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ndahfranc
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Tribune de l'écrivain débutant : réflexions critiques sur la société, la culture, le livre et la vie
Catégorie :
Blog Livre
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15.11.2007
Dernière mise à jour :
07.05.2008
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DE L’EDITION D’UN MANUSCRIT

Posté le 17.12.2007 par ndahfranc
Je reçois depuis quelques temps, des mails me demandant comment faire pour trouver un éditeur. Mais avant de terminer mon enquête et de vous donner la liste des maisons d’édition opérant sur le territoire ivoirien, je voudrais vous entretenir ce matin sur la notion d’éditeur.
Un éditeur ou maison d’édition est d’abord et avant tout une entreprise commerciale spécialisée dans la fabrication du livre depuis la réception du manuscrit jusqu’à la commercialisation du produit fini qu’est le livre en passant par les étapes intermédiaires que sont la lecture, la mise en page, la conception des films, l’impression, le stockage, la distribution et la promotion. Comme vous le voyez, c’est un long cheminement qui nécessite certes un personnel qualifié mais surtout beaucoup d’argent. J’insiste sur la question du coût des prestations car, c’est de là que découlent en grande partie les problèmes que nous, auteurs débutants, connaissons aujourd’hui. En effet, aucune des étapes sus-indiquées n’est gratuite. Même la lecture du manuscrit est payante. Toute maison d’édition dispose de fait de lecteurs permanents et occasionnels choisis parmi les hommes de lettres, les critiques, les journalistes et certains spécialistes en fonction du sujet du livre. La rémunération de ces spécialistes se fait à la page quand on sait qu’un « bon manuscrit » peut être lu au moins deux fois pour asseoir une opinion définitive. En ce qui concerne les autres étapes, la plupart des maisons d’édition, surtout les plus petites, utilisent le procédé de la sous-traitance qui consiste à solliciter des opérateurs de la filière pour des travaux ponctuels. Ainsi donc, la réalisation des films et surtout l’impression, seront confiées à un imprimeur professionnel. Ajoutez à cela le coût élevé des intrants et vous comprendrez pourquoi se faire éditer est un véritable parcours du combattant.
Tout cela pour vous dire que pour figurer au nombre des élus, il faut mettre toutes les chances de son côté. Qu’est-ce à dire ?
D’abord, sur le plan de la présentation, votre manuscrit doit être irréprochable, c’est-à-dire qu’il doit respecter la police demandée, l’interligne, la taille des caractères, les sauts de page, les tabulations, les alinéas, enfin bref, vous devez mobiliser tout l’arsenal de mise en page recommandé en la matière. (Il existe sur le marché des documents et des logiciels de mise en page que vous pourrez acquérir).
Ensuite, vous devez faire une toilette orthographique, grammaticale et syntaxique de votre texte. N’envoyez votre manuscrit que lorsque vous êtes sûrs qu’il présente un visage des plus reluisants. A ce sujet, je voudrais faire remarquer qu’il est indispensable de faire lire son manuscrit par au moins trois personnes, sinon plus, avant de solliciter un éditeur. Sinon, croyez-moi, les fiches de lecture que vous recevrez, vous enlèveront toute envie d’écrire. Cela n’a rien à voir avec le style d’un auteur. Certains pensent à tort que faire des fautes de construction relève du style. Eh bien, non ! Le style est plus intime, plus personnel, et relève plus de stratégie d’écriture que de syntaxe même si cette dernière peut en faire partie. Quand vous envoyez votre manuscrit, sachez que vous êtes en compétition avec plusieurs autres de vos pairs débutants, mais aussi et surtout avec des auteurs confirmés et des autorités déjà connues du monde de la politique, des arts et des médias. Les maisons d’édition aiment bien cette dernière catégorie d’auteurs car, leurs noms constituent de véritables épouvantails dans la promotion du livre. Je ne cesserai jamais de le répéter, un livre est d’abord et avant tout, une marchandise à vendre. Si l’éditeur n’est pas sûr de vous vendre, il ne prendra pas le risque de vous éditer.
Je vais terminer ce billet en vous proposant un modèle de fiche technique de lecture telle que conçue par une célèbre maison d’édition de la place. Mes commentaires interviennent après chaque rubrique et sont en italique.


1. LANGUE
* Orthographe Bon Mauvais
* Syntaxe Bon Mauvais
* Vocabulaire Bon Mauvais
* Style Bon Mauvais

Comme vous pouvez le constater, le travail sur la langue et le style est d’une importance capitale. Il y a bien un seuil de tolérance en dessous duquel un manuscrit est systématiquement rejeté. C’est ce qui nous conforte dans notre conviction qu’un beau texte littéraire est un agencement judicieux et agréable de la langue : orthographe, syntaxe, vocabulaire, style.

2. THEME(S) ou SUJET(S)
* Analyse du contenu (donnez-en une présentation)

Ici, il est surtout question de la structuration du contenu du texte. Comment l’auteur structure-t-il le fond de sa pensée afin de le dévoiler à son lecteur ? Comment progresse-t-il ? Perçoit-on aisément ce qu’il veut dire ?

* Analyse formelle (forme – structure)

Ici, il est demandé au lecteur du manuscrit d’apprécier la manière dont l’auteur traite le thème ou le sujet qu’il a choisi. Utilise-t-il une technique particulière, originale ? Comment tisse-t-il sa toile ? Comment campe-t-il ses personnages ? Y arrive-t-il de façon judicieuse ?

* Exploitation

Par exploitation, il faut entendre stratégies. La stratégie, c’est tout un ensemble de techniques, d’astuces, de savoir-faire, que l’auteur utilise pour atteindre ses objectifs. L’exploitation est donc personnelle et est la preuve que l’auteur maîtrise son sujet.

* Originalité

Quelle est la touche originale que vous apportez dans le traitement du sujet, aussi bien au niveau du fond que de la forme ? Votre texte n’est-il pas du « déjà entendu », du « déjà vu » ? Quel effort de recherche personnel avez-vous fait ? Tout artiste a une touche personnelle. Quelle est la vôtre ?

Observations particulières (donnez ici toutes les informations qui vous semblent nécessaires sur la langue et le style).

Si tant est que le style de l’auteur est original, quels en sont les grands traits distinctifs ?

3. EDITION DU LIVRE (du point de vue littéraire)
Quel que soit votre avis, indiquez les domaines où doivent avoir lieu les modifications, les suppressions et l’importance de celles-ci.

Ceci montre tout simplement le caractère essentiel de la qualité du texte littéraire qui doit être débarrassé de toutes les « affections » stylistiques et linguistiques.

* Adéquation du titre au contenu de l’œuvre Bon Mauvais
* Quel(s) autre(s) titre(s) pouvez-vous proposer ?
a)
b)
c)

Le titre d’une œuvre romanesque est une des premières portes d’entrée du texte. C’est pourquoi il doit être en adéquation avec le contenu.

4. EDITION DU LIVRE (du point de vue commercial)
Etant donné le genre auquel appartient l’œuvre,
* Quel(s) public(s) peut-elle toucher ?

Etant donné le sujet traité ou les problèmes abordés
* Quel(s) public(s) ce livre peut-il intéresser ?

Etant donné le niveau de la langue
* Par quel(s) public(s) ce livre peut-il être compris ?

Ces trois questions sont importantes et nous permettent d’aborder deux problèmes essentiels.
Le premier, c’est qu’il faut rappeler à tous ceux qui s’essaient à l’écriture en général et au roman en particulier, que l’œuvre littéraire est d’abord et avant tout une marchandise commerciale. Elle a donc un public auquel elle est destinée. Le créateur doit donc identifier en amont ce public-là.
Le deuxième problème découle du premier. C’est que si l’œuvre littéraire est considérée comme une marchandise, c’est qu’elle doit en respecter les critères à savoir être de bonne qualité. Ici, la qualité va au-delà de l’esthétique physique (couverture, qualité du papier et de l’impression) pour s’appliquer à l’esthétique formelle et au contenu. C’est à ces seules conditions qu’elle pourra bien se comporter sur le marché du livre. L’éditeur, en demandant conseil à ses spécialistes, veut s’assurer de la valeur marchande du produit qu’on lui présente.

OBSERVATIONS GENERALES PERSONNELLES DU LECTEUR
Y a-t-il d’autres observations que vous souhaiteriez apporter ?
Donnez une note sur 10 au manuscrit.

Ici, on demande au lecteur, avant de donner une note au manuscrit, de quitter le domaine purement technique et de porter un jugement en se fondant sur sa sensibilité propre. De la note et du jugement, dépendra en partie, le sort réservé au manuscrit.

J’espère que ces quelques conseils vous seront d’une grande utilité dans votre jeune carrière d’écrivain.

MES POEMES (Page 3)

Posté le 15.12.2007 par ndahfranc
UNE CHANSON POUR TOI MAMAN (Jeunesse)

I
Si j’étais un conteur
Je te dirais une toute petite histoire
Au goût de fraise et de citron
Si j’étais un chanteur
Je t’écrirais une toute petite chanson
Douce comme le miel qui coule des rayons
Si j’étais un poète
Je te tracerais des vers mélodieux
Frais comme l’eau qui dévale les montagnes
N’as-tu jamais goûté une histoire acidulée ?
Une toute petite histoire où les femmes sont belles ?
Où les hommes sont des héros ?
Où les larmes sont celles de la joie ?
N’as-tu jamais fredonné une chanson mélancolique ?
Qui retrace le sourire d’un amour perdu ?
Le pleur d’un fils qui s’en est allé ?
Où la joie chasse la tristesse ?
Oui maman, cette histoire, cette chanson, ce poème
Ecoute-les avec la voix intime de ton cœur ému.
Et Ils t’ouvriront béantes les portes du bonheur.

II
Raconte-moi une histoire maman
Une énorme histoire où les surprises sont de taille
Où aucun jour ne ressemble à un autre
Où la vie se couvre de couleurs vermeilles.
N’as-tu jamais été surprise ?
Par la mer qui murmure une histoire fabuleuse à l’oreille du pêcheur ?
Par les pierres qui dévoilent les merveilles cachées aux enfants de la terre ?
Par les arbres qui enseignent aux hommes l’art de prendre racine ?
Par la lune qui apprend aux femmes les secrets de la séduction ?
Et toi maman, enseigne-moi les vertus cachées de la vie…


III
Je voudrais savoir parler toutes les langues du monde
Pour te dire combien de fois je t’aime, maman
En russe, en javanais, en swahili, en baoulé…
Je voudrais comprendre le langage magique des fleurs
Pour murmurer à ton cœur que je l’adore
Je voudrais savoir jouer la flûte du rossignol
Pour te fredonner l’éternelle mélodie de la joie
Je voudrais cultiver un champ de roses multicolores
Pour t’offrir des milliers de bouquets d’amour
Je voudrais avoir une plage dorée rien que pour moi
Pour faire avec toi la plus romantique des promenades…


IV
Le temps jaloux a porté sur ton beau visage
Des rides traîtresses
Le soleil ingrat a fané ton sourire flamboyant
Et tes cheveux de soie ont subi la fureur des années
Ton corps de sirène n’a pas échappé à la cruauté du destin
Il n’attire plus regards assoiffés
Même ta démarche autrefois si féline
Ne suscite désormais que pitié
Mais qu’importe, maman ! Puisque dans mon cœur
Tu demeures toujours la plus belle.

LES CAHIERS DE L'ECRIVAIN DEBUTANT VI

Posté le 15.12.2007 par ndahfranc
DONNER VIE AU RÉCIT

Pour rendre le récit vivant et vraisemblable, il faut faire parler les personnages :
• au discours direct, en choisissant les propos qui révèlent les caractères, et selon le registre de langue qui leur est propre ;
• au discours indirect, pour résumer et intégrer au récit leurs interventions.

Pour faire coïncider les propos avec les émotions et le caractère, il faut utiliser le verbe approprié. Voici à ce sujet une classification des verbes de parole.

1. Les verbes insistant sur l’attitude du locuteur
Certains verbes de déclaration n’indiquent rien sur l’attitude du locuteur par rapport à ce qu’il dit et sont neutres : dire, déclarer, rapporter, raconter…

Beaucoup de verbes cependant indiquent la façon dont parle le locuteur, dont il mène le dialogue, ce qu’il ressent ou laisse entendre.

 Certains verbes décrivent l’élocution en insistant:

- sur la prononciation : bafouiller, balbutier, bégayer, bredouiller, ânonner, zozoter, grogner, bougonner (fam.), ronchonner (fam.) grommeler, marmonner, maugréer, glapir, débiter, déclamer…

- Sur l’intensité de la voix : murmurer, susurrer, soupirer, souffler, chuchoter, clamer, s’exclamer, s’écrier, crier, criailler, piailler, vociférer, s’égosiller, tempêter, tonner, hurler, rugir, s’époumoner, claironner…

 D’autres verbes marquent la poursuite, la répétition ou l’arrêt du discours : poursuivre, ajouter, continuer, intervenir, reprendre, insister, répéter, réaffirmer, couper court, interrompre, conclure…

 D’autres expriment un sentiment : gémir, s’emporter, s’apitoyer, s’esclaffer, s’étonner, s’extasier, s’indigner, s’inquiéter, geindre, se plaindre, se lamenter, déplorer, regretter, grogner, bougonner (fam.), ronchonner (fam.), maugréer, tempêter, tonner, fulminer…

 Certains verbes contiennent un présupposé. Le présupposé est une information qui n’est pas formulée clairement mais que l’on déduit de l’emploi du verbe.
Ces verbes peuvent présupposer que les paroles sont:

- dites avec une certaine gêne ou honte : admettre, convenir, reconnaître, avouer, confesser…

- dites pour la première fois au destinataire : annoncer, révéler, informer, dévoiler, divulguer…

- données pour vraies : soutenir, assurer, affirmer, confirmer…

- données pour fausses par le rapporteur des paroles : prétendre, prétexter…

2. Les verbes insistant sur le rapport avec autrui
Ces verbes insistent sur la façon dont le locuteur réagit face à son interlocuteur, ou cherche à agir sur lui.

 Certains verbes expriment:

- l’interpellation : interpeller, apostropher…

- l’interrogation et la réponse : demander, interroger, s’enquérir, questionner, s’informer, se renseigner, répondre, répliquer, reprendre, riposter, rétorquer…

- l’accord : accepter, consentir, acquiescer, accorder, concéder…

- le désaccord : opposer, protester, objecter, contester, refuser, nier, contredire, démentir, s’élever contre, s’inscrire en faux contre…

 D’autres verbes expriment:

- la requête ou l’offre : demander, réclamer, prier, implorer, supplier, adjurer, offrir, proposer…

- l’ordre, la permission ou la défense : ordonner, prier, exiger, enjoindre, sommer, commander, imposer, autoriser, interdire…

- le conseil ou l’avertissement : conseiller, suggérer, recommander, préconiser, prescrire, avertir, prévenir, aviser, mettre en garde, dissuader, déconseiller…

- l’encouragement : exhorter, encourager, inciter, engager, convier…

- l’engagement : promettre, jurer, garantir, s’engager…

 Des verbes exprimant aussi le jugement : juger, approuver, louer, féliciter, ovationner, désapprouver, acclamer, critiquer, médire, reprocher, accuser, condamner, se moquer de, railler, persifler, se gausser, injurier, invectiver, vitupérer, vilipender…

N.B. : Il n’est pas inutile, à ce stade de notre propos, de rappeler que les principaux temps du récit sont : le passé simple, l’imparfait et le plus-que-parfait. La concordance des temps doit être respectée lorsqu’il s’agit d’une phrase complexe.

Exemple :

- Qu’est-ce que ça signifie ? demanda Dérèglement. Je ne vois pas votre nom au nombre des inscrits pour le défilé des écoles du 11 novembre ?
- Monsieur, je ne peux pas défiler avec des enfants.
- Et pourquoi, s’il vous plaît ?
L’idée de devoir se montrer parmi des gamins de huit à seize ans révoltait les vingt-six ans bien sonnés de Kocoumbo. Aussi dit-il d’une voix ferme :
- Je ne défilerai pas, monsieur le surveillant général.
- Jeune homme, répondit l’autre, le débit ralenti et accentué, j’en ai assez de ce favoritisme : vous défilerez, c’est moi qui vous le dis. Si vous ne défilez pas, je donnerai ma démission. L’un de nous deux doit partir : vous ou moi !
Kocoumbo ne défila pas. Le lendemain il fut appelé dans le bureau du proviseur ; il y trouva celui-ci en pleine dispute avec le surveillant.
- Ce n’est pas tant son insolence que je lui reproche, c’est sa mauvaise volonté évidente : refuser de défiler le jour d’une fête nationale alors qu’il devrait le faire à genoux, c’est un comble ! proférait le surveillant lorsque Kocoumbo ouvrit la porte.
Le proviseur tiqua :
- Vous confondez mauvaise volonté et légitime amour-propre.
- Mais s’il avait de l’amour-propre, monsieur le proviseur, répondit le surveillant les yeux dardés sur Kocoumbo, il ne serait pas ici ! A son âge, il devrait être à la Sorbonne ou alors chez les cannibales !
- Mais non, mais non, dit le proviseur qui avait pâli, vous ne comprenez pas…
Il n’acheva pas : Kocoumbo était sorti en silence…
(Aké Loba, Kocoumbo, l’étudiant noir).

LE PRINTEMPS DE LA LIBERTE, Camara Nangala

Posté le 14.12.2007 par ndahfranc
LU POUR VOUS PAR KPEYA MONHESSEA

L'une des dernières nées des maisons d’éditions ivoiriennes, calao éditions, vient de s’enrichir d’une nouvelle publication. Le printemps de la liberté est le dernier ouvrage publié par cette maison dont les capitaux sont détenus à 100% par des Ivoiriens imprégnés et nourris à la sève de la littérature. Si le titre de l’ouvrage a déjà été rencontré dans les rayons des librairies sous le label d’une maison d’édition bien connue des Ivoiriens, il faut se réjouir pourtant de la volonté et surtout de l’humilité de l’auteur de tenir compte des points de vues et autres critiques de ses nombreux et inconditionnels lecteurs pour revisiter cette histoire captivante et en proposer une version élaguée des scories et autres analepses trop ennuyeuses qui pourraient défaillir l’attention et embrouiller la compréhension de ceux de nos compatriotes de plus en plus avides de CAMARA Nangala.
Peut-on exulter et célébrer avec faste la naissance de calao éditions sans saluer le stoïcisme de tous ces auteurs, anonymes ou connus dont les manuscrits croupissent indéfiniment, sans raison apparente, dans les tiroirs de ces éditeurs qui, bien qu’Ivoiriens sont encore, hélas, aux ordres des puissants magnats de la haute sphère financière métropolitaine ? Yako à vous tous, ferment de l’esprit !

Le printemps de la liberté, la tradition de l’engagement.

Se peut-il que la situation d’extrême putréfaction de la société ivoirienne des années 90 ou années de braises, ait servi de substrat à la trame de ce fabuleux et captivant roman de Nangala? Rien n’est moins sûr !
Et pourtant sous le regard omniscient du narrateur et surtout à travers les pérégrinations de Wonouplet, les diatribes acrimonieuses et incendiées de Pessa, personnage mythique et mystérieux, se déploient avec une exactitude effarante, les reflets polychromes de la société ivoirienne au soir du règne trentenaire du PDCI et de son tout puissant président. Les nombreux complots machiavéliques dont seul ce parti –état de l’époque a le secret, et qui plus est, ont émasculé la Côte d’Ivoire et permis ainsi son long règne, y sont dénoncés au vitriol à travers un langage aussi vif que corrosif. Nangala ne prolonge-t-il pas ainsi au plan littéraire, la lutte d’Alexandre BIYIDI et du célèbre universitaire J.B FOUDA pour lesquels l’art romanesque africain ne saurait être un art de fin mais plutôt un art de moyen. Moyen d’atteindre la pyramide et provoquer son effondrement (pp150-151), véritable torpille, puissante arme miraculeuse contre les démiurges et croquemitaines faiseurs d’hommes et de miracles dont l’Afrique du 20ème siècle n’avait que trop souffert.
De même que WRIGHT (black boy) dédaigne la moindre coquetterie à l’égard du public, évite les lieux communs, les futilités, les naïvetés et pose les problèmes dans toute leur crudité, de même aussi le printemps de la liberté rejette avec fracas les images stéréotypées et les univers idylliques auxquels sont abonnés des piètres chroniqueurs anachroniques adulés par une certaine catégorie de lecteurs. Pour Nangala comme pour WRIGHT, la construction nationale ne saurait s’accommoder de phraséologies creuses et démagogiques dont les pères de la nation abreuvent leurs peuples.
Certes le roman n’est pas une thèse d’histoire comme le clame la critique bourgeoise, mais il n’en demeure pas moins qu’il est le fruit de l’imagination d’un individu dont la maturation du processus cognitif a été possible grâce à l’encadrement de sa communauté d’origine. (VIGOTSKY) Dès lors l’écrivain, le vrai, peut-il se débiner de ses responsabilités historiques et se retrouver dans les salons fort coloriés de l’imaginaire pendant que sa communauté d’origine est en proie à la misère la plus totale ? Le printemps de la liberté invite à ce débat et Nangala tout comme ZOLA (la curée 1871, germinal 1884) prend le parti et le pari de l’Histoire. L’écrivain est la vigie de la société écrit Nangala à la page 149 et précise derechef son rôle: il doit écrire pour poser les jalons de l’Histoire.

Au total, le printemps de la liberté reste la meilleure cuvée dans la pure tradition des romans engagés. Car, d’Alexandre BIYIDI alias Mongo Béty (le pauvre christ de bomba, ville cruelle) à CAMARA Nangala, seule la couleur de l’oiseau a changé. Le noir a remplacé le blanc sur la branche, le combat reste cependant tout entier. Et Nangala s’y engage de tout son content et de tout son être.
Par ailleurs, la jubilation printanière que procure le commerce d’intérêt avec le printemps de la liberté tire sa légitimité moins de la pointe acérée de la plume de l’auteur que de l’esthétique particulière de cette œuvre : le titre, l’espace et le temps, la composition, les personnages,etc.

1.Le titre
Avant le printemps de la liberté, contenu ou texte à découvrir il y a le printemps de la liberté, le titre, un discours antérieur au texte lui -même qui balise, sollicite immédiatement le lecteur, oriente malgré lui son activité de décodage. Outre les raisons évidentes de marketing qui gouvernent son choix, ce titre remplit une fonction poétique (R. Jakobson, 1963), siège naturel des inflexions et soucis esthétiques de l’auteur. Le printemps de la liberté, dans la logique de la dialectique hégélienne, montre et cache à la fois. Il présente, vend un roman dont le contenu reste énigmatique, donc caché, avant d’avoir parcouru les onze (11) chapitres qui le composent. Il fonctionne de manière métonymique d’autant plus qu’il a un rapport fonctionnel et de cristallisation avec le roman qu’il résume. En cela il est un condensé à haute teneur idéologique. Il n’est prononcé d’ailleurs qu’à la fin de la dernière phrase terminant le texte. Son décodage ouvre dès lors à un code herméneutique et invite le lecteur dont la culture est ainsi convoquée à une lecture attentive et soutenue.
Le printemps est l’une des quatre saisons de l’année. Il correspond au renouveau de la nature après le rude froid de l’hiver. C’est une période de plein épanouissement, de jubilation légitime et de félicité. Quant à la liberté contenue dans le complément déterminatif qui l’accompagne (de la liberté), ce mot est forgé à partir de libre qui signifie autonome, affranchi, délié, émancipé, indépendant, souverain, etc. Liberté selon Littré (T4, p.3514) et par opposition à captivité et à la dépendance est la condition de l’homme qui n’appartient à aucun maître. Sous cet éclairage le printemps de la liberté serait donc le temps ou l’espace de l’émancipation, de l’indépendance.
En dernière analyse, loin d’être une foire libertaire, le roman de NANGALA, est un chant de libération et d’épanouissement de toutes les libertés confisquées (B. DOZA)par un système politique et social d’une cupidité vorace et englué dans la luxure et la concupiscence les plus abjectes. Mieux, le printemps de la liberté est un champ au portillon duquel, les libertés longtemps déniées au peuple de ce pays imaginaire, se bousculent, se dressent inattendument à la recherche d’un héraut ou héros qu’elles reconnaissent en Pessa-Wonouplet, ce couple qui se superpose volontiers avec Kandia-Râhi, héros de la révolution naissante dans les crapauds-brousse (P.A 1979) de TIERNO MONENEMBO.

2.L’espace et le temps
De toutes les catégories narratives, l’espace et le temps sont, après les personnages, deux éléments essentiels du dévoilement de la sémantique de la fiction. Car, la narration et la description qui constituent le socle de l’art romanesque servent respectivement à rendre compte des successions de la temporalité et de l’organisation de la spatialité. Pour mieux saisir la dynamique des actions que déploient les personnages dans leur évolution, il est plus que nécessaire d’être attentif à cette double opposition spatiale et temporelle.

Le temps
Le roman selon Bourneuf et par opposition aux arts spatiaux (la peinture et la sculpture) est un art temporel au même titre que la musique (l’univers du roman, 1972). Il est d’abord une œuvre de langage qui présente une suite d’événements enchaînés depuis un début jusqu’à une fin. Le temps apparaît dès lors comme un élément qui permet d’ordonner les perspectives en une représentation du monde. Le printemps de la liberté offre au lecteur un large éventail de procédés par lesquels la temporalité se révèle. Ils peuvent être organisés en deux axes majeurs : le temps interne et le temps externe.

a.le temps interne.
Il est généralement le temps de la fiction ou le temps raconté, c'est-à-dire le temps de la narration. Il représente la durée du déroulement de l’action dans la fiction. Il ne peut être saisi qu’à travers l’étude de ces anachronies narratives ou formes de discordances entre l’ordre de l’histoire et celui du récit (Bourneuf, 1972). Il s’agit de toutes ces formes de récits enchâssés dans le récit initial et par lesquels le narrateur booste ou ralentit son récit. Ce sont des rétrospections (analepses) ou des anticipations (prolepses). Tout le chapitre II de le printemps de la liberté est une forme analeptique très illustrative. Par cette rétrospection le narrateur a levé un coin de voile sur le douloureux passé de fillette violée de Wonouplet. Le roman en comporte plusieurs autres formes, soit aux pages 59-63, 157, 254-255 etc.
Par ailleurs, le texte de NANGALA étant relativement sobre en références temporelles précises, la durée de la fiction ne peut être clairement saisie qu’au terme d’un travail minutieux et attentif dont les présentes lignes n’en constituent qu’une friche. Aussi, les vagues indications temporelles du genre, le lendemain (81), le jour du rendez-vous (95), les deux amis se sont séparés hier (119), quelques jours plus tard (158), ce matin-là (263), Il arrive à Tamba au soleil couchant (291) etc. analysées en rapport étroit avec la valeur gnostique des temps verbaux utilisés prodigieusement dans ce texte offriraient matière à réflexion à tous ceux pour qui les romanciers africains traînent dans leurs oeuvres une carence atavique de la notion de temps. Néanmoins, les onze (11) chapitres du roman de NANGALA peuvent s’organiser essentiellement en trois unités temporelles disproportionnées, toutes en rapport avec le statut d’étudiante de Wonouplet.

1. Du chapitre I au chapitre VIII, cette unité correspond aux grandes vacances universitaires qui ont généralement lieu après les résultats des examens de juin. Cette unité a sensiblement duré deux mois et demi. Probablement à partir de la seconde moitié de juillet au 30 septembre, après les résultats de la session de septembre.

2. Du chapitre IX au chapitre X, fin des vacances, retour en cité universitaire dans la capitale, congés de noël, retour à Hambol, voyage à Papara, rentrée de noël.
Cette séquence temporelle a une durée très brève quoique riche en actions, soit un total approximatif de 100 jours.

3. le chapitre XI correspond à la dernière unité, 12 mois la séparent du retour de wonouplet de Papara. De la descente musclée des commandos dans les résidences universitaire à la réouverture des écoles, deux mois se sont écoulés qui comprennent toutes les autres péripéties: assassinat du commando rouquin, retour à Hambol, séjour au domicile du vieux Nanourou. De la réouverture des écoles à l’activisme politique, 12 autres mois se sont écoulés, de l’assassinat de Boniface à l’adresse du demi dieu suprême à la nation, 10 jours.

b. le temps externe
L’analyse du temps externe du roman de Nangala, le printemps de la liberté est inséparable de l’idéologie (en tant que dimension de la socialité née de la division du travail, liée aux structures de pouvoir et condition mais aussi produit de tout discours) et du projet de société de l’auteur dont ce texte est porteur. Diverses méthodes d’analyses des textes littéraires peuvent être mises à contribution à cet effet. Ainsi par exemple, sous l’éclairage de la sociocritique, poétique de la socialité, l’on découvrira en dernière analyse que le temps de l’influence de ce texte est la période des années de braises (90, 91, 92) avec un flash-back à peine voilé sur le grand complot du chat noir de1964.

Au total, ces quelques esquisses combinées avec un relevé exhaustif des indices culturels présents dans le texte dévoileront le point d’encrage du roman de Nangala.

DITES-MOI, MONSIEUR LE PRESIDENT…

Posté le 14.12.2007 par ndahfranc
Qui sont les gardiens de nos valeurs morales et sociales ?

Hier, devant la nation, vous avez banalisé les accusations selon lesquelles certains de vos collaborateurs vendraient les places aux différents concours de la Fonction Publique. Si ce n’est pas un encouragement à continuer leur sale besogne, cela y ressemble étrangement. Car, vous et moi, connaissons la vérité pour peu qu’on veuille la découvrir. A moins que ce proverbe de mon grand-père ne s’applique aussi à vous : « Il n’y a pas pire aveugle que celui qui refuse de voir. » Il disait aussi qu’il est très difficile de réveiller quelqu’un qui fait semblant de dormir.
Savez-vous, monsieur le président, combien de gens vous avez frustrés par ces déclarations ? Ceux qui ont eu le plus mal, sont malheureusement ceux qui vous aiment le plus, ceux qui croient encore que vous avez un dessein de justice pour chacun d’entre nous. C’est pour cela qu’ils ont bravé les armes meurtrières des assaillants et de l’armée française pour vous soutenir. Je veux parler des vrais patriotes, les anonymes, et non de ceux qui se pavanent ici et là au volant de voitures rutilantes avec gardes de corps et chauffeurs et faisant ripailles même en temps de vaches maigres. Ceux-là n’ont de patrie que leur propre ventre. Avec leur ascension fulgurante que vous avez contribué à asseoir, tout le monde pense aujourd’hui qu’il n’y a de réussite que dans la « politique ». Dites-moi, monsieur le président, que mangerions-nous si tout le monde devenait « politicien » ? Moi, je ne me sens pas l’âme d’un « politicien » et ils sont heureusement nombreux ceux qui sont comme moi. Nous ne vous demandons pas l’aumône, notre dignité nous l’impose, nous vous demandons seulement d’être le garant de la justice et de l’équité pour tous. L’échec fait partie de la vie, c’est vrai, mais je refuse d’échouer parce que je suis pauvre. Oui, monsieur le président, vous feignez de l’ignorer, mais en Côte d’Ivoire, ce sont les pauvres qui échouent aux différents concours même quand ils sont les meilleurs. Que ce soit sous le mandat de quelqu’un d’autre, je l’aurais compris, mais sous le vôtre, cela me déchire le cœur et je ne peux l’accepter. Car, votre parcours politique ne saurait s’accommoder de telles pratiques. Alors, pourquoi fermez-vous les yeux sur ce qui est visible même pour un aveugle ?
Dites-moi, monsieur le président, regardez-vous la télévision nationale ? Peut-être pas, il y a des chaînes bien meilleures que les nôtres et je vous sais friand de culture, de livres, de tennis (vous parlez toujours avec passion de Serena et de Vénus) et de bien d’autres émissions aussi instructives que divertissantes. Mais je crois que vous devriez jeter un œil sur votre télévision, sur notre télévision et vous comprendrez pourquoi nos enfants sont si abrutis et si pervers. Eh oui, monsieur le président, à la télévision ivoirienne, il n’y a que de la musique (et quelle musique !) et les concours de beauté que parrainent bien souvent certains de vos ministres et autres cadres du parti. Ils prennent plaisir à regarder les corps nus de nos enfants. Ils les aguichent avec des prix qui feraient perdre la tête même à un saint : villas de vingt millions et plus et voitures de marque. Qui pourrait résister à de telles folies ? Des choses qu’un fonctionnaire de plus de vingt ans de service ne pourrait s’offrir. Oui, monsieur le président, j’ai eu la malchance de naître homme et qui plus est laid. Quel avenir me réservez-vous ? J’ai voulu devenir écrivain, ah, mais quelle galère ! J’ai remporté plusieurs concours littéraires ; mais savez-vous le plus gros prix que j’ai eu ? Trois cents mille franc parce qu’il n’y avait aucun corps de femme à voir. Aucune entreprise, aucune structure n’a voulu associer son image à ces différents concours. Et pourtant vous disiez qu’il fallait créer plus de bibliothèques que de discothèques. Mais monsieur le président, à l’allure où vont les choses, vos bibliothèques n’ont d’autres destins que d’être transformées en bar-dancing. Une jeune maison d’édition a accepté d’éditer un ouvrage que j’ai écrit sur les enfants-soldats, nos enfants, que certains politiciens ont pris et prennent plaisir à transformer en chiens de guerre. Pour baisser le coût de production et donc réduire le prix du livre pour le mettre à la portée de tous, cette jeune maison a cru bon chercher une subvention auprès de structures nationales et internationales. Mais vous savez quoi ? Personne ne veut débourser cinq francs pour un livre. Et depuis plus d’un an, nous attendons désespérément une main providentielle pour nous aider à éditer notre livre. Vous voyez, monsieur le président, le destin réservé à ceux qui veulent réussir en comptant sur eux-mêmes ?
Si j’écris ces lignes, ce n’est pas pour que vous les lisiez (d’ailleurs je doute fort que vous ayez connaissance de l’existence de mon blog), mais c’est pour prendre le temps à témoin. N’est-ce pas vous-même qui disiez que le temps est le deuxième nom de Dieu ? Nous voulons le prendre à témoin et dire que malgré les adversités, nous n’avons pas baissé les bras. Pour que le jour où les vraies valeurs triompheront, les incultes sachent qu’en son temps, nous les avions prévenus. A bon entendeur salut !

L'AMOUR EN HERITAGE (Roman inédit) Chapitre 6

Posté le 13.12.2007 par ndahfranc
Le temps continuait son petit bonhomme de chemin et imprimait parfois des tournures imprévisibles à la vie des hommes. Celle de Will et de Charlotte n’échappa pas à cette réalité existentielle.
Invité par son ami John à une réception qu’il donnait chez lui, Will y alla naturellement avec Charlotte.
Là-bas, ce fut pourtant avec une grande joie que Will revit Linda, une de ses ex qu’il ne quitta pas d’une semelle tout au long de la soirée, malgré les regards de désapprobation de John.
La joie de ces retrouvailles était telle que Will en oublia la présence de Charlotte. Cette dernière, quoique déçue par le comportement de son amant, essaya de compenser son absence en s’occupant des deux filles de John à qui elle raconta de très belles histoires.
Au moment de rentrer, elle partit à la recherche de Will qui avait disparu dans les arcanes du domaine de John. C’est pendant qu’elle allait voir sur le toit de la maison, après l’avoir cherché en vain partout, qu’elle le rencontra dans les escaliers, Linda accrochée à son bras.
Pourtant, il ne laissa transparaître aucune émotion coupable.
Dans la voiture qui les ramenait, l’atmosphère était des plus moroses entre les deux amants.
- J’ai l’impression que tu m’en veux pour quelque chose, dit Will, pour rompre le lourd silence qui s’était installé entre eux. Qu’est-ce qu’il y a ?
- Euh ! je me demandais juste si tu avais couché avec cette femme ?
- Avec… Avec Linda ? répéta-t-il de façon ironique. Avant ?
- La réponse à cette question est évidente.
- C’est une ancienne amie, tu le sais, ça.
- Je voulais dire ce soir, sur le toit.
- Tu parles sérieusement ? Tu es sérieuse ?… Non, non. Bien sûr que non ! On a rompu parce qu’elle n’était pas exactement mon style.
- Tu as une petite amie ?
- Tu crois que c’est à moi de le dire ? En tout cas, pour ce qui est de Linda, pourquoi… pourquoi je ferais ça ? Ça n’a pas de sens !
- Je sais, je veux dire… je me demandais… nous sommes si heureux et je ne voyais pas de raison. Mais ensuite, j’ai pensé, mon Dieu ! s’il a fait ça, il aura au moins l’air coupable, mais non, tu es complètement décontracté. Plus décontracté même qu’avant le début de la soirée.
- Bon, voilà, tu vois bien !
- Mais, tu es un homme à femmes, tu as toujours été un homme à femmes. Et qu’est-ce que c’est exactement ? C’est…
- Nous y voilà !
- C’est un homme qui couche avec des tas de femmes, mais qui n’a aucune difficulté à mentir.
- Oui, mais en fait, dans ce cas précis, je n’ai pas à me fatiguer de mentir, il ne s’est rien passé, d’accord ?
- La maladie que j’ai m’a appris à lire dans la conscience des gens. Rien qu’en te touchant, je saurais si tu mens.
Elle posa alors une main tremblante sur la poitrine de Will. Après un court instant, elle s’écria, affolée :
- Oh ! mon Dieu ! Oh ! mon Dieu !
Elle se prit alors le visage entre les mains et se mit à pleurer.
- Arrêtez-vous, s’il vous plaît ! cria-t-elle au chauffeur.
- Non, ne fais pas ça, la supplia Will.
Mais elle ne l’écouta pas. A peine la voiture s’arrêta-t-elle qu’elle descendit. Will en fit autant et courut après elle.
- Charlotte !
- Pourquoi ?
Il la rattrapa.
- Ecoute, je n’ai jamais fait semblant d’être ce que je ne suis pas, d’accord ?
- Pourquoi ?
- Pourquoi ? D’accord, très bien ! Pourquoi ? Parce que j’en ai eu envie…
- Mais, que fais-tu de l’amour ?
- Mais, pourquoi es-tu aussi juvénile ? Ça n’était rien du tout ! Rien du tout, ça ne signifiait rien ! Si j’étais différent, peut-être, mais…
- Que fais-tu de l’amour ? hurla-t-elle de nouveau.
- Tu sais, je vais te dire ; on s’est trompé. On s’est trompé sur toute la ligne ; depuis le début. Tu es une gosse, je suis un sale type. Tu as mieux à faire pour tes derniers… à faire dans ta vie que la passer avec un mec comme moi.
Sur ce, il tourna les talons et s’éloigna.
Il regagna sa maison, triste et abattu, après avoir flâné dans la ville pour essayer de dissiper sa douleur. Mais le pouvait-il ? Il était embarqué dans un engrenage impitoyable. C’était plus fort que lui ; sa seule volonté ne suffisait plus pour arrêter la roue du destin.
Sur son lit, il découvrit une carte avec un message. Il le parcourut, le cœur gros comme une montagne :
« La nuit la plus effrayante de l’année. Une seule chose me hante. On aurait pu ne jamais se rencontrer. Charlotte. »
Will s’affala sur le lit. Quels genres d’émotions l’animaient à ce moment précis ? Une avalanche de sentiments aussi coupables les uns que les autres ! Aussi destructeurs les uns que les autres !
Charlotte non plus n’était pas logée à meilleure enseigne. En effet, après avoir flâné elle aussi dans la ville afin de vider son cœur de ce torrent de tristesse et de rancœur qui l’avait pris en otage, elle rentra à la maison. A sa vue, sa grand-mère s’écria :
- Oh ! regardez qui est là !
Aussitôt, Charlotte éclata en sanglots.
- J’ai déjà vu ce genre de visages, lui dit sa grand-mère, la voix nouée.
- C’est vrai…renifla-t-elle.
- Dans de nombreuses occasions. Toutes pour la même raison.
- Tu m’avais dit que Will et maman étaient juste amis…
- C’étaient des amis ; mais elle était totalement folle de lui. Elle n’a jamais couché avec lui. Parce que c’était une fille de notre temps ; et, elle était intelligente. Bien sûr, elle a commis une énorme erreur en lui avouant ses sentiments. Ça s’est passé à Bassam, au Club, pendant la fête du travail, lors d’un pique-nique…
- Et qu’est-ce qui s’est passé ?
- Dans l’heure qui a suivi, il a mis en cloque Mili, dans une cabine de bain.
- Mili ?
- La partenaire de double de ta mère.
- Mais, pourquoi tu ne m’as pas dit tout ça ? pleurnicha Charlotte. Tu sais que tu aurais pu me prévenir ! Tu vois ce qu’il est en train de me faire à moi aussi ?
- Ouais, j’aurais pu ; mais, je ne l’ai pas fait.
- Tu ne me parles jamais ; tu ne me dis jamais ce que je dois faire !
- Charlotte ! Regarde-moi bien en face. Tu me demandes de te dire ce que tu dois faire ?
- Oui ! Tu es ma famille ! Tu es ma famille ! Tu es censée t’occuper de moi, sanglota-t-elle de plus belle.
Sur ce, elle monta dans sa chambre, sous le regard éploré de sa grand-mère qui se sentait coupable juste pour avoir voulu laisser sa pauvre petite fille profiter des derniers instants de sa vie. Mais il a fallu qu’il fût encore là, Will Pokou, le séducteur invétéré, pour lui gâcher son plaisir, comme il l’avait fait pour sa mère.
Charlotte, qui avait voulu construire une histoire d’amour unique avec un homme riche et séduisant, s’était laissée embarquer dans le tourbillon de l’amour. Son cœur venait de subir une agression pire que celle qu’elle connaissait déjà et cela, à cause de l’amour. Et dire qu’elle avait souvent lu dans des romans que l’amour était une chose magique. Des larmes, elle en versa toute la nuit…

* *
*

John et Will cheminaient ensemble en discutant de façon houleuse.
- Où étais-tu ? demanda John à Will.
- Chez moi, répondit ce dernier.
- Je t’ai appelé dix fois !
- J’avais décroché.
- Je ne pige pas.
- Y a rien à piger ; j’avais décroché.
- Quelque chose s’est passé à ma soirée ?
- Tu y étais ; rien du tout, on s’est bien amusé.
- Déconne pas. Qu’est-ce qui est arrivé ?
- Rien du tout !
- Qu’est-ce qu’il y a ? C’est Charlotte ? Quelque chose est arrivé avec Charlotte ou quoi ?
- On a décidé de se quitter.
- Tu te fous de moi, là ?
- C’est plutôt elle qui a décidé qu’on se quittait.
- Qu’est-ce que tu as encore fait ? l’interrogea John qui avait déjà flairé le mensonge.
- Moi ?
- Déconne pas avec moi ; qu’est-ce que tu as fait ?
- Je crois que j’ai couché avec Linda sur ton toit, ça te va ?
- Tu te fous de moi ?
- Non… Non, non, je ne me fous pas de toi. Alors, elle est partie, c’est fini.
- Je suis consterné que tu aies fait ça.
- J’ai fait le con.
- Alors ?
- Alors, voilà, je suis exactement comme avant, ironisa-t-il.
- Et comment tu vas vivre ça ?
- La situation ne pourrait qu’empirer… Pourquoi aller plus loin dans cette histoire, hein ? Ça va nous mener à quoi ? C’est maintenant au lieu de plus tard. Je la quitte ou alors dans quelques mois, c’est elle qui me quitte. Non, non, c’est même mieux comme ça ; c’est bien mieux !
Puis, contre toute attente, il fondit en larmes sur les épaules de son ami avant de poursuivre :
- Je voudrais ne jamais croire qu’on s’est quitté, murmura-t-il.
- Je suis désolé de te dire ça, mais il n’y a que deux sortes d’histoires d’amour dans ce monde : le garçon perd la fille, la fille perd le garçon, c’est tout ; c’est tout ! Il y a toujours quelqu’un qui est lâché. Tu essaies d’éviter ça et tu es sûr de finir comme ces vieux qui se regardent dans le miroir et passent leur réveillon de Noël avec leur lait de poule. Ecoute-moi…
- Je n’en ai rien à cirer !
- Toi, tu vas mourir dans tes propres bras !
- Je n’en ai rien à cirer ! Je veux en finir maintenant !
Sur ce, d’un pas alerte, il s’éloigna de son ami en courant. Il voulait fuir la triste réalité. Mais, le pouvait-il ? Il était embarqué dans un train sans conducteur, roulant à vive allure, avec pour seul voisin, l’amour. Et avec l’amour, que de larmes et de tristesse ! (A suivre)

LA VIE EST UN PIEGE SANS FIN

Posté le 12.12.2007 par ndahfranc
Je vous l’ai déjà dit. Nous vivons les temps derniers. Le temps des temps. Le temps où tout est folie. Le temps où les mots sont vidés de leurs sens. Le temps où les mots sont devenus aussi hypocrites que les hommes. Et il y a toujours une histoire à raconter…
Elle était arrivée à vingt heures. A l’heure pile. L’heure, c’est l’heure.
Au vestiaire, elle avait trouvé des jeunes filles moins âgées qu’elle. Elle les avait vues se piquer avec des seringues, le regard trouble ou absent. Quant à elle, elle avait préféré les comprimés parce qu’ils ne laissent pas de traces sur le corps. Puis, elle les avait avalés. Quelques instants plus tard, un énorme blanc fit irruption dans le local. Il s’approcha d’elle.
- Tu es la nouvelle ? dit-il.
- Oui, c’est ça.
- Tu verras, ce n’est pas bien compliqué. Il suffit d’un peu de courage, c’est tout. D’ailleurs, nous allons te faire une petite démonstration.
Il fit alors signe à deux fillettes qui se présentèrent aussitôt. A peine treize ans. A son top signal, avec une terrible impudeur et une dextérité étonnante, elles le mirent nu. Et ensuite, avec une incroyable indifférence, elles le firent voyager au royaume de l’extase. Il poussa alors un grognement de bête en agonie avant de se vider dans leurs bouches innocentes. Juste après, ce fut son tour…
La vie est un piège sans fin. Qui toujours se referme sur nous. Impuissants.
Elle a fait ça. Avec des chiens. Qui l’ont possédée. Sans ménagement. Comme une chienne. C’est ça. Comme une chienne en chaleur. Pour de l’argent.
Que c’est dégoûtant ! Des hommes qui deviennent des chiens pour de l’argent.
De l’autre côté, ils étaient encore là. Ces hommes du pouvoir. Ces hommes au pouvoir. Sans cœur. Friands de plaisirs souillés. Plaisirs malsains. Plaisirs démoniaques. Ils brandissaient leurs sexes à pleine main. Comme des pistolets de cow boys. Les faisant sucer par des minettes expertes. Comme des crèmes glacées. Ils ont joui en regardant ces chiens la posséder. Comme une chienne. Pour de l’argent.
L’argent n’a pas d’odeur. Mais regarde-toi, femme ! Tu es souillée à jamais. Tes yeux coupables refléteront l’éclat diabolique de cet acte ignoble. A jamais ces souvenirs seront gravés sur ta mémoire affectée. Ton corps sera à jamais marqué par la douleur immortelle de cette blessure béante. Tu rencontreras partout les démons de la douleur. Pour avoir profané la création. Ton cœur ne sera qu’un livre de soupirs immortels. Mais, jamais tes larmes n’éteindront les flammes de la pénitence. Elles te brûleront d’un feu éternel et sans pitié.
Et toi, bourreau, ta pénitence sera pire que l’enfer. Ta souffrance sera un gouffre de douleurs et un océan d’amertume et de regrets… Tu vogueras au gré des plaisirs souillés, mais tu ne connaîtras jamais le bonheur et la paix de l’esprit.

LES MANGECRÂTES

Posté le 11.12.2007 par ndahfranc
Il était une fois, un village nommé Sui-djé-oka. C’était un village qui avait connu ses heures de gloire et s’affichait comme une référence dans les villages de la région.
Peuplé jadis par de nombreux peuples venus d’horizons divers, la population de Sui-djé-oka, quoique cosmopolite, vivait dans une symbiose et une entente légendaires. Son hospitalité, devenue elle aussi légendaire, attira de nombreux aventuriers venus chercher fortune dans ce village considéré à juste titre comme l’Eldorado de la région. Ils furent si bien accueillis qu’ils décidèrent de rester pour toujours. Et ils devinrent des Okalais d’adoption. Leur intégration fut si parfaite qu’on pouvait les retrouver, sans discrimination aucune, dans toutes les sphères d’activité.
A la tête de ce village unique en son genre, il y avait un bélier indomptable, aussi sage que rusé. Il avait façonné son peuple en fonction de son sens élevé de la paix dont il avait d’ailleurs fait la principale religion du village. Tous les dimanches donc, on allait dans les lieux sacrés pour adorer le dieu de la paix et lui demander de continuer à veiller sur le village et ses habitants.
Mais voilà qu’un jour, une mystérieuse maladie fait son apparition dans le village, mettant ainsi fin à l’harmonie qui y régnait. Nul n’en était épargné. Hommes, femmes et enfants sont tous atteints. Les hommes de sciences ne tardent pas à découvrir l’origine du mal. C’est un virus appelé « V. D. D. P », c’est à dire, Virus du Détournement des Deniers Publics. Ce virus était la cause de cette pandémie dénommée « mangecratie ».
La « mangecratie » était un mal qui attaquait différemment selon qu’on était de la classe dirigeante ou du bas peuple.
Quand on est de la classe dirigeante, les manifestations de la maladie sont cyniques, machiavéliques et démoniaques. Jugez-en vous-même.
Les « akotos » chargés de la gestion des ressources du village les confisquaient à leur seul profit. Ils se pavanaient ici et là dans les chariots les plus sophistiqués que la science eût pu inventer. Leurs rejetons étaient les seuls habilités à aller par-delà la mer pour apprendre la science des sorciers à la peau blanchâtre. Quand ils revenaient quelques années plus tard, c’était parés de parchemins dévalorisés qui leur valaient des postes de directeur à la tête des plus grosses coopératives du village. Experts en népotisme, gabegie, clientélisme et corruption, ils ployaient tous, père comme fils, sous le poids de l’or et des billets de banque, fruit du travail collectif. Ils s’attribuaient des titres ronflants de Lord ceci, Empereur cela, et bien d’autres singeries dignes des temps anciens. Ils créaient des clubs de « mangecrates » et organisaient des compétitions de « mangecratie » pour désigner qui savait le mieux manger. Ces orgies « mangecratiques » donnaient lieu à de véritables séances de boustifaille où l’on continuait de s’empiffrer même quand on était rassasié. Et tout cela, sous la supervision éclairée et avertie du Guide Suprême.
Et le comble du mal, c’est que l’impunité généralisée qui régnait au sein de cette classe, rendait encore plus gourmands les malades qui arrivaient à ce stade extrême qu’est la mégalomanie. Ainsi, dans les hameaux les plus reculés qui leur servaient de refuge natal, ces mégalomaniaques faisaient pousser comme des champignons des réalisations grandioses et parfaitement inutiles dignes des musées d’outre-tombe. Ah ! quelle terrible maladie !
Quant à l’autre facette de la maladie, elle n’attaquait que le bas peuple. Elle se présentait d’ailleurs comme le contraire de celle de la classe dirigeante. On pourrait même dire qu’elle en était la conséquence systématique. Ses symptômes étaient épouvantables. Les malades souffraient de malnutrition chronique pour n’être nourris que de mensonges politiciens, de promesses hypocrites et d’espoirs sans avenir. Ils étaient également atteints de masochisme. D’où cette attitude incompréhensible qu’ils avaient à vénérer la souffrance, à la rechercher en tout temps et en tous lieux. La dignité n’était plus alors qu’un vain mot et l’honneur refoulé aux calendes grecques. Mais le plus inquiétant dans tout cela, c’était le mutisme éhonté qui s’était accaparé de leur âme et conscience. Un silence coupable. Un silence pourtant bruyant de désespoir et d’incertitudes. Et le comble du mal, c’est qu’ils poussaient la bêtise jusqu’à former des groupes de soutien pour encourager les « mangecrates » à manger davantage. Quelle sottise !
C’est dans cette atmosphère épouvantable faite d’indigestions douloureuses et de diarrhées chroniques qu’on apprit un jour de très grande pluie, la naissance imminente d’un enfant prodige qui viendrait pour soigner le peuple et le guérir de cette pandémie.
Ainsi naquit-il dans le cœur du bas peuple, une joie muette et secrète. Pour la première fois, il voyait poindre à l’horizon une minuscule lueur d’espoir.
Mais c’était sans compter avec le cynisme du Guide Suprême et de ses ministres. Les oracles interrogés apprirent à ces derniers que le messie serait le fils du Diable. Qu’il viendrait pour réparer les injustices du père. Il n’en fallait pas davantage pour réveiller le courroux du Guide Suprême qui décida dès lors de tuer le poussin dans l’œuf pour préserver son pouvoir et les nombreux privilèges qui s’y rattachaient. Aussi prit-il des décisions draconiennes. Il décida d’abord de se castrer pour ne plus être en mesure de procréer et éviter ainsi de donner la vie à cet enfant dont la venue imminente lui coupait le sommeil.
L’opération chirurgicale réalisée par les plus grands experts venus d’Amloki pour la circonstance fut une parfaite réussite. Le Guide Suprême organisa alors une fête grandiose pour célébrer l’heureux événement. On nota la présence à cette cérémonie de tous les Guides Suprêmes abonnés aux partis uniques. Aux discours pompeux pour magnifier la clairvoyance du Guide Suprême, succédèrent des séances d’ingurgitations alcooliques et de boustifailles. Le tout au son de musiques et de chansons farfelues exécutées par des artistes médiocres criant à tue-tête de mièvres et hypocrites louanges.
Après cette fête ridicule qui fit une fois de plus souffrir la caisse de la coopérative villageoise, le Guide Suprême convoqua un conseil extraordinaire des « akotos ». Après avoir retracé dans une longue et fade litanie, les différentes luttes menées par lui et les siens pour la souveraineté du village, il évoqua, avec des mots ridicules et vidés de leurs sens, ce qu’il qualifia de complot contre la sûreté du village. Il condamna avec la dernière énergie l’attitude des dieux qui avaient autorisé la venue de cet enfant. Aussi prit-il l’engagement ferme et solennel devant le conseil des « Akotos » de tout mettre en œuvre pour que cet enfant ne naquît jamais.
L’ordre fut alors donné à l’armée de traquer jusque dans les confins les plus reculés du village, toutes les femmes qui avaient eu le privilège de partager le lit du Guide Suprême ces neuf derniers mois et qui étaient donc susceptibles d’être les génitrices potentielles du messie. La nouvelle épouvanta le village tout entier. Les hommes qui avaient été obligés de céder leurs filles ou leurs femmes au Guide Suprême le temps d’une nuit voulurent les faire sortir clandestinement du village. Mais, trop tard, puisque toutes les frontières avaient été fermées. Le registre qui avait permis de les identifier faisait état de sept cent dix jeunes femmes disséminées sur toute l’étendue du territoire villageois.
Et avec un sadisme déconcertant, un zèle machiavélique, les robots de la mort accomplirent leur sale besogne. Pour éviter que la femme en question passât entre les mailles du filet, Ils violèrent puis éventrèrent toutes les femmes enceintes, y compris mêmes celles qui n’avaient pas eu « la chance » de partager la couchette du Guide Suprême. Toutes succombèrent donc à la barbarie légendaire des hommes en uniformes.
On maquilla le massacre en une impitoyable épidémie et demanda l’aide de la communauté internationale qui répondit d’ailleurs positivement à cette requête. Des miettes furent distribuées aux parents des défuntes pour acheter leur silence. Et le reste du pognon partit là où vous savez. Destiné à ceux que vous connaissez. Pour réaliser ce que vous imaginez.
Et des semaines passèrent. Des mois aussi. On essayait autant que faire se peut d’oublier l’épouvantable tragédie. Dans le silence de la parole, mais dans la douleur du cœur et de l’esprit.
Et puis un jour de très grande pluie, couchée sous un hangar du marché après que les occupantes légitimes s’en furent allées, Edéfouè, la folle, connut, à l’insu de tout le monde, la douleur et la joie de l’enfantement. Et, comme si en cet instant solennel elle fut dotée d’une force et d’une intelligence supérieures, elle ôta le haillon qui lui servait de pagne et y enroula le nouveau-né, après lui avoir sectionné le cordon ombilical avec les dents. Elle dormit à ses côtés jusqu’à ce que le jour commence à envelopper le ciel de son linceul blanc. Elle abandonna alors le nouveau-né sur l’étal et disparut à jamais dans l’inconnu.
Le bébé fut découvert au lever du jour par la très matinale Offitchin, cette quadragénaire qui n’avait jamais eu la chance de connaître la joie de l’enfantement. Elle alla montrer l’inestimable trésor à son époux. Celui-ci alla à son tour informer le patriarche de la famille qui pleura de joie à la vue du bébé.
« Je savais que le destin ne nous trahirait pas, dit-il. Mes chers enfants, les dieux ont fait de vous les géniteurs du messie. Allez, quittez le village, allez le plus loin possible pour que l’espoir placé en cet enfant fleurisse comme les fleurs du flamboyant. La mission est certes difficile mais ô combien importante pour notre peuple. Partez avec l’agneau afin qu’il nous revienne bélier… »
Et trois jours plus tard, les voilà sur le chemin ô combien éprouvant de l’exil.

COMMENT JE SUIS DEVENU DOMPTEUR DE MOTS

Posté le 11.12.2007 par ndahfranc
On ne saurait mettre au monde un enfant si au préalable on ne l’a porté dans son ventre pendant un certain temps. On ne saurait concevoir un tel enfant si un jour on n’a cédé aux caresses d’un amant, une nuit de très grande ivresse.
Mon amour à moi, je l’ai rencontré un jour, au hasard d’une lecture. J’ai suivi la danse des mots sur la feuille. J’ai observé la progression des idées dans l’enchaînement des phrases. J’ai tourné les pages une à une jusqu'à la fin. Et j’ai vu naître tout au long de cet itinéraire fabuleux, des réseaux inextricables de personnages, de sentiments, d’idées, de sensations, d’espaces et de significations. C’était fascinant ! Je venais ainsi d’être séduit du plus profond de mon être par une créature ensorcelante. Elle m’avait possédé et me hantait comme une âme damnée qui cherche refuge. La nuit, parfois, lorsque je m’éveille, je la vois assise au pied du lit, me souriant comme un ange. Parfois aussi, comme un démon, elle menace mon repos.
Cette créature est tout de même mystérieuse ! Elle cherche à me posséder et à devenir le témoin de ma vie et de mes fantasmes les plus secrets. Saurais-je résister à ses desseins ?
Un jour, elle m’a parlé de sa vie, des événements qui l’ont marquée. C’était si pathétique par moments. Dans la chaleur des corps, dans la volupté des draps, elle m’a raconté sa vie, ses fantasmes, ses désirs. Je l’ai écoutée sans mot dire. L’expression de son visage suivait les péripéties de l’histoire que les mots et les phrases relataient.
Des jours plus tard, je me sentais grossir et une nausée étrange me serait la gorge. Une vague de pensées et d’idées bouillonnaient dans mon ventre, me causant un mal fou. Ma grossesse était-elle déjà à terme ? Quelles insomnies causées par l’état de mon ventre ! Il me fallait accoucher pour me sentir mieux.
Regardez ce beau berceau, cette page. Elle était toute blanche comme du coton, avant que ces petites créatures sorties de mes entrailles n’y prennent place. Au début, leurs mouvements m’ont paru bizarres et leurs voix, inaudibles. Je les avais crues trop fragiles pour résister aux intempéries. Mais au fil des accouchements, elles ont commencé à former comme un puzzle, l’immense créature de mes rêves et de mes cauchemars.
Le rêve est doux et le cauchemar amer.
Le cauchemar est angoissant et le rêve sublime.
Quand le rêve le plus doux devient cauchemar amer, on ne peut que confier ses angoisses à l’écriture, l’unique et vraie confidente.
Elle me suppliait de me confier à elle. Mais J’avais hésité sans trop savoir pourquoi. Etait-ce parce que j’avais beaucoup de choses à dire ? Ou alors parce que les mots me manquaient pour le dire ? Ou bien tout simplement parce que j’avais peur de me souvenir ?
Ah ! Le souvenir !
Il est si triste et si pénible par moments de se souvenir d’une personne qu’on a aimée mais qui s’en est allée malgré nos pleurs. N’Djakou est parti malgré nos larmes. Moya également, sourde devant nos peines et nos pleurs. Ils sont partis tous les deux au pays du repos éternel. Pourtant, la flamme du temps n’a pas eu raison de leur image qui est restée indemne malgré les atroces coups de dards que lui infligeait le temps.
Et du bout de mon encre, j’ai fait revivre ces souvenirs douloureux pour les immortaliser à jamais. La transe qui a alors secoué mon corps était impressionnante. Et je me suis souvenu : de tous ces événements douloureux qui ont ébranlé ma vie ; de tous ces mélodrames qui ont secoué mon être ; de toutes ces passions fugitives qui ont émaillé ma destinée. Et puis, de la plaie du souvenir, a coulé un torrent de larmes. De la cicatrice encore fragile de la douleur, du sang a jailli, mouillant et tachant ma confidente émue. Mais armé d’un courage hors pair, le stylo a exécuté la fabuleuse danse de l’inspiration. Il a tracé et retracé pour la énième fois, chaque lettre de l’alphabet et donné une émotion à chaque phrase…
Comme c’est pénible de revivre certains événements, même sur une feuille ! La mort fait toujours peur, même sur une feuille ! La trahison déchire le cœur, même sur une feuille ! Les désillusions sont amères, même sur une feuille ! L’injustice révolte, même sur une feuille ! L’amour fascine toujours, même sur une feuille. Mais la prise de conscience elle aussi peut se faire à partir d’une feuille.
C’est le rôle de l’écrivain ; mon rôle !

MES POEMES (Page 2)

Posté le 10.12.2007 par ndahfranc
I
Côte d’Ivoire
Magnifique étoile d’ivoire
La bêtise de tes fils a terni ton fabuleux éclat
Le sang de tes entrailles a coulé en torrents amers
Sur la terre sacrée de tes ancêtres
Sacrilège !
Tu portes ton funeste deuil
Noyée dans une gigantesque mare de douleurs immortelles
Ressaisis-toi avant que ton âme ne périsse
A jamais tourmentée par les démons de la haine
Tends la main à ton frère du nord
Offre un sourire de cristal à ta sœur du sud
Que tes paroles soient désormais auréolées
Des vertus curatives de la vraie fraternité !!!
Les bourgeons de la renaissance
Ne germeront qu’à ce prix !

II
Ma patrie a volé en milliers d’éclats
A cause de l’inconscience puérile de ses enfants
La poule aux œufs d’or est terriblement tourmentée
Victime de la peste guerrière, destructrice…
Fils du nord, qu’as-tu fait du poro, sagesse légendaire et séculaire ?
Fils du sud, écoute les battements plaintifs de ton cœur ulcéré
Et vous, filles de l’ouest, de l’est et du centre,
Laisserez-vous mourir la mère patrie ?
Par orgueil ?
Par rancune ?
Par rancœur ?
Faites seulement un geste
Dites seulement une parole…

III
Le ciel, longtemps assombri
A déversé sur nos têtes coupables
Des flammes de colères innommables
Nos cœurs douloureusement transpercés
Se sont vidés de leur sang, lentement, terriblement…
Ton cri de douleur n’a ému personne
Pas même le diable avec qui tu t’es cyniquement accouplé
Tu as alors compris la vanité de tes ambitions démesurées
Reviens vers ton frère et tends-lui la main
Pour renouer le pacte que tu as maladroitement rompu !
Par cupidité !

IV
Une histoire de haine fraternelle
Pour une parcelle de pouvoir
Pourtant propriété du Père céleste
On a défiguré la mère patrie
Pour lui prouver son amour
Quel drôle d’amour !
On s’est abreuvé du sang de son frère innocent
Pour montrer sa colère
Drôle de vengeance !
Aujourd’hui, l’agonie de la mère patrie nous interpelle
Donnons-nous la main
Transformons nos douleurs
En un hymne glorieux vers l’espérance nouvelle.

V
Hélas !
Mille fois hélas !
Nous sommes tous coupables !
Certains, pour avoir été des victimes innocentes
D’autres, pour avoir été des bourreaux sanguinaires
Car sans victimes, il n’y a jamais de bourreaux
Sachons seulement pardonner
Juste pour avoir été des victimes innocentes
Pour la survie de la mère patrie…

VI
Xénophobe ! ils t’ont accusé
Et tu es devenu xénophobe
« Exclusionniste » !ils t’ont accusé
Et tu es devenu « exclusionniste »
Esclavagiste ! ils t’ont accusé
Et tu as réduit tes propres fils à l’esclavage
Tu es devenu sanguinaire comme un vampire des temps révolus
Te désaltérant du sang de tes propres fils
Tu as éventré la mère patrie
Juste pour connaître le sexe de l’enfant qu’elle portait dans son sein
Jusqu’où va te conduire ta haine ?
Ne vois-tu pas les larmes de ton frère ?
Tends-lui la main
Et il oubliera tes crimes
Car la fraternité est un pacte de sang !
Ne l’oublie jamais !

VII
Etranger ! Pour être venu d’ailleurs
Fils d’ici ! Pour avoir rencontré le bonheur ici
Au détour d’un chemin parsemé d’embûches
Fils d’ici ou d’ailleurs ?
Qu’importe !
La quête du bonheur fait de nous des citoyens du monde
Vagabonds infatigables de l’espérance
La vraie patrie se trouve là où le bonheur nous ouvre les mains
Ensemble, préservons notre trésor commun
Fils d’ici ou d’ailleurs !
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