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slt j ss hind une femme marocaine j 20ans bon l'age pr moi k des chiffres ds la vie et l'amour na ps un certai...
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vraiment c'est un texte géniale pour la prière...
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votre analyse est pertinente,cepen dant il ne faut pas oublier qu'une oeuvre de veronique tadjo est au program...
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moi jai besoin de lire tout les chapitres svp...
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sincere felicitation pour ce roman qui nous montre que mem les handicapé sontdes etre normal qui merite eux au...
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félicitation pour cette histoire...
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Date de création : 15.11.2007
Dernière mise à jour : 30.10.2009
151 articles


LA SAISON DES AMOURS PERDUES

Publié le 19/03/2008 à 12:00 par ndahfranc
LA SAISON DES AMOURS PERDUES
Tel est le titre du recueil de nouvelles que je viens de publier en France, chez Edilivre – Editions APARIS. C’est la première d’une série de cinq œuvres qui paraîtront dans les prochains mois. C’est donc une immense joie qui m’anime au moment où vient au monde ce nouveau bébé, si loin de la terre natale. Un bébé que j’ai longtemps porté dans mon ventre et qui porte en lui l’espoir de toute une vie.
Ah, l’espoir ! Que serions-nous sans cette ambition légitime qui nous fait toujours courir au devant du bonheur, du succès, de la notoriété ? Ici, le chemin qui conduit à la gloire est si étroit, si fourbe, si avare. On a beau courir, il ne fait que s’allonger indéfiniment, vous narguant de ses diaboliques caprices. Qui pourra alors nous reprocher de partir ailleurs ? Ailleurs est inévitable quand ici se transforme en vampire impitoyable. Nul n’est prophète en son pays, dit l’adage. Les grandes vérités sont éternelles.
C’est vrai, passée la joie de la naissance, apparaissent les appréhensions et les doutes. Ce bébé, aussi vigoureux soit-il, peut-il s’épanouir dans un univers aussi étranger ? A-t-il les moyens de s’affirmer afin que ses cadets profitent de son aura ? Ces questions, quoique légitimes, ne doivent pas altérer notre foi. Quand le pèlerin arrive à un carrefour, il fait une halte pour profiter des vibrations positives des anges qui y séjournent. Mais quand il a choisi par quel bout du chemin il doit continuer sa route, il n’a plus le droit de regarder derrière sinon les bénédictions qu’il a engrangées en ces lieux se transformeront en malédictions.
La saison des amours perdues est né et n’attend que votre soutien pour s’épanouir. Ne le lui refusez pas.
François d'Assise N'dah

Extrait :

Sylvie se leva et alla de nouveau éteindre la lumière. Et l’obscurité revint, à sa grande satisfaction.
Je me tus un moment et essayai de deviner dans le noir les contours de son charme.
– Qu’y a-t-il ? me demanda-t-elle.
– Tu es très belle, dis-je. Encore plus belle dans l’obscurité.
– Est-ce que tu sens les battements de mon coeur ?
– Oui, je sens le bruit lointain d’un tam-tam parleur. J’entends le dyong dyong frénétique du balafon. Et la voix suave de l’harmonica qui commente les reliefs gracieux de ton corps. Oui, je sens ton coeur battre comme un galop majestueux. Sens-tu le mien ?
– Oui, le tien bat beaucoup trop fort, beaucoup trop vite. Il a peur que je ne sois qu’un rêve, une illusion ; la femme d’une nuit irréelle…
J’étais si surpris qu’elle devine tous les mouvements de mon coeur. Cependant elle poursuivit :
– Si tu veux que ce moment ne finisse jamais, hâte-toi de transmettre ta part d’amour comme si tu étais en retard sur la vie et sur ton destin mais en avance sur la mort. Car si tu veux mourir sans regrets, il faut vivre dans la passion de l’amour. Hors de l’amour, tout n’est que bassesse, désespoir, agonie soumise, fin grossière.
– Oui, dis-je, j’ai souvent eu la sensation que je ne connaîtrai l’amour qu’une seule nuit. Et j’ai l’impression aujourd’hui d’être en train de dessiner ce rêve, de construire ce mystère, d’inventer cette énigme. Mais, j’ai toujours eu le sentiment que tu serais comme je te découvre aujourd’hui : une femme dans le noir ; une femme invisible ; une femme ouragan ; une femme océan. Un océan sur lequel je navigue avec mes illusions en bandoulière, naufragé d’une quête au parfum d’encens. Un monde de senteurs colorées où la réalité échappe au destin. Etrange destin ! J’avais peur de vivre ma vie sans toi. J’avais également peur de mourir ma mort sans toi. Mais aujourd’hui, vivre et mourir, pour moi c’est exactement la même chose. Parce que la vie c’est toi et la mort, c’est aussi toi.
Dans l’obscurité de la nuit, je sentais pourtant le regard de Sylvie me dévorer de désirs. Elle brûlait sous la flamme immortelle de la passion. Et dans un élan subit de lucidité, elle murmura à mon oreille :
– Veux-tu me dire un dernier poème ?
– Oui, ma sirène.
Si j’avais le talent de Victor Hugo
Y trouverais-je pour toi de jolis mots
Les délices du verbe hélas ! me sont manquant.
Vois toutefois comme le silence de mon regard est éloquent.
Idylle si secrètement entretenue à travers la prose
Elle s’écrira désormais en vers sur les pétales d’une rose.

Pour toute réponse, elle se leva et esquissa des pas de danse au son d’une musique inaudible. Elle ressemblait à un ange du paradis. Ses pas étaient si légers que je ne pouvais les entendre. Puis, tout doucement, elle vint vers moi.
– Viens, me murmura-t-elle gaiement à l’oreille. Viens me faire l’amour.
Je ne me fis pas prier. Il y avait des siècles, des années lumières que j’attendais ce moment, cette heure, cette minute, cette seconde où mon corps accomplirait le fabuleux voyage du septième ciel.
Je portai Sylvie dans mes bras, comme dans un sarcophage de nymphes. Mes gestes étaient approximatifs, éphémères, provisoires.
Je savais que c’était le moment d’être heureux et de ne plus jamais me morfondre comme un enfant gâté. Que c’était le moment des fantasmes et des jeux interdits. Rouge était mon désir, parfumée était ma passion, invisible était mon amour.
J’avais envie d’aller très loin avec elle. Plus loin que le soleil, plus loin que l’Enfer, plus loin que le Paradis, au-delà de mon rêve.
Dans le grand lit grandeur océan, je la jetai. Et l’eau fit des vagues énormes. Nous nous serrâmes alors l’un contre l’autre car une grosse baleine avait surgi des profondeurs des eaux. De sa gueule ouverte, elle nous emporta dans les méandres d’un monde mystérieux.
Nous avons alors noué nos jambes, nos bras, nos cheveux, nos langues, nos sexes, nos cœurs, pour devenir l’homme des origines, l’homme qui était Dieu, cet être hermaphrodite comme à l’origine des temps où le temps était encore Dieu.
Fondus dans un idéal de passion, nous criâmes avec toute la foi de notre être ressourcé, une myriade de mots d’amour dans la nuit mystérieuse du ventre de la baleine…
Ah ! quelle nuit magique ! Ce laps de temps me permit de construire un morceau de mon destin, sur un fil de vie usé par le cancer de l’incertitude…

Extrait de la nouvelle Femme d’une nuit.

QUESTIONS COURANTES : DIRE BIEN

Publié le 17/03/2008 à 12:00 par ndahfranc
Accentuation des majuscules

[…]Quant à l’utilisation des accents sur les majuscules, il est malheureusement manifeste que l’usage est flottant. On observe dans les textes manuscrits une tendance certaine à l’omission des accents. Il en va de même dans les textes dactylographiés, en raison notamment des possibilités limitées qu’offrent les machines traditionnelles. En typographie, enfin, certains suppriment tous les accents sur les capitales sous prétexte de modernisme, en fait pour réduire les frais de composition.
Il convient cependant d’observer qu’en français, l’accent a pleine valeur orthographique. Son absence ralentit la lecture, fait hésiter sur la prononciation, et peut même induire en erreur.
On veille donc, en bonne typographie, à utiliser systématiquement les capitales accentuées, y compris la préposition À, comme le font bien sûr tous les dictionnaires, à commencer par le Dictionnaire de l’Académie française, ou les grammaires, comme le Bon usage de Grevisse, mais aussi l’Imprimerie nationale, la Bibliothèque de la Pléiade, etc. Quant aux textes manuscrits ou dactylographiés, il est évident que leurs auteurs, dans un souci de clarté et de correction, auraient tout intérêt à suivre également cette règle, en tirant éventuellement parti des ressources nouvelles que peuvent offrir les traitements de texte modernes.
Il en va de même pour le tréma et la cédille.

À l’attention de, à l’intention de

La formule par laquelle, dans le langage de l’administration, on indique le destinataire d’une lettre, d’une communication, d’un envoi, est à l’attention de, pour marquer que l’on attire l’attention du destinataire, que l’on soumet cette lettre, etc. à son attention.
La locution à l’intention de (quelqu’un) signifie « pour lui, dans le dessein que cela lui soit agréable, profitable, bénéfique » : Il a acheté ce livre à leur intention, pour le leur offrir. On compose un poème à l’intention d’un ami. On fait dire une messe à l’intention d’un défunt.

Amour, délice et orgue

Amour, délice et orgue peuvent être masculins au singulier et féminins au pluriel.
Amour (au sens de « sentiment passionné ; passion charnelle ») est souvent féminin au pluriel. Cependant, on rencontre, soit dans un usage populaire qui se reflète dans divers textes (chansons...), soit dans une langue littéraire assez recherchée, amour au féminin singulier (« L’amour, la vraie, la grande... » chez Anouilh ; « la grande amour » chez Queneau ; « cette amour curieuse » chez Valéry ; Une amour violente, enregistré par l’Académie), tandis que le masculin pluriel appartient à tous les niveaux de langue. En dehors de ces sens, amour est presque toujours masculin, au singulier comme au pluriel ; il l’est toujours quand il désigne des représentations du dieu Amour.

Délice est généralement masculin au singulier et féminin au pluriel. Cependant, après des expressions comme un de, un des, le plus grand des, etc., suivies du complément délices au pluriel, le masculin est conservé : un de ses plus suaves délices...

Orgue, masculin au singulier, est généralement féminin au pluriel quand il désigne de façon emphatique un seul instrument (les grandes orgues de cette cathédrale), mais reste au masculin quand il s’agit d’un vrai pluriel (les orgues anciens de cette région).

An deux mil ou an deux mille ?

L’Académie n’admet (et ne privilégie) la variante mil de mille, dans les dates, que lorsque le numéral au singulier est suivi d’un ou plusieurs autres nombres.
Selon cette règle, on devrait écrire l’an mille, mais la graphie l’an mil est assez fréquente. Elle peut se justifier par l’étymologie : pour un seul millier, le latin employait mille, d’où est issue en ancien français la forme mil ; pour plusieurs milliers, le latin utilisait milia, d’où vient notre mille, autrefois prononcé comme dans famille. En outre, dès les débuts de notre langue, les deux formes mil et mille ont été employées concurremment, au singulier comme au pluriel. La règle actuelle, fixée par Oudin, est donc arbitraire. Mais elle s’est imposée au XVIIIe siècle.
En résumé, nous conseillons d’écrire non seulement l’an deux mille, mais aussi l’an deux mille dix, etc.

Au jour d’aujourd’hui

Au jour d’aujourd’hui, particulièrement redondant puisque aujourd’hui comporte déjà deux fois l’idée du « jour où nous sommes » (c’est le sens de hui, qui vient du latin hodie), se trouve parfois dans la langue littéraire, chez de fort bons auteurs, et très bien employée, lorsqu’il y a volonté d’insistance, pour bien marquer soit une étroite limite temporelle, soit une immédiate actualité. Ainsi chez Maurice Genevoix : « Une riche plaine bien de chez nous, aussi belle qu’au jour d’aujourd’hui ». On l’emploie souvent avec une nuance de plaisanterie. L’essentiel est de n’en pas abuser, mais en elle-même, cette tournure n’est pas incorrecte.

Au temps pour moi

Il est impossible de savoir précisément quand et comment est apparue l’expression familière au temps pour moi, issue du langage militaire, où au temps ! se dit pour commander la reprise d’un mouvement depuis le début (au temps pour les crosses, etc.). De ce sens de C’est à reprendre, on a pu glisser à l’emploi figuré. On dit Au temps pour moi pour admettre son erreur — et concéder que l’on va reprendre ou reconsidérer les choses depuis leur début.
L’origine de cette expression n’étant plus comprise, la graphie Autant pour moi est courante aujourd’hui, mais rien ne la justifie.

Cédérom

L’Académie française adopte « cédérom » (Communiqué du 31 mai 1996).
M. Maurice Druon, Secrétaire perpétuel de l’Académie française, communique :
L’Académie française constate que le sigle américain CD-ROM s’est installé dans l’usage de manière définitive pour désigner un objet d’emploi de plus en plus courant. Mais ce sigle, devenu terme en soi, comme Radar ou Laser, est jusqu’à présent transcrit d’une façon qui heurte notre graphie. L’Académie a donc décidé de le franciser en l’alignant sur la prononciation, et d’en admettre l’entrée au Dictionnaire sous la forme et avec la définition suivantes :
CÉDÉROM n. m. (le m final se fait entendre) adapté du sigle américain CD-ROM, Compact disc read only memory. Disque optique de grande capacité dont la mémoire non altérable est programmée exclusivement pour la conservation, la lecture et la consultation des informations ou données (textes, images, sons) qui y sont enregistrées. Ex. Cette œuvre a été mise sur cédérom.

Cent, vingt

De façon générale, on met le trait d’union entre les numéraux inférieurs à cent (et non coordonnés par et) : vingt-quatre mais vingt et un. Vingt (et cent) prennent le s quand, multipliés, ils terminent le numéral cardinal. On écrit donc : Nous étions quatre-vingts chasseurs. Quatre-vingt-trois. Quatre-vingt-seize. Cent vingt. Cinq cents. Cinq cent quatre-vingts.
Le Conseil supérieur de la langue française a proposé en 1990 de mettre le trait d’union entre tous les numéraux, mais cet usage ne semble pas se répandre.
Vingt et cent employés comme numéraux ordinaux pour vingtième et centième restent invariables : Page quatre-vingt. Les années quatre-vingt.

Ce qui reste ou ce qu’il reste ?

Avec les verbes susceptibles d’être construits soit personnellement, soit impersonnellement, on utilise ce qui ou ce qu’il : qui est le sujet du verbe construit personnellement, qu’il apparaît dans la tournure impersonnelle. La nuance entre les deux possibilités est parfois indiscernable. Ainsi : ce qui restait d’élèves… (Pagnol) ; ce qui lui reste de sainteté (Maurois) ; ce qu’il lui restait à faire (R. Rolland) ; ce qu’il vous reste à découvrir (Duhamel).
On peut donc écrire aussi bien : nous verrons ce qui se passera ou ce qu’il se passera.

Ci-annexé, ci-inclus, ci-joint

1. L’accord se fait normalement :
a) lorsque ces locutions adjectives, avec la fonction d’épithète, suivent immédiatement le nom auquel elles se rapportent : La lettre ci-annexée. La note ci-incluse apporte les précisions nécessaires. Veuillez remplir la déclaration ci-jointe. Ne communiquez à personne les pièces ci-jointes.
b) lorsqu’elles sont attributs du sujet : Votre lettre est ci-jointe.
2. Inversement, elles demeurent invariables lorsqu’elles ont une valeur nettement adverbiale (elles sont alors traitées sur le modèle des locutions adverbiales ci-après ou ci-contre), ce qui est le cas notamment lorsqu’elles sont placées :
a) en tête d’une phrase sans verbe, devant un groupe nominal (avec ou sans déterminant) : Ci-annexé la copie des pièces demandées. Ci-inclus les photocopies du document. Ci-joint l’expédition du jugement. Ci-joint les deux quittances exigées. Ou encore : Ci-joint copie du rapport. On écrira cependant : Ci-incluses, ces pièces vous sont communiquées pour information (tour rare, il est vrai), la locution étant ici en apposition.
b) à l’intérieur d’une phrase, avec un nom sans déterminant (qu’elles précèdent ordinairement) : Je vous adresse ci-inclus quittance de votre versement. Vous trouverez ci-joint copie du contrat. La circulaire dont vous trouverez copie ci-inclus.
3. Dans les autres cas, lorsque ces locutions sont employées, dans le corps de la phrase, avec un substantif accompagné d’un déterminant, l’usage n’est pas fixé. Selon qu’on leur accorde une valeur adjective ou adverbiale — sans qu’il soit jamais possible de trancher—, on fait ou non l’accord. La huitième édition de l’Académie (1935) ne manquait pas de rendre compte d’une telle latitude : vous trouverez ci-incluse la copie que vous m’avez demandée (article CI). Vous trouverez ci-inclus une lettre de votre père (article INCLUS). On écrira donc : Je vous fais parvenir ci-joint, ou ci-joints plusieurs exemplaires de mon mémoire. Il en va de même lorsque CI-ANNEXÉ, CI-INCLUS ou CI-JOINT peuvent être considérés comme l’attribut d’un pronom antéposé : Retournez-moi les formulaires que vous trouverez ci-joints. La lettre que vous trouverez ci-incluse. Mais l’invariabilité —Retournez-moi les formulaires que vous trouverez ci-joint. La lettre que vous trouverez ci-inclus — apparaissant aussi pleinement justifiée, aucune des deux graphies ne saurait être tenue pour fautive.
L’incertitude observée dans l’usage, qui ne doit rien, on le voit, à l’hésitation ou à l’arbitraire, peut cependant être levée en fonction de connotations diverses tenant au contexte, ou parfois même à la recherche de tel ou tel effet stylistique. Si Bernanos écrit à l’un de ses correspondants : « Vous trouverez ci-joint les pages dactylographiées de mon roman », Hugo préfère : « Je vous envoie ci-incluses des paroles prononcées ici par moi au moment de la proscription ». on se plaît à relever chez Musset (Nouvelles, « Margot », I) l’exemple suivant : « Je prends la liberté de vous envoyer ci-jointes des rillettes ».

Service du Dictionnaire de l’Académie française.

A MON AMI TAH SAINT-CLAIR

Publié le 15/03/2008 à 12:00 par ndahfranc
Je voudrais te remercier pour l'intérêt que tu portes à la politique de ton pays et merci de me faire partager quelques-unes de tes réflexions. Tu sais, moi, je ne suis pas très politique comme tu as pu le constater sur mon blog, mais je voudrais réagir en tant qu'observateur sur quelques éléments de ton intervention. Tu sais, ce que je constate et pardonne-moi d'être aussi franc avec toi, c'est qu'apparemment, tu fais partie de cette classe d'ivoiriens qui ne regardent pas la situation en Côte d'Ivoire avec les mêmes loupes que moi. Oui, certains ivoiriens croient qu'on sort d'une crise qui a désorganisé tout l'appareil institutionnel et social comme si on sortait d'un dîner-gala. Ils sont tellement pressés qu'ils oublient que les efforts à faire sont des efforts certes individuels mais aussi et surtout collectifs. Dis-moi, Saint-Clair, quelle est ta part d'efforts quotidiens pour aider ton pays à sortir de la crise? Tu parles d'ivoiriens qui s'appauvrissent davantage mais tu oublies de parler de ceux qui s'enrichissent à cause de la guerre et qui n'ont pas intérêt à ce que la crise finisse. Tu oublies de dire aussi que grâce aux efforts et au courage politique de Laurent Gbagbo et surtout de Soro (il est le seul à avoir assumé la rebellion alors que nous connaissons tous quelques-unes des ramifications de la coalition qui a attaqué la Côte d'Ivoire), le pays n'a pas sombré dans le chaos. Oui, ayons le courage et l'honnêteté de rendre à Casar ce qui est à César. Le problème de la Côte d'Ivoire d'aujourd'hui, est plus un problème moral que politique. On aime critiqué les autres alors que nous-mêmes sommes abonnés aux systèmes de corruptions les plus abjects. Les profs parlent alors qu'ils ne dispensent pas convenablement les cours pour lesquels ils sont payés. Les médecins également. Je ne parle même pas des corps habillés qui nous prennent quotidiennement en otage. Oui, Saint-Clair, ce n'est pas de la démagogie, on a fait des pas de géants vers la pacification du pays. Et ceux qui veulent voir le voient. Malheureusement, une certaine catégorie de personnes s'attend à des actions spectaculaires. Pour ceux-là, je suis d'accord pour dire que rien a été fait. Mais moi, je sens les progrès au quotidien. Ne fais pas comme ceux qui bloquent consciemment le processus de normalisation et qui vont crier sur tous les toits qu'on n'avance pas. Regarde seulement autour de toi et tu verras que ceux-là ont tort. Bon, je crois que je vais m'arrêter là car il y a tellement de choses à dire. Moi, je suis un intellectuel, pas un politicien. Apprenons à faire des critiques objectives qui fassent avancer la société. Regarde un peu ce que la télé nous sert à longueur de journée, regarde les valeurs qu'elle promeut et tu comprendras que le mal de la Côte d'Ivoire n'est pas politique mais bien moral. Le jour où chaque ivoirien comprendra le sens des mots nation, pays, biens publics, patriote, efforts et j'en passe, ce jour-là seulement, on pourra dire qu'on a avancé. Merci de me pardonner si tu as le sentiment que j'ai été un peu dur. Mon intention était juste de faire quelques observations. Bien le bonsoir chez toi.

MES POEMES (PAGE 6)

Publié le 06/03/2008 à 12:00 par ndahfranc
A MA MERE

Dans la douceur d’une nuit étoilée,
Tu m’as conçu
Avec amour.

Au rythme fluide des jours et des saisons
Tu as forgé mes pas
Tu as ouvert mes yeux sur les couleurs arc-en-ciel de la vie
Tu as inculqué à mon âme
Comme une fleur qu’on arrose avec passion
Les vertus cardinales de la vie.

Ta mission accomplie, tu m’as libéré Comme un oiseau migrateur
Affublé de mes puériles angoisses
Mais armé de la sagaie de la foi que
Tu m’as offerte.

Dans mon petit cerf-volant bleu,
J’ai entrepris le mythique voyage de la vie
A la quête de moi-même.

A mon fils,

Merci trésor pour cette belle chanson.
Mais sache que les armes dont tu disposes ne te seront d’aucune utilité si tu ne t’en sers pas !
Dans le combat, il n’y a que deux issues : la victoire ou la défaite. Mais il n’y a qu’une seule issue pour celui qui ne combat pas : la défaite.
Et ce genre de défaites sont les pires car elles ne sont porteuses d’aucune espérance. A contrario, la défaite dans le combat forge la personnalité et est gage de succès futur. C’est pourquoi tu dois faire du combat ta devise personnelle. Mais un combat loyal, sans aucune arme prohibée. N’utilise ni la ruse ni la mauvaise foi comme stratégie de combat.
L’adversaire contre lequel tu devras te battre, c’est toi-même. On a tôt fait de penser que nos adversaires ce sont les autres. Ne commets jamais plus cette erreur ! Ton adversaire le plus redoutable, c’est toi-même. C’est donc contre toi-même que tu dois engager le combat.
Tu dois lutter jour après jour contre tes propres démons intérieurs, tes propres angoisses, tes propres faiblesses. Tu chuteras par moments car les obstacles sont nombreux. Mais ne reste pas couché après la chute ; appelle au secours si possible et relève-toi pour continuer le combat. Ce n’est que de cette façon que tu connaîtras les lauriers de la gloire !
Merci mon fils.

LA PERILLEUSE DESCENTE DU PÈRE NOËL

Publié le 05/03/2008 à 12:00 par ndahfranc
Quand la nuit arrive et que les adultes retrouvent enfin la chaleur de leurs draps, le Bon Dieu appelle le Père Noël et lui dit :
- L’heure est enfin arrivée de descendre sur la terre pour distribuer à tous les enfants, de jolis cadeaux. Voici une hotte supplémentaire pour les enfants malades, les orphelins, les enfants victimes de la guerre et de la méchanceté des hommes…
Cette année-là, le Père Noël se retrouva donc avec deux hottes sur le dos. Deux hottes lourdement chargées.
Quand il fut prêt, le Bon Dieu fit descendre son échelle kilométrique sur la terre. Et le Père Noël, après avoir dit au revoir, commença à descendre les marches une à une, avec attention.
La descente était pénible mais le Père Noël en avait bien l’habitude. A la seule idée qu’il allait bientôt faire des heureux sur la terre, il en oubliait la fatigue.
Le Père Noël continuait sa descente quand tout à coup, il rata une marche et dégringola de l’échelle…
Il fit plusieurs vols planés à travers le cosmos. Il traversa les différents cieux, évita de justesse les différentes planètes avant de rentrer dans l’atmosphère terrestre. Puis, telle une papaye mûre, il s’écrasa de tout son poids sur le sol dur. Sa chute fit un bruit tel que tous les habitants de la contrée se réveillèrent. Les parents se demandèrent ce que cela pouvait bien être tandis que les enfants, eux, en profitèrent pour jeter un coup d’œil au chevet de leur lit…
Le Père Noël était tombé en pleine savane baoulé, au centre d’un très beau pays appelé la Côte d’Ivoire. Mais il avait perdu connaissance et personne ne savait rien de tout ce qui lui était arrivé.
Les enfants s’étaient donc rendormis avec l’espoir de recevoir leurs cadeaux, bien emballés, au petit matin.
Mais ce matin-là, ce fut la consternation dans toutes les familles. Aucun enfant dans le monde, n’avait reçu de cadeau de la part du Père Noël. C’était la première fois, depuis l’origine des temps, que pareille situation se produisait. Et tout le monde s’interrogeait : « Mais, où est donc passé le Père Noël ? »
Les enfants qui ne comprenaient pas qu’à Noël ils n’aient reçu aucun cadeau se mirent à pleurer. Partout, des cris et des pleurs d’enfants minés par le chagrin et la peine. Et les parents, qui avaient du mal à les calmer, étaient tout aussi tristes qu’eux. C’était comme si un cruel deuil avait frappé toutes les familles en ce jour de Noël. Quelle tristesse !
Pendant ce temps, le Père Noël gisait toujours en pleine savane, inconscient, les deux hottes pleines de cadeaux près de lui. Mais, personne n’avait écho de cette mésaventure.
Une hyène matinale qui passait par-là fut le premier à le découvrir.
- Tiens ! tiens ! n’est-ce pas le Père Noël ? se demanda-t-il.
Quand il vit que le Père Noël avait eu un accident et qu’il était dans un état piteux, il fut rempli d’une grande joie.
- Que le diable sait faire les choses ! s’exclama-t-il de nouveau. Ces humains qui n’ont jamais pensé aux animaux sauvages pendant la fête de Noël en seront cette année pour leurs frais.
Ainsi dit, il s’empara de chaque hotte qu’il alla dissimuler non sans difficultés, dans le creux de la racine d’un baobab tutélaire. Après son forfait, il disparut dans la nature ni vu ni connu, en ricanant gaiement…

Extrait de La mésaventure du père Noël (inédit)

UN COUTEAU DANS LE COEUR

Publié le 04/03/2008 à 12:00 par ndahfranc
Franck De Konan était un des artistes musiciens les plus doués de sa génération. C’était un virtuose de la guitare. Avec ses mélodies langoureuses puisées dans la riche culture akan, il était devenu une légende vivante du jazz made in Côte d’Ivoire. Sa renommée avait même franchi les frontières nationales au point qu’il parcourait le monde entier pour donner des concerts haut en couleurs et en sons. La dernière distinction qui avait consacré son immense talent était celle des Koras en Afrique du Sud. Il avait décroché de haute lutte la palme du meilleur artiste musicien africain de l’année. En dénonçant dans ses chansons les tragédies et les dérives de son époque, il se posait en véritable avocat des opprimés. « Même si cela paraît avoir déjà été dit par d’autres avant moi, avait-il lâché après son sacre continental, il faut continuer d’insister car rien ne laisse croire que les différents messages aient été entendus avec tous ces drames atroces qui secouent encore le monde aujourd’hui. »
Ce gentleman de quarante ans, contrairement à ce qu’on aurait pu penser de lui, était un très bon père de famille. Marié et père de deux adorables enfants dont un garçon et une fille, il savait se consacrer à sa petite famille chaque fois qu’il en avait le temps. La campagne, la plage, les villages de vacances étaient les endroits préférés où il emmenait les siens. Sa femme et ses deux enfants adoraient tellement ces instants que dès qu’il sautait dans le prochain avion pour un nouveau périple autour de la terre, la nostalgie s’installait au point qu’ils se mettaient à compter les jours, les semaines et parfois même les mois.
Yannick et Yasmine, âgés respectivement de quatorze et douze ans étaient fiers de leur père. Et comment ne pas l’être quand son géniteur compte parmi les personnes les plus renommées et les plus adulées du pays ! A l’école, ils étaient respectés par les professeurs et enviés par leurs camarades. Chacun voulait faire partie de leur cercle d’amis. Sympathiques et humbles, ils le leur rendaient bien. A plusieurs reprises, ils avaient invité leur père qui avait donné des concerts gratuits au cours de plusieurs manifestations récréatives organisées par leur établissement.
Quant à la gracieuse Emilie De Konan, malgré les longues absences de son mari, elle avait réussi à s’adapter à la situation en consacrant son temps à la gestion de son salon de coiffure et à l’éducation de ses deux adorables enfants, deux activités qu’elle affectionnait particulièrement et qui lui permettaient de vaincre le temps et la solitude, ses deux pires ennemis.
Depuis la dernière venue de son mari, un autre événement était d’ailleurs venu mettre un peu de piment dans sa vie. En effet, deux semaines après le départ de ce dernier, se plaignant de nausées et de vertiges, elle était allée consulter son médecin. Après tous les examens requis en pareilles circonstances, ce dernier lui annonça qu’elle était enceinte. C’est avec une joie immense qu’elle accueillit la nouvelle et elle attendait impatiemment le retour de son mari pour la lui annoncer. La dernière fois qu’elle l’avait eu au téléphone, n’eut été la fatigue qui se lisait dans sa voix, elle lui aurait annoncé la bonne nouvelle. Mais elle s’était maîtrisée in extremis pour ne pas gâcher le plaisir de la surprise.
- Je me sens un peu fatigué, lui avait-il avoué depuis l’autre bout du fil.
- C’est ce que je ne cesse de te reprocher, le réprimanda-t-elle, maternelle. Il est vrai que tu as une carrière à gérer mais n’oublie pas que les enfants et moi faisons aussi partie de ta vie.
- Tu as raison, Emilie, et ne crois surtout pas que je n’en ai pas conscience. Vous êtes ce que j’ai de plus cher au monde. Je suis en pourparlers avec mon manager ; je crois que je prendrais bien volontiers une année « sabbatique » afin de me consacrer un peu plus à vous.
- Je crois que ce serait mieux pour nous tous car les enfants ont besoin de te voir un peu plus souvent.
- C’est vrai, ce sera un vrai nouveau départ…
Franck De Konan soupira avant de marquer une pause.
- Francky, tu es encore là ? s’inquiéta sa femme.
- Oui, je suis toujours là. Tu embrasseras les enfants pour moi.
- Francky, quelque chose ne va-t-il pas ?
- Non, rassure-toi, tout va bien. Sauf que comme je l’ai déjà dit, je me sens un peu fatigué.
- N’oublie donc pas de te ménager, mon canard. D’accord ?
- C’est compris, ma biche. Gros bisous à toi et aux enfants et à la semaine prochaine.
Dès qu’elle eut raccroché le combiné, Emilie plongea aussitôt en elle-même dans une méditation soudaine. Son intuition de femme qui ne la trompait jamais lui soufflait que quelque chose ne tournait pas rond malgré les propos rassurants de son mari. Elle avait soudain peur que son mari n’entretienne des relations extraconjugales.
Cette nuit-là, elle chercha le sommeil mais, comme un rebelle, celui-ci ne vint pas. Elle pensa encore et encore à cette rivale fantôme que toutes les femmes accusent à tort ou à raison quand tout va mal dans leur foyer. Tenant donc cette hypothèse pour preuve irréfutable de la culpabilité de son époux, elle se mit dans les pires états possibles. Elle se projetait alors dans l’avenir et était traumatisée de découvrir l’image qu’elle présentait : celle d’une femme seule, abandonnée par un mari volage, sevrée de toute affection. Non, elle ne supporterait pas pareille humiliation. Elle dont toutes les femmes n’avaient jamais cessé d’envier le mariage était sur le point de vivre le calvaire des femmes seules. Non, elle se battrait bec et ongles contre n’importe quel adversaire, aussi redoutable soit-il, pour protéger ce qui lui revenait de droit. Toute la nuit ainsi que toutes celles qui précédèrent le retour de son mari, elle mijota mille et un plans d’attaque et de défense.
Franck De Konan regagna le pays natal un jeudi après-midi en provenance des Etats-Unis d’Amérique. Sa femme et ses enfants allèrent l’accueillir à l’aéroport comme à l’accoutumée au milieu de milliers de fans excités. Après un bain de foule extraordinaire, ils regagnèrent enfin le domicile familial. Les gestes étaient comme d’habitude empreints d’amour et de franchise.
- Quoi qu’il advienne restons unis, avait lâché Franck De Konan en serrant les siens dans ses bras vigoureux.
Le caractère énigmatique de cette parole n’avait pas échappé à sa femme qui lui adressa en retour un regard tout aussi indéchiffrable. Mais un sourire ensoleillé vint brûler de ses rayons ardents toutes les inquiétudes, le tout couronné par la devise familiale criée en chœur par toute la maisonnée :
- Un pour tous, tous pour un !
Cette nuit-là, heureuse de se retrouver enfin dans les bras de son mari, Emilie ne vit pas le voile sombre qui couvrait son regard ou du moins, fit-elle semblant de ne pas s’en apercevoir. Et, bien que pour la première fois en quinze ans de mariage son mari portât un préservatif avant de lui faire l’amour, elle ne se douta de rien. Endormie dans le creux de son bras, il la regardait avec des sentiments étranges, confus, innommables. Puis, son cœur prit un tel poids qu’il se sentit lui-même étouffer. Il dut se débattre violemment comme pris au piège avant de retrouver la cadence normale de sa respiration. Il était en sueur et son visage inondé de larmes. C’est alors qu’il plongea en lui-même afin de sonder l’ampleur du drame qui s’abattait sur lui et les siens. Une véritable catastrophe !
Le sida, il l’avait chanté dans plusieurs de ses chansons, dénonçant la stigmatisation systématique dont étaient l’objet les victimes de ce mal. Il avait donné des concerts au cours de manifestations à caractère caritatif pour soutenir la prise en charge des enfants orphelins ou victimes du sida. Mais il le faisait plus pour son image d’artiste que par véritable dessein philanthropique. Et voilà aujourd’hui que le sort, comme un traître sans foi ni loi, lui enfonçait une épée en plein cœur, menaçant sa famille d’une implosion quasi certaine. Le ver était dans le fruit, par sa faute. Comment a-t-il pu se laisser aussi facilement épingler ? Rien qu’un tout petit moment d’inattention et de plaisir et voilà toute une vie sur le point de s’écrouler comme un château de cartes. Il se rappela alors avec un immense regret cette fameuse nuit où il avait signé sans s’en rendre compte un pacte avec le diable. C’était au cours d’une tournée au Kenya. Après une brillante prestation dans la mythique salle de spectacle du REOF Hôtel de Mombassa, il regagna sa suite. Mais en pénétrant dans l’appartement, il découvrit dans son lit une jeune métisse qui l’attendait. Elle n’arborait pour tout vêtement qu’un tout petit string qui se perdait dans la vallée de ses fesses nues.
- Que faites-vous ici ? lui demanda-t-il d’un air contrarié.
Pour toute réponse, elle descendit du lit et se dressa du haut de son mètre soixante-quinze, la poitrine saillante. Ah ! qu’elle était belle, cette jeune fille ! Sa forme sublime laissait penser à un chef-d’œuvre sorti du moule du meilleur créateur d’œuvre d’art. Tout en elle était perfection : son teint de café au lait, ses yeux d’amande, ses lèvres fines de lauriers, son abondante chevelure, sa poitrine généreuse, ses jambes fuselées et surtout ce sourire, ce regard et cette démarche…
- Je suis chargée de vous faire passer d’agréables moments.
Le son de sa voix, comme une musique langoureuse, vint briser toutes les résistances de Franck De Konan qui se laissa dompter le plus facilement du monde. Elle l’entraîna alors dans le séjour et partagea avec lui du champagne et du caviar. Quand ils furent suffisamment grisés pour ne penser à rien d’autre qu’au sexe, ils se transportèrent dans l’immense lit afin de consommer le fruit défendu. Dans leur état respectif, ils perdirent toute notion de prudence et de sécurité. Or, un tout petit geste aurait suffi pour leur garantir la vie même si l’acte lui-même était indubitablement entaché de souillure. Hélas ! Mille fois hélas ! Ils n’y songèrent pas, préoccupés qu’ils étaient à satisfaire leur libido. Franck De Konan croyait pousser des soupirs de jouissance or c’étaient des soupirs qui le condamnaient à la « mort ».
Le lendemain matin, quand il vit la jeune femme couchée auprès de lui dans son lit, il prit toute la mesure de l’acte qu’il venait de poser et les dangers auxquels il devait s’attendre. Et depuis, il pressentait le pire autour de lui. Pour avoir la conscience tranquille, il avait profité de sa tournée aux USA trois mois plus tard pour faire son test de dépistage. Malheureusement, celui-ci s’avéra positif ! Et depuis, c’était comme si la mort s’était introduite dans sa vie. Et ce qu’il craignait le plus, c’est d’avoir contaminé sa femme. Il ne le supporterait pas. Il était prêt à payer seul le prix de sa bêtise et non à le partager avec une innocente même si de façon indirecte, elle en était déjà une. Comment réagirait-elle lorsqu’il lui annoncerait cette terrible nouvelle ? Le psychologue lui avait suggéré l’aide de personnes spécialisées comme en pareilles circonstances mais il avait refusé. Il ne voulait pas pousser la lâcheté jusqu’à ce point. A force de penser à cette histoire et à ses probables implications, il passa une nuit blanche.

Trois jours étaient passés depuis le retour de Franck De Konan chez lui. Mais une chose était sûre, quelque chose en lui avait changé.
- Je te trouve un peu mystérieux depuis ton retour ; n’as-tu rien à me dire ? lui avait demandé sa femme cette nuit-là.
Il soupira puis décida de tout lui avouer.
- J’ai à te parler mais je t’en prie ne m’arrête pas avant que j’aie fini.
Sa femme ne dit mot, anxieuse. Ce dernier se racla la gorge puis commença :
- Ce que j’ai à te dire est grave et va bouleverser toute notre vie…
- Tu me fais peur…
- Ne m’arrête pas s’il te plaît ! Emilie, je voudrais te demander pardon à toi et aux enfants… Emilie, je suis malade…
- Malade ?
D’un geste de la main il l’arrêta avant de poursuivre.
- Je… je suis séropositif !
A peine eut-il prononcé cette phrase que sa femme s’écroula, évanouie…

Extrait de la nouvelle Un couteau dans le cœur de François d'Assise N'DAH, publiée dans le recueil collectif Juste pour goûter, éditée par le Centre des Programmes de Communication de l’Université John Hopkins, bureau Côte d’Ivoire.

UNE NAISSANCE INSOLITE

Publié le 22/02/2008 à 12:00 par ndahfranc
UNE NAISSANCE INSOLITE
Nafiassou la femme de Gnamien était enceinte depuis un peu plus de sept mois. Mais quoique la grossesse ne fût pas encore à terme, elle se sentit mal cette nuit-là. Ses gémissements réveillèrent son mari qui, malgré l’obscurité, fila comme un lièvre au domicile de la vieille Mahou.
- Mahou, Mahou, réveille-toi, Nafiassou est en travail, viens vite ! avait-il hurlé par la fenêtre.
- Déjà ! cria la vieille femme, surprise. C’est un peu trop tôt à mon sens. Avance, j’arrive, le temps de couper quelques feuilles.
Quelques instants plus tard, la vieille matrone se présenta au chevet de la parturiente, accompagnée de deux autres femmes.
L’accouchement se révéla des plus difficiles. On essaya toutes sortes de médicaments dont l’efficacité était reconnue, mais l’enfant refusa de venir. Et l’inquiétude commença à gagner les femmes qui n’arrêtaient pas de se murmurer quelques confidences. Mahou sortit alors de la chambre et appela Gnamien.
- Je vais être franche avec toi, mon fils. C’est bien la première fois qu’une grossesse résiste à tant de médicaments. Je vais essayer une dernière potion. Si ça ne marche pas, c’est que tout espoir sera perdu. Va en brousse me chercher des racines de kotou et des feuilles de srika.
L’inquiétude qui se lisait sur le visage de Gnamien était trop cruelle. Immédiatement, il s’empara de son coutelas et d’une daba et prit aussitôt la direction de la forêt.
Pendant ce temps, Nafiassou continuait de souffrir. Elle ne pensait plus à sa propre vie, mais à celle de ce petit être qu’elle portait en son sein et en qui elle plaçait tant d’espoir. « Survivrait-il à tant d’épreuves ? » se demandait-elle.
Tout à coup, elle poussa un violent cri de douleur. La vieille matrone prit alors sa tête brûlante et la déposa sur ses genoux, avant de lui passer un chiffon mouillé sur le front. Malgré cette marque d’attention, Nafiassou poussa un second cri, à fendre l’âme, celui-là. La vieille matrone reposa immédiatement sa tête et se précipita entre ses jambes, lui intimant l’ordre de pousser. En vain. Nafiassou perdait ses forces au fil des minutes et son mari n’arrivait toujours pas. Les matrones, inquiètes, semblaient avoir placé tous leurs espoirs en Gnamien dont le retour se faisait pourtant de plus en plus long. Inquiètes, elles guettaient le moindre indice qui les rassurerait.
Gnamien, perdu dans les entrailles de cette forêt noire, se débattait comme un beau diable. Il avait déjà coupé les feuilles de srika, mais les racines de kotou étaient plus difficiles à trouver. Il venait justement d’apercevoir l’arbuste au flanc d’une termitière. Il se mit aussitôt à l’ouvrage. A l’aide de la daba, il creusait pour dégager les racines de la plante salvatrice qui avait la particularité de les avoir très profondes.
Gnamien continuait de creuser quand, tout à coup, il déboucha sur un trou côtoyant la racine de l’arbuste. Sans réfléchir, il y plongea la main. C’était l’erreur à ne pas commettre. Il sentit aussitôt une brûlante piqûre à la main. Le temps de comprendre ce qui lui arrivait, il vit le reptile qui venait de le piquer sortir par un autre trou et s’éloigner. C’était un kpangbazrèlè, le serpent le plus redoutable de la forêt. Ebranlé, Gnamien luttait contre la mort.

* *
*

Des halos de lumières multicolores avaient magistralement décoré le périmètre de la lune qui brillait de mille feux. Une musique étrangement agréable et reposante traversait le mystère des ténèbres et pénétrait l’intimité de la nature qui jouissait dès lors d’un calme majestueux. C’étaient les signes évidents d’une naissance insolite. Un vent paisible souffla alors sur le village et atténua soudain la douleur de Nafiassou qui se mit de nouveau à pousser, à la grande stupéfaction des matrones. Un vagissement étrange déchira aussitôt l’air. L’enfant venait enfin de naître. Les femmes entonnèrent des chants de victoire pour manifester leur joie. Mahou la matrone, qui avait pris le nouveau-né dans ses bras, remarqua tout de suite son étrangeté. En effet, à la lumière de la lampe tempête, elle découvrit que l’enfant, de sexe féminin, était rouquine. Mais là n’était pas le véritable problème. Ce qui intriguait la vieille femme au point de lui arracher des interjections, c’était cette minuscule étoile qui brillait au milieu de son front, comme une pépite de diamant. Les autres femmes qui étaient accourues, restèrent elles aussi perplexes. C’était bien la première fois qu’elles voyaient une chose pareille. Une étoile sur le front d’un nouveau-né ! C’était probablement un signe du destin.
Pendant que toute leur attention était focalisée sur l’étrange bébé, Nafiassou poussa un cri d’agonie. Aussitôt, les femmes se précipitèrent de nouveau à son chevet. Mais, malgré les remèdes qu’elles lui administrèrent, l’hémorragie qui avait fait suite à l’accouchement ne s’arrêtait pas. Petit à petit, l’anxiété céda au doute, puis au désespoir. Un silence de cimetière s’installa alors dans la pièce. Lentement, mais sûrement, Nafiassou agonisait.
- Pourvu que son mari arrive à temps avec les racines du kotou ! prièrent intérieurement les femmes affolées.
Mais, il valait mieux ne même pas y songer. Car, l’homme qu’on attendait et qui incarnait leur espoir luttait lui aussi contre la mort… La morsure du Kpangbazrèlè avait fait son effet. Paralysé et bavant, Gnamien rendit l’âme, le remède miracle à la main.
Que pouvait alors espérer Nafiassou ? Rien, sinon attendre que son sang se vidât et que la mort vînt abréger à son tour sa douleur. Ce qui arriva dans les minutes suivantes, à la grande stupeur des femmes. Comme Gnamien ne revenait toujours pas, des hommes armés allèrent à sa recherche. Ils n’allèrent pas bien loin. A l’entrée de la forêt, ils découvrirent le corps de l’infortuné, noirci par la puissance du venin du reptile. Le désarroi se généralisa : Gnamien et sa femme avaient trouvé la mort la nuit même où leur enfant était venu au monde…

Extrait de N’zrama, la fille étoile, Edilivre-Editions

EDITER EN CÔTE D'IVOIRE, QUEL CALVAIRE !

Publié le 22/02/2008 à 12:00 par ndahfranc
QUE C’EST DEGOUTANT !

Il y a quelques temps, je vous avais promis la liste des maisons d’édition opérant en Côte d’Ivoire. Mais, j’ai bien réfléchi et j’ai trouvé que cela n’en valait pas la peine ; je vais vous dire pourquoi.
En Côte d’Ivoire, les maisons d’édition se comportent comme des sorciers, de véritables dévoreurs de talents. En effet, si vous êtes novice comme moi en matière d’écriture et que vous allez les voir avec votre manuscrit sous la main, d’abord, l’accueil qui vous sera réservé vous démoralisera tant les gestes et les paroles vous réduiront à votre plus simple expression. Et si par malheur, un auteur confirmé venait à passer par-là, vous comprendrez aisément que cet endroit n’est pas fait pour vous. Espérons que cela n’arrive pas ce jour-là. On vous reçoit donc et enregistre votre manuscrit. Eh bien, c’est là que commence votre calvaire. A la question de savoir combien de temps votre manuscrit va mettre en lecture, on vous dira deux ou trois mois. Mais en réalité, si vous avez beaucoup de chance, c’est douze mois, sinon, il faudra attendre deux à trois ans. Après les trois ans, que votre manuscrit ait été retenu ou non, votre calvaire continuera. En effet, si votre texte n’a pas été retenu, très vite, vous vous rendrez compte que le rapport de lecture n’en est un que de nom. Car, vous y trouverez des choses que vous ne pourrez exploiter pour parfaire votre travail tellement elles sont vagues et incompréhensibles. Toute chose qui tuera en vous la passion de l’écriture si vous n’y prenez garde. Maintenant, au cas où votre texte serait retenu, votre joie serait de courte durée tellement le temps sera long. Votre manuscrit va passer un séjour d’au moins trois ans sur une étagère estampillée « Manuscrits bons à éditer ». Il dormira là sous prétexte que les moyens de la maison sont limités. Et pourtant, vous verrez passer à la télé, se succédant comme des fourmis, les mêmes auteurs. Vous savez pourquoi ? Simplement parce qu’à ce niveau, le talent seul ne suffit plus. Des considérations d’ordre commercial viennent s’y ajouter. Et même si votre œuvre est de meilleure qualité, on lui préfèrera celle de l’auteur confirmé parce que lui a un nom et vous pas. Votre texte dormira donc là pendant un bon moment jusqu’à ce qu’un jour la providence décide qu’il en soit autrement. Votre texte passe enfin à la production mais n’est pas prioritaire. Son séjour au milieu des machines peut durer encore au moins deux ans. Faisons un peu de calcul : trois ans + trois ans + deux ans, cela fait bien huit ans. Voilà le temps minimum qu’il faut au manuscrit d’un auteur débutant pour être édité. On a le sentiment que tout est mis en œuvre pour décourager l’écrivain débutant et même pour tuer en lui la passion de l’écriture. Car, combien de personnes peuvent attendre autant de temps avant de mettre un enfant au monde ?
Et ce n’est pas tout, la discrimination va se poursuivre après la sortie de l’œuvre. L’auteur confirmé bénéficiera de plusieurs séances de dédicace dans les plus grands palaces de la capitale avec comme invités des personnalités triées sur le volet. Les médias, qu’ils soient privés ou étatiques, relaieront ces informations des semaines durant, sans oublier les plateaux-télé et radio ainsi que les interviews. Or, l’écrivain débutant sera livré à lui-même. Il dormira quelques jours d’un sommeil bien mérité avec son œuvre au chevet de son lit. Puis, il retombera dans l’anonymat. En fin d’exercice, quand il se présentera pour réclamer ses royalties, on lui dira qu’il est déficitaire parce que seuls quelques exemplaires gratuits de son œuvre ont été distribués aux journalistes et aux hommes politiques. Qui voudra donc éditer un auteur qui ne se vend pas ? Or, on a tout mis en œuvre pour vous piéger. Voilà la triste réalité des auteurs débutants en Côte d’Ivoire.
Que faire alors pour ne pas mourir ? Continuer d’écrire même si on a le sentiment qu’on ne sera pas édité. Car, refuser d’écrire, c’est se trahir soi-même. Ensuite, utiliser les NTIC pour mettre ses écrits à la disposition de ses amis qui prendront plaisir à les lire. Un blog aujourd’hui sur le net, c’est gratuit et facile d’accès. C’est une lucarne ouverte sur le monde et qui vous permet d’échanger avec des personnes de toutes origines qui ont la même passion que vous. Qui sait ? Un éditeur trouvera en vous un bon écrivain et vous proposera peut-être un contrat. Et ce sera le début de la grande aventure. Il est aussi conseillé de chercher des éditeurs à l’étranger, en France et au Canada particulièrement. De petites maisons ou de jeunes maisons d’édition ont des savoir-faire parfois insoupçonnés. Je vous citerai par exemple Edilivre-Editions, une jeune maison d’édition dont on dit beaucoup de bien. Il ne coûte rien d’essayer car, personne ne sait d’où peut venir la chance. J’ai envie de dire pour terminer, sans paraphraser un homme célèbre : « Auteurs débutants de tous les pays, unissons-nous ! » Bon courage à toutes et à tous !

L’AMOUR EN CAVALE

Publié le 14/02/2008 à 12:00 par ndahfranc
L’AMOUR EN CAVALE
"L’amour en cavale" est une fantastique histoire d’amour dans laquelle Nafi et Ismaël, sont en proie à un tragique destin. La première doit épouser un vieil homme, milliardaire, qui a tiré sa famille de la misère tandis que le second, doit convoler en justes noces avec une jeune fille que son père, souffrant, a choisie pour lui. Que faire ? S’échapper pour une journée, loin de tous et vivre à fond cet amour, avant de revenir à la dure réalité ?
Mais comme toujours, les surprises sont de taille et le destin échappe à toute logique.
A la faveur de la Saint-Valentin, je vous invite à découvrir cette œuvre pleine de suspense et de rebondissements que je viens de mettre sur le marché du livre.

Extrait :
Après ces deux jours d’intense folie, ce fut le douloureux moment de la séparation. Des pleurs, des étreintes, des sanglots, pour dire adieu à l’être qu’on a aimé le temps d’une folie majeure. Après avoir aspiré le parfum mortel de l’orchidée des êtres perdus, vécu des moments d’extase sublime, l’heure était maintenant à la « mort ».
La séparation est toujours douloureuse quand l’amour a élu domicile dans le cœur de deux êtres pour ne plus jamais en ressortir. Mais, pourquoi se quitter alors qu’on s’aime ? Triste coup du sort !
Ismaël et Nafi avaient décidé de se séparer là où ils s’étaient rencontrés deux jours plus tôt. Devant le cinéma Les Studios. Avec pour seuls témoins, des passants curieux qui les regardaient à la dérobée. Ils éprouvaient des sentiments mêlés et indicibles, teintés de rage et d’impuissance face à la fatalité de leurs deux destins. Aucun mot ne voulait être dompté pour servir de lit à ces vilains sentiments. Des sentiments assez fougueux pour porter toutes les larmes de leur âme.
Puis, leurs lèvres tremblantes, émues par un farouche désir d’impuissance, se sont rapprochées et dévorées passionnément. Fatalement. Avec la fougue des derniers instants et la certitude d’éterniser dans l’espace et le temps, l’acte amoureux. Un baiser, comme le dernier mot d’adieu. Sur un air de sanglots étouffés. Mélancolie, toujours mélancolie. Tristesse d’un pacte brisé, d’un amour fugace.
Ismaël serrait Nafi contre lui de toutes ses forces comme s’il avait peur de la perdre. Il voulait se fondre en elle. Le même désir scintillait dans les yeux de Nafi. Ils voulaient trouver des mots à se dire, mais le silence les avait déjà apprivoisés.
Plus tard, Nafi se raidit et Ismaël desserra l’étau qui la maintenait contre lui. C’est alors qu’elle se mit à reculer sans le quitter des yeux. Ismaël resta planté-là, tétanisé, sans pouvoir esquisser le moindre geste. Au fur et à mesure qu’elle reculait, une boule rageuse et indomptable lui montait à la gorge. Lui non plus ne pouvait pas la quitter des yeux. Il était comme hypnotisé par elle. Par ses cheveux qui flottaient au vent. Par son regard mélancolique de femme amoureuse. Par son parfum qui s’éloignait. Par son ombre qui s’enfuyait. Chacun de ses pas en arrière scellait le pacte de la séparation et accroissait davantage sa douleur.
Tout à coup, Nafi se retourna et se mit à courir de toutes ses forces. Ismaël la regardait se fondre dans la multitude. De temps à autre, il apercevait une couleur de chemise qu’il supposait être la sienne. Puis, elle disparut de son regard.
Mais soudain, prenant conscience que Nafi était en train de lui échapper, Ismaël se jeta à sa poursuite. Il hurlait son nom comme un forcené, devant les passants atterrés. Il courait à en perdre haleine, s’arrêtait brusquement, pivotait sur lui-même en criant à nouveau son nom, puis recommençait sa course folle, essoufflé. Il courait sur les trottoirs du Plateau, traversait les rues sans regarder, bousculait des gens sans s’excuser, pénétrait dans les supermarchés, faisait le tour des rayons, renversait des articles…
Il savait qu’il était trop tard, que Nafi s’en était allée pour de bon comme elle était apparue, mais il courait quand même. Il savait que c’était la fin de leur histoire, mais il voulait encore espérer une parcelle d’amour. Il voulait se donner le sentiment d’avoir lutté jusqu’à ses forces ultimes.
Conscient que les dés étaient jetés, il rebroussa enfin chemin, avec dans sa tête, un abîme de désespoir et de désillusion. Il avait l’impression de se réveiller après un rêve fantastique. Il fit un effort pour ne pas pleurer, essaya en vain de chasser la tristesse qui l’assaillait sans aucun répit. Quand il fut de nouveau en face du cinéma, il remarqua que le même film, « Manhattan », qu’il avait regardé deux jours plus tôt, était encore au programme. Il regarda l’heure : dix huit heures moins dix. Il avança alors vers le guichet, prit un ticket et pénétra dans la salle de projection. Il se dirigea à la même place qu’il avait occupée la dernière fois, puis s’assit. Bientôt, les images se mirent à défiler sur l’écran géant. Il attendit en vain la venue de cette charmante fille au parfum envoûtant. Mais il n’en fut rien. Elle ne vint pas, ne pleura pas, ne lui parla pas. Il comprit alors qu’une histoire d’amour était un voyage unique, sans retour possible dans le temps ni dans l’espace.
Tous ses efforts pour retomber dans la frénésie de son rêve furent vains. Sans donc attendre la fin du film, il se leva et sortit. Il se mit au volant de sa voiture et démarra tout doucement. Ce départ marquait définitivement la fin de son rêve. Mais ce qui accroissait davantage son amertume, c’était le sentiment coupable de s’être laissé prendre à son propre piège. L’amour, sublime et merveilleux, devait-il l’apprendre une fois de plus à ses dépens, n’existe qu’une seule fois dans la vie. Et ses pensées se transformèrent donc en regrets et impuissance. Mais puisque rien ne laissait présager qu’il pût renouer avec ce bonheur merveilleux dans un temps proche, il se jura de conserver les bribes de son aventure dans un coffre-fort qu’il dissimulerait au fond de son cœur. Ainsi, dans ses moments de détresse et de mal d’amour, il pourrait dire : « J’ai déjà connu le bonheur », et il se sentirait mieux.
Ismaël roulait tout doucement, l’esprit tout accaparé par son rêve qui venait de lui filer entre les doigts comme un voleur en pleine nuit.
Le monde vit la nuit et la mélancolie des hommes trahis ou assoiffés d’amour se dessine sur leurs visages marqués. Dans ces décors qui s’effondraient, Ismaël avait le sentiment de passer devant le juge ultime et de justifier les fondements des actes qu’il avait posés dans sa vie. Coupable ? Devait-il se sentir coupable d’avoir côtoyé et flirté avec l’amour le temps d’une nuit et d’une journée ? Cette histoire d’amour, en était-ce vraiment une ou un rêve éveillé ? Où les hommes existent sans avoir jamais existé ? Où les paroles se dénudent au contact des sons, des couleurs et de la lumière ? Une histoire sans histoires ?
Les histoires d’hommes et de femmes sont similaires, faites de rumeur sourde d’où émergent toujours un sanglot compassé, une interrogation balbutiante : « Nafi, te reverrais-je donc jamais ? »

N’DAH François d’Assise Konan, L’amour en cavale, NEI, Collection Adoras, 4e trimestre 2007.

LA GUERRE DES FEMMES

Publié le 10/02/2008 à 12:00 par ndahfranc
A la faveur de la Saint-Valentin, je voudrais vous faire découvrir ou redécouvrir une fois encore, le talent du maître Zadi, dans cet extrait de la pièce La guerre des femmes. Mon intention est de rappeler à votre conscience, les enjeux de cette guerre sournoise que femmes et hommes ne cessent de se livrer depuis la nuit des temps, depuis ce fameux jour où Mahié a décidé de changer de stratégie de combat.

Extrait

LA GUERRE DES FEMMES

A l’origine des temps, hommes et femmes vivaient en communautés séparées, s’ignorant l’une l’autre. A la faveur des aventures d’un chasseur, les femmes découvrent l’homme.
Une guerre sans merci s’engage entre les deux communautés. Les femmes, sous la férule de Mahié leur chef et maître d’initiation, malmènent les hommes et mettent en déroute leurs légions. A force d’observation et de ruse, les hommes finissent par découvrir que c’est un homme, Zouzou, qui concentre entre ses mains la puissance de ces femmes. Zouzou est capturé. Mahié croit que ce dernier l’a trahie. Elle le fait exécuter.
Or, Zouzou était pour ces femmes qui vivaient à travers lui, idéellement, leur passion amoureuse et innocente, leur désir secret de découvrir le mystère du corps et de ses appels tout à la fois. Bref, il était, pour elles, une présence qui pouvait tout, qui comblait tout, qui donnait son sens à leur existence édénique.
Zouzou mort, les femmes se révoltent contre Mahié et décident de s’unir avec les semblables de Zouzou. Quel destin désormais pour les filles de Mahié, à la fin de cet « âge d’or » ?

TABLEAU VIII

Mahié est seule. Elle est plongée dans ses pensées. Entre une jeune fille qu’elle avait mandée. Nous sommes à la cité des femmes.

La jeune fille
- Tu as demandé à me voir, mère ?

Mahié
- Oui… viens ici, tout près de moi (Un temps). Regarde bien cette hachette et dis-moi ce que tu y découvres.

La jeune fille
- Je le sais, mère. Tu nous l’as déjà enseigné !

Mahié
- Raison de plus. (Un temps). Je t’écoute.

La jeune fille
- J’y vois quatre nœuds de cauris.

Mahié
- Descends en toi-même et pense ton corps. A quelle partie de ton corps pourrait bien correspondre le cauri !

La jeune fille
(après avoir longuement réfléchi)
- A la petite prairie au creux des trois vallons du crime. Elle borne ces vallons. Un sentier la divise contre elle-même, la prairie ; exactement comme cette raie qui divise le cauri contre lui-même.

Mahié
- Oui, justement ; on l’appelle le cauri du crime. Mais… d’ordinaire, le chemin du cauri est ouvert, ma fille. Pourquoi donc le tien est-il fermé ?

La jeune fille
(souriant timidement)
- Il se ferme quand les vallons de l’est et de l’ouest se rapprochent et le recouvrent. Mais… dès qu’ils s’éloignent l’un de l’autre, mère, ils s’ouvrent… comme le sentier du cauri.

Mahié
- As-tu jamais emprunté ce chemin ?

La jeune fille
- Souvent. A la rivière. Quand je me baigne.

Mahié
- Hors de l’eau ?

La jeune fille
- Jamais ! Tu nous l’as interdit, mère, le jour où tu nous as saignées toutes dans le bosquet du serment.

Mahié
- Cette nuit, avant de t’endormir, emprunte-le consciemment, lentement. Caresse aussi la petite termitière qui se dresse timidement à l’entrée.

La jeune fille
- Et… tu crois que…

Mahié
- Fais ce que je dis. Il ne t’arrivera rien de méchant. (Narquoise) – Bien au contraire…

(La jeune fille se prosterne et s’engage vers la sortie)

- Encore un mot, Gôbo.
(Elle revient sur ses pas et prête l’oreille)

- Ces paroles que je te confie, Gôbo, enfouis-les sous la pierre de ton cœur et conserve-les jusqu’au jour où vous serez toutes captives.

Gôbo
- Que dis-tu, mère ?

Mahié
(Elle promène Gôbo, lui parle, s’arrête par moments et reprend sa marche)

- Oui, le temps est venu pour moi de quitter la terre. L’âge d’or a vécu, ma fille. Notre cité est cerclée de sang et l’orage approche. (Exhibant l’une de ses deux hachettes) – tous ces nœuds que tu vois seront défaits. La femme tombera sous le joug de son double, l’homme.

Gôbo
- L’homme ?


Mahié
- Oui, l’homme. (Un temps) – Quand tu seras seule avec l’homme avec qui tu passeras la première nuit, observe bien sa nudité. A la lisière de sa prairie qui est à tous points semblable à la nôtre, tu découvriras un arbre sans feuillage. Il porte un fruit qui renferme deux fèves. Ne t’acharne pas sur le fruit. Tu tuerais l’homme. Caresse plutôt l’arbre. Il grandira et grossira subitement. A vue d’œil. Ne t’effraie pas. Couche-toi sur le dos. Amène ton double à s’allonger sur toi, de tout son long. Les tisons que tu portes là, sur ta poitrine, le brûleront d’un feu si doux qu’il roucoulera comme une colombe. Il s’abandonnera à toi. Engage alors son arbre dans ton sentier ; fais en sorte que lui-même lui imprime un rythme : haut-bas ! haut-bas ! haut-bas !
Tu verras. Ses yeux se révulseront et il s’oubliera dans une jouissance indicible. Quand tu le verras ainsi désarmé et à ta merci, ne le tue pas mais retiens que toi seule pourras l’envoûter de la sorte, chaque fois que tu le voudras, toi. Ce pouvoir, c’est l’arme nouvelle que je vous laisse. Dis à toutes mes filles, le moment venu, qu’elles en fassent bon usage et qu’elles n’oublient jamais que nous sommes en guerre et que la paix des hommes ne sera jamais qu’une paix de dupes !

Extrait de La guerre des femmes, Bottey Zadi Zaourou, NEI Abidjan / Editions Neter, 2001.


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