’elle m’aimait encore. Je ne sais pas pourquoi.
Elle ne m’a jamais dit pourquoi.
Son visage, je ne m’en souviens même plus.
J’ai même perdu le son de sa voix,
Le parfum de son corps,
La voix de son rire.
Pourtant, je sens qu’elle est là, dans ma tête,
Dans mon cœur aussi.
Quand j’écris à une femme, c’est à elle que je pense.
Quand je sors avec une fille, c’est à elle que je rêve.
Quand j’embrasse une femme, ce sont ses lèvres que je ressens.
Ses paroles ne cessent de chuchoter à mon oreille d’agréables mots d’amour.
Ô Femme, pourquoi me fais-tu tant souffrir ?
II
Il fait nuit. Et j’ai encore du mal à trouver le sommeil.
La solitude me pèse.
Je suis toujours seul avec ma solitude.
Sa robe de soie bleue me rappelle notre dernière soirée.
La tristesse me fend le cœur.
Comme le jour où tu es partie avec mon âme.
Je la reconnais cette maladie qui me ronge comme un cancer.
C’est la saison des amours perdus.
La nuit est si triste,
Les étoiles si mélancoliques.
Même le grillon a arrêté de chanter.
Et je sens les battements de mon cœur,
Comme une course folle,
Un galop frénétique.
Je sens bien qu’il se passe quelque chose, là, dans mon cœur,
Et dans ma tête aussi.
Mais pourquoi est-il si difficile de t’oublier ?
C’est la saison des amours perdus.
III
Aujourd’hui, je n’ai qu’une seule envie :
Jeter par-dessus bord cette solitude qui m’attriste tant.
La ville est si bruyante. Et moi si triste, si seul.
Je t’ai cherchée partout, mais tu n’étais plus là.
As-tu jamais existé ?
Le vent me murmure ton pathétique message,
Mais je ne le comprends pas.
Sa voix est si enrouée, sa mine si triste. Tout est mirage.
Et je ne connais pas ton visage.
Il y a longtemps que je t’attends.
Ma vie est si triste sans toi.
Ô, sois sans crainte, femme ! Je te reconnaîtrai au premier regard.
Même sans t’avoir jamais vue.
IV
J’entends une voix lointaine
Qui murmure à mon oreille une pathétique confession.
Et voilà que du fond de mon âme,
Surgit une immense nostalgie.
De sa voix, j’ai créé une agréable chanson.
De son rire, j’ai confectionné un agréable bouquet.
De ses gestes, j’ai inventé une pathétique histoire d’amour.
Et voilà qu’à présent, il me faut lutter contre l’amertume,
Crier à mon cœur de cesser d’être triste.
Mais pourquoi faut-il toujours qu’on se souvienne
Des personnes dont l’image nous fait tant souffrir ?
Ah ! amour !
Souffrance impénitente.
Rancœur insondable.
Adieu ! béatitude.
V
L’Autre jour, j’ai rencontré une fille
Elle était tout aussi belle que toi.
Dans ses yeux étincelants,
J’ai vu défiler le film coloré de notre amour.
Dans le ruisseau de ses larmes,
J’ai vu flotter les murmures essoufflés de nos ébats.
Elle avait violé le secret de notre amour.
Elle savait toutes les péripéties de notre histoire.
Quand nos regards se sont croisés,
J’ai senti une partie de mon cœur s’évader et partir avec cette inconnue.
Oui, c’est vrai, il y a toujours une histoire à raconter. Surtout en amour…
Etc., etc.
Et depuis, quand je passe dans la rue, déclamant les poèmes sortis des tréfonds de ma solitude, on me traite de fou.
Posté le 22.12.2007 par ndahfranc
Mission accomplie au programme en DEUG II et maîtrise à l’université de Cocody.
En août passé, j’ai reçu un courrier du Professeur Gnaoulé-Oupoh Brunot, Maître de conférence à l’Université de Cocody, m’invitant à participer au séminaire qu’il organisait dans le cadre de ses enseignements en année de maîtrise (4e année) sur la critique sociale et politique dans la prose romanesque et nouvelliste ivoirienne. Au cours de ce séminaire qui a lieu chaque année, des œuvres d’auteurs ivoiriens sont mis au programme. Certains grands noms de la littérature ivoirienne ont déjà bénéficié de cet honneur. Il s’agit notamment de MM Isaïe Biton Koulibaly et de Tiburce Koffi. Cette année donc, au nombre des auteurs choisis, cet éminent spécialiste de la littérature ivoirienne a bien voulu me faire confiance en mettant au programme mon recueil de nouvelles intitulé Mission accomplie. Quel immense honneur ! Je ne réalisais pas encore que par cette décision, le Professeur Gnaoulé-Oupoh Brunot, venait de me donner un grand coup de pouce dans ma jeune carrière d’écrivain. Oui, des étudiants dévoués, ayant à cœur de prouver leur maîtrise des matériaux de déconstruction et d’analyse des textes littéraires, ont rivalisé d’ardeur et de savoir-faire pour produire des travaux de très bons niveaux. Leurs analyses aussi pointues qu’intéressantes, m’ont permis en tant qu’auteur, de réaliser combien le texte littéraire est polysémique et échappe, au niveau de sa signification, à l’univers restreint de celui qui l’a conçu. Les travaux de ces jeunes spécialistes, à n’en point douter, serviront de base de données à tout chercheur ou quiconque s’intéresse à la littérature ivoirienne et particulièrement au jeune auteur que je suis. Les échanges qui ont eu lieu au cours de ce séminaire ont clairement montré la volonté du professeur Gnaoulé-Oupoh Brunot, de faire la promotion non seulement de la littérature ivoirienne, mais aussi et surtout des animateurs de cette littérature afin qu’ils se fassent connaître par le public universitaire. Noble ambition quand on sait que chez nous, la qualité de l’œuvre littéraire n’est pas le seul critère pour construire la renommée d’un auteur. Parfois, bien trop d’éléments artificiels et superficiels entravent notre jugement. Sinon, comment comprendre qu’une œuvre qui suscite autant d’engouement auprès du public jeune par la pertinence des thèmes traités et une certaine qualité de l’écriture n’ait jamais attiré l’attention des journalistes critiques littéraires ? Aucune analyse sérieuse n’a jamais été faite et pourtant, d’après ces jeunes spécialistes, cette œuvre est un régal. Le professeur Gnaoulé-Oupoh Brunot, est certainement du même avis qu’eux, puisqu’il a remis le couvert en mettant l’œuvre au programme des DEUG II cette même année. Invité à suivre les différents exposés, j’ai pu, une fois de plus, apprécier la sympathie que ces jeunes gens témoignaient à mon œuvre ainsi qu’à moi-même. Leurs applaudissements enthousiastes et la qualité des échanges que nous avons eus sont là pour le prouver. Loin d’être une autocélébration, ce billet est pour moi l’occasion de remercier le Professeur Gnaoulé-Oupoh Brunot et ses collaborateurs, pour l’insigne honneur qu’ils m’ont témoigné ainsi que la courtoisie avec laquelle ils m’ont reçu. J’espère pouvoir mériter la confiance qu’ils ont placée en moi en produisant des œuvres de la même qualité sinon plus.
C’est l’occasion pour moi d’attirer l’attention des maisons d’édition ivoiriennes, que le manque de fluidité de leur circuit de production laisse très souvent partir vers d’autres horizons, des textes parfois de bonne qualité. Cette situation vient de se produire avec deux textes que j’ai écrits et qui dormaient depuis plus de trois ans dans les tiroirs de quelques maisons d’édition ivoiriennes. Alors qu’il aura juste suffi de deux semaines pour que deux maisons d’édition françaises me proposent chacune un contrat. La saison des amours perdus et Sur les traces de l’amour, respectivement un recueil de nouvelles et un roman, paraîtront dans les prochains jours en France. J’espère pouvoir trouver avec l’éditeur, un compromis pour la distribution de ces œuvres en Côte d’Ivoire à des prix accessibles au grand public ivoirien. Cela, pour faciliter les différents travaux qu’elles pourraient susciter chez les étudiants et universitaires avertis.
A tous les écrivains débutants, je souhaite beaucoup de courage et de persévérance. Que la nouvelle année qui s’annonce nous offre l’occasion de faire apprécier nos talents d’artistes.
Posté le 20.12.2007 par ndahfranc
Je vais vous la conter, cette aventure. C’est l’histoire d’un peuple épris de justice. N’en croyez rien si le cœur ne vous en dit. D’ailleurs, je ne vous demande pas de croire. Laissez-vous seulement entraîner par les battements de votre conscience. Mesurez les pulsions essoufflées de son influx intime. Ecoutez-la avec votre sensibilité la plus profonde. Laissez-vous entraîner dans l’univers chaotique de cette cité balafrée par la haine et la corruption. Ecoutez et oubliez si vous le voulez. Mais écoutez quand même. Ecoutez le cri de souffrance désespéré d'une population prise en otage par sa propre jeunesse. Une jeunesse canibale, qui s'abreuve du sang de ses propres frères. Une jeunesse aveugle mais qui devra tenir quand son tour viendra, les rênes du pouvoir. Une jeunesse perdue dans les entrailles d’une cité délabrée et moribonde. Une cité sans âme ni conscience. Au sein de laquelle tout bouge. Au son d'une musique infernale. Dans un perpétuel mouvement de flux et de reflux. De rejets et de souffrances. De promesses hypocrites et orphelines. Et pourtant, personne n’ose en parler. Une société de cris, de pleurs, de rires à jamais étouffés, de peurs, d’incertitudes, d’espoirs aveugles... Mais, on s’en moque. On feint de l’ignorer. Une société pestiférée, troublée, angoissée. Mais qui s’abreuve à la source d'une hypothétique révolution.
On attend avec impatience la révolution. Pourtant, les jours qui passent se ressemblent comme des frères siamois. Rouges comme la mort. Faisandés comme une charogne.
Mais qui voulez-vous qui la fassent, votre révolution ?
Ces dirigeants politiques qui font semblant d’être des nôtres mais qui rient de nos malheurs ?
Ces politicards qui nous affament pour ensuite jouer les grands cœurs ?
Ces politiciens véreux qui mettent le feu pour ensuite jouer les pompiers ?
Ces politicaillons qui jouent les martyrs quand ils sont dans l’opposition et les dictateurs sans vergogne une fois au pouvoir ?
Qui nous gavent de mensonges cousus de fil blanc ?
Qui changent de camps en fonction d’intérêts égoïstes ?
Non, ne confondons pas vanité et dignité. Hypocrisie et lâcheté. Souffrance et angoisse. Opposant et démocrate…
Les vrais démocrates se reconnaissent au son de leur voix. A la cadence de leurs pas. A la couleur de leurs humeurs. A la franchise de leurs desseins.
Notre révolution, nous la ferons nous-mêmes. Sans tambours ni trompettes. Sans messie…
Posté le 19.12.2007 par ndahfranc
- M. Pokou, vous avez de la visite, l’informa le concierge. Elle attend depuis une heure.
Croyant qu’il s’agissait de Charlotte, Will monta précipitamment les escaliers. Mais, il fut surpris de rencontrer un autre visage devant sa porte.
- Lisa ? s’étonna-t-il.
- Désolée de te décevoir.
- Non, non, c’est que… tu me surprends, c’est tout.
- Est-ce que tu as reçu mes lettres ?
- Euh ! oui, balbutia-t-il.
- Qu’en as-tu fait ? Tu les as brûlées, je présume ?
Il approuva de la tête, l’air penaud.
- Ecoute, je n’avais pas prévu de venir ; je ne voulais pas venir… Victor, mon mari, pensait que ce serait une bêtise. Mais, je suis enceinte et je viens te le dire… De quelques mois.
- Lisa ! Mes félicitations ; c’est formidable !
- Merci. Toujours est-il que ça m’a donné envie de venir te voir. Je me suis mise à faire du sentimentalisme sur la parenté.
- Tu me considères comme un parent ?
- D’une façon absente et regrettable, oui.
- Et comment va Mili, ta mère ?
- Ah ! elle va bien. En pleine forme. Bon, elle est dingue ; elle est partie à Malabo avec un mec, l’an dernier. Il a une compagnie Charter et porte des lunettes noires à l’intérieur. Je crois qu’il fait du trafic d’armes… Ça t’intéresse vraiment ?
- Non, enfin, je veux dire oui.
- Hum !
- Parle-moi de toi. Depuis quand habites-tu Yamoussoukro ?
- Juste quelques mois. Avant, nous vivions à Bingerville. Tu sais, si je ne t’avais pas vu dans ce magazine, je pense que je ne t’aurais pas reconnu. Je n’avais qu’une photographie de toi, et elle est si ancienne !
- Eh, bien ! moi aussi. Tu vois, j’ai… j’ai une photographie de toi, tu sais, juste une ; ta mère me l’a envoyée, il y a très longtemps maintenant. Tu devais avoir environ douze ans. Tu étais à cheval.
- Oh, mon Dieu ! C’était au Club. J’avais horreur de cette photo ! Horreur !
- Pas moi. Tu étais très belle là-dessus. Et tu n’as pas changé.
Elle étouffa difficilement un sanglot avant de lâcher :
- Je vais te laisser.
- Pourquoi ?
- J’avais vraiment très envie de te voir. Je pensais peut-être… je ne sais pas…
- Mais quoi ? Dis-moi !
- C’est pas très important. Juste que j’avais toujours fait le rêve que toi aussi tu avais peut-être envie de me voir… Et puis, tout ce que tu voulais me dire, c’était que tu étais désolé.
- Lisa, je le suis.
- C’est bien.
Puis, elle tourna les talons et s’éloigna.
- Dis, est-ce que je peux t’appeler ?
Elle fit un signe que oui avant de disparaître dans les escaliers.
* *
*
Will se promenait seul dans un jardin. Soudain, il prit la résolution d’aller voir Charlotte. Son absence lui pesait énormément. Non, il ne savait pas comment il en était arrivé à ce point, mais il était tout désorienté. Le virus de l’amour l’avait contaminé d’une façon incurable.
A peine Charlotte ouvrit-elle la porte pour le laisser entrer qu’il murmura, comme une leçon mal apprise :
- Ce que j’ai fait est très mal.
- Ouais.
- Stupide… Je n’ai pas d’excuse. Si je l’ai fait, c’est parce que j’ai peur de la solitude.
- Tu es un lâche !
Il fit un pas vers elle.
- Veux-tu me pardonner ?
- Tu m’as trompée ! Et pourquoi ? Parce que tu avais la trouille !
- J’étais pris de panique à l’idée que notre liaison n’est qu’une illusion.
- Et moi, n’ai-je pas de quoi paniquer ? Je vais te dire que tu n’as aucune idée du poids de ma solitude. Tu es incapable de vivre le millième de mon calvaire. Et pourtant, je cherche à m’accrocher à mon courage… par le bout de mes doigts, sur un bout de vie usée par le cancer du destin ! Et au lieu de m’aider, tu me poignardes encore davantage, remuant même le couteau dans ma plaie ! Tu ne peux pas savoir combien de fois je te déteste ! Tu n’es qu’un beau salaud !
Il s’approcha encore davantage et voulut la prendre dans ses bras, mais elle lui hurla :
- Ne me touche pas ! Eloigne-toi de moi ! Fous le camp d’ici ! Dehors ! Tu n’es pas le bienvenu ici !
- Je sais ; je sais que je ne le suis pas. Mais laisse-moi seulement t’aimer… Je t’en prie… Je t’en prie, je t’en prie… Laisse-moi essayer encore !
- Je suis si fatiguée, murmura-t-elle soudain, impuissante à résister à son aura.
Et elle lui tomba dans les bras. Ils s’étreignirent à en perdre leurs forces.
Etendu à côté d’elle sur la moquette, il la couvrit de câlins tandis qu’elle pleurait comme une fontaine. Ils finirent par se dévorer de baisers enflammés.
- Les étoiles sont aussi douces et belles que les fleurs. Les passions sont des filets d’ombres lentement tissés par des anges. L’amour est comme le soleil de minuit, il éclaire les endroits les plus obscures de notre être intérieur et guérit nos faiblesses mêmes les plus indomptables, lui murmura-t-elle à l’oreille, après qu’ils se furent aimés, là, dans le salon.
Will, heureux de l’avoir reconquise, lui murmura à son tour :
- Je t’aime ! Que puis-je te dire d’autre sans trahir les émotions profondes qui couvent au fond de mon cœur ?
Et les jours qui suivirent leur réconciliation, ils vécurent des moments intenses de plaisir et de bonheur : ils jouaient aux cartes jusqu’à des heures tardives, faisaient ensemble les boutiques ou allaient regarder un film en amoureux. Ils dînaient aux chandelles dans les plus grands restaurants de la capitale : à l’Oriental, pour ses délicieux fruits de mer ; à la Tour Eiffel, pour ses réputées spécialités françaises ; chez T.G., où le kédjénou et le poisson braisé se dégustent à l’envie…
Il y avait certes de la couleur mais aussi et surtout de l’émotion dans leur vie. Parfois, ils se regardaient des heures et des heures sans rien se dire. Chacun voulait ainsi apprivoiser l’autre dans l’intimité du silence. Car ils savaient que le silence était le point de rencontre de toutes les émotions fortes. Et ils se découvraient dans toute la splendeur de leur charme. Enfin, ils faisaient l’amour, nichés dans un cocon couleur arc-en-ciel, bercés par une musique langoureuse venue du ciel.
Dans cette joie de vivre retrouvée, Will accompagna un jour Charlotte à la patinoire de l’hôtel Président. Mais là, un accident se produisit, brisant ainsi le charme de leur histoire d’amour. En effet, Charlotte fit une mauvaise chute et perdit connaissance. Will se précipita sur elle pour la secourir…
Elle fut conduite d’urgence à l’hôpital.
Will, à la vue du docteur sortant de la salle de réanimation, se précipita vers lui.
- Docteur ?
- M. Pokou…
- Dites-moi…
- Le scanner montre une progression de la tumeur.
- Assez forte ?
- Ouais, considérablement. Elle commence à obstruer la circulation depuis le cœur. Je suis désolé. J’espérais qu’il y aurait… Nous ne pouvons pas faire grand-chose. Nous parlons peut-être en terme de semaines.
- De semaines ?
- Je suis navré.
- Vous avez dit un an !
- Non, non, j’ai dit un an au mieux.
- Ça ne suffit pas ; vous avez dit un an ! hurla-t-il.
- Ceci est déplacé.
- Bon ! excusez-moi, excusez-moi. Vous m’avez dit l’autre jour que la chirurgie pouvait être envisagée.
- Oui, si Charlotte est d’accord.
- Bon, on suppose qu’elle l’est ; quand cette opération peut-elle avoir lieu ?
- Quand il sera clair que nous la perdons.
Will soupira.
- C’est vous qui opérez ?
- M. Pokou, je ne suis pas chirurgien ; j’ai peur que vous ne compreniez pas. Le problème, ce n’est pas de trouver un praticien compétent, mais de trouver un praticien compétent qui veuille bien faire cette opération.
Will comprit toute la complexité de la situation. La sachant condamnée, aucun médecin ne voulait prendre le risque d’opérer Charlotte…
A présent, Will était à son chevet et lui caressait les bras, la tristesse dans l’âme. Elle ouvrit alors les yeux et lui sourit.
- Eh ! fit-elle, heureuse.
- Eh ! comment tu vas ? Tu vas bien ?
- Oui…
- Comment tu te sens ?
- Tu m’écrases la main, Will.
- Pardon, excuse-moi… Charlotte, il y a quelque chose dont je voudrais te parler.
- Oh ! pas grave, pas grave, hein ?
- Ton médecin m’a parlé d’une opération chirurgicale et du papier que tu as signé…
- Non, pas ça, s’il te plaît, je vais bien…
- S’il te plaît, laisse-moi essayer de t’aider, veux-tu ?
Le silence de Charlotte ne souffrait d’aucune ambiguïté. Sa décision était prise depuis déjà bien longtemps et il n’y avait aucune raison qu’elle revienne là-dessus. Elle ne se sentait pas le courage de défier ni la mort ni le destin. L’un et l’autre étaient le domaine exclusivement réservé au Bon Dieu. Il avait décidé ; pourquoi se battre contre une décision contre laquelle on ne pouvait absolument rien ?
Sa peine était d’autant plus grande que l’amour était venu bouleverser tous ses plans. Elle qui ne rêvait que d’une aventure sans lendemain, de celle qu’on oublie juste après l’avoir vécue, s’était laissée posséder puis dompter par l’amour. Oui, elle aimait follement Will et penser qu’elle le quitterait bientôt avait contribué à dégrader son état de santé. Sa douleur se trouvait dans son silence, seul refuge derrière lequel elle pouvait se cacher pour mourir « tranquillement ». Will la tira de ses pensées.
- A quoi penses-tu ?
- Je pense à ce combat épique qui se déroule dans mon cœur. L’amour et la mort, dans un duel à mort, soupira-t-elle.
Will lui prit la main et la pressa tendrement.
- L’amour sortira vainqueur de ce combat, crois-moi, lâcha-t-il avec foi. L’amour a toujours vaincu la mort et il en sera ainsi pour nous aussi.
Charlotte ne savait pas d’où Will tirait cette certitude. Mais une chose était sûre, elle n’avait pas cette foi capable de soulever des montagnes. Résignée, elle attendait que la mort vienne abréger ses supplices et mettre ainsi fin à ses illusions. Dieu avait décidé qu’elle mourrait dans la fleur de l’âge, elle s’en remettait donc à sa décision, aussi cruelle fût-elle. (A suivre)
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