Posté le 23.11.2007 par ndahfranc
Comment faire asseoir une meilleure politique de distribution et de diffusion du livre africain dans l’espace francophone, aussi bien dans les relations Sud-Sud que Sud-Nord ?
Pour répondre à cette question, une vingtaine de professionnels du livre venus d’Afrique, d’Europe et d’Amérique du Nord, s’est retrouvée récemment, autour d’une table ronde, à Tunis (Tunisie), à l’initiative de l’OIF.
Mais, comment peut-on parler du livre sans s’intéresser aux premiers concernés que sont les écrivains ?
On ne devient pas écrivain comme si on appartenait à une génération spontanée. Pendant longtemps, on nous a fait croire à une telle fable mais plus maintenant. Et, ce n’est pas parce qu’on a déjà publié quelques livres qui ont eu du succès qu’on est forcément bon écrivain. L’écriture est une mise en cause permanente, un effort de construction et de déconstruction qui nécessite un bagage intellectuel constamment renouvelé. La question est donc de savoir comment produire des œuvres de qualité quand le bagage intellectuel de l’écrivain n’a subi aucune mise à jour ?
La formation continue est très importante pour la carrière de l’écrivain. Certes, il a le devoir d’assurer sa propre formation, mais les pouvoirs publics et les organisations internationales telle que l’OIF doivent l’y aider en lui proposant des cadres de formation et d’échanges appropriés. En effet, l’écrivain ne s’appartient pas ; il est la propriété de la société dont il contribue à créer et entretenir le patrimoine culturel. Comment peut-il assurer efficacement cette fonction si on ne lui permet pas de voyager, d’étudier, d’échanger avec ses pairs d’autres pays, d’autres horizons ?
La profession d’écrivain est très mal organisée en Côte d’Ivoire. On s’évertue à créer un mythe autour des pionniers ou de ceux qui ont réussi au point que ces derniers se prennent pour des dieux. Au lieu de partager leur savoir-faire avec les plus jeunes, ils voient en ces derniers, des adversaires, des concurrents qu’il faut écarter de son chemin. Mais diantre ! quelle est donc cette profession où le « chacun pour soi » est la règle d’or ! Ces devanciers sont si imbus de leur personne que même quand vous leur donnez une de vos productions pour avoir leur avis, ils ne la lisent pas. Et pourtant, ils portent des jugements de valeur sur vous chaque fois qu’ils ont une tribune pour s’exprimer. L’écrivain ivoirien devrait être plus solidaire. Les plus côtés doivent pouvoir mettre leurs expériences au service des plus jeunes et des débutants. Les pouvoirs publics doivent prendre conscience de l’importance de l’écrivain dans la société et créer des cadres institutionnels appropriés pour leur épanouissement. Pourquoi pas une université d’été pour les écrivains ? Y viendraient étudier les écrivains et tous ceux qui aspirent à le devenir. Nos universitaires auraient plus d’œuvres de bonne qualité sur lesquelles travailler au lieu de s’abonner aux mêmes textes chaque année, ce qui finit par dénaturer leurs travaux.
Pourquoi pas une université d’été pour les écrivains ivoiriens ? Prions de toutes nos forces pour que cela arrive un jour pour relever le niveau de la littérature ivoirienne.
Posté le 22.11.2007 par ndahfranc
QUESTIONS DE FOND
Toute personne qui s’essaie pour la première fois à l’exercice de la création romanesque est confrontée à une série de questions fondamentales dont les réponses fortifient quelque peu son ambition vacillante de devenir écrivain. Ces questions sont les suivantes :
- Pourquoi et pour qui écrit-on ?
- Avec quoi écrit-on ?
- Existe-t-il une démarche classique pour la production de l’œuvre romanesque ?
- Quels sont les critères d’une bonne œuvre romanesque ?
Cette liste de questions n’est pas exhaustive mais elle se donne la prétention de regrouper l’essentiel des préoccupations de ceux qui s’essaient pour la première fois à l’écriture romanesque. Nous allons essayer de leur apporter une réponse afin d’harmoniser nos points de vue sur ces questions.
1- Pourquoi et pour qui écrit-on ?
Cette question est intéressante parce qu’elle pose le problème du rôle de l’œuvre littéraire dans la société.
En effet, toute personne qui décide de produire une œuvre littéraire en général et romanesque en particulier, doit être consciente du fait que celle-ci doit répondre à un besoin social, culturel, politique, intellectuel, etc. Cela signifie que l’écrivain doit être au fait des grands problèmes de son temps. A travers son œuvre, il doit prendre position sur les questions majeures qui se posent à sa société. A travers les personnages qu’il crée et le destin qu’il leur assigne, il doit éclairer la lanterne de ses contemporains sur l’opportunité de tel ou tel choix social, économique ou politique, ou la nécessité de "redresser la barre" quand le navire individuel ou social va à la dérive. Les romans de Mongo Béti, qui allient très souvent réalisme et humour, présentent, pour les premiers d’entre eux, l’Afrique colonisée et les mutations qui se sont alors opérées, souvent dans la déchirure : Ville cruelle, (1954), Le Pauvre Christ de Bomba (1956). Les suivants (comme Remember Ruben, 1974, La ruine presque cocasse d’un polichinelle, 1979) évoquent l’Afrique indépendante dans ses balbutiements, ses hésitations, ses désillusions.
L’œuvre littéraire est donc une "reproduction", mieux, une représentation de la société par l’écrivain à partir d’une perspective qui lui est propre. Toutefois, il doit éviter de trahir les grandes valeurs qui fondent cette société au risque de s’attirer les foudres de ses concitoyens.
2- Avec quoi écrit-on ?
A l’évidence, cette question n’est pas aussi banale qu’elle paraît à première vue.
En effet, tous ceux qui ont essayé de produire pour la première fois un texte littéraire se sont trouvé confrontés à cette situation. Ils se sont trouvé bloqués parce qu’ils ignoraient les matériaux de construction du texte littéraire. Ils auraient trouvé la parade en lisant attentivement une œuvre romanesque. Car, l’écriture se trouve à l’opposé de la lecture. Ils auraient alors compris que pour écrire une œuvre romanesque il faut simplement les éléments suivants :
- Une histoire à raconter,
- Des personnages pour jouer les différents rôles que nécessite la mise en scène de l’histoire,
- Un espace bien défini où l’histoire va se dérouler,
- Une époque et un temps matériels précis au cours desquels l’histoire va se dérouler…
N.B. : Dès que le projet d’écriture commence à bouillonner dans la tête de l’écrivain, les premières actions à mener doivent consister à rassembler ces différents matériaux en vue de la construction future du texte.
3- Y a-t-il une démarche classique pour la production de l’œuvre romanesque ?
Au cours des différents ateliers d’initiation à l’écriture romanesque que nous avons eu à animer, la préoccupation majeure que la majorité des auditeurs nous soumettent est la suivante : Même quand nous avons tous les matériaux de construction du texte romanesque, nous ne savons par où commencer.
Cette préoccupation somme toute légitime pose en effet la question de la démarche dans la création de l’œuvre romanesque. Y a-t-il oui ou non une démarche classique que tout écrivain devrait suivre pour créer une œuvre romanesque ?
La réponse à cette question est OUI. Quelle est donc cette méthode sans laquelle aucun texte narratif ne peut être produit ?
Il s’agit tout simplement du schéma narratif dont les différentes étapes sont les suivantes :
- Situation initiale
- Elément modificateur
- Péripéties
- Dénouement
- Situation finale.
Chacune de ces étapes marque la progression du texte narratif qui va d’un point A à un point B. Toutefois, certains auteurs, pour des besoins d’esthétique littéraire ou par simple fantaisie personnelle, bouleversent l’ordre du schéma narratif, faisant dès lors appel à d’autres techniques que sont par exemple, les flash back ou les prolepses pour mieux faire comprendre leur histoire.
Dès lors, la question qui se pose est de savoir, quels sont les critères d’une bonne œuvre romanesque si tant est que l’écrivain peut se livrer à des manipulations et à des fantaisies personnelles ?
4- Quels sont les critères d’une bonne œuvre romanesque ?
Si l’écriture romanesque a des règles comme nous l’affirmons depuis le début de notre travail, c’est que l’œuvre romanesque sera qualifiée de bonne si et seulement si elle les respecte, c’est-à-dire, si elle raconte une histoire intéressante en tenant compte du schéma narratif et si éventuellement les différentes « entorses » au schéma narratif sont maîtrisées.
La qualité de l’œuvre romanesque réside aussi et surtout dans l’utilisation que l’auteur fait de la langue. Un bon auteur, c’est celui qui a un niveau de langue au-dessus de la moyenne et qui a une maîtrise parfaite des différents registres de langue. L’orthographe, la syntaxe, la grammaire, le style…, voilà autant d’éléments dont la maîtrise conditionne la qualité de l’œuvre romanesque. On peut respecter les différentes règles de la narration, mais une maîtrise approximative de la langue peut ternir la qualité de notre travail. Et cette maîtrise linguistique résulte soit de la compétence acquise au cours des apprentissages scolaires et universitaires, soit de la compétence acquise par un travail individuel rigoureux fait de lectures et d’exercices grammatico-syntaxiques divers. En tout état de cause, il est vraiment indispensable pour un auteur de maîtriser son premier outil de travail qu’est la langue et de pouvoir l’adapter à son public cible.
Ceci dit, une fois les questions d’ordre général évacuées, comment dans la pratique, se fait la conception matérielle de l’œuvre romanesque ? (Voir La conception du projet d'écriture dans le billet précédent)
Posté le 19.11.2007 par ndahfranc
LA CONCEPTION D'UN PROJET D’ECRITURE ROMANESQUE
Le projet d’écriture, c’est l’organisation des matériaux de construction du texte littéraire en vue de la réalisation de l’objectif terminal qui est la conception de l’œuvre romanesque.
Ce projet prend en compte les objectifs, c’est-à-dire les motivations qui sous-tendent en amont la création de l’œuvre romanesque, les documents supports, les personnages, qu’ils soient héros, opposants ou adjuvants, l’espace, le temps et les différentes « anecdotes » qui vont meubler le récit.
Un projet d’écriture bien élaboré facilite la réflexion et permet à l’auteur de savoir où il va et d’apprécier en même temps le chemin parcouru. Ne vous y méprenez pas, même les auteurs confirmés réalisent toujours des projets d’écriture. Peut-être ne les couchent-ils pas sur des supports matériels, mais ils l’ont bien en place quelque part dans leur tête ; c’est leur boussole.
Apprécions un à un les différents éléments du projet d’écriture.
1. LES OBJECTIFS :
Il s’agit d’énumérer les objectifs qu’on veut atteindre par l’écriture de cette œuvre romanesque.
Quelles sont les valeurs sociales, économiques, politiques ou culturelles que nous voulons magnifier ? Ou au contraire, quelles sont les anti-valeurs que nous voulons stigmatiser ?
Les objectifs doivent être clairs et précis pour être facilement vérifiables au fur et à mesure qu’on avance dans l’écriture du texte. C’est la raison pour laquelle ils doivent être limités au niveau de leur nombre.
Exemples :
- Stigmatiser le comportement des hommes politiques africains,
- Tracer des pistes de lutte sociopolitique pour les masses populaires,
- Eveiller la conscience des couches sociales africaines…
2. LES DOCUMENTS SUPPORTS :
Il s’agit de la documentation que l’on a pu réaliser par rapport au sujet qu’on veut traiter. L’avantage d’une telle démarche, c’est qu’elle renforce notre maîtrise du sujet et nous rapproche davantage de la réalité, surtout pour les œuvres que nous voulons réalistes.
Ces documents supports peuvent être des articles de journaux, des contributions diverses de spécialistes dans des ouvrages de référence ou des conférences, des enquêtes personnelles, des reportages ou même des carnets de voyage, etc.
3. LES PERSONNAGES :
On appelle personnages, les acteurs clairement définis qui, grâce à l’interaction qu’ils exercent les uns sur les autres, donnent un sens à l’œuvre littéraire. Ils se meuvent, se déplacent, se côtoient, se parlent…
Ils sont très souvent comme nous : ils ont leurs caractères propres, ils éprouvent des sentiments, rêvent d’une vie meilleure pour eux-mêmes et pour leurs familles, ont des ambitions légitimes après lesquelles ils courent…
Dans ce réseau inextricable qu’ils constituent, tous les coups sont parfois permis…
A ce niveau de la réflexion, la règle du jeu consiste à cerner l’ensemble de ce petit monde qui va constituer l’essence même de l’œuvre romanesque.
Il s’agira pour l’auteur, de sélectionner comme dans un tournage de film, les personnages à même de lui permettre d’atteindre ses objectifs en leur attribuant des rôles précis.
a- Le héros
C’est le personnage principal de l’œuvre romanesque. C’est autour de sa vie que la toile de l’histoire est tissée. Il nous faut dès le départ le maîtriser dans son essence même pour éviter qu’il nous échappe et nous conduise sur des chemins et des sentiers glissants où le risque de nous égarer est très élevé.
Pour ce faire, nous devons d’abord procéder à une description physique et psychologique minutieuse de sa personne qui soit en conformité avec nos objectifs.
Ensuite, définir sa quête, celle qui fait de lui le héros de notre œuvre. Par quête, il faut entendre, idéal, ambitions, désirs, lesquels peuvent parfois et certainement entrer en conflit pour créer des obstacles à l’épanouissement du héros.
C’est justement ces contradictions inhérentes à la vie humaine qu’il s’agira de mettre en évidence et de capitaliser sur le plan de la création romanesque.
Enfin, définir son itinéraire, c’est-à-dire, les différentes étapes de sa vie dont nous nous sommes donnés pour mission de parler.
Cette étape doit permettre à l’auteur de faire plus ample connaissance avec son personnage. Mieux il le connaît, plus facilement il peut le « manipuler ».
Par exemple, si nous voulons écrire une œuvre de littérature sentimentale, comme personnage principal, nous pouvons choisir une jeune étudiante d’environ dix-neuf ans, belle et séduisante. Cette grâce lui est assurée par sa grande taille, ses longs cheveux fins, son teint noir d’ébène, ses yeux étirés, son petit nez droit et sa petite bouche qui dessine constamment un sourire angélique.
Sur le plan psychologique, elle est comme toutes les filles de son âge, une grande rêveuse. Elle vit constamment dans un univers romantique fait de grands frissons et de grandes émotions comme à la télé.
A force de lire les romans à l’eau de rose et de regarder les films d’amour diffusés tous les jours à dix neuf heures trente minutes sur les antennes de la télévision nationale, sa naïveté est devenue presque maladive.
Pourtant, derrière cet air de jeune fille candide, se cache une personnalité travailleuse et vertueuse. Elle veut pouvoir changer de rang social grâce à ces vertus.
En face de la difficulté, quoique se laissant émouvoir au début, elle sait cependant reprendre du poil de la bête…
Sa quête, rencontrer le prince charmant et vivre une vie de bonheur avec lui…
En faisant ce petit exercice, nous nous assurons que nous maîtrisons la psychologie de notre personnage principal. En tenant compte de son caractère, il y a des choses que nous pouvons lui faire faire et d’autres non.
b- Les autres personnages
Une fois le personnage principal cerné dans toute sa dimension humaine, il faut à présent sélectionner les autres personnages qu’il va côtoyer et qui vont jouer un rôle important dans sa vie. Cette sélection ne se fait pas au hasard ; elle tient compte du milieu social, familial et professionnel du personnage principal ainsi que de sa quête.
On pourra en ce qui concerne l’exemple choisi plus haut, retenir les personnages suivants :
- le père, la mère et la petite sœur du personnage principal, dans le cercle familial,
- un étudiant (son amoureux) et une étudiante (sa confidente), dans le cercle professionnel,
- un riche quinquagénaire (un soupirant inattendu) qui vient contrarier ses rêves.
C’est autour de ce noyau de personnages qu’on bâtira la trame de l’histoire. Il importe donc de cerner de façon profonde leur psychologie.
Ce noyau de personnages sera classé en deux groupes : d’un côté, les adjuvants et de l’autre, les opposants.
• Les adjuvants :
Ce sont les personnages qu’on mettra du côté du personnage principal pour l’aider à mener à bien sa quête. Ce sont les alliés du héros.
En l’appliquant à notre exemple, on pourra choisir comme alliés de notre héroïne :
- la mère : une femme réservée, qui sait rester digne devant les épreuves et qui est le dernier rempart sur lequel la fille se replie pour résister aux assauts du sort.
- la petite sœur : la complice idéale qui fait tout pour aider sa sœur parce qu’à travers elle, elle voit se jouer son propre destin.
- une amie de l’héroïne : c’est la confidente idéale…
• Les opposants :
Ce sont les personnages qui contrarient, parfois involontairement, la réalisation de la quête du héros. Leurs intérêts sont en conflit avec ceux du héros et de ses alliés.
Dans le cas de notre exemple, on peut retenir comme opposants :
- le riche quinquagénaire : c’est le principal opposant. Quand il veut quelque chose, il fait tout pour l’obtenir. Son passé a fait de lui un homme triste et dur…
- le père de l’héroïne : c’est un homme sévère qui a une « culture » du passé. Il est pragmatique et veut profiter de toutes les occasions pour sortir de sa situation précaire.
N.B. : Le jeune étudiant, l’amoureux de notre héroïne, peut, par son comportement, être à la fois adjuvant et opposant. Si, au début de leur histoire, il promet l’amour à l’héroïne comme elle en rêve, alors, il est adjuvant. Mais, s’il se résigne devant la fougue et la détermination des opposants, alors, il devient lui-même opposant, parce qu’il contrarie le rêve du personnage principal.
En outre, en fonction de la tournure des événements, d’autres personnages majeurs peuvent naître au fil de l’histoire.
Les figurants
Ce que nous appelons ici figurants, un peu comme au cinéma, ce sont les personnages qui entrent et qui sortent de la scène le temps d’un paragraphe ou d’une idée, et dont le rôle est de donner une illusion de vie réelle au récit. Ils parlent très peu, parfois même pas du tout. Ils ne sont là que pour remplir le décor. Ce sont des gens aussi banals qu’importants : un chauffeur de taxi, un directeur de société, une voisine de chambre, etc.
N.B. : Ils ne figurent pas sur le projet d’écriture. On les créera au fur et à mesure qu’on progressera dans le récit, selon les besoins.
Le choix de ces différents personnages obéit à ce qu’on pourrait appeler le pouvoir discrétionnaire de l’auteur. Il sait pourquoi il choisit tel personnage et non tel autre.
4. L’ESPACE :
On appelle espace, les différents lieux où se déroule le récit. Certains lieux nous sont imposés par le rang social et les activités professionnelles des personnages majeurs du récit.
Par exemple, si c’est une étudiante, certaines péripéties du récit se dérouleront au campus ou à la cité universitaire si cette dernière est logée en cité.
Pour le riche quinquagénaire, si c’est un homme d’affaires, on le suivra au quartier des affaires ou au quartier résidentiel où il réside.
Les autres espaces dépendront de la volonté de l’auteur et de l’objectif qu’il veut atteindre. Si c’est le romantisme qu’il veut privilégier, il choisira des espaces comme la plage ; si c’est le tourisme qui l’intéresse, il choisira quelques lieux touristiques pour faire évoluer ses personnages.
Dans un cas comme dans l’autre, il devra procéder à la description systématique de ces espaces. Il dispose pour cela de plusieurs techniques dont celle de la focalisation (interne ou externe). En d’autres termes, en tant qu’auteur, il peut s’arroger le privilège de la description ou le faire de façon plus subtile à travers le regard de certains personnages.
N.B. : Il n’est pas conseillé de multiplier inconsidérément les espaces au risque de se perdre soi-même ou de perdre le lecteur.
Les personnages, en fonction de la trame de l’histoire, se déplacent d’un lieu à un autre. Le changement de lieu peut être un critère de structuration de l’œuvre romanesque, soit en chapitres, soit en parties.
5- LE TEMPS :
Le temps dont il est question ici, c’est celui relatif à la durée de l’histoire. Les pans de vie que nous relatons ont bien une durée et elle doit être précisée.
L’utilisation systématique des connecteurs temporels et des indications chronologiques est le moyen le plus sûr pour maîtriser le temps et éviter ainsi les confusions qui gênent la compréhension du récit.
Exemple : C’était au début des vacances scolaires… ; trois mois plus tard… ; une semaine après son retour d’Italie…, etc.
L’auteur, avant même le début de la rédaction, doit déterminer la durée globale de son histoire.
En ce qui concerne notre exemple, la durée de l’histoire peut équivaloir à la durée d’une année scolaire. Les différents moments pourront donc tenir compte du découpage de celle-ci, notamment, les différents congés ou fêtes et les grandes vacances…
N.B. : Le temps peut aussi correspondre aux différents moments du jour ainsi qu’aux variations climatiques. Si ces différents moments ont une incidence sur le récit ou sur la psychologie des personnages, il faudra le faire ressortir dans le projet.
Exemple : La pluie qui tombait contrastait avec la chaleur torride de la veille. Perchée à sa fenêtre, Nafi observait avec émerveillement cette danse insolite qui avait le mérite de dissoudre la grosse boule d’amertume qui avait pris son cœur en otage…
Tout comme l’espace, le temps a aussi une incidence sur la structuration de l’œuvre romanesque.
6. LES ANECDOTES :
Une anecdote est un bref récit d’un fait curieux, parfois historique, révélateur d’un détail significatif.
Comme l’écriture ne peut pas embrasser tout l’environnement des personnages au jour le jour et en même temps comme au cinéma, l’évolution « diégétique » se fait par rapport à des anecdotes qui constituent de véritables tableaux.
Elles sont créées par l’auteur en fonction des objectifs qu’il s’est fixé et ont pour but de saisir les personnages dans leur évolution et leurs rapports les uns avec les autres.
Elles sont reliées entre elles par des indications chronologiques et temporelles.
A ce stade du projet, il importe donc de repérer les grandes anecdotes autour desquelles on va bâtir le texte.
Dans le cas de notre exemple, on peut créer :
- Un tableau présentant l’héroïne dans son milieu professionnel, c’est-à-dire au campus, dans ses rapports avec son entourage (profs, amis, camarades, voisins…) dans le but de faire découvrir sa psychologie, sa quête ;
- Un tableau la présentant dans son milieu familial, dans ses rapports avec ses parents (père, mère, frères et sœurs…) pour faire ressortir les obstacles qui commencent à se dresser sur sa route ;
- Un tableau la présentant en compagnie de son petit ami, pour montrer la complicité qui existe entre eux et pour préparer le lecteur à avoir de la sympathie pour eux ;
- Un tableau évoquant sa rencontre avec le riche quinquagénaire, qui marque la rupture d’avec la situation initiale (c’est l’élément modificateur) ; etc.
N.B. : On peut faire de chaque tableau un chapitre tout comme un chapitre peut être constitué de plusieurs tableaux.
C’est avec le repérage des anecdotes que prend fin la conception du projet.
Ce qu’il faut retenir à ce niveau, c’est qu’il ne s’agit que d’un projet dont le but est de fixer les grandes lignes, de tracer le fil conducteur de notre travail. C’est pourquoi, il peut subir des modifications dans sa phase de mise en œuvre. Il arrive très souvent qu’un personnage antipathique change de statut pour devenir sympathique. On lui ménage alors une porte de sortie honorable…
Il peut aussi arriver qu’une anecdote sélectionnée soit abandonnée au cours de la rédaction parce qu’on lui en a préféré une autre plus intéressante. Cela pour dire que le projet d’écriture n’est pas quelque chose de figé ; il est souple et peut subir des modifications même très profondes au cours de la rédaction.
Posté le 19.11.2007 par ndahfranc
Au moment où se pose la question du renouvellement de l’écriture romanesque en Afrique et singulièrement en Côte d’Ivoire, il est important que le jeune créateur s’inscrive dans cette logique et explore, à l’instar de Kourouma et d’Adiaffi, le substrat que lui offre la culture traditionnelle africaine dont la richesse et la variété ne sont plus à démontrer.
En effet, la culture traditionnelle africaine offre des éléments capables d’aider le jeune créateur à se détacher des clichés qui donnent le plus souvent un goût fade et insipide à l’œuvre romanesque. Pour ce faire, plusieurs pistes s’offrent à lui.
Premièrement, au niveau de la langue, le jeune créateur peut et doit s’inspirer de la langue africaine, à tout le moins les structures syntaxiques et lexicales locales pour faire œuvre originale. Le griot, maître de la parole, doit être en la matière une référence. Car, tout comme le griot, l’écrivain doit soumettre la Parole, la dompter. Le rythme de la parole africaine, ses images, ses symboles, ses subtilités, etc., doivent guider la pensée créatrice.
Deuxièmement, le jeune créateur peut procéder à un renouvellement du cadre spatio-temporel. En Afrique, la vision du temps et de l’espace n’est pas la même qu’en Occident. Ici, le temps et l’espace sont sacrés voire sacralisés. Cette vision traditionnelle peut modifier la relation du personnage avec l’espace et le temps qui ne sont plus alors vus comme de simples cadres de réalisation d’une fiction mais comme des « personnages » à part entière qui ont une vie propre et sont donc capables de mourir. L’avantage d’une telle démarche, c’est qu’elle permet au créateur africain de s’enraciner davantage dans son milieu social et culturel et de créer une littérature plus proche de l’âme africaine c’est-à-dire, capable de toucher la sensibilité la plus profonde de son premier lectorat. Une telle initiative serait en phase avec l’un des objectifs majeurs de la littérature, à savoir réconcilier l’Homme avec son Moi. Autrement, la création romanesque ne serait plus cette thérapie capable de transformer l’Homme et partant, la société. En outre, à l’heure de la mondialisation tant chantée, l’Afrique doit être capable de faire la promotion de ses propres valeurs au risque d’être phagocytée par la culture des autres.
Troisièmement, le jeune écrivain doit puiser dans la sagesse africaine, notamment dans les contes, légendes, mythes et épopées, pour forger son style et construire autrement sa fiction. Les conteurs africains sont de véritables écrivains ; il s’agit d’aller à leur école pour proposer une autre façon d’écrire qui traduise l’âme africaine. Certains de nos devanciers l’ont brillamment réussi en traduisant par exemple dans leurs créations romanesques la structure du conte initiatique. Cela bouscule, il est vrai, certaines habitudes acquises, mais le mérite est d’autant plus grand que les œuvres produites sont d’une originalité incontestable. Le fils de la femme mâle, roman de l’écrivain ivoirien Bandaman Maurice (pour ne citer que celui-là) est un chef-d’œuvre en la matière. Son mérite a d’ailleurs été reconnu puisqu’il a obtenu le grand prix littéraire d’Afrique noire.
Le roman africain ne doit pas être différencié des autres uniquement par la thématique, mais en se fondant aussi sur le style, sur l’âme qui s’y est incarnée et la vision du monde qu’il véhicule.
Le roman africain doit faire sa mue ; il est en train de le faire. Et chaque fois que nous écrivons, nous devons nous demander si nous méritons le qualificatif d’écrivain africain.
Posté le 18.11.2007 par ndahfranc
QUAND LA GUERRE DE SUCCESSION FAIT RAGE.
Depuis la mort de Jean-Marie Adiaffi et d’Ahmadou Kourouma, la littérature ivoirienne a perdu de sa verve sur le plan international, d’autant plus que ceux qui étaient sensés prendre le témoin n’ont pas répondu présents à l’appel. En effet, après la disparition de ces illustres noms, la discrétion un peu surprenante de Zadi Zaourou, le maître (qui a su tout de même nous gratifier dans les journaux de sa désormais célèbre Chronique des temps qui tanguent) et la retraite bien méritée de Bernard Dadié (une autre icône de cette littérature), l’on s’attendait à voir émerger Bandaman Maurice (Le fils de la femme-mâle) qui attendait depuis un moment dans l’antichambre de la gloire internationale et à un degré moindre, Véronique Tadjo (auteur de Latérite), qui par sa polyvalence, a su quelquefois attirer les projecteurs sur elle. Mais très vite, l’on s’est rendu compte que pour jouer à un tel niveau, il faut beaucoup plus que du talent. Le premier éprouve des difficultés à concilier carrière politique et littéraire tandis que la seconde, du fait de son éloignement de la terre natale, n’arrive pas vraiment à accrocher le lectorat local. Dès lors, une redistribution des cartes s’imposait.
Les vrais héritiers
Et pourtant, les vrais héritiers sont là !
Isaïe Biton Koulibaly, resté égal à lui-même, a continué de gratifier ses lecteurs d’œuvres certes de qualité moyenne, mais adaptées à leur niveau. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle, son lectorat compte parmi les plus importants de la place. Ce n’est pas son roman Et pourtant elle pleurait paru récemment chez Frat-Mat Editions qui le démentirait, lui qui fait partie des meilleures ventes en Côte d’Ivoire.
Camara Nangala, cet autre cadre de l’écriture ivoirienne, amoureux de sa liberté (il est l’auteur de Le printemps de la liberté), continue de tisser lui aussi sa toile. En effet, l’homme s’étant rendu compte que les maisons d’édition manquaient de volonté et surtout de professionnalisme, a décidé de créer sa propre structure afin de mieux vendre ses livres. Apparemment, cela semble bien lui réussir dans la mesure où ces dernières années, il a inondé les librairies surtout d’œuvres de littérature de jeunesse. C’est peu dire qu’il est l’idole de cette tranche d’âge en matière de littérature. Et il ne compte pas s’arrêter en si bon chemin.
Régina Yaou, elle aussi, continue de tenir sa place. En effet, pour mieux soutenir la concurrence, en plus de sa maison d’édition habituelle, elle a publié depuis quelques mois une œuvre romanesque chez Cercles Editions, une nouvelle venue dans l’édition. L’auteur de Ehui Anka ne veut pas céder un seul pouce de terrain et c’est tant mieux pour les lecteurs.
Flore Hazoumé fait également partie des espoirs de la littérature ivoirienne. Tant bien que mal, elle essaie de s’accrocher pour ne pas se laisser distancer dans cette lutte de positionnement. Dernièrement, son œuvre, De l’autre côté de la rue, la vie m’attendait, a reçu les éloges d’universitaires reconnus et c’est de bon augure pour la suite de la compétition.
Fatou Kéita fait aussi figure de cadre de la littérature ivoirienne. Ses thèmes favoris, à savoir la femme et l’excision, lui ont valu d’être retenue au programme scolaire, ce qui est un honneur. Sa dernière œuvre a également reçu un bon écho de la part du public.
Quelques universitaires comme le Professeur Gnaoulé-Oupoh, Jean-Baptiste Kouamé, Yao N’guetta et bien d’autres, regardent un peu de loin cette lutte fratricide qui semble un peu les dépasser du fait de leurs productions limitées.
Les mal-aimés
Dans cette partie, je parlerai essentiellement de deux auteurs qui veulent forcer le destin. Il s’agit de Tiburce Koffi et de Vénance Konan. Ces « deux larrons en foire » sont arrivés depuis peu à la littérature mais quelle énergie ! Mais, s’ils sont soumis aux feux de l’actualité, ce n’est pas seulement à cause de leurs productions littéraires, mais c’est surtout à cause de leur façon irrévérencieuse de parler des personnalités qui incarnent les institutions de la République. Cela est peut-être dû à leur triple casquette. En effet, l’un et l’autre sont journalistes et militants actifs de partis politiques si bien qu’il est difficile de savoir à quels titres ils parlent quand ils prennent la parole. Cette façon de faire, même si elle plaît à quelques-uns est mal vue par certains intellectuels qui estiment qu’on peut dire la vérité tout en restant courtois. Enfin bref, laissons chacun utiliser la stratégie qui est la sienne. Car je suis convaincu qu’il s’agit plus de stratégie que d’autres choses. En effet, Tiburce et Vénance, ayant certainement constaté qu’il manquait un véritable leadership au niveau de la littérature ivoirienne ces dernières années, veulent opérer un coup de force avec l’appui de puissants relais médiatiques. Pour l’instant, cela semble bien leur réussir car, en plus de leurs coups de gueule quotidiens, il faut bien avouer que leurs œuvres méritent d’être citées chaque fois qu’on parle de littérature ivoirienne. Pas seulement à cause de leurs titres volontairement provocateurs, mais aussi à cause de la qualité des thèmes traités et de l’écriture. Les prisonniers de la haine et Robert et les catapilas, les deux premières œuvres de Vénance Konan sont un régal pourvu que l’on se départisse de ses préjugés. Quant à Tiburce Koffi, dans un style à la limite de la prose poétique, il a su faire admirer son talent d’artiste. Terre de misère, L’embarras de Dieu et L’agonie du jardin sont des productions qu’il faut lire absolument pour comprendre le comportement atypique de ce « rebelle ». Mais cela suffit-il pour faire de ces deux auteurs de véritables leaders ? Seul l’avenir nous le dira.
Les jeunes loups
Le domaine de l’édition en Côte d’Ivoire est d’autant plus difficile que les éditeurs ne s’intéressent qu’aux auteurs qui ont déjà un nom. Leaders politiques, hommes de média, utilisent leur popularité pour entrer avec effraction dans le royaume littéraire. Mais, certains jeunes passionnés n’entendent pas se laisser décourager par de telles pratiques. Et, avec la démocratisation de l’édition ces deux dernières années, ils espèrent prendre part au débat et avec des œuvres de qualité. L’un des plus sérieux prétendants de cette génération reste incontestablement N’DAH François d’Assise Konan, avec déjà deux œuvres à son actif, co-auteurs de deux recueils collectifs de nouvelles, et auteur de trois œuvres à paraître dans les prochains mois. La lutte s’annonce épique !
Posté le 17.11.2007 par ndahfranc
I
Le pèlerin croit qu’il peut s’affranchir de l’amour d’une femme. Que non !
Nul ne peut conquérir le monde s’il ne sait comment dompter la femme.
Il ne s’agit pas de résister à l’amour mais d’ouvrir son cœur à la Source primordiale. C’est pourquoi la femme est la première conquête du pèlerin. Il éteint ses passions dans la chaleur de ses bras quand le destin se montre hostile.
II
L’amour n’est pas toujours en robe de mariée. Il est très souvent en guenilles, comme un clochard qui frappe une nuit à votre porte pour vous demander un morceau de pain.
Si vous refusez d’ouvrir la porte, il s’en ira avec les bénédictions qu’il portait pour vous.
Oui, souvenez-vous-en, l’amour est un clochard…
III
Un enfant, c’est un miracle de Dieu. C’est le miroir à travers lequel Dieu nous permet de nous regarder comme nous devrions être.
Chaque fois qu’un enfant dit « maman » à sa mère, c’est une bénédiction qu’il lui donne. Mais chaque fois qu’une personne dit « Seigneur », c’est une bénédiction qu’elle reçoit. Sachons donc être père et fils à la fois.
IV
Tout ce que le sage sait ne vient pas forcément de lui-même. Il y a ce que ses maîtres lui ont appris, il y a ce qu’il a appris par lui-même. Il a quelquefois écouté aux portes, il a vu des gens faire, mais il y a surtout la voix du silence qu’il a appris à écouter avec son cœur.
Etre sage, c’est ouvrir son cœur aux murmures du silence.
V
L’habitude dénature la prière.
Chaque prière doit être unique parce qu’il n’y a jamais deux jours qui soient identiques dans la vie. Alors, quand vous priez, évitez de répéter la prière de la veille ou celle de l’avant-veille ; Dieu les a déjà entendues !
VI
En écrivant ces lignes, j’ignorais qu’elles deviendraient célèbres. Et pourtant, deux jours avant, je me plaignais de ne pas être suffisamment aidé par Dieu. Il attendait seulement que je prenne ma plume pour me rendre célèbre.
La vie, c’est comme jouer au loto ; si vous n’achetez pas de tickets, comment feriez-vous alors pour gagner le gros lot ?
Apprenez à faire votre part, Dieu fera le reste.
Posté le 17.11.2007 par ndahfranc
- Maintenant que ta beauté est à ton goût, laisse-moi te donner quelques petits conseils qui te seront très utiles dans la vie. Vois-tu, ma fille, sans la lecture, la vie manque cruellement de couleurs et d’émotions. Fais-en ton passe-temps favori et tu verras que quels que soient tes handicaps physiques, la vie te sera toujours belle et agréable. Grâce à la lecture, tu es aujourd’hui splendide et désirable. Mais ne fais jamais de ta beauté un commerce quelconque comme ces filles aux mœurs légères. Car, la beauté étant éphémère, elle ne peut conduire qu’à la désillusion. Cherche plutôt à fortifier ton caractère et à cultiver la vertu en t’inspirant de la vie des personnages que tu côtoies. Parfois, à côté de leurs douleurs, les nôtres ne sont rien ; et pourtant, ils arrivent à s’en sortir à force de courage et de persévérance. Prends exemple sur eux et tu verras que même orpheline, tu vaux mieux que tous ces jeunes qui vivent dans l’abondance mais qui détestent la lecture. Tu es heureuse d’être belle aujourd’hui, n’est-ce pas ? Mais sache qu’il n’y a aucun mérite pour une femme d’être belle. A tout le moins, elle doit être reconnaissante à l’Artiste qui a fait de son corps, une œuvre d’art. Quelle ingratitude que de célébrer l’œuvre en ignorant l’Artiste qui l’a créée ! La beauté est dangereuse entre les mains d’une femme sans vertu. Oui, ma fille, une femme belle mais sans vertu s’enorgueillit de sa beauté quand elle ne vend son corps au plus offrant. Garde-toi de vendre ce que tu n’as pas créé ! Appréciez la beauté mais aimez plutôt la femme car, elle seule est digne d’amour. Si vous aimez la beauté au lieu de la femme, le jour où sa beauté s’étiolera, vous la laisserez tomber comme une orange dont on a sucé tout le jus. La beauté n’est qu’un appât pour attirer l’homme. Mais une fois l’homme apprivoisé, la femme doit transformer sa beauté en vertus. Femme, cultivez des vertus car, contrairement à la beauté, ces dernières sont éternelles et ne se fanent jamais. Imaginez la vieillesse pour une femme qui a fait de son corps un objet de culte. Rien qu’un cauchemar qui viendra très vite à bout de sa vie. Mais une femme qui sait que son corps n’est qu’un instrument pour acquérir des vertus, devient plus belle en vieillissant.
Extrait de Blassonni ou la créature de la perfection
A paraître chez Frat-Mat Editions.
Posté le 16.11.2007 par ndahfranc
Au plus fort de la crise, au moment où tout espoir semblait être perdu, Woody grimpa sur le toit du palais. Il vit alors une foule immense tout autour de la résidence. Il la contempla, l’admira. A sa vue, les hourras s’élevèrent dans la nature. Et il comprit qu’il était vraiment l’espoir de ce peuple debout. Il leva alors la main droite pour demander le silence qui se fit aussitôt. Puis, il prit la parole.
- Peuple de Blôlô, je te salue ! Aujourd’hui est un grand jour car la victoire est à portée de la main. L’ennemi croyait nous affaiblir en détruisant toute la flotte aérienne de notre armée. Eh ! bien ! il s’est lourdement trompé car il ignorait que nous avions d’autres armes plus redoutables que nos avions de guerre à savoir, notre courage, notre détermination et notre patriotisme. C’est avec ces armes meurtrières que toutes les nations libres se sont défendues avant de vaincre l’ennemi. Avec ces armes, nous aussi nous allons réaliser notre rêve ! Nous allons chasser les ténèbres de notre royaume ! Avec ces armes, nous allons bâtir l’espoir ! Oui, je vous le redis, je suis là pour faire du rêve notre ambition commune. Ceux qui nous ont attaqués ne sont rien d’autres que des voleurs de rêves. Or, seul le rêve peut féconder l’avenir. Je vous engage donc à lutter pour le rêve, à mourir pour le rêve, à danser pour le rêve, les mains nues. Armez-vous plutôt de la sagaie de l’espoir, revêtez les boucliers de la détermination et du patriotisme et allez à l’assaut de l’ennemi. J’ai foi en notre victoire prochaine. Et je rêve déjà à cette nation où chaque enfant aura une famille, où chaque jeune pourra ensemencer son rêve le plus cher, où la peur, la faim et le chagrin seront engloutis par un déluge d’amour. Oui, je crois en ce jour et je sais qu’il viendra bientôt, sur les ailes de l’aurore, au soir des nuits obscures, sans bruits et sans fracas. De sa tendre et vive clarté, germera une aube nouvelle, la saison de la paix, l’ère du pardon. Alors, la terreur des armes, la douleur des déchirures, le cauchemar des angoisses, à jamais seront enfouis sous les décombres de cette cité morte. Ils ne seront plus que des vestiges, des ornements de notre tragique histoire sur le chemin de la gloire. Et sur les cendres de nos vies assassinées, avec le sang de nos martyrs ressuscités, nous élèverons à la gloire du rêve une citadelle aussi géante que la tour de Babel. Nos orphelins, nos veuves, nos mutilés iront s’y abreuver avec la foi d’avoir donné ce qu’ils ont de plus cher pour que la flamme de l’espoir ne s’éteigne jamais dans nos cœurs éprouvés. Vive le rêve ! Vive la lutte les mains nues ! Vive la victoire pour que vive Blôlô !
Plus que jamais, la lutte était engagée et chaque fois que le roi parlait, c’était comme si du fond de la nuit brillait une douce lumière.
Posté le 16.11.2007 par ndahfranc
Quelques semaines après le déclenchement de la crise armée à Blôlô, Jacques Le Gaulois convoqua certains chefs de villages africains pour les informer sur les décisions qu’il entendait prendre pour mettre fin à la crise. Voici le discours mémorable qu’avait prononcé pour la circonstance et au nom de ses pairs africains, Marou Gobon du village de Bonga, les yeux brillants de malice et de perfidie :
"Votre Cruauté, Jacques le gaulois, Président de la République d’Amloki,
Au nom de tous les roitelets africains ici présents, je voudrais vous remercier et vous adresser nos considérations les plus distinguées ainsi que notre reconnaissance pour votre cruauté inégalable et votre sadisme machiavélique à l’égard de l’Afrique, notre continent mal-aimé.
Nous sommes d’autant plus heureux que vos actions de grande inhumanité ont contribué efficacement à retarder l’Afrique sur le chemin du développement.
Vous êtes, ô sinistre roi, de la grande lignée des esclavagistes hors pair qui ont marqué la mémoire de notre continent au fer rouge. Vous n’avez rien à envier non plus aux plus grands colons que l’humanité ait jamais connus. Soyez-en loué et remercié ! Que Lucifer en personne, dans toute son abomination, vous accorde une longue et ténébreuse vie afin que vos œuvres perfides et démoniaques continuent de prospérer pour le malheur de notre très chère Afrique !
Nous, vos inconditionnels suppôts, qui avons reçu mandat de vous épauler dans votre immense œuvre de destruction de l’Afrique, sommes plus que jamais résolus à jouer efficacement notre partition. C’est pourquoi, nous n’avons pas hésité un seul instant à vous aider à mettre au pas le chef du village de Blôlô, cet intrus, qui est arrivé au Club par accident et dont le comportement met à mal la sérénité de notre Ordre.
Comment en effet comprendre qu’un chef de village africain puisse mettre les intérêts de son peuple avant les siens propres et surtout avant celui d’Amloki, patrie de nos ancêtres les gaulois ! Crime de lèse-majesté que nous ne saurions laisser passer ni tolérer. Nous avons alors activé, sous votre clairvoyante autorité, le plan A relatif aux coups d’Etat. Malheureusement, nos mercenaires sur le terrain, quoique recrutés parmi les meilleurs du monde, n’ont pu mener à bien cette mission, se faisant repousser par une armée qui n’existait pourtant que de nom. Pour contrer leur avantage, nous avons dû activer le plan G relatif à la guerre civile, toujours sous votre incommensurable perfidie. Là encore, nous avons eu quelques petits problèmes eu égard à la farouche détermination qu’affichaient les jeunes recrues de l’armée Blôlôenne.
Aujourd’hui, vous avez dû reprendre les choses en main en convoquant cette réunion de la dernière chance. Ainsi, grâce à votre ignominie indiscutable, et surtout grâce à votre haine séculaire contre les africains, vous avez pondu cette feuille de route qui met en exergue votre sens élevé du terrorisme politique, confirmant ainsi vos sages propos selon lesquels la Démocratie n’était pas faite pour l’Afrique en général et pour l’Afrique noire en particulier.
La dette de notre continent à l’égard d’Amloki est encore hors de proportion. Je citerai seulement l’unique exemple de la Civilisation que vous avez bien voulu nous apporter pour nous sortir de l’obscurantisme. En retour, nous vous avons promis l’essentiel de nos ressources minières et minérales. Etant des hommes de parole, nous sommes décidés à nous opposer par tous les moyens à tous ceux qui veulent enfreindre cette parole donnée.
C’est pourquoi, nous soutenons avec la dernière énergie, votre décision de dépouiller Woody de Blôlô de tous ses pouvoirs constitutionnels…
J’ai entendu certaines personnes murmurer leur mécontentement parce que vous auriez eu l’ingénieuse idée d’imposer des rebelles incultes et assassins comme membres du gouvernement de réconciliation royale.
A ceux-là, je voudrais dire ceci : a-t-on besoin d’un doctorat dans une matière quelconque pour participer à la destruction de l’Afrique ? La seule chose qu’il faut, à mon sens, c’est la haine que l’homme noir nourrit vis-à-vis de ses frères et ceux-là en ont à revendre. Ils ont déjà fait leurs preuves en tuant, violant et volant…Y a-t-il meilleure preuve de dévouement aux idéaux d’Amloki ? Laissons-les faire leur travail et jugeons-les aux résultats.
Votre Cruauté, Jacques le gaulois, vous avez le soutien indéfectible de tous les roitelets africains. Nous sommes convaincus que ce gouvernement que vous venez de mettre sur pied, permettra à Abolè Kouakou d’accéder enfin au pouvoir royal et d’accomplir sereinement son importante mission de destruction de Blôlô au profit d’Amloki, notre objectif majeur.
Puisse Lucifer inspirer chacun de nous afin que notre combat porte des fruits à la dimension de notre diabolique détermination.
Vive les relations Amloki-Afrique !"
A la fin de son discours, un tonnerre d’applaudissements explosa dans la salle et dura plusieurs minutes.
Posté le 15.11.2007 par ndahfranc
I
Avez-vous déjà lu un roman à l’envers ? En commençant par la dernière page ?
Non, je n’ai pas dit les phrases à l’envers mais seulement les pages.
Faites-le et vous verrez que même à l’envers, la vie vaut la peine d’être vécue. Il suffit seulement d’un peu de courage et de bon sens. C’est comme écrire un roman ; on peut commencer l’histoire par n’importe quel bout pourvu qu’elle soit écrite intégralement.
II
Personne ne nous a jamais dit pourquoi nous devons vivre la vie. Parce que personne ne le sait. Chacun de nous doit faire l’effort de le découvrir par lui-même. Car en vérité, vivre c’est découvrir le sens de la vie. Et pour cela, le temps n’a pas d’importance ; seuls comptent les acquis.
III
Ecoutez la voix du silence et vous entendrez les louanges des anges à l’égard de Dieu.
La voix du silence, c’est la musique des Initiés.
IV
Celui qui veut devenir riche doit commencer par conquérir des vertus. Sinon sa richesse causera sa perte.
Un homme qui ne sait pas aimer n’a pas non plus le droit de se marier.
Une femme qui adore les parures vend son corps au plus offrant.
L’amour, c’est comme la richesse ; il ne croît que lorsqu’on le partage.
V
Au jour, succède toujours la nuit.
Les profanes croient à un simple caprice de la Création. Mais les Initiés le savent, celui qui veut dompter la vie doit percer les mystères de la nuit.
Au jour, correspond le monde physique et à la nuit, le monde spirituel.
Ce n’est pas parce qu’une chose est invisible qu’elle n’existe pas. Pour percer les secrets de la nuit, il faut la force de la lumière, la Lumière de Dieu.
VI
Il est plus facile à un pauvre de chercher Dieu qu’à un riche.
On trouve scandaleux qu’un riche soit malheureux. Et pourtant, c’est la plus terrible des choses qui puissent arriver ! Car le pauvre a toujours de l’espoir alors que le riche n’en a plus. C’est pourquoi le Christ nous recommande de chercher d’abord le Royaume des Cieux.
VII
Il y a des gens qui naissent riches parce qu’ils auraient été incapables de vivre dans la pauvreté et même d’en sortir. Ceux-là doivent être humbles et savoir partager car ils n’ont aucun mérite.
Par contre, il y a des gens qui sont nés pauvres parce qu’ils ont du courage et de la persévérance à revendre. Ils ne pleurent jamais sur leur sort même quand ils ont le sentiment que Dieu les a abandonnés. A ceux-là, Dieu a promis la vie éternelle. Quelle noble espérance !
VIII
Si vous voulez recevoir, il faut être capable de donner.
- Je suis pauvre, je n’ai rien, que puis-je alors donner ? disent certains.
Vous savez, il y a tellement de choses à donner quand on n’a rien que toute une journée ne pourrait suffire à les énumérer. Mais sachez qu’il n’y a pas de dons prédéterminés. Un don n’a de valeur que par rapport à la situation qui l’a engendré. Alors, soyez vigilants !
IX
Pourquoi vous demande-t-on d’aimer vos ennemis ?
Simplement parce qu’ils vous aident à avancer dans la vie en vous permettant de faire les expériences qu’il faut au moment où il le faut. Si quelqu’un ne vous a pas fait du tort, comment pourriez-vous alors expérimenter le pardon ? Si des gens n’ont pas de mauvaises pensées contre vous, comment mesureriez-vous alors la valeur de votre foi ?
Vos ennemis sont en réalité vos meilleurs partisans dans la vie. Ils vous aident à venir à bout de vos propres démons intérieurs. Priez donc pour eux.
X
Une jeune chenille qui voulait connaître les plaisirs de la liberté décida de devenir papillon. Quelle grande décision !
Elle voulait connaître des senteurs autres que celles de la terre fétide, d’autres univers plus éloignés que son imagination, d’autres êtres plus beaux que ceux qui ne savaient que se rouler dans la terre poussiéreuse.
Elle en parla à son père qui la mit ainsi en garde :
- L’obscurité du cocon est plus dense que la nuit, plus silencieuse que celle de l’univers, plus insupportable que la solitude, plus cruelle que la mort. Es-tu prête à supporter pareil calvaire ?
- Oui père, répondit la petite chenille, aucun sacrifice n’est de trop quand on rêve de découvrir la beauté de l’univers.
- Bonne chance, ma fille. Tu as déjà du mérite en prenant une décision aussi courageuse. Moi, j’ai eu peur de perdre mes maigres acquis. Or, nul ne renaît à la vie s’il ne fait l’expérience de la mort.
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