Posté le 09.12.2007 par ndahfranc
En cette journée radieuse, Will avait invité ses employés à déjeuner chez lui, à la maison. Il avait décidé lui-même de faire la cuisine, aidé en cela par Charlotte.
Pendant qu’ils s’affairaient à la tâche, ils discutaient gaiement, faisant ainsi une incursion dans le passé.
Will préparait à présent la salade, quand soudain, Charlotte plongea la main dans le bol et y vola un grain de raisin qu’elle jeta aussitôt dans sa bouche.
Will fit une moue de désapprobation sous le regard amusé de Charlotte qui demanda :
- Quoi ?
- Ta mère aussi faisait cela.
- C’est vrai ?
- Oui… On s’est connu comme ça. J’étais serveur au Beach Club, à Bassam. Et chaque fois que je passais avec un plat, elle piquait quelque chose dedans.
- Qu’est-ce qu’elle faisait d’autre ?
- Qu’est-ce que tu veux dire ?
- Je ne sais pas… de petites choses…
- Elle mangeait ses glaces avec une fourchette.
- C’est vrai ?
- C’est vrai. Et elle écrivait de supers lettres, pleines de poésie. Elle avait une âme de romantique, elle adorait rêver. Je ne peux pas dire à quel point ! Et elle fredonnait tout le temps… Et François Lougah était son chanteur préféré.
- Qui ?
- Laisse tomber ! Euh ! quoi d’autre… Ah ! Si ! Elle adorait danser le rock’n roll, surtout au rythme de la musique de Johnny Hallyday. Un jour, au cours d’une soirée, un jeune homme qui lui faisait la cour lui offrit un gâteau au « hach ». Elle lui a tout vomi dessus…
Cette scène fit rire Charlotte. Et Will de poursuivre :
- Elle riait comme ça… Elle aimait les mots, la poésie… Elle était unique.
- Tu l’aimais ?
- Je ne sais pas ; je ne me suis jamais posé la question. J’aurais peut-être dû, mais on ne refait jamais le passé.
Le repas se déroula dans une ambiance gaie et chaleureuse où les mots avaient un sens plus fort, plus subtile que d’ordinaire.
Charlotte avait le sentiment de vivre les derniers instants de sa vie si bien qu’elle en était émue. Plus elle approchait de la fin, plus grande et forte devenait son envie de vivre. Et pourtant… le temps lui était malheureusement compté !
* *
*
Cette nuit-là, Will et Charlotte entreprirent de passer la soirée en se livrant à une promenade à pied dans les rues de Yamoussoukro.
Tout autour d’eux, c’étaient des ballets incessants de noctambules en quête de plaisir parfois souillé. Et puis, tout ce bruissement de paroles confuses qui allaient d’une oreille à une autre, racontant les mêmes mots d’amour mensongers, hypocrites.
- Je suis peut-être folle, mais je crois que tes amis m’aiment encore plus que toi.
- Ça, c’est tout à fait possible.
- Et mes amis, c’est tout à fait évident, ils m’aiment plus que toi…
- Alors ? Où veux-tu en venir ?
- Que je suis bien loin devant dans la course à l’amour.
- Quoi ? Mais, l’amour n’est pas une course !
- Le nôtre, si.
- Notre amour ?
- Oui, bien sûr ! Nous courons après… On se bat pour ça.
Soudain, Will marqua un arrêt et prit Charlotte par la main.
- Bon, j’ai quelque chose à te dire.
- Quoi ?
- Je n’avais pas de cavalière pour la soirée de charité.
- C’est vrai ?
- Oui.
- Parce que j’avoue que je me suis posée la question… Alors, j’ai fait ce chapeau pour moi-même ?
- Oui.
- Et tu as acheté cette robe pour moi ?
- Oui.
- Et tu as fait tout ça pour me faire tourner la tête et pour que je tombe dans tes bras ?
- Oui.
- Waoh ! Eh bien ! avant tout, tu as bon goût, parce que cette robe était superbe.
- Merci.
- Et deuxièmement, tu n’avais pas besoin de mentir. Si tu voulais me séduire, il suffisait de le demander.
- Ce n’est pas de séduire, c’est de demander… Et puis, je ne sais pas pourquoi, mais les femmes semblent aimer qu’on leur mente…
- Eh ! il n’y a pas un mensonge au monde que je préférerais à la vérité.
Will la dévisagea d’un air encore plus étrange. Cette fille était vraiment unique.
Après la promenade, les deux amoureux regagnèrent l’appartement de Will. Une fois à l’intérieur, ils se mirent à se poursuivre comme des canards, au milieu des meubles. Essoufflés, ils tombaient dans les bras l’un de l’autre, se dévoraient de baisers, puis recommençaient dès qu’ils avaient repris leur souffle.
Ils continuaient de jouer comme des gamins quand, tout à coup, Charlotte ressentit un malaise et tituba. Will se précipita vers elle pour la soutenir et lui murmura, paniqué :
- Respire, respire, respire, respire !
Comme son état ne s’améliorait pas, il appela une ambulance.
Quand Charlotte eut retrouvé ses esprits après les soins des spécialistes, Will alla rencontrer, le lendemain matin, son médecin afin d’avoir de plus amples informations sur son état de santé.
- Pouvez-vous m’expliquer de quoi elle souffre au juste, docteur ? Elle a un cancer, c’est ça ?
- Eh bien ! ce n’est pas tout à fait exact, lui expliqua le médecin. Le neuroplastum est une tumeur maligne des tissus, mais pas un cancer. Assez commun chez l’enfant, mais très rare chez les jeunes adultes. Dans le cas de Charlotte, la tumeur est dans la cavité thoracique et grossit rapidement. Elle s’est révélée résistante à la fois aux rayons et à la chimiothérapie.
- Et, avez-vous pensé aux médecines alternatives, aux médecines orientales chinoises ?
- Les incantations n’y feront rien. De toute façon, Charlotte est experte dans ce domaine. Eventuellement, on peut la traiter contre la douleur ; et je suppose qu’en dernier recours, la chirurgie peut être une option, mais elle est très risquée. Si risquée en vérité que Charlotte a signé une interdiction d’opération ou de toute autre forme d’intervention héroïque.
- Bien, fit Will, très déçu. Vous avez une idée du temps qui lui reste à vivre ?
- Un an ! Je dirai un an au mieux !
Il quitta l’hôpital, aussi abattu que désespéré. Tout en parcourant l’allée, les derniers propos du médecin résonnaient encore dans sa tête comme des coups de cymbale :
« Un an. Je dirai un an au mieux ! »
Pourtant, quand il rejoignit Charlotte, cette dernière était plutôt décontractée, comme insouciante. Il était désemparé par son attitude. Avait-elle conscience du rythme vertigineux qu’elle avait imprimé à sa vie ?
Il ne savait pas comment tout cela était arrivé. Un matin, il s’était rendu compte qu’il avait changé ; que son cœur l’avait trahi. Il avait beau essayer de résister à cette langueur printanière qui s’était emparée de son âme, mais en vain. Son cœur battait plus vite, à un rythme qui ne dépendait plus de sa volonté. Plus tard, il comprit que c’étaient là les effets dévastateurs de l’amour et qu’il n’y pouvait absolument rien. (A suivre)
Posté le 09.12.2007 par ndahfranc
LE RÉCIT AUTOBIOGRAPHIQUE
Aujourd’hui, beaucoup de personnes aspirent à écrire sur les évènements qui ont jalonné leur vie ; ils veulent partager leurs expériences avec d’autres personnes, immortaliser leurs émotions… C’est un dessein légitime mais écrire un livre, n’est pas chose aisée. Plusieurs genres littéraires peuvent servir de support, notamment l’essai, la poésie, les épîtres, le journal intime, etc. Toutefois, si vous optez pour le récit autobiographique, voici quelques repères dont il faudra tenir compte :
a. Le moment des événements
Dans les écrits autobiographiques, on trouve des évocations de moments précis, des récits d’événements ou d’habitudes du passé. Tout cela a réellement existé à une époque plus ou moins éloignée du moment où l’auteur écrit ses souvenirs. L’auteur cherche à recréer le passé.
Exemple: On se reposait dans le pavillon. (J.-J. Rousseau)
Souvenir situé dans le passé
Le plus souvent, l’évocation de ces moments de l’enfance, de la jeunesse ou de la maturité est écrite aux temps du passé, pour marquer la rupture avec le moment de l’écriture. Si certains faits ou événements sont racontés au présent, il s’agit du présent de narration.
Exemple: Je tends l’oreille. A la fin, n’y tenant plus, je me lève. (A. Gide)
b. Le moment de l’écriture
L’évocation du passé amène souvent l’écrivain à réfléchir sur ce qu’il raconte. Le souvenir, ou le fait d’écrire permettent de regarder le passé avec du recul. Les réflexions sont contemporaines du moment de l’écriture (ou de l’énonciation). Elles sont écrites aux temps des énoncés ancrés dans la situation d’énonciation, et majoritairement au présent. Il s’agit alors du présent du narrateur (ou présent de l’énonciation).
Exemple: Les époques des plus douces jouissances et des plaisirs les plus vifs ne sont pourtant pas celles dont le souvenir m’attire et me touche le plus. (J. –J. Rousseau)
Exemple: Ayant ainsi consigné ces quelques faits, je m’arrête, prise de vertige.
(M. Yourcenar)
Pour bien marquer que ces commentaires sont liés au moment de l’écriture, l’auteur peut avoir recours à des adverbes ou des locutions comme aujourd’hui, au moment où j’écris ces lignes, maintenant…
c. Les commentaires
Le fait de chercher à se souvenir de son passé et d’écrire ses souvenirs amène l’auteur à :
• Revivre des sensations, et des sentiments d’autrefois. A cette occasion, il peut établir une comparaison avec ses sensations ou ses sentiments au moment où il écrit.
Exemple: La croyance indistincte, indéfinissable, à je ne sais quoi d’autre, à côté du réel, du quotidien, de l’avoué, m’habita durant nombre d’années. Je ne suis pas sûr de n’en pas retrouver en moi, encore aujourd’hui, quelques restes. (A. Gide)
• S’interroger sur la manière dont la mémoire fonctionne, dont elle transmet le souvenir, ou sur le langage et sur la difficulté de traduire exactement le passé.
Exemple: C’est ainsi que je suis resté longtemps convaincu d’avoir gardé le souvenir de l’entrée des Prussiens à Rouen. (A. Gide)
Exemple: Il y faudrait des heures, des saisons entières, l’éternité du récit, pour à peu près en rendre compte. (J. Semprun)
• S’engager dans une réflexion plus générale sur la vie et le monde,
Exemple: La maison où se passait cet événement, puisque toute naissance en est un pour le père et la mère… (M. Yourcenar)
ATTENTION !!! Dans ce cas, le présent de vérité générale est souvent employé.
L’ensemble de ces réflexions rédigées au moment de l’écriture constitue les commentaires de l’auteur. Ils expriment la vision que l’auteur veut transmettre.
Posté le 09.12.2007 par ndahfranc
La littérature de jeunesse serait-elle un genre mineur ?
Voici la question qui me trotte dans l’esprit depuis un certain nombre d’années. Et pour cause : aucun spécialiste en la matière au niveau universitaire ; aucune critique sérieuse n’est faite lors des parutions d’œuvres ; aucun relais médiatique efficace n’est assuré, enfin bref, tout se passe comme si les auteurs de ce genre littéraire n’avaient pas droit aux honneurs en Côte d’Ivoire. Regardez les maisons d’édition, combien disposent d’une collection jeunesse digne de ce nom ? Des œuvres éparses, publiées à compte-goutte, rien de plus.
Et pourtant, c’est la plus belle des littératures qui puisse exister. D’abord, le public cible en lui-même est tout un symbole. Ce sont les adolescents, une tranche d’âge relativement vierge en qui doivent être ensemencées les valeurs individuelles et sociales propices à une évolution harmonieuse. Et les héros de ces œuvres incarnent toutes ces valeurs. Or, les adolescents aiment s’assimiler à ces personnages dont ils vont jusqu’à porter les noms, signe qu’ils reconnaissent et acceptent les lois morales et sociales en vigueur. Avec l’absence prolongée des parents due aux contraintes professionnelles, le livre est un substitut efficace dans l’éducation des enfants.
Ensuite, cette littérature est un point d’encrage de l’adolescent dans la société. C’est à travers elle, qu’il découvre les valeurs qui font la spécificité du groupe social auquel il appartient. Le livre révèle l’adolescent à lui-même et tel que la société voudrait qu’il soit.
En plus, si nous ne voulons plus avoir à nous plaindre d’adultes qui ne lisent pas et donc qui cultivent l’ignorance, la chose la plus simple à faire, c’est de commencer par inculquer le goût de la lecture aux adolescents. Or, sans œuvres littéraires, il n’y a pas de lecture. Le risque, c’est que, la nature ayant horreur du vide, les adolescents se rabattent sur des œuvres venues d’ailleurs qui ne sont pas toujours en harmonie avec nos valeurs à nous. Il nous faut donc mettre à leur disposition des œuvres. Nos créateurs doivent s’y mettre et les maisons d’édition les y accompagner. Le public cible est de plus en plus nombreux et de bonne qualité grâce au relèvement du taux de scolarisation en Côte d’Ivoire.
Créateurs débutants, voici un secteur de l’activité littéraire pas assez exploité ; c’est une aubaine pour nous, un filon d’or à exploiter. Engageons-nous-y, avec toute la foi de notre passion. Mais ne vous y méprenez pas, c’est une littérature difficile et exigeante. Elle a ses règles propres qu’il faut connaître pour produire des œuvres de qualité. N’oubliez pas que les enfants sont des juges impartiaux ; leurs verdicts sont sans appel. Alors, mettez-vous sérieusement au travail, apprenez auprès des aînés, lisez beaucoup pour espérer figurer au nombre des auteurs de cette littérature qui ne cherche qu’à éclore. Pour notre part, nous essaierons dans la mesure de nos possibilités, de vous donner des informations glanées ici et là auprès d’auteurs confirmés pour vous faciliter la tâche.
Je voudrais terminer ce billet en saluant deux auteurs qui font autorité en la matière ; il s’agit de Camara Nangala et de Véronique Tadjo. Très chers aînés, nous attendons beaucoup de vous et espérons vous voir partager avec nous votre immense expérience.
Posté le 08.12.2007 par ndahfranc

Juste pour goûter, tel est le titre du recueil de nouvelles que l’ONG Johns Hopkins University vient de publier avec l’aide de ses partenaires. Je me sens le devoir de vous présenter cette œuvre d’abord parce qu’elle traite exclusivement du sida, cette pandémie dont les ravages ne sont plus à présenter, mais aussi et surtout parce que les auteurs de ce recueil sont tous ou presque des écrivains débutants. A la faveur d’un concours dénommé « Ecrire pour vivre » destiné à promouvoir des comportements à moindre risque en matière de VIH/SIDA chez les jeunes, ces jeunes auteurs ont présenté des textes qui ont séduit les membres du jury. Ce sont les sept meilleurs textes du concours qui composent ce recueil que vous prendrez certainement du plaisir à lire. Pour vous mettre l’eau à la bouche, je vous propose le résumé de chaque nouvelle.
Nouvelle 1 : La ligue des gens extraordinaires de Koné Doh Fandanh Joël
Thierry, craignant d’être séropositif, se rapproche de Marie-Jeanne, représentante de l’ONG Ligue pour la vie au collège moderne de Cocody, où ils sont tous deux élèves. Grâce aux encouragements de cette dernière, Thierry fait un premier test de dépistage du VIH/SIDA qui s’avère négatif, puis un deuxième soldé par le même résultat. Désormais proche de Marie-Jeanne, pour qui il éprouve des sentiments, Thierry milite activement au sein de l’ONG et découvre la vie des personnes vivant avec le VIH. Plus tard, lorsque Marie-Jeanne lui apprend qu’elle est elle-même séropositive, leurs relations se renforcent davantage. Belle leçon d’amour et de solidarité au profit des personnes vivant avec le VIH/SIDA. La nouvelle se termine par le repas de noces dans les locaux de l’association, d’un couple sérodiscordant, membre de l’ONG.
Nouvelle 2 : Juste pour goûter de Coulibaly Seydou
Nouvelle éponyme, ce texte a remporté le premier prix du concours. Zié, enfant-soldat âgé de 14 ans, vit à Korhogo. Il écrit une lettre à un ami pour lui raconter comment il est devenu séropositif suite à des rapports sexuels non protégés avec des prostituées. Zié est désormais encadré par une ONG. Il raconte plus particulièrement comment il a recueilli chez ses grands-parents, Bêtin, autre enfant-soldat, décédé plus tard du SIDA et l’ayant incité à fréquenter les prostituées. Il nous dévoile également comment il a soutenu Sweet, une prostituée devenue son amie et atteinte elle aussi du SIDA. Zié, qui témoigne à visage découvert, s’engage pour la prévention du SIDA auprès des jeunes. Il met donc en garde son ami à qui est destiné sa lettre, contre le risque de contracter le SIDA en lui donnant de nombreux conseils pour se protéger.
Nouvelle 3 : Sabine ou la force de continuer de Ouattara Banafani
Suite à une transfusion sanguine avec du sang non sécurisé, Sabine devient séropositive. Le ministre de la santé démissionne suite à ce scandale, le père de Sabine ayant porté plainte. L’information fait grand bruit au lycée et la stigmatisation de Sabine commence aussitôt. Cependant, grâce au soutien de son amie Yvette et de son père, mais aussi et surtout à la forte personnalité qui la caractérise, Sabine fait face. Elle pose même sa candidature à la présidence du club de lutte contre le sida du lycée et annonce publiquement sa sérologie. Elue, sa victoire n’est pourtant qu’une étape dans son combat car, il lui reste maintenant à annoncer son statut à son petit copain…
Nouvelle 4 : Une seule fois suffit de N’dohou Luisiano
Brice découvre par hasard – en accompagnant un ami faire son test de dépistage du VIH/SIDA – qu’il est séropositif suite à un unique rapport sexuel lors d’une fête, alors qu’il avait promis à ses parents d’être abstinent jusqu’au mariage. Mais, grâce à sa mère, responsable du comité de lutte contre le sida dans l’entreprise où elle travaille, sa famille parvient à accepter son statut et l’entoure d’affection, même si Brice note un changement d’attitude à son égard de la part de ses frères et sœurs.
Nouvelle 5 : Un couteau dans le cœur de N’DAH François d’Assise Konan
Franck De Konan, artiste musicien réputé, contracte le sida, suite à une aventure et contamine son épouse alors même qu’elle est enceinte. Foudroyée par cette terrible nouvelle, elle le quitte aussitôt en emmenant avec elle leurs deux enfants qu’elle oblige à ne plus fréquenter leur père. Franck De Konan a tout le monde contre lui : sa famille, ses amis, et même sa maison de production. Après une période dépressive, il devient membre de l’ONG « Vivre avec le VIH/SIDA » et milite contre la stigmatisation des PVVIH. Sa fille se réconcilie avec lui, puis sa femme, grâce à l’action de Lucie, la présidente de l’ONG. Le fils, très réticent, finit également par se réconcilier avec son père.
Nouvelle 6 : La loi du destin de Anelone Marie-Aurore
Marie Perle, étudiante en finances-comptabilité, tombe pour la première fois amoureuse. Elle sort avec Serge, un coureur de jupons et a, à plusieurs reprises avec lui, des rapports sexuels non protégés. Lorsqu’elle surprend Serge avec une autre fille, elle fait une dépression et tombe malade. Elle fait alors son test de dépistage et découvre qu’elle est séropositive. Après une période difficile, elle surmonte ses angoisses et sa révolte grâce au soutien de ses parents et de deux de ses amies. Elle annonce alors à son ex son statut sérologique et encourage ce dernier à se faire dépister. Il y consent et découvre lui aussi qu’il est porteur du virus. Marie Perle s’engage dans le soutien des PVVIH en créant une ONG.
Nouvelle 7 : Pour le pire et le meilleur de Koné Kady
Violée à 15 ans, Masséré est devenue séropositive. Elle parvient à surmonter ce double traumatisme grâce au soutien de ses parents et du docteur Kacou Laurence, elle-même séropositive. Plus tard, Masséré entreprend des études de Pharmacie avec succès et rencontre Ben qui veut l’épouser. Masséré a toutes les peines du monde pour avouer son secret à Ben qu’elle craint de perdre. Toujours grâce au soutien du docteur Kacou Laurence, elle se décide à raconter son passé à son ami qui, contrairement à ses craintes, ne la rejette pas et maintient sa décision de l’épouser.
Cette belle œuvre qui est destinée en priorité aux plus jeunes n’est malheureusement pas à vendre. Si vous voulez vous en procurer, adressez-vous donc à l’ONG JHU/CCP, bureau Côte d’Ivoire, 22 BP 1258 Abidjan 22, téléphone : (225) 22 41 95 23.
Posté le 07.12.2007 par ndahfranc

MELISSA
Ah ! Mélissa
Beauté de corail
Mélissa
Resplendissante lumière
Merveille d’ici-bas
Ton charme ardent éclaire la nuit noire
Ah ! Mélissa
Beauté arc-en-ciel
Beauté de minuit
Beauté des matins songeurs
Ton visage innocent dessine les plaisirs de mes rêves
Ta voix suave de cora réjouit mes réveils
La dextérité de tes mains d’artiste pétrit l’amour
Avec foi
Avec amour
Le feu de ton souvenir enflamme sans cesse ma vie
Je t’ai voulue princesse
La Nature t’a faite déesse
Déesse de mes rêves
Ah ! Mélissa
Comme un cheval fou
Tu m’emportes déjà
* *
*
Mélissa !
L’Amour est une terre d’exil
Et tu m’y as conduit
À travers des prairies bourgeonnantes
Par-delà les dunes de folies
Une seule victoire
Une seule parole
Nous sommeillons sous la morsure de l’amour
Caressant des rêves évanescents
Sur le chemin du désir
Vers le pays des jouissances intimes
Ah ! Mélissa, déesse des déesses.
Avant la naissance du monde
Il n’y avait qu’une créature unique :
L’Amour que les hommes nommèrent Dieu
Après la naissance du monde
La grâce de l’Amour se répandit en la femme
Devenant un désir incongru
Une passion à la limite de la démence
Et l’homme comme un chasseur assoiffé
La poursuit à longueur de journée
Pour se désaltérer dans la source limpide de son désir évanescent
Mélissa ! source intarissable d’un bonheur versatile
* *
*
La nuit de notre première folie a été un moment fabuleux que j’ai dissimulé dans un coffre-fort quelque part dans les profondeurs de mon cœur. Elle s’est d’ailleurs associée à toutes les nuits suivantes pour former un fantastique album de souvenirs amoureux.
Rien n’est plus beau et plus nostalgique que le souvenir d’un baiser, d’une étreinte, d’un parfum, d’un soupir, au paroxysme d’une jouissance amoureuse.
Ce premier combat amoureux avec Mélissa m’a fait découvrir une autre façon de faire l’amour avec une femme qui n’était pas comme les autres.
* *
*
Mélissa
Femme aux hanches de roseau
Combien de fois m’as-tu fait voyager
Dans ta soucoupe volante
Aux frontières de l’envie et du désir
Par-delà les sphères de l’amour ?
* *
*
Désir mien
J’ai sucé le fruit succulent de tes lèvres savoureuses
J’ai caressé ton corps de désir enflammé
J’ai passé mes doigts indiscrets dans la forêt de ton pubis
Et j’ai vu jaillir dans la prunelle de tes yeux
L’éclair fascinant du désir
J’ai crié de bonheur devant l’étendue de mon extase
Comme un ciel imbibé
J’ai versé dans ton ventre stérile
La sève douce de mon sexe tendu
* *
*
Hélas ! Mille fois hélas !
Notre amour était trop beau, trop coloré pour résister aux intempéries de la vie.
Mélissa
A l’ombre de ton image
Dorment les vestiges de mon amour
Au détour du chemin rocailleux de la vie
Se sont brisées les racines de nos rêves
Les vents aigris
Ont éparpillés les cendres de nos baisers
La poussière a recouvert de son voile ténébreux
La dépouille de notre regrettée passion
Il paraît qu’au-delà de la rive
Tu convoles en justes noces
Sous les rayons amers d’un soleil traître
* *
*
Quand l’amour fait place à la trahison
Le bonheur se charge de haine
Et le pardon se dissimule derrière les buissons
De la rancœur
Quand l’amour est déchiré par le sabre de la trahison
L’amant trahi arrache à son cœur
Les anneaux de la plénitude
Alors il n’y a plus de roses dans les vallées
Et les gestes se noient dans l’amertume brumeuse
Des tristesses
Et les oiseaux troquent contre des murmures maladifs
La gaieté bienveillante de leur fastueuse mélodie
* *
*
Depuis que tu es partie
Je fouille les détritus de notre amour
A la recherche d’un morceau d’espoir
Mais le sol puant de moisissures
Me renvoie l’odeur nauséabonde de la trahison
Après l’amour
L’horreur de la solitude
La tempête orageuse d’un désir fugace
Où es-tu ?
Pourquoi t’en vas-tu avec mon cœur ?
Tu as déchiré mon avenir
Et couvert ma vie d’un sombre nuage.
Extrait de « La saison des amours perdus »,
recueil de nouvelles à paraître chez Edilivre-Editions, Paris.
Posté le 05.12.2007 par ndahfranc
[SIZE=14]Après le départ de Charlotte, Will courut se confier à John, dans un état de dépression.
Ce dernier, exaspéré par son comportement avec les femmes, lui répondit, ironique :
- C’est la femme idéale ; jeune, belle et sur le chemin du départ. Tu n’auras pas besoin de la plaquer.
- Ce n’est pas drôle, John ! Cette fille peut mourir du jour au lendemain.
- Oh ! je sais que ce n’est pas drôle. C’est triste !
- Elle est si jeune…
- Non, non, je veux dire, toi, tu es triste ! Même en sachant ça, tu ne devrais pas la quitter.
- Et pourquoi ?
- Parce que c’est débile !
- Ça ne me semble pas totalement débile.
- Oui, ça ne te semble pas totalement débile à toi parce que tu la regardes, elle, et moi, je te regarde, toi ; et je peux te dire que c’est nul et il n’y a rien pour l’excuser.
- Bon, d’accord. Et que veux-tu que je fasse maintenant ?
- Je ne sais pas…
Cette réponse énerva Will qui se mit alors à crier :
- Il faudrait savoir ce que tu veux ! Qu’est-ce que tu veux que je fasse ?
- Je n’en sais rien. Peut-être une bonne chose… peut-être que cela rendra une triste fille heureuse, et que ça fera réfléchir un mec désespéré… Mais, d’une façon ou d’une autre, une chose : traite-la bien…
- Comment ça désespéré ?
- Traite-la bien, insista John.
Après cet entretien avec son ami, Will acheta un bouquet de fleurs et fonça tout droit chez Charlotte.
C’est Dolorès qui vint lui ouvrir.
- Tiens ! tiens, tiens, tiens ! fit-elle ironique, convaincue que Will était déjà passé à l’action.
Will baissa le regard, gêné.
- Elle va descendre, elle est dans sa chambre. Elle se fait une beauté, si on peut dire.
Puis, elle se tourna vers la chambre de sa petite fille et lui cria :
- Il est là !
- D’accord ! je descends dans une minute !
- Reste pas planté comme ça à la porte, lança Dolorès à l’endroit de Will.
- Elles sont pour toi, Doly, lui dit ce dernier en lui tendant les fleurs.
- Oh ! merci, elles sont ravissantes… Ne sont-elles pas ravissantes ?
Elle s’empara d’un pot et les y enfonça, sans état d’âme particulier.
- Je te sers un verre ?
- Avec joie.
- Scotch ?
- Oui, sec, merci.
- Et te revoilà encore sur mon chemin, Will, lui lança Dolorès en lui tendant son verre. Depuis que je t’ai revu, tout mon passé a resurgi comme une vilaine maladie.
Elle s’empara alors d’une photo dans la bibliothèque et se mit à la dévorer du regard. Will s’approcha d’elle et la lui prit des mains.
- Tu sais, c’est drôle cette sensation de culpabilité que je ressens encore aujourd’hui. Si je ne t’avais pas présenté à ma fille, rien de tout cela ne serait arrivé. En voulant te fuir, elle en a perdu la vie. Et aujourd’hui, j’ai le sentiment que la même histoire va recommencer. Qui aurait pu croire que le temps n’avait pas de réserve en stock pour Cathy ?
- Je suis désolé. J’aurais dû appeler après l’accident. Mais, je me sentais trop coupable pour le faire.
- Et puis, d’un autre côté, le temps paraît être amoureux de certaines personnes ; comme toi, par exemple ; tu es exactement le même.
- Oh ! je t’en prie !
- Toujours aussi charmant… Et avec toujours le même numéro. Est-ce que je me trompe ?
- Ecoute, Doly…
- Laisse-la tranquille, Will ! Elle est malade et pour l’instant, c’est elle que j’ai de plus chère au monde.
Juste à ce moment, Charlotte descendit de sa chambre.
- Oui, elle est vraiment malade, insista la vieille dame.
- Salut ! lança Charlotte à l’endroit de Will.
- Salut ! répondit-il, quelque peu embarrassé.
- De quoi vous parlez tous les deux ?
- Oh, de rien, s’empressa de répondre Doly. On disait juste que tu ressemblais à ta maman.
- Oui, beaucoup, murmura Will en signe d’approbation.
- Tu es prêt ? lui demanda Charlotte.
- Oui, oui… Au revoir Doly !
Puis, ils sortirent, bras dessous dessus.
- Amusez-vous bien ! leur lança Doly, triste et résignée.
Assise sur la banquette arrière à côté de Will qui semblait abattu depuis la fameuse nouvelle, Charlotte essayait de lui remonter le moral.
- Allez, il faut savoir regarder le bon côté des choses. Si je n’étais pas malade, ça ne marcherait pas ; enfin, je veux dire, il n’y a aucune raison qu’on se retrouve assis ici tous les deux ; on n’est absolument pas fait l’un pour l’autre.
- Oui, je sais ; je pourrais être ton père.
- Eh ! je préférerais dire… oncle.
- Tu crois qu’on ne devrait plus se voir ?
- Tu as peut-être peur de trop souffrir ?
Ils se dévisagèrent un court moment.
- Bon, voilà ce qu’on va faire : nous allons rester ensemble parce que nous pensons que c’est bien pour nous deux. Et, tu ne paieras même pas le prix fort parce que, dans un an ou deux, je ne serais plus qu’une histoire larmoyante que tu raconteras pour draguer les nanas.
- C’est assez pitoyable, l’avenir que tu me réserves. Je le refuse ; je ne l’accepte pas.
- Ah ! la puanteur de la vérité !
A présent, ils se promenaient dans le magnifique jardin de l’hôtel Président. Les fleurs exhalaient des parfums d’une subtile ivresse. Des papillons multicolores voltigeaient dans tous les sens, imprimant à la nature une animation carnavalesque.
Joyeuse et presque insouciante, Charlotte, accrochée au bras de Will, déclamait des vers magiques :
- Ô monde ! Je ne peux te tenir dans mes bras. Tes vents, ton ciel immense, tes brumes, tes arc-en-ciel de pluie…
- Je sens le parfum de la pluie. Tu sais, Charlotte, j’ai tellement envie d’abandonner cette vie et m’enfuir loin, quelque part là-bas dans un autre monde où je me sentirais moins coupable.
- Oh, non ! Tu nous abandonnerais l’univers et moi pour un expresso ? Non, ne faisons pas cela. Ne faisons pas de choses futiles. Aimons-nous le temps qu’il faut, d’accord ?
- D’accord.
Will s’arrêta et dévisagea cette jeune femme énigmatique qui était sur le point de bouleverser toute sa vie.
- Non, non…
- Quoi ! On ne peut pas évoquer le fait que tu sois malade ?
- Mais, je suis ici pour l’instant, Will. Et je veux apprendre à oublier pour saisir l’amour que tu m’offres dans toute sa plénitude.
- Oui, mais…
- Laisse de côté mon cœur. Et parlons plutôt de toi. Ah ! ouais, charmant monsieur, quarante-huit ans…
- Quarante-sept ans, rectifia-t-il, en frappant le sol avec son parapluie.
Charlotte laissa éclater sa bonne humeur en riant gaiement.
- D’accord, quarante-sept ans. Alors, vas-y, parle-moi de ces années ; fais-les-moi partager.
- Tu me regardes d’une façon que je n’ai pas méritée.
- Et alors, mérite-la !
Elle lui passa alors les bras autour du cou en lui souriant.
- Je t’en prie, poursuivit-elle.
- Bon, que veux-tu que je te dise ? Que veux-tu savoir ?
- Je veux savoir si tu m’aimes comme je t’aime ?
Juste après et sans lui donner le temps de répondre à ses questions, elle lui prit la main et lui enleva la montre qu’il portait.
- Mais, qu’est-ce que tu fais ?
- Je la garde.
- Mais, c’est ma montre !
- Oui, je le sais.
- Quand est-ce que je la récupère ?
- Quand tu auras oublié que je l’ai, répondit-elle en le regardant d’un air étrange. Je voudrais que tu ne comptes plus le temps que nous passons ensemble. Et tu auras la sensation qu’une heure en réalité vaut plus qu’une éternité. C’est comme cela que j’ai appris à dompter le temps et la douleur qui me ronge. Laisse-toi aller et tu verras que le temps n’est qu’une illusion.
- Je vais essayer, lâcha Will, en désespoir de cause.
Aussi, meublèrent-ils cette journée de moments romantiques où les paroles donnaient un sens étrange aux gestes et aux baisers. Etait-ce parce que la vie leur semblait courte tout à coup ?
Ah ! la vie ! La plupart d’entre nous ignorons le sens profond de notre présence sur la terre. Nous réalisons à peine que la vie est un cadeau que le Ciel nous a donné. Mais, quand le temps nous est compté et que la fin, inexorablement approche à grands pas, nous comprenons enfin que la vie est un don précieux.
Le dilemme de Charlotte était de savoir à quelques mois de la fin de sa vie terrestre, comment meubler ce laps de temps de la meilleure façon qui soit ? (A suivre)[/SIZE]
Posté le 03.12.2007 par ndahfranc
Beaucoup de personnes s’adonnent à la prière sans en connaître le véritable sens. Certains crient à tue tête croyant que Dieu est sourd et qu’il n’entend que lorsqu’on lui crie après, tandis que d’autres se plaignent parce que bien qu’ils demandent ils ne reçoivent jamais. La question qui se pose alors est de savoir pourquoi Dieu ne répond pas toujours à nos prières ? Est-ce parce qu’il est avar ou est-ce parce que nous ne savons pas prier ? Là-dessus, je vais vous raconter une histoire.
Il s’agit de deux hommes qui avaient décidé d’envoyer chacun une lettre au Président de la République pour lui demander de l’aide. Le premier, après avoir rédigé sa lettre sur un papier qui respectait les normes et avec sa plus belle écriture, l’a mise dans une enveloppe au format approprié avant d’y écrire l’adresse exacte. Puis, il est allé à la poste pour l’affranchir.
Quant au deuxième, comme il ne savait ni lire ni écrire, il fit appel à son fils aîné qui avait arrêté ses études au cours élémentaire deuxième année. Ce dernier arracha une feuille dans un de ses vieux cahiers qui datait du moment où il usait encore ses culottes sur les bancs de l’école. Et, avec un stylo dont le nez coulait comme un bouc enrhumé, il entreprit d’écrire dans une langue et une écriture que vous devinez aisément, la fameuse missive. Le courrier terminé, notre homme alla le remettre à un retraité qui partait ce jour-là percevoir sa pension à la capitale.
- Cette lettre est d’une importance capitale, lui dit-il, remets-la en main propre au Président de la République de ma part.
- C’est comme si c’était fait, répondit le vieux retraité en pliant la lettre et en la jetant quelque part au fond de son vieux sac.
Tout joyeux, notre homme s’en retourna chez lui pour attendre la réponse à sa fameuse lettre.
Quelques jours après, le Président de la République reçut la lettre du premier homme et la lut intégralement. Dans son courrier, ce dernier demandait la construction d’une maternité et d’une école primaire pour le village afin que les femmes et les enfants ne soient plus obligés de parcourir de longues distances pour accoucher ou s’instruire. Le Président de la république trouva cette lettre si noble qu’il décida en réponse d’effectuer une visite privée dans le village en question afin de s’imprégner personnellement des problèmes qui s’y posaient. Il envoya donc un de ses chargés de mission porter l’heureuse nouvelle. Quand celui-ci arriva au village, il en informa toute la population.
- Mais, peut-on savoir quand viendra le Président ? demanda le chef du village ?
- Il n’a pas donné une date précise, mais il me fait dire que c’est pour bientôt et qu’il sera là en personne.
Mais, comme entre temps, le programme du Président s’est avéré chargé, il n’a pas pu honorer personnellement le rendez-vous et s’est fait plutôt représenter par certains de ses ministres. Malheureusement, las d’attendre, ce jour-là, tout le monde ou presque était allé au champ. Mais, en homme prévoyant, l’homme qui avait envoyé la lettre au Président avait chargé sa femme de rester à la maison et de le prévenir au cas où le président viendrait ou enverrait quelqu’un. Il lui avait aussi demandé de garder la maison propre, d’essuyer et de bien ranger les meubles, et surtout de recevoir avec déférence tout étranger qui se présenterait au village. C’est ce qu’elle fit ce jour-là. Avant que le tam-tam parleur ne tonne pour annoncer la venue des messagers du Président, les premiers à les recevoir furent la famille de l’homme qui avait écrit au Président. Ce fut un grand honneur pour chaque membre de la famille qui put exposer directement ses préoccupations aux envoyés du Président. Chacun reçut un présent sans oublier les cartes de visite que chaque membre de la délégation leur remit.
- Chaque fois que vous avez un problème, il vous suffit de nous appeler ou de venir nous voir, les avaient-ils rassurés.
Après la cérémonie de remise des dons à l’ensemble de la communauté villageoise, l’homme à la missive reçut devant toute l’assistance une décoration de la part du Président de la République. C’est à ce moment-là que l’autre homme qui avait également écrit au Président se présenta pour exiger lui aussi une médaille.
- J’ai moi aussi écrit au Président, pourquoi n’a-t-il pas répondu à ma lettre ? Pourquoi ne vous a-t-il pas remis les sacs de riz que j’ai demandés pour ma famille ?
- Mais, nous n’avons jamais reçu une quelconque demande de ta part, répondirent les émissaires du Président.
Mais l’homme ne voulait rien savoir. Il prit comme témoin le vieux retraité qui confirma qu’il avait bel et bien déposé la lettre au cabinet du Président alors que cela était archi faux.
- Qu’à cela ne tienne, répliquèrent les envoyés du Président, nous passerons tout à l’heure chez toi à la maison pour saluer ta famille et t’offrir un présent.
Heureux d’avoir pu convaincre les envoyés du Président, notre homme s’en retourna chez lui pour les attendre. Et, comme promis, ces derniers se rendirent chez lui après la cérémonie afin de tenir leurs engagements. Mais, à quelques mètres de la maison, ils aperçurent dans la cour un tas d’immondices qui dégageait une odeur pestilentielle. Des chiens galeux, des porcs, des chats et des bestioles de toutes sortes fouillaient les détritus à la recherche de leur pitance quotidienne. Quel spectacle ! Les enfants, ventres ballonnés, déféquaient partout quand ils n’étaient pas en train de hurler les uns après les autres. La maison elle-même était décrépite. A l’intérieur, c’était un véritable remue-ménage. Le père et la mère qui s’étaient accommodés des caprices de leurs enfants les regardaient traîner les casseroles et les assiettes sans pouvoir rien leur dire.
Les messagers, ne pouvant s’approcher de plus près à cause des odeurs et de l’insalubrité, envoyèrent un enfant qui passait par là appeler le maître des lieux. Mais le tohu-bohu était tel que malgré les cris de ce dernier, personne ne put l’entendre. Il revint en informer les émissaires qui décidèrent en conséquence de rentrer chez eux…
Cette histoire relate bien les différentes relations de l’homme avec la prière. En effet, la première série de questions que tout homme doit se poser est de savoir si sa prière a été faite dans les normes de politesse et de bienséance requise. Deuxièmement, est-ce que ce que je demande peut contribuer à mon élévation spirituelle ? Troisièmement, est-ce que le canal choisi est celui qui convient ?
Pour faire une prière, pour demander quelque chose à quelqu’un, il faut formuler la demande de la façon la plus précise et la plus polie qui soit. Regardez quand vous adressez une lettre à votre supérieur hiérarchique ! C’est avec toute la déférence possible que vous le faites, avec des formules de politesse appropriées. Si vous voulez passer outre ces lourdeurs administratives, il vous faut alors avoir des relations privilégiées avec votre patron. Comme cela, lors de vos nombreuses rencontres au cours d’un repas amical ou une sortie détente, vous pourriez lui faire part directement de vos préoccupations. L’intérêt de cette dernière possibilité, c’est que votre réponse, vous l’avez immédiatement, sans aucun intermédiaire. Oui, nous pouvons nous aussi établir des relations privilégiées avec Dieu pour peu que nous respections ce qu’il nous demande. Dans le cas contraire, notre demande devra être acheminée par la voie officielle. Ne la remettez surtout pas à des intermédiaires car votre courrier risque de ne jamais arriver à bon port, ou au meilleur des cas arrivera tardivement et dans un état déplorable.
Et puis, que faut-il demander en priorité ? Ce qu’il faut demander à Dieu, c’est tout ce qui peut contribuer à l’acquisition de vertus. Si Dieu est sûr que vous ne feriez pas bon usage d’un bien, soyez certains qu’il ne vous le donnera pas. Comment Dieu peut-il savoir si vous seriez bons ou mauvais gestionnaires ? C’est tout simple, il regarde l’usage que vous avez fait de ce qu’il vous a déjà donné. Si, au lieu d’utiliser par exemple l’argent qu’il vous donne pour acquérir de nobles vertus, vous l’utilisez pour avilir votre âme ou nuire à vos prochains, soyez sûrs qu’il vous en privera par la suite.
Quant à la seconde série de questions, elle tourne autour de la vigilance spirituelle pour reconnaître et recevoir convenablement les envoyés de Dieu et la tenue de notre maison intérieure.
En quoi consiste la vigilance spirituelle ? Beaucoup de personnes ne savent pas reconnaître les signes de la présence de Dieu encore moins les décrypter. Elles ne reconnaissent jamais Dieu parce qu’elles ne se sont jamais demandées à quoi il pourrait bien ressembler ce Dieu qu’on implore tant. Comment peut-on de façon honnête reconnaître quelqu’un qu’on n’a jamais vu ? Voilà donc que Dieu arrive ou envoie des émissaires pour vous remettre ce que vous lui avez demandé. Et à leur grande surprise, vous les refoulez sous prétexte que vous attendez Dieu. Que croyez-vous qu’ils feront ? Naturellement ils s’en iront puisque vous refusez de les écouter à plus forte raison les recevoir. La vigilance spirituelle, c’est travailler à reconnaître Dieu à tout moment. C’est aussi et surtout s’apprêter pour l’attendre, jour et nuit. Parce que, si vous vous endormez ou si vous allez faire une course et que Dieu arrive après vous, il va de soi que vous ne recevrez pas ce que vous avez demandé. Il faut donc veiller, car nul ne sait quand le maître arrivera. Ne faites pas comme les cinq vierges sottes dont parle Jésus dans une de ses paraboles. La vigilance spirituelle consiste donc à être en harmonie avec Dieu et avec toutes les créatures qui symbolisent sa présence.
Qu’est-ce que la tenue de notre maison intérieure ?
L’être humain est une demeure, le temple de Dieu. Oui, Dieu seul est autorisé à habiter en nous et avec lui, toutes les entités lumineuses qui le servent. Nous avons donc le devoir de tenir la maison propre. Si nous ne le faisons pas, les odeurs et les bruits indisposent ceux qui y habitent qui préfèrent dès lors déménager. Et vous savez très bien ce qui arrive à une maison inhabitée. Les animaux et les bêtes de tous genres viennent y élire domicile. Souvent même, des fous ou des bandits de grands chemins en font leur repaire. Si vous voulez que ceux pour qui la maison a été construite reviennent, il faut tout simplement la désinfecter, refaire la peinture et la meubler de nouveau. Mais cela ne suffit pas, il faut promettre que vous prendriez désormais soin de votre maison. Sinon, personne n’acceptera venir y faire des commissions de peur de se faire agresser ou de se contaminer. Même quand certains esprits intrépides acceptent de venir faire des commissions dans une telle maison, il y a tellement de désordre et de bruits que personne ne peut les entendre. Voici les raisons pour lesquelles certaines personnes prient et ne reçoivent rien en retour. Dieu est miséricordieux et est toujours prêt à nous aider pourvu que nous soyons polis, ordonnés, propres et vigilants. En ce moment-là, il vient même habiter en nous avec une foule de serviteurs dévoués qui ont le devoir aussi de nous servir, puisque nous aussi nous sommes des dieux !
Voilà le secret de la prière !
Posté le 02.12.2007 par ndahfranc
LA MAGIE DU NARRATEUR
L’une des plus grandes merveilles de la création romanesque, c’est l’invention du narrateur, cette entité ambiguë qui se confond tantôt à l’auteur, tantôt au personnage principal, tantôt prend ses distances vis-à-vis de l’un et de l’autre en se mettant au-dessus d’eux. C’est un pion essentiel dont l’apprivoisement conditionne en partie la réussite de l’œuvre romanesque.
Sa création est une question de choix stratégique. En effet, selon les objectifs que nous voulons atteindre, plusieurs types de narrateurs s’offrent à nous. Mais pour bien comprendre l’importance du narrateur, il est nécessaire de faire la distinction entre Histoire et Narration.
L’histoire est l’ensemble des évènements d’un récit, réels ou imaginaires. Ils se succèdent et s’enchaînent selon la loi de cause à effet : un fait déclenche des conséquences, qui à leur tour provoquent un autre fait… L’histoire est donc l’intrigue, le scénario des faits.
La narration est la manière de raconter l’histoire. Une narration simple, chronologique, réduite aux évènements, peut décourager le lecteur. Il faut donc varier la manière de raconter l’histoire.
Aussi, le récit de base peut-il être enrichi par :
- les dialogues, qui donnent un effet de réel et un rythme vif à la narration ;
- les descriptions et les portraits, qui font voir personnages et décors, et ralentissent le rythme ;
- les commentaires du narrateur, qui peuvent donner une explication, prendre de la distance, manifester de l’ironie ou dramatiser. (Nous reviendrons de façon plus détaillée sur chacun de ces éléments dans les prochains cahiers).
Voyons maintenant les différents types de narrateurs.
1- LE RÉCIT Á LA TROISIÈME PERSONNE DU SINGULIER
Lorsque le récit est écrit à la troisième personne, le narrateur raconte l’histoire sans y participer. Trois cas peuvent se présenter :
a- Le point de vue objectif
Le narrateur rapporte seulement les faits, les actions qu’un témoin réel pourrait observer, les paroles qu’un auditeur pourrait entendre. Il n’évoque pas le passé des personnages, n’exprime pas leurs pensées. Il se borne à raconter ce qui est observable. L’auteur a choisi un point de vue objectif.
Exemple: Entre l’homme qui regarde et la mer, tout au bord de la mer, loin, quelqu’un marche. Un autre homme. Il est habillé de vêtements sombres. A cette distance, son visage est indistinct. Il marche, il va, il revient, son parcours est assez long, toujours égal. (M. Duras)
Ici, l’objectif visé est de faire croire au lecteur que le narrateur ne relate que ce qu’il voit ; il ne peut donc influencer son jugement. Mais en réalité, ce n’est que de la dissimulation. Car, qui dirige le projecteur et le micro ? C’est bien le narrateur qui opère un choix subjectif entre les évènements à raconter. L’avantage de cette technique c’est qu’elle donne le sentiment que l’auteur est neutre. Et pourtant…
b- Le point de vue subjectif
Le narrateur privilégie un personnage ; il raconte ses actions, décrit ce que le personnage regarde, exprime ainsi ses sensations et laisse deviner ses sentiments, sa vie intérieure : l’histoire est racontée à travers un personnage. Ce choix correspond à un point de vue subjectif. Les verbes de perception (regarder, écouter, sentir, etc.) aident à comprendre quel personnage est privilégié.
Exemple: Isaïe observait intensément ce combat silencieux où l’air et la pierre mesuraient leurs forces. Un équilibre mystérieux s’établissait entre l’énergie qu’il avait dépensée et la beauté du spectacle dont il était le témoin. (H. Troyat)
Ici, l’idéologie de l’auteur est plus facile à détecter à travers les choix qu’il opère. Il oblige le lecteur à le suivre, il l’influence et l’oblige ainsi à adhérer à ses points de vue. Ne vous y méprenez pas, derrière le narrateur, se cache l’auteur qui tire les ficelles.
c- Le narrateur omniscient
Le narrateur, connaissant tout de l’histoire, raconte le passé des personnages, leurs actions ; il analyse leurs pensées, leurs émotions et il procède ainsi tour à tour pour plusieurs personnages. On parle dans ce cas d’un narrateur omniscient, c’est-à-dire d’un narrateur qui sait tout. Il peut facilement donner des explications sur ce qui s’est passé auparavant ou en un autre lieu, afin d’aider le lecteur à comprendre et à imaginer l’histoire.
Exemple: En observant la baisse persistante du baromètre, le capitaine Mac Whirr pensa donc : « il doit faire quelque part un sale temps peu ordinaire. » Oui, c’est exactement ce qu’il pensa. (J. Conrad)
C’est le type de narrateur le plus utilisé parce que plus convainquant. Il n’y a pas de place pour une quelconque incompréhension. Toutes les zones d’ombre sont éclaircies sur-le-champ ou plus loin dans le récit. Le lecteur peut revenir sur ses pas pour comprendre ou vérifier une information ; il a ainsi l’occasion de forger une opinion personnelle sans aucune contrainte, du moins, c’est le sentiment qu’il a.
Je reviendrai dans les prochains cahiers sur le récit autobiographique et la narration à la première personne.
Posté le 02.12.2007 par ndahfranc
Je te fais parvenir UN CONSEIL AUX FUTURS ECRIVAINS AFRICAINS qui resume un peu tout ce que j'ai appris avec l'école française de rédaction de Paris, spécialité, nouvelle et roman. C'était en 18 cours avec de nombreux académiciens qui donnaient tous les tuyaux pour capter le lecteur. J'ai passé 2 ans à suivre ces cours par correspondance et obtenir mon diplôme. J'étais encore lycéen. Toutefois, j'ai commencé à aimer les livres avant d'aller à l'école. Au cp2, j'écrivais déjà des lettres. Et j'ai lu pas moins de 10 000 livres pour ne pas dire plus.
IBK
Condensé des cours de Bernard Werber
1. - Le désir
Ecrire? Au commencement est le désir. Se demander pourquoi on a envie d'écrire. Si c'est pour faire une psychanalyse par écrit (et donc économiser 25 ans et 100 000 euros) mieux vaut renoncer. Si c'est pour gagner de l'argent ou avoir de la gloire, ou passer à la télévision ou épater sa maman, renoncer. La seule motivation honorable me semble être: parce que l'acte d'écrire, de fabriquer un monde, de faire vivre des personnages est déjà une nécessité et un plaisir en soi. On peut aussi admettre comme motivation: épater une fille dont on est amoureux.
2. - Les handicaps
Le principal problème de l'écriture, c'est que c'est un acte solitaire absolu. On est seul avec sa feuille et soi même. Si on a rien à dire aux autres ni à se dire à soi même, l'écriture ne va que vous faire mesurer ce vide intérieur. Désolé. Il n'y a pas d'acte qui ne soit pas avec des contreparties. Si vous devenez écrivain professionnel «sérieux » préparez vous à passer au moins 5 heures par jour enfermé seul devant un ordinateur, une machine à écrire ou un calepin. Vous en sentez-vous capable?
3. - Un artisanat
On dit que pour réussir il faut trois choses: le talent, le travail et la chance. Mais que deux suffisent. Talent plus travail, on n'a pas besoin de chance. Talent plus chance, on n'a pas besoin de travail. Travail plus chance, on a pas besoin de talent. Vu qu'on ne peut pas agir sur la chance, mieux vaut donc le talent et le travail.
Comment savoir si on a le talent...? En général les gens qui ont le talent d'écrire ont déjà pris l'habitude de raconter des histoires à leur entourage. Ils prennent plaisir à relater des événements vécus ou lus, et naturellement on a envie de les écouter. Ce n'est pas obligatoire mais c'est un premier signe. Souvent les gens qui racontent bien les blagues finissent par comprendre les mécanismes d'avancée d'une intrigue et d'une chute. La blague est l'haïku du roman. D'ailleurs tout bon roman doit pouvoir se résumer à une blague.
4. Lire
On doit lire le genre de livres qu'on a envie d'écrire. Ne serait-ce que pour savoir ce que les autres auteurs, confrontés aux mêmes problèmes, ont fait. On doit aussi lire les livres des genres qu'on n'aime pas forcément ne serait ce que pour savoir ce qu'on ne veut pas faire.
5. Se trouver un maître d'écriture
Se trouver un maître ne veut pas dire copier, ni plagier. Cela veut dire être dans l'esprit, la liberté, la manière de développer les histoires de tel ou tel. Il n'y a pas de contradictions avec la loi un peu plus bas sur l'originalité. Lire peut vous permettre de décomposer les structures comme si on démontait un moteur de voiture Mazeratti pour voir comment c'est fait. Cela ne vous empêche pas de construire autrement une Lamborgini.
6. Accepter le statut d'artisan
Ecrire est un artisanat. Il faut avoir le goût à ça, puis l'entretenir régulièrement. Pas de bon écrivain sans rythme de travail régulier. Même si c'est une fois par semaine. Ensuite on est tout le temps à l'école. Chaque livre va nous enseigner un petit truc nouveau dans la manière de faire les dialogues, le découpage, de poser vite un personnage, de créer un effet de suspense. C'est ça l'artisanat. Surtout ne vous laissez pas impressionner par les passages des écrivains à la télévision ou les interviews de ces écrivains... Ce ne sont que des attitudes. Le vrai artisanat ne peut pas être montré là-bas. Et n'oubliez pas que ce n'est pas parce qu'un auteur passe bien à la télé ou est beau ou souriant que c'est un bon artisan. C'est juste un bon type qui passe à la télé dans le rôle d'écrivain. En général plus ils sont sérieux, plus ils impressionnent. La seule manière de savoir ce que vaut un écrivain est de le lire. La seule manière de savoir ou vous en êtes dans votre artisanat est de demander à vos lecteurs ce qu'ils pensent de vos livres.
7. L'inspiration
En fait, bien souvent, l'inspiration vient d'une résilience. On souffre dans sa vie donc on a besoin d'en parler par écrit pour prendre le monde à témoin. Par exemple quelqu'un vous a fait du mal; vous ne vous vengez pas par des actes, vous vengez par écrit en fabriquant une poupée à son effigie et en y plantant des aiguilles d'intrigue. A la fin le héros casse la figure à la poupée à l'effigie de votre adversaire. On dit que les gens heureux n'ont pas d'histoire. Je le crois. Si on est complètement heureux satisfait de tout ce qu'on a déjà pourquoi se lancer dans l'aventure hasardeuse de l'écriture ? A la limite je conçois qu'une fois qu'on est écrivain professionnel l'écriture devienne en soi une sorte de quête du graal, du livre parfait, mais là encore c'est une frustration à régler. Donc une souffrance. Oui dans l'écriture il y a forcément une vengeance contre quelque chose ou quelqu'un. Ou en tout cas un défi à relever.
8. - L'originalité
Un livre ou une histoire doit apporter quelque chose de nouveau. Si ce que vous faites est dans la prolongation de tel ou tel ou ressemble à tel ou tel ce n'est pas la peine de le faire. Tel ou tel l'a déjà fait. Il faut être le plus original possible dans la forme et dans le fond. L'histoire ne doit ressembler à rien de connu. Le style doit être neuf. Si on dérange des imprimeries et si on abat des arbres pour avoir de la pâte à papier, c'est qu'il faut avoir quelque chose à apporter en plus avec son manuscrit.
9. La fin
Si le lecteur découvre qui est l'assassin ou comment va se terminer le livre dès le début ou le milieu, vous n'avez pas rempli votre contrat envers lui. Du coup, pour être sûr d'avoir une fin surprenante, il vaut mieux commencer par écrire la fin puis le cheminement qui empêchera de la trouver.
10. - Surprendre
Il faut surprendre à la conclusion, mais il faut toujours avoir une envie de surprendre à chaque page. Il faut que le lecteur se dise à chaque fois «ah ça… je ne m'y attendais pas». Les romains inscrivaient à l'entrée des théâtres "Stupete Gentes" qu'on pourrait traduire «Peuple préparez vous à être surpris ». Surprendre son lecteur est une politesse.
11. Ne pas vouloir faire joli
Beaucoup de romanciers surtout en France, font du joli pour le joli. Ils enfilent les phrases tarabiscotées avec des mots de vocabulaire qu'il faut chercher dans le dictionnaire comme on enfile des perles pour faire un collier. Cela fait juste un tas de jolis phrases. Pas un livre. Ils feraient mieux d'être poètes. Au moins c'est plus clair. Toute scène doit avoir une raison d'être autre que décorative. Le public n'a pas (n'a plus?) la patience de lire des descriptions de paysages de plusieurs pages ou il ne se passe rien, ni des dialogues sans informations qui n'en finissent pas. La forme ne peut pas être une finalité, la forme soutien le fond. Il faut d'abord avoir une bonne histoire ensuite à l'intérieur on peut aménager des zones décoratives, mais sans abuser de la patience du lecteur.
12. Recommencer
Ne pas avoir peur de tout recommencer. En général le premier jet est imparfait. On a donc deux choix, soit le rafistoler comme une barque dont on répare les trous dans la coque avec des bouts de bois, soit en fabriquer une autre. Ne pas hésiter à choisir la deuxième solution. Même si l'informatique et le traitement de texte autorise toujours des rafistolages. C'est un peu comme le "master mind". C'est parfois lorsqu'on a tout faux qu'on déduit le mieux comment faire juste. J'ai refait 120 fois "les fourmis" et franchement les premières versions n'étaient pas terribles.
13. Les lecteurs tests
Trouver des gens qui vous lisent et qui n'ont pas peur de vous dire la vérité. La plupart des gens auxquels vous donnerez votre manuscrit à lire se sentiront obligés de vous dire que c'est la 7ème merveille du monde. Cela ne coûte pas cher et ça n'engage pas ; Par contre dire à un auteur, "Ton début est trop long, et ta fin n'est pas vraissemblale" signifie souvent une fâcherie avec l'auteur. Pourtant ce sont ceux qui auront le courage de vous dire cela qui seront vos vrais aides. Et c'est à eux qu'il faudra donner en priorité vos manuscrits à lire pour avoir un avis. Vous pouvez aussi écouter les félicitations pour les scènes réussies. Mais ne soyez pas dupe. Mettez votre ego de coté. Fuyez les flatteurs qui ne sont pas capables d'expliquer pourquoi cela leur a plu.
14. Raconter à voix hauteNe pas hésiter à raconter oralement votre histoire. Tant pis si vous prenez le risque de vous faire piquer l'idée. En le racontant oralement, vous sentez tout de suite si cela intéresse et vous vous obligez à être synthétique et efficace. Voir en direct ses lecteurs réagir à une histoire est très instructif.
15. Les personnages
Soigner les caractères des personnages principaux en faisant une fiche avec leur description physique, leur tics, leurs vêtements, leur passé, leur blessures, leurs ambitions. Prenez pour fabriquer un personnage des caractéristiques à vous ou a des amis proches. Bref, des êtres que vous connaissez un peu en profondeur. Il faut les rendre attachants et crédibles. Il faut que les gens puissent se dire "Ah oui, ce genre de personne cela me rappelle un tel". Qu'ils se reconnaissent en eux, c'est encore mieux.
16. L'adversité
Il faut que votre héros ait un problème à régler. Plus le problème est gros plus l'interêt du lecteur est fort. L'idéal est de donner des handicaps au héros de manière a ce qu'on se dise il n'y arrivera jamais. Exemple: l'enquêteur est aveugle et le tueur est non seulement le roi de la maffia mais en plus il a des talents de télépathie et c'est quelqu'un qui a beaucoup de chance. Plus le héros est maladroit plus le méchant est fort plus on est intéressé. Le système est: l'auteur met son héros dans des problèmes que le lecteur jugera insurmontables et l'auteur sauve à chaque fois in extremis son héros d'une manière que le lecteur n'avait pas prévu .
17. Alterner les formes
Les lecteurs ont souvent des journées fatigantes, ils lisent pour se détendre, donc il faut penser à ne pas les ennuyer. Pour cela, alterner les scènes d'actions et de dialogues. Mettre le maximum de coup de théâtre inattendues. Ne pas oublier que la lecture est un plaisir et que l'objectif n'est pas que le lecteur se dise que l'auteur est doué; il doit se dire "mais qu'est-ce qui va arriver à la scène suivante"?
18. Transmettre du savoir
La fonction des livres est aussi d'apprendre des choses. La forme est un élément, mais si après avoir lu un livre un lecteur sait quelque chose qui lui permettra de nourrir les conversations ou les dîner, c'est quand même un intérêt de la lecture.
19. Aller voir sur place
Un: s'informer. Deux: réfléchir. Trois: écrire. S'informer est indispensable. On ne parlera bien d'un lieu que si on y est allé pour faire des repérages. On ne parlera bien d'un métier que si on a discuté avec une personne qui la pratique. Évidemment on peut imaginer, mais le plus on se frottera au réel, le plus on découvrira de choses et on pourra raconter d'anecdotes vrais. Et le lecteur sent tout de suite ce qui est pur délire d'auteur et ce qui observation réelle.
20. Avoir une volonté d'être compris par tous
Souvent les critiques parisiens taxent les auteurs qui touchent tous les publics "d'auteurs populaires". Avec une connotation péjorative dans le mot populaire, sous entendu que si cela plaît au grand public c'est que ce n'est pas de la grande littérature. Victor Hugo se vantait d'être un auteur populaire, de même que Alexandre Dumas, Jules Verne et Flaubert. Mozart faisait de la musique populaire et s'en flattait. Tous les auteurs "non populaire" qui vivaient à la même époque ont été oubliés, qu'ils soient grand poètes, grands académiciens, grands écrivains de cours ou de salon. L'histoire les a balayés avec leurs jolies tournures de phrases et leur effets de manches. De même que tous les auteurs maudits qui revendiquaient comme un titre le fait de n'être compris que par un public restreint on en effet été effacés. Logique. Il est beaucoup plus difficile de plaire au large public qu'à un groupe de soit disant arbitre des élégances. Faire simple et clair réclame beaucoup plus de travail que de faire grandiloquent, incompréhensible, et rempli de sous entendus que l'auteur est le seul à connaître.
21. Se plaire à soi même
Pour plaire au lecteur il faut se mettre à sa place. Ecrire des livres qu'on aurait envie de lire si ce n'étaient pas les nôtres. Ne jamais se dire "j'écris cela, ça ne me plaît pas, mais ça leur plaira". On est soi-même la première personne qui doit s'amuser à lire le livre. Répétons-le: S'il n'y a pas de plaisir d'écriture, il ne peut pas y avoir de plaisir de lecture ensuite.
22. L'initiation des personnages
Une bonne histoire est aussi une initiation. Au début le héros dormait sur ses lauriers ou sa fainéantise. Une situation de crise va l'obliger à s'apercevoir qu'il est beaucoup plus que ce qu'il croit. Mettre les personnages en situation de danger pour les obliger à révéler leurs talents cachés. Et le lecteur en vivant dans la peau du personnage va faire la même expérience de transformation. Un bon livre est un livre qui transforme son lecteur en le faisant se prendre pour le héros.
23. Faire des plans
Quand vous avez un bon premier jet brut, essayez de trouver une manière de le découper de l'organiser pour qu'il soit rangeable dans des chapitres. En général on organise le livre en trois actes: Début. Milieu. Fin.
Début. Le début est en général le lieu de la scène d'exposition. On découvre ou ça se passe. Quand ça se passe. Qui agit. Et le plus rapidement possible quelle est la problématique. L'idéal est de réduire au maximum le décollage du début, il faut que l'exposition soit la plus rapide possible pour que le lecteur n'attende pas avant d'être dans l'histoire.
Le milieu. Le milieu est souvent le ventre mou du livre. On prolonge la problématique, on en invente des secondaires, on gère la progression dramatique.
La fin c'est soit le coup de théâtre surprise, soit la grande explication de l'histoire cachée, soit l'apothéose.
24. Les portes ouvertes, portes ferméesDans les scènes du début on ouvre des portes. Ce sont des problématiques: "qui a tué?", "vont-ils s'aimer?", et "qui est cette dame en noir qui surgit de temps en temps?". A la fin il faudra penser à toutes les refermer. "C'est le fils du paysan qui a tué", "ils vont s'aimer mais cela ne sera pas facile", et "la dame en noir c'est en fait le fils caché de la concierge déguisé en femme depuis son voyage au Brésil ou il a connu l'enfer et qui recherche l'identité de son vrai père" Bien vérifier qu'il n'y ait pas de portes ouvertes béantes (soudain on ne parle plus de la dame en noir) ni de portes fermées qui n'ont pas été ouvertes (soudain un personnage révèle qui il est, mais on n'en parlait pas au début).
25. L'envoi aux éditeurs
Investir dans la photocopieuse et envoyer son manuscrit à un maximum d'éditeurs. De préférence ceux qui ont des livres qui ressemblent dans leur genre au votre. Pas la peine d'envoyer de la science-fiction à un éditeur de poésie.
26. Les lettres de refus
Les éditeurs reçoivent une centaine de manuscrits par jour. Donc ils ont du mal à distinguer le bon grain de l'ivraie. Ils utilisent pour cela des lecteurs, soit des professeurs de français à la retraite, soit des étudiants, soit des amis qui aiment lire qui leur font ensuite des fiches. Ces gens sont souvent payés pour ce travail mais font aussi parfois cela par passion personnelle. Si les éditeurs vous répondent tous que cela ne leur plaît pas, ce n'est pas définitif. Essayez de savoir pourquoi en les appelant et refaites un manuscrit en tenant compte de leur remarques. Ou s'il n'y a pas de remarque, refaites quand même un manuscrit en tenant compte de l'avis de vos lecteurs négatifs ou de votre propre évolution. Puis renvoyer, il y a quand même une part de chance en renvoyant au même éditeur vous pouvez finir par tomber sur quelqu'un qui vous comprenne et vous défende dans les comités de lecture (personnellement j'ai renvoyé mon manuscrit pendant 6 ans à tous les éditeurs et j'ai reçu trois lettres de refus de mon éditeur actuel). Le découragement fait partie du mode de sélection.
27. Ne pas faire d'édition à compte d'auteur
Si personne n'est prêt à payer pour votre manuscrit c'est peut être parce qu'il n'est pas bon. Cette hypothèse ne doit jamais être oubliée. Tout le monde n'a pas forcément de talent. Et ce n'est pas grave. A la limite tentez la musique. Par contre les éditeurs qui proposent de vous de payer pour être édités ne distribuent que peu ou pas votre livre. Vous allez juste vous retrouver avec un tas de bouquins dans votre chambre à distribuer à vos amis. Autant faire vous même vos tirages avec votre ordinateur.
Posté le 30.11.2007 par ndahfranc
Jour J. Depuis les premières heures du jour, une pluie torrentielle s’abattait sur la ville. Après avoir espéré en vain une accalmie, Charlotte s’était précipitée dans un taxi qui la déposa devant l’appartement de Will, au quartier Millionnaire.
A peine ce dernier lui ouvrit-il la porte qu’il lui lança, d’une humeur faussement désagréable :
- Vous êtes en retard, mademoiselle Dacko.
- Je sais ; je suis vraiment désolée. J’ai essayé d’avoir un taxi un peu plus tôt, mais à cause du temps…
- Ouais, ouais, ce n’est pas grave. C’est l’intérêt d’être jeune et jolie comme vous. Si ce n’est pas pour faire attendre les hommes. En réalité, je suis plutôt déçu ; je m’attendais à avoir encore au moins une demi-heure de suspense.
- Quoi ? fit Charlotte, surprise. Je peux repartir et revenir, si vous le voulez, enchaîna-t-elle aussitôt pour entrer dans son jeu.
- Trop tard.
Ils se sourirent alors de façon complice.
- Alors, où est la merveille ?
Charlotte se précipita pour sortir le chapeau de son emballage et le lui présenta. Le regard de Will trahissait son émotion. Il était tout émerveillé !
- Essayez-le, dit-il.
- Moi ? mais, je suis toute trempée.
- Ça ne fait rien. Allez-y, essayez-le.
Elle fit une moue mais s’exécuta après s’être essuyé les cheveux. Will s’approcha alors d’elle, la dévisagea, puis toucha le chapeau du bout des doigts.
- Est-ce la courbe de la hanche d’une femme ? demanda-t-elle, ironique.
- Je le crois.
- Oui ?
- Mais, quel dommage !
- Pourquoi ?
- Elle m’a posé un lapin.
- Qui ?
- Ma cavalière. Elle a appelé il y a une heure pour me dire qu’elle avait pris froid, qu’elle avait une terrible migraine.
- Mais alors, ça veut dire que vous n’y allez pas ?
- Seul ? Non. A moins que…
- Quoi ?
- Non, non, non, fit-il en se dirigeant dans la pièce d’à côté.
- Attendez, voyons !
- Non, non, laissez tomber.
Elle courut après lui.
- Attendez ! Attendez ! Qu’est-ce que vous alliez dire ?
- Je ne sais pas. Vous ne voudriez pas venir, n’est-ce pas ?
Charlotte se mit alors à rire.
- Merci, laissons tomber, merci, poursuivit Will, feignant de se résigner.
- C’est juste que…
- Oui ? Vous avez la migraine, vous aussi ?
- Vous plaisantez ? J’irai avec vous au bout du monde. Vous êtes fabuleux !
- Oui ?
Elle fit semblant elle aussi d’avoir un malaise en se prenant la tête entre les mains.
- Oh ! mon Dieu ! Elle a aussi la migraine ! Ça doit venir de moi, maugréa-t-il en se précipitant sur elle.
- Sûrement ! répondit-elle en riant.
- Vous me trouvez trop vieux pour vous ?
- Non, je collectionne les antiquités. En tout cas, j’aspire à le faire.
- Nous apprécions.
- Je serais ravie de venir, mais je suis lamentable. Regardez-moi.
- Je ne trouve pas… Vous voulez voir la robe ?
- Il y a une robe ?
Quelques instants plus tard, ils sortirent tous les deux de l’appartement, parés comme de nouveaux mariés.
Pour Charlotte, cela ressemblait à un magnifique jeu. Elle resplendissait d’une joie juvénile. Ils embarquèrent dans la Mercedes de Will et s’en allèrent à la réception.
La soirée avait lieu dans un somptueux domaine. Charlotte était splendide dans sa robe de soirée. Une robe de velours rouge bordeaux qui mettait en exergue sa forme fine de mannequin…
Quand ils descendirent de la voiture, elle lui prit la main qu’il lui tendit et pénétrèrent dans la salle de spectacle. Des hôtesses vinrent à leur rencontre et les installèrent à leur table.
Dans les yeux de Will, se lisaient la joie et l’admiration. Ceux de Charlotte dégageaient une lueur étrange comme une sorte d’hypnose. Assurément, ce moment était magique.
Pour rompre le charme de ce moment silencieux, Will lui demanda :
- Je suis curieux de savoir une chose. Qu’est-ce qui vous a fait choisir mon restaurant pour votre anniversaire ?
- Il fallait que je choisisse un endroit et… j’ai lu des trucs sympathiques sur vous.
- Ah ! le magazine ?
- Oui, le magazine.
- C’est tellement gênant !
- Non, non, ça m’a plu.
Un autre moment de silence les envahit. Pour le rompre cette fois, Will invita sa compagne à lui accorder une danse. Ce qu’elle fit avec une joie indicible.
- Vous dansez merveilleusement bien. Non, vous ne dansez pas, vous flottez.
- C’est mon père qui me l’a appris, en me tenant toujours sur ses pieds.
- Ah, oui !
- Ça me faisait flotter. Maman était une grande danseuse aussi. Mais ça, vous le savez déjà, non ?
- Nous avons dansé quelquefois ensemble, fit Will, nostalgique.
- Et maintenant, vous dansez avec moi. C’est vraiment dingue !
- Elle était exceptionnelle.
- J’ai eu des parents supers, c’est vrai. J’ai eu beaucoup de chance.
Après la danse, il lui demanda :
- Vous voulez boire quelque chose ?
- Oui, s’il vous plaît, du champagne.
- Je vais en chercher ; allez vous asseoir, je reviens tout de suite.
Alors qu’elle rejoignait la table, une jeune femme l’accosta :
- Moi, j’étais obligée d’être là ; je travaille au musée. Et vous, quelle est votre excuse ?
- Une sorte de rendez-vous.
- Avec Will Pokou, c’est ça ?
- Oui. Vous le connaissez ?
- Seulement de réputation… Je suis Lisa.
- Moi, c’est Charlotte.
- Ravie de vous connaître.
- Moi aussi.
- Alors, comment est-il ? lui demanda-t-elle.
Charlotte n’eut pas le temps de répondre ; son interlocutrice s’échappa au même moment car, Will revenait.
- Tenez, lui dit-il, en lui tendant le verre.
- Merci.
- Qui était-ce ?
- Lisa quelque chose.
- Qu’est-ce qu’elle voulait ?
- Elle n’a pas eu le temps de me le dire. Elle s’est échappée à votre vue.
Will fit une moue en regardant dans la direction où la femme avait disparu. Il se demandait si cette Lisa n’était pas sa fille. Non, il chassa cette idée de sa tête et changea de sujet.
Quelques instants plus tard, alors que la soirée battait encore son plein, il invita Charlotte à faire une promenade dans le jardin du domaine. Ils marchaient en bavardant.
- La plupart des gens correspondent à un modèle reconnaissable. Et l’étape suivante est que, presque aussitôt, vous savez tout d’eux. Si c’est une femme, c’est une aventure sans véritable passion. Cela a ce don de vous refroidir parce qu’on sait très exactement, dès le départ, ce qui va se passer à la fin… Or, ce qui me plaît chez vous, c’est que je vous trouve parfaitement inédite ; et par conséquent, totalement imprévisible.
- Mon Dieu ! ce doit être un soulagement !
- Quoi ?
- De faire finalement ce petit discours à une femme en sachant que ça s’applique à elle. Parce que ça tombe bien, je suis toutes les choses que vous venez de dire.
- Oui ?
- Et tellement plus ; mon professeur de yoga m’a surnommée l’Unique.
- Redites-moi ça !
- L’Unique.
- L’Unique. Eh ! bien, c’est un homme très avisé ; vous êtes sûre qu’il ne vous fait pas du gringue ?
- C’est une femme ! Vous par contre, vous êtes ce qu’elle appelle un cas typique.
- Oh, vraiment !
- Oh oui, vraiment ! Et, je peux le prouver tout de suite. Vous voulez que je le fasse ?
- D’accord, essayez.
- Très bien.
Elle aperçut un arbre tout proche et s’y adossa.
- Approchez.
Il éclata de rire. Elle aussi.
- Je ne plaisante pas, dit-elle.
Il s’exécuta.
- Plus près.
Ils étaient maintenant face à face.
- Plus près, murmura-t-elle.
Il était à présent presque collé à elle et sentait le souffle de sa respiration dans le creux de son cou.
- Là, c’est assez près ?
- Oui, j’ose espérer que mon premier baiser sera à la hauteur de votre réputation, murmura-t-elle d’une voix encore plus tenue.
Maintenant, ils se fixaient l’un l’autre du regard. Et le temps semblait s’être arrêté.
- Je suis peut-être un cas typique, mais je n’abuse jamais des filles qui n’ont jamais embrassé.
Cette phrase ironique sembla briser le charme de ce moment. Will fit alors un pas en arrière et murmura :
- On devrait y aller…
Mais, Charlotte n’abdiqua pas pour autant, sûre de savoir ce qu’elle voulait.
- Vous n’êtes pas assez courageux pour m’offrir mon premier baiser ?
Fouetté dans son orgueil de don Juan, Will se rapprocha de nouveau d’elle et la fixa droit dans les yeux.
- Que devons-nous faire, Will ? De ce moment que nous vivons ?
Sans pouvoir résister plus longtemps, ils se fondirent l’un dans les bras de l’autre et se dévorèrent de baisers insatiables…
La soirée se termina dans le lit de Will. L’élégant gentleman avait encore réussi son coup sans avoir eu à trop forcer son talent. Cependant, il eut une drôle d’impression que cette fille était vraiment unique. Il lui avait fait l’amour avec des émotions rarement éprouvées. C’est alors qu’il se laissa gagner par une espèce de peur. Il avait le sentiment que cette fille lui gâcherait la vie. Alors, autant tout arrêter tout de suite, avant d’être embarqué dans une aventure incontrôlable.
Le lendemain matin, au réveil, Charlotte découvrit Will assis sur une chaise à côté du lit en train de la dévorer du regard. Il y avait dans ses yeux, comme une flamme étrange.
- Comme tu as l’air coupable ! lui murmura-t-elle dans un sourire.
- Je réfléchis… Tu as faim ?
- Oh, oui !
Elle s’étira telle une chatte, sous le regard admiratif de Will.
Ils s’installèrent sur le balcon de l’appartement pour le petit déjeuner. Will ne mangeait pas, il dévorait toujours Charlotte du regard, mu par les mêmes sentiments d’angoisse.
- On ne t’a jamais dit que ce n’est pas correct de regarder une fille pendant qu’elle mange comme un porc ?
Il continuait de la dévorer du regard. Mais ses idées semblaient le tourmenter. Il se décida enfin à aborder le sujet de son tourment.
- Ce n’était pas bien, chuchota-t-il. Toi, tu es…
- Jeune.
- Oui, oui ; et moi, je suis…
- Vieux.
- Plus vieux.
- Beaucoup plus vieux !
- D’accord, beaucoup plus vieux ; mais la question est… Voilà, j’aurais pu attendre un peu pour te le dire, mais tu me plais sincèrement. Alors, je veux que les choses soient claires dès le début, pour qu’il n’y ait pas de confusion plus tard, d’accord ?
- D’accord.
- Ce que je veux te dire, c’est que… tout ce que je suis en mesure de t’offrir, c’est ça, ce que nous avons-là, rien de plus. Juste ça. Jusqu’à la fin. Ce que je veux dire, c’est que nous n’avons pas d’avenir…
- Je sais. Ne t’inquiète pas, je ne cherche pas à m’accrocher ; je suis malade.
- Quoi ! Qu’est-ce que tu veux dire ?
- C’est mon cœur. Et personne n’aurait pensé que je vivrais si longtemps. Voilà, j’aurais pu attendre un peu pour te le dire, mais tu me plais sincèrement. Et je veux que les choses soient claires dès le début pour qu’il n’y ait aucun risque de confusion plus tard.
C’était la meilleure ! Will reçut cette information comme un coup de massue sur la tête. (A suivre)
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